‹ L'hygiène du neurasthénique (volume 2)Chapitre 33 sur 55 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Hygiène générale des neurasthéniques.

Psychothérapie.

Dans ces chapitres relatifs à l’hygiène générale des neurasthéniques, nous rechercherons successivement quelle doit être l’alimentation des malades, quels climats leur sont plus particulièrement favorables, quels avantages ils peuvent retirer de l’hydrothérapie , du massage et des exercices gymnastiques; enfin quelle doit être l’hygiène morale ou, si l’on peut ainsi dire, la diététique mentale de cette catégorie de sujets.

Tous les auteurs s’accordent aujourd’hui à reconnaître l’importance de la psychothérapie dans le traitement de l’asthénie nerveuse. Et cependant ce sujet a été presque toujours sacrifié dans les traités ou les monographies. Nous pensons avec M. Strümpel, avec M. Bouveret, que l’action morale exercée par le médecin et le milieu sur le neurasthénique, constitue un des plus puissants agents thérapeutiques que l'on puisse mettre en

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œuvre. C’est pourquoi nous l’étudierons ici en premier lieu.

Hygiène morale. — Psychothérapie. — Suggestion hypnotique. — En exposant les causes et les symptômes de la neurasthénie nous nous sommes efforcés de mettre en relief le rôle dévolu aux peines morales, aux passions tristes dans la pathogénie de la névrose, et l’importance de l’état de dépression mentale dans lequel vivent la plupart des neurasthéniques, quelle qu’ait été d’ailleurs la cause productrice de leur maladie. La déchéance de l’énergie psychique , de la volonté, la tendance au découragement, aux idées tristes, aux préoccupations hypocondriaques suscitées et entretenues par les sensations pénibles dont ils sont tourmentés, tels sont, avons-nous dit, les traits essentiels de la physionomie morale de ces malades. Nous avons insisté, comme il convenait, sur leur impressionnabilité, sur la facilité avec laquelle ils obéissent aux excitations diverses qui leur viennent soit d’eux-mêmes, soit de leur entourage, en un mot sur leur suggestibilité. Suggestionnables à l’état de veille, ils le sont en effet presque tous, bien qu’à degrés variables. Conséquence directe de l'affaiblissement de leur personnalité morale, cette suggestibilité est assurément une condition fâcheuse, puisqu’elle les livre à peu près sans défense à l’influence le plus

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souvent déprimante qu’exercent sur leur esprit, leurs troubles fonctionnels et le milieu même dans lequel leur maladie s’est développée. Mais en revanche elle permet au médecin d’agir d’une manière favorable sur l’état mental de ces sujets, de les réconforter moralement, de leur rendre le courage et la confiance qu’ils ont perdus en écartant de leur esprit les craintes, les idées tristes, les obsessions hypocondriaques qui ont engendré l’épuisement nerveux ou qui concourent pour une large part à son entretien.

Le traitement psychique des neurasthéniques ne consiste pas seulement dans l’influence morale réconfortante que le médecin est appelé à exercer sur le malade par ses paroles et par son attitude. Indépendamment de cette action directe du médecin sur le patient, il existe tout un ensemble d’influences psychiques dont la valeur thérapeutique n’est pas moindre et qu’il faut bien connaître : nous voulons parler des incitations suggestives que communique à l’esprit du malade la mise en œuvre des diverses mesures hygiéniques qui interviennent dans le traitement général de l’épuisement nerveux. L’isolement, le séjour à la campagne, sous un climat favorable, l'hydrothérapie, l’électricité, tous ces agents hygiéniques et thérapeutiques qui semblent s’adresser uniquement à l’état organique du patient, agissent aussi sur son état mental. Nous ne prétendons pas que

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ces agents physiques, tels que l’eau ou l’électricité, par exemple, soient exclusivement redevables de leurs effets thérapeutiques à l'influence suggestive qu’ils exercent sur l’esprit des névropathes ; mais il est certain que cette influence est considérable. C'est pourquoi nous devons ici envisager successivement :

1° L’action psychothérapique des différentes mesures d’hygiène que comprend le traitement général de la neurasthénie ;

2° Le rôle psychothérapique du médecin.

