TABLEAU GÉNÉRAL
a marqué d’une appellation pittoresque, « l’homme aux petits papiers ». Celui-là s’imagine que le médecin « comprendra mal » son état s’il ne lui fait connaître jusqu’au plus petit symptôme de son affection; il a peur d’oublier quelque détail qui pourrait bien avoir son importance ; il connaît les défaillances de sa mémoire et doute de ses facultés, ou bien il s’est rendu compte dans des consultations antérieures que le récit de ses maux exigeait trop de temps, et on le voit en présenter dès l’abord, ou après quelque discours, le relevé manuscrit sous forme de liste ou de description compliquée.
Entre ces deux types extrêmes de neurasthéniques que nous venons d’esquisser, il y a, on le conçoit aisément, une foule d’intermédiaires qu’il nous est impossible de décrire ici. D’ailleurs quel que soit le genre auquel ils appartiennent, qu’ils soient excités ou déprimés, les neurasthéniques, même les plus intelligents, qu’ils parlent ou qu’ils écrivent, tracent presque toujours de leurs troubles fonctionnels une description incohérente et diffuse que le médecin ne doit accepter qu’après en avoir contrôlé les éléments par une enquête attentive. Les uns décrivent minutieusement, avec une insistance qui ne se lasse point, quelques symptômes d’ordre secondaire et signalent à peine ceux d’une réelle importance. D’autres parlent abondamment de leur céphalée,
de leur faiblesse musculaire, mais ils cachent volontiers leur émotivité, leurs craintes puériles, leurs états d’anxiété, et l’impuissance de leurs facultés intellectuelles, tous symptômes dont l'aveu déplaît à leur amour-propre. La conduite à tenir vis-à-vis de ces malades est donc très délicate pour qui veut acquérir la connaissance exacte de leur état pathologique. Il importe tout d’abord de gagner leur confiance en écoutant patiemment, comme avec intérêt, le long et confus récit de leurs souffrances. On peut ensuite fixer leur attention sur tel ou tel trouble fonctionnel, et obtenir des renseignements précis sur les caractères et l’intensité de ce symptôme. En procédant ainsi par des interrogatoires méthodiques, prudemment dirigés et souvent répétés, le médecin pourra contrôler peu à peu les dires du patient, séparer le vrai du faux et démêler, en les groupant suivant leur importance clinique, les symptômes marquants parmi ceux d’ordre secondaire.
Il convient dans chaque cas de rechercher et d’étudier en premier lieu les symptômes qui sont caractéristiques de l’épuisement nerveux et qu'on peut appeler fondamentaux.