CLIMATOTIIÉRAPIE. — CHOIX D’UNE STATION
n'avaient pu leur donner. Ce sont surtout les neurasthéniques chez lesquels prédominent les symptômes d'excitation qui sont appelés à bénéficier d'un séjour à la campagne suffisamment prolongé et de l’isolement relatif qu’il réalise ; la céphalée, l'insomnie, l’excitabilité des sens, l’émotivité, tels sont les troubles qui nous ont paru s’amender plus particulièrement.
Climats maritimes. — Le séjour au bord de la mer doit-il être conseillé ou interdit aux neurasthéniques? Cette question est très controversée. Beaucoup de neurasthéniques se dirigent spontanément vers les stations de l'Océan en été et vers les stations côtières de la Méditerranée en hiver (Riviera di Ponente, Idyères, Cannes, Nice, etc.). Il est certain que ces malades n’ont pas toujours à se louer de leur séjour malgré qu’ils y aient vécu dans le calme et l’observance des règles d'une hygiène appropriée à leur état. C’est qu’en effet le climat maritime ne convient pas à tous les neurasthéniques. Sur les côtes, l’air est frais et vif et toujours en mouvement, les coups de vent y sont fréquents, les bains de mer même très courts ont une action tonique des plus énergiques; c’est pourquoi, en général, l’eau de mer et l'air marin n’agissent pas favorablement dans les cas ou dominent les symptômes d’excitation : ils aggravent plutôt ces symptômes et quelquefois
l’iiygiène du neurasthénique
môme provoquent l’apparition de nouveaux troubles. Certains malades sont pris d’insomnie ou s’éveillent fréquemment durant la nuit, qui jus- >*! qu’alors dormaient d’un bon sommeil; d'autres se plaignent, plus particulièrement vers le soir, d’une sorte de vague malaise fait de surexcitation mentale, d’énervement accompagné d'accélération notable du pouls et de sensation de chaleur à la peau; il en est qui sont tourmentés par des palpitations cardiaques. — Les neurasthéniques arthritiques hyperesthésiques, ceux dont l’épuisement nerveux se complique de manifestations hystériques, ceux qui sont sujets à des crises d’anxiété, ceux encore qui sont sous le coup d’une dépression morale intense et qui, habituellement tristes, présentent une grande tendance à la mélancolie, se trouvent généralement fort mal d’un séjour au bord de la mer. De même les neurasthéniques qui souffrent ordinairement de douleurs rhumatoïdes accusent fréquemment une aggravation de leurs souffrances. A tous ces malades les climats maritimes, même très secs, doivent être déconseillés.
Par contre le séjour au bord de la mer donne souvent de bons résultats chez les sujets frappés d’épuisement nerveux à la suite de fatigues physiques excessives ou de travaux intellectuels exagérés, et d’une manière générale dans tous les cas où les phénomènes d’éréthisme et d’excita-
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tion font à peu près défaut et où prédominent les symptômes de langueur et de faiblesse, tels que l’asthénie musculaire, l'inaptitude au travail, la paresse des fonctions digestives. — Il va sans dire que les neurasthéniques qui se rendent pour y séjourner dans une station de bains de mer doivent s’installer près d’une plage tranquille, loin des villes d’eaux à la mode, se tenir à l’écart de la vie mondaine qu’on y mène et des mille causes de fatigue ou d’excitation qui s’y trouvent généralement réunies. On comprend qu’une pareille villégiature ne serait guère plus hygiénique ni plus profitable au patient que le séjour dans une grande Aille quelconque.
Voyages. — Doit-on conseiller les voyages aux neurasthéniques? On ne saurait tracer à cet égard de règle absolue. Il en est des voyages comme de tous les autres moyens employés dans le traitement de l'asthénie nerveuse : ils peuvent produire des effets heureux ou nuisibles suivant qu’ils sont prescrits bien ou mal à propos. C’est pour le médecin affaire de jugement et de tact.
III est certain que beaucoup de praticiens invitent d’une manière quelque peu banale tous leurs névropathes à voyager, Or il arrive fréquemment que les neurasthéniques ainsi transformés en touristes par ordre médical, voient leur état s’aggraver après quelques semaines de pérégri-
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nations; la plupart, leur exode étant accompli, constatent amèrement qu’ils sont tout aussi malades qu’ils l’étaient au jour du départ. Beard et Charcot ont adressé de fortes et ironiques critiques à ces confrères qui prescrivent invariablement de longs voyages à leurs clients neurasthéniques sans en mesurer ni les indications ni les contre-indications. Pour apprécier à sa juste valeur une semblable méthode il suffit de se représenter ces voyageurs neurasthéniques souffrant d’asthénie musculaire, toujours fatigués, qu’une simple promenade épuise, s’embarquant pour des pays lointains, quittant le bateau pour prendre le train, allant de ville en ville, passant des jours entiers à visiter les monuments et les musées, excursionnant toujours, et dyspeptiques, condamnés à changer sans cesse d’alimentation et de régime. 11 est clair qu’un pareil genre de vie est peu fait pour restaurer l’équilibre et l’énergie de leur système nerveux épuisé. On sait que tous les sujets atteints de neurasthénie grave, les débilités, ceux qui souffrent d’atonie gastrointestinale doivent garder le repos. Il leur faut Une vie calme et régulière. Il est évident que les voyages ne leur conviennent nullement et soit qu’ils restent chez eux, soit qu’ils aillent à la campagne, à la montagne ou au bord de la mer, Une fois installés dans leur nouveau séjour ils devront s’abstenir des déplacements et des excur-