Nous examinerons ensuite quelle est la valeur de la suggestion hypnotique dans le traitement des états neurasthéniques.

1° Influence psychique des différentes mesures d’hygiène utilisées dans le traitement général de la neurasthénie (Psychothérapie indirecte). — L’action bienfaisante qu’exerce sur le moral des neurasthéniques la mise en œuvre des différents moyens hygiéniques que nous envisagerons successivement dans les chapitres ultérieurs est incontestable ; elle constitue un appoint précieux dans le traitement psychique de cette catégorie de malades. L’isolement, l’éloignement du milieu où s’est développé l’état névropathique, le séjour à la campagne, ou dans un établissement spécial, l’hy- / drolhérapie, l'électricité, tous ces agents thérapeutiques n’influencent pas seulement l’état soma-

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tique des patients; mais par des procédés fort dissemblables, ils agissent aussi d’une manière favorable sur leur état mental. On peut même affirmer que c’est à cette action morale qu’ils doivent la meilleure part de leur puissance curative.

En s’isolant de sa famille, en s’éloignant du milieu dans lequel sa neurasthénie s’est constituée, soit qu’il séjourne à la campagne dans un site agréable ou qu’il s’installe dans un établissement spécial, le malade surmené réalise aussitôt une réforme qui est particulièrement favorable au rétablissement de son équilibre moral. Il se soustrait aux excitations, aux causes de fatigue inhérentes à l’exercice de sa profession, quelquefois aux soucis, aux chagrins ou bien aux excès de toutes sortes auxquels il était exposé dans le milieu social où il a vécu jusqu’alors ; en un mot, il écarte ainsi de son esprit tous les facteurs de surmenage et de dépression morale qui ont engendré l’état névropathique ou concouru à l’entretenir. Il cesse d’avoir constamment présentes aux yeux les choses et les êtres au milieu desquels il a longtemps souffert et auxquels se sont étroitement associés le souvenir et la pensée de ses troubles et de ses misères quotidiennes. En s’éloignant de son entourage habituel, le malade échappe encore aux soins souvent trop attentifs, aux questions incessantes dont l’accablent ses proches sur sa santé, sur tel ou tel symptôme de son mal ;

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il s'évade en quelque sorte de cette atmosphère morale faite de sollicitude et de commisération et quelquefois aussi d'ironique indifférence, où se cultivent si bien sa dépression mentale et l’irritabilité de son caractère. En rompant brusquement avec ses habitudes, le neurasthénique, s’il est soumis, en son nouveau séjour, à l’influence réconfortante d’un climat approprié, de la vie calme des champs, renouvelle en quelque sorte son imagerie mentale et ses préoccupations hypocondriaques tendent à s'effacer. La discipline du traitement qui lui est prescrit redresse peu à peu l’énergie de sa volonté. Une personnalité nouvelle commence à se substituer à l'ancienne. Si dès ce moment le médecin vient exercer sur son esprit une influence suggestive, réconfortante et habilement conduite, les conditions essentielles du traitement psychique de l’état neurasthénique se tromperont réalisées.

L'isolement, c’est-à-dire le séjour dans un établissement spécial, et la séparation de la famille sont des éléments essentiels de la méthode systématique de M. Weir Mitchell, méthode que nous exposerons plus loin en détail. Mais cette mesure d hygiène morale doit quelquefois être imposée, soit séparément, soit associée à d’autres moyens hygiéniques dans diverses formes de l’épuisement nerveux ; et nous devons ici indiquer brièvement dans quels cas elle nous paraît être tout à fait nécessaire. Il est clair qu’il est tout un groupe

