TABLEAU GÉNÉRAL
du patient; or bien peu de sujets sont capables d'une observation précise et d’une appréciation exacte de leurs troubles fonctionnels. Au point de vue de l’habitus extérieur, on a coutume de ranger les neurasthéniques en deux groupes : ceux qui sont très déprimés, parlent peu et répondent mal aux questions qu’on leur pose, et ceux qui semblent excités et parlent trop.
Le neurasthénique déprimé, qu’il s’agisse d’un ouvrier victime d’un traumatisme ou d’un homme accablé par quelque affliction, se présente sous un aspect à peu près uniforme et qui frappe dès l’abord. M. Bouveret en a tracé une peinture fort exacte. « Le patient, dit-il, est pale et amaigri, il est sans force et sans courage, toujours triste et abattu. Toutes les choses lui apparaissent par le mauvais côté. On le voit rarement sourire. Il va la tête baissée, évitant les regards, son œil est alangui, sans éclat. Il n’ose guère regarder en face celui qui lui parle, et le vague de son regard est comme un signe d’impuissance, un aveu de l'infériorité de sa force morale. Il a toujours la démarche d’un homme fatigué; il est généralement très sensible au froid et vêtu pendant l’été presque comme pendant l’hiver; sa parole est lente, entrecoupée, traînante; ce neurasthénique n’est pas bavard... » Il l’est si peu que si quelque personne de son intimité l’accompagne, on le voit, dès les premiers mots que lui adresse le
46 l’hygiène du neurasthénique
médecin, se tourner vers elle comme pour la solliciter de répondre pour lui; ainsi font souvent les paralytiques généraux. Si on le presse de répondre, de s’expliquer sur les causes de son mal, sur le siège de ses souffrances, il le fait brièvement en phrases courtes. « J’ai mal à la tête, j’ai mal à l’estomac, j'ai mal partout, je suis fatigué, je suis faible, je ne puis plus travailler. » Et l’on a grand’peine du moins à un premier examen à obtenir de lui quelques détails circonstanciés.
D’autres neurasthéniques se présentent avec toutes les apparences d’une santé parfaite. Ils ont de l’embonpoint, le teint frais, le regard assuré. Ils sont capables d’une certaine activité. Ils ont le geste vif, la parole facile, et dès les premiers mots de l’interrogatoire se lancent avec entrain, on dirait avec plaisir, dans un interminable récit de malaises, de sensations pénibles, quelquefois de douleurs, qui font contraste avec leur bonne mine. Ils n’inspirent guère la pitié et passent généralement parmi les personnes de leur entourage, témoins de la variabilité de leur humeur et des symptômes qu’ils accusent, pour des malades imaginaires. A en juger par la description de Beard, cette variété de neurasthéniques semble être particulièrement fréquente chez les Américains du nord. C’est dans cette catégorie de malades que se rencontre le plus souvent le type que Charcot