CHAPITRE I GÉNÉRALITÉS
Envisagée en général, l’hygiène prophylactique poursuit un double but; elle se propose, en premier lieu, d'écarter les causes génératrices des maladies, en second lieu, si ces causes sont inévitables (il en est ainsi notamment des tares héréditaires constituées , de mettre les sujets qui se trouvent exposés à leur action nocive en état de leur résister. En étudiant les causes de la neurasthénie nous avons vu quelle était l’importance du rôle dévolu à Y hérédité morbide dans le développement de cette alTeclion; nous avons été conduits à reconnaître que l’hérédité neuro-arthritique était capable d'engendrer à elle seule cette névrose, mais qu’elle
Bau,et, — Hyg, du oeurastli, I 1
l’hygiène du neurasthénique
agissait le plus souvent à la manière d'une cause prédisposante en réalisant chez les sujets soumis à son influence, cette débilité native du système nerveux qui le laisse sans défense vis-à-vis des multiples causes provocatrices de la maladie. La première tâche à remplir dans le traitement préventif de la neurasthénie se trouve ainsi tout naturellement tracée. Elle consistera à sauvegarder l'avenir des enfants issus de parents névropathes ou arthritiques en réprimant leurs tendances héréditaires, en renforçant autant que possible l'énergie et la résistance de leurs centres nerveux. Pour atteindre ce but il ne faut rien moins que la mise en pratique méthodique et patiente de tous les moyens dont l’hygiène dispose, et cela durant toute la période du développement des sujets, depuis l'enfance jusqu’à l’âge adulte. Préciser les termes d'un pareil programme c’est exposer le régime d'éducation morale et physique qui convient aux enfants chargés de tares héréditaires ou congénitalement prédisposés à l’épuisement nerveux.
Au seuil même de cette étude se pose une question capitale. EsL-il certain que l’éducation soit capable de réprimer les tendances morbides congénitales, de modifier profondément chez 1 individu le tempérament, les penchants, la constitution nerveuse qu'il a hérités de ses ascendants? Les
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savants et les philosophes ont émis sur ce point des opinions fort dissemblables et même complètement opposées. On sait combien, au siècle dernier, le pouvoir réformateur et plastique attribué à l’éducation avait été exagéré : on allait jusqu’à se demander naïvement, avec Helvétius, si le talent, comme la vertu, ne peut pas s’enseigner et si les différences qui existent entre les hommes ne proviennent pas uniquement des différences de milieu et d'éducation reçue. De nos jours, après les observations relatives aux faits d’hérédité, on a plutôt tendance à adopter une croyance opposée. Beaucoup pensent avec H. Spencer que l’éducation est inutile, ou presque impuissante, que l’évolution humaine est toujours et fatalement régie par l’hérédité, que la destinée morale de l’homme est contenue dans le fœtus et que l’on naît fou ou déséquilibré comme on naît poète. Au sens de celte doctrine outrancière, il semble donc que la tare nerveuse, une fois implantée dans la famille, doive se transmettre inéluctablement à toute la descendance, produisant soit la folie morale, soit les maladies du système nerveux ou telle autre forme de la misère physiologique qui aboutira un jour à la stérilité et partant à l’extinction de la race : cette conception moderne, qui accorde à l’hérédité une puissance au moins égale à celle que les poètes
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anciens prêtaient à la Fatalité, est assurément excessive. L’antinomie qui existe entre le pouvoir attribué par certains penseurs à l'éducation et par d’autres à l’hérédité n’est pas dans les laits; entre les opinions extrêmes il y a place pour une opinion moyenne, plus conforme à la réalité des choses. Il est certain que les lares morbides accumulées dans quelques familles, agissant d'une manière en quelque sorte massive, peuvent produire chez leurs descendants d'irrésistibles poussées. Mais l’influence héréditaire n’a pas toujours cette puissance d’action et c’est là à coup sùr le cas le plus fréquent. Alors l’éducation peut intervenir efficacement; elle arrive à créer des instincts artificiels capables de faire équilibre aux instincts héréditaires, de les étouffer même, de substituer enfin à Y habitude ancestrale , innée, Y habitude individuelle , acquise.
L’éducation des enfants héréditairement prédisposés au nervosisme doit poursuivre un triple but : 1° développer harmonieusement toutes les capacités de l’individu et plus particulièrement les capacités spéciales à chaque sujet, mais dans la mesure oii elles ne peuvent nuire à l’équilibre général de l'organisme; 2° enrayer les tendances héréditaires susceptibles de troubler l'équilibre physique et moral; 3° fortifier l'énergie, la
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résistance physiologique du système nerveux.
Une bonne méthode d'éducation doit tendre tout d'abord à assurer le développement de la force et de ce qu’on appelle la sanlé physique. C’est là la première nécessité, puisque la santé physique est la condition essentielle ou, si l'on veut, la base de la santé intellectuelle. Après le développement physique se place le développement moral. L’éducation morale possède en effet une puissance d’action bien supérieure à celle de l’instruction en tant que moyen de réformer les tendances héréditaires morbides. Elle est bien plus apte que l’éducation intellectuelle proprement dite à doter les hommes des qualités psychiques qui les feront résistants et forts dans la lutte pour la vie. L’éducation scientifique n'arrive donc qu’au dernier rang’ et nous n’avons à nous en occuper ici que dans ses rapports avec l’hygiène.
Nous allons donc examiner successivement, dans ce chapitre, les principes qui doivent régir : 1° l’éducation physique; 2” l’éducation morale des enfants héréditairement prédisposés à l’épuisement nerveux.