l’hygiène dit neurasthénique

de neurasthéniques que l’on peut traiter et guérir en les laissant dans leur famille. Tels sont par exemple ceux qui ont versé dans la forme légère de l’épuisement nerveux à la suite de fatigues corporelles excessives ou sous l’influence d’un surmenage intellectuel. Par contre, quelle qu’ait été la cause de la neurasthénie, l’isolement prolongé, la cessation de toute relation avec la famille doivent être formellement prescrits au malade lorsqu’il présente l’un des symptômes suivants : un abattement moral profond, de l’anorexie, des préoccupations hypocondriaques persistantes, des phobies, des crises d’anxiété ; il en est de même lorsqu’aux troubles fondamentaux de l’épuisement nerveux sont venus s’ajouter une intoxication chronique, l’éthylisme, la morphinomanie, la chloralomanie, l’éthéromanie, etc. La déchéance morale, l'affaissement de la volonté qui accompagnent ou plutôt d’où procèdent ces symptômes constituent le caractère fondamental de ces états névropathiques. Et ce sont précisément ces altérations de la personnalité qui réclament impérieusement l’isolement du sujet. D’une manière générale le médecin doit encore exiger la séparation toutes les fois que dans son enquête sur l’entourage du malade il découvre du côté des personnes vivant dans l'intimité de celui-ci soit une tendresse exagérée, soit une indifférence désobligeante, une inintelligence irritante de ses malaises et de ses souffrances.

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Il y a, avons-nous dit, dans l’ensemble des procédés hygiéniques ou thérapeutiques qui constituent habituellement le traitement de lepuisement nerveux, pn certain nombre d’agents physiques dont la mise eu œuvre peut influencer de la manière la plus heureuse l’état mental des malades. Au premier rang de ces procédés thérapeutiques qui sont susceptibles d’agir indirectetement sur l’esprit du patient se place Félectricité avec scs divers modes d’application. Il est certain que l’électricité statique (bains, douches, frictions, etc.) ou les courants continus, ou bien la faradisation, ont quelquefois soit amélioré sensiblement l’état général de quelques neurasthéniques, soit amené la disparition de tel ou tel symptôme marquant. Il est permis de penser que la plupart des succès que l’on compte à l’actif des méthodes électrothérapiques sont bien plus imputables à la disposition d’esprit dans laquelle les malades se sont soumis à ce genre de traitement qu’aux modifications organiques qu’il a pu apporter dans leurs centres nerveux. Il y a en effet des sujets qui pour une raison ou pour une autre sont convaincus d’avance de l’efficacité « du traitement électrique » ; ils ont foi en lui. D’autres, de culture moyenne, sont vivement impressionnés par cet agent physique de nature pour eux mystérieuse et puissante. Chez ces sujets pour ainsi dire préparés au miracle thérapeutique,

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l’étincelle ou l’effluve ont vite réalisé l’autosuggestion bienfaisante. M. Moebius 1 estime que les quatre cinquièmes des succès obtenus par l’électrothérapie sont dus à l’action suggestive que ses pratiques exercent sur l’esprit des patients. Pour Eulenburgla proportion de cette catégorie de cas serait d’un cinquième seulement. Il nous paraît difficile d’établir en chiffres précis le bilan des succès électrothérapiques attribuables à l’action suggestive. Nous ne nions pas que l’électricité puisse rendre de réels services en dehors de toute influence morale, mais il nous semble, comme à beaucoup de bons observateurs, que son action psychothérapique est incontestable. Le devoir du médecin est donc de discerner justement les cas dans lesquels le malade est appelé à bénéficier de cet agent de suggestion indirecte et à l’appliquer alors avec tout le soin et tout le sérieux nécessaires.

L’Hydrothérapie froide est encore un bon stimulant de l’énergie psychique. Un psychasténique à volonté débile qui s’astreint à se lever chaque jour à une heure précise pour recevoir un jet d’eau froide, exerce incontestablement sa faculté de vouloir. Il en est de même de la règle de vie imposée au patient par le médecin : la discipline du traitement auquel il est soumis

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