CHAPITRE II
Éducation physique.
Il ne saurait y avoir d'inconvénients à développer chez un enfant, à quelque sexe qu’il appartienne, quelque robuste que soit sa constitution, les forces du corps; la santé physique est en effet en tout état de cause un bien désirable. Mais c’est aux enfants issus de souche neuroarthritique, héréditairement prédisposés aux troubles de la nutrition générale et du système nerveux, que la culture de l’énergie corporelle, telle que la donne une éducation physique bien comprise, est particulièrement nécessaire. « Dans les temps primitifs, dit Spencer, alors que la guerre, la lutte à main armée, était la première des activités sociales, la vigueur du corps devenait le but essentiel de l’éducation. On se souciait peu de la culture de l’esprit, on la traitait même avec mépris. Aujourd’hui que le succès dans la vie dépend presque entièrement de la force de l’intelligence, l’éducation est devenue presque exclusivement
ÉDUCATION PHYSIQUE
intellectuelle et l’on néglige le corps. » Bien qu’à cet égard une réaction heureuse se soit produite dans le cours de ces dernières années, la critique de Spencer reste en grande partie parfaitement fondée et l'on est encore autorisé à dire que parmi les éducateurs de la jeunesse, parents ou maîtres, « il est bien peu de gens qui paraissent comprendre qu’il existe une chose dans le monde qu'on pourrait appeler la moralité physique l »
L'éducation physique des sujets prédisposés à l’épuisement nerveux implique l’observance d’une foule de mesures d’hygiène qui ont trait au milieu, à l’alimentation, aux exercices physiques, et que nous allons examiner brièvement.
I. Milieux. — Les grandes villes constituent un milieu on ne peut plus défavorable au développement physique de ces sujets. Gela est surtout vrai pour les tout jeunes enfants, pour ceux qui traversent cette période de la croissance qui s'étend de la 3e à la 12° année. Dans les villes ils respirent un air impur, ils sont condamnés à une sédentarité relative, l’espace manque à leurs ébats en plein air; le bruit, le contact des foules, les réunions mondaines auxquelles ils sont trop souvent mêlés, les mille causes d’excitation qu’engendre la vie citadine sont autant de conditions fâcheuses auxquelles il faut à tout prix les soustraire. Par contre, le séjour à la campagne est
l’iiygiène du neurasthénique
pour les enfants de ccl âge le séjour idéal : la vie calme des champs, sans théâtre, ni concert, ni réunions mondaines, avec l’air pur, une nourriture simple, le commerce incessant avec les choses et les êtres de la nature qui ont tant d’attrait pour eux, voilà le milieu doucement éducateur qui leur convient le mieux. La campagne, dit Moebius, c’est le paradis des enfants; mais l’accès en est malheureusement interdit à beaucoup d’entre eux. C’est pourquoi l’on doit s’efforcer d’appliquer à l’enfant élevé à la ville, un système d’éducation qui réalise dans la mesure du possible les conditions hygiéniques si précieuses qu’offre naturellement la vie rustique.
En étudiant les causes du surmenage scolaire nous avons vu que la plupart des troubles nerveux qu’il détermine, étaient bien plus le fait d’une hygiène et d’une éducation physique défectueuses que du surmenage cérébral proprement dit. Aussi le système des internats est-il particulièrement néfaste aux enfants débiles ou héréditairement prédisposés au nervosisme. Tout le monde a reconnu les dangers qu’il peut présenter sous le rapport de l’hygiène : claustration malsaine, sédentarité, agglomérations trop considérables, règles étroites et cadres rigides brisant trop souvent chez l’enfant le ressort de la volonté, etc. Tous ces inconvénients sont graves et s’ils ont été quelque peu atténués à la suite des réformes
ÉDUCATION PHYSIQUE
qui ont été récemment introduites dans le régime scolaire, ils n’en subsistent pas moins encore aujourd’hui. La durée des classes étant excessive, les enfants respirent dans leurs salles de travail un air vicié. L’alimentation est suffisante, mais le temps des repas est trop court et l’on continue à manger vite et en silence dans la plupart des lycées. Les heures de sommeil y sont trop restreintes et, par suite de la surcharge des programmes, les heures d’étude trop nombreuses et les temps de repos insuffisants ou mal répartis. Presque tous les lycées étant situés dans l’intérieur des villes, les préaux et les cours où les élèves passent leurs récréations sont trop exigus et ne permettent guère les « jeux de poursuite », qui constituent cependant pour les enfants et les adolescents le plus salutaire de tous les exercices. Enfin les mœurs y laissent beaucoup à désirer. M. Sainte-Claire Deville1 disait fort justement à ce propos, il y a plus de vingt ans : « La morale expérimentale, qu’on me passe le mot, ne peut pas plus se pratiquer sur l’homme que la physiologie ; mais quand on opère sur des animaux, quand, tenant un compte suffisant de l’intelligence humaine, on cherche à découvrir les causes physiques des défauts et des vices dans les enfants, qui, à certains moments de leur développement, sont si