‹ L'hygiène du neurasthéniqueChapitre 22 sur 76 · I. Weber, Boston mat. Journal, 1SSS · texte numérisé non relu

I. Weber, Boston mat. Journal, 1SSS

PATHOGÉNIE

vaso-moteurs, à des alternatives de spasme et de congestion s'effectuant dans les centres nerveux sous l'influence des causes les plus légères. 11 proposa donc de définir la neurasthénie une névrose vaso-motrice.

Mais, en supposant que l’opinion d’Anjel soit conforme à la réalité des choses, il est évident que sa conception n’éclaire que la physiologie pathologique des troubles fonctionnels de la neurasthénie et non point la pathogénie de la maladie elle-même. Elle ne fait que poser le problème sous une forme nouvelle et elle ne nous dit pas quelle est la raison précise de ce désordre de l’innervation vasomotrice et comment il se trouve réalisé par tant de causes si diverses.

En résumé, aucune des théories pathogéniques que nous venons d'indiquer n'est entièrement satisfaisante. Ces théories laissent subsister tout entière la conception la plus généralement admise aujourd'hui, à savoir : que l’épuisement nerveux a sa raison d’être dans une modification de tous les centres nerveux. En quoi consiste essentiellement la névrose? Quelles sont les altérations anatomiques ou chimiques des centres nerveux d’où dépendent les troubles psychiques, moteurs, sensitifs, circulatoires, etc., qui la caractérisent? EL

comment les passions dépressives, les émotions, le surmenage sous toutes ses formes arrivent-ils à les réaliser? Nous l’ignorons. On peut supposer avec Erb un trouble délicat de la nutrition des élémentnerveux; avec Beard un défaut d’équilibre entre leur union et leur séparation, avec Féréune modification de leur vibratilité, sans être plus renseignés pour cela.

Mais si nous ignorons la nature intime du désordre nerveux, nous savons qu’il se traduit du côté des différents appareils par une diminution de l'énergie nerveuse : celle-ci n’est plus ni régulièrement distribuée, ni uniformément soutenue.

Quelle que soit la cause de l'état neurasthénique, qu’il soit constitutionnel ou acquis, primitif ou secondaire, consécutif à un trouble gastrique, à une maladie organique, ou. ce qui est le plus habituel, à une secousse morale, c’est cet affaiblis*, ment de l'énergie nerveuse qui le constitue. Et en nous servant de ce mot nous le prenons dans son sens général qui est le sens vulgaire : l’énergie nerveuse, c’est ce qu’on appelle communément l'énergie tout court. Physiologiquement nous la connaissons fort mal; nous savons quelque chose île l’énergie électrique, de l’énergie thermique : nous ne connaissons l’énergie nerveuse que par ses manifestations :

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nous ignorons presque tout de ses conditions déterminantes élémentaires. Nous ne savons même pas très exactement localiser ses troubles : on 11e saurait dire en effet avec précision quel est l’organe ou quels sont les organes où se localise la fatigue chez le neurasthénique. Il ne semble pas que ce soit dans la fibre musculaire ; ce n’est certainement pas dans les nerfs; mais est-ce dans la plaque terminale des muscles1 2, dans les cellules de la moelle ou dans celles de l’écorce cérébrale? Il ne paraît pas douteux que, pour une bonne part au moins, la fatigabilité du neurasthénique relève du trouble de ces dernières. Ce n'est pas à dire pour cela, qu’on le remarque bien, (pic celte fatigabilité soit un phénomène psychique ou du moins exclusivement psychique

C’est un point sur lequel il est nécessaire de bien s’entendre car l'hygiène et le traitement de la neurasthénie en dépendent.

Quand on parle d'affection psychique on entend

1. Voir à* ce sujet : M"" J. Jolcyko. Participation des centres nerveux dans les phénomènes de fatigue musculaire, in Année ■psychologique, 1900, et l'article de Z. Trêves, même revue, 1905.

2. Maurice de Fleury, dans son très intéressant livre sur Les grands Symptômes neurasthéniques , nous considère à tort comme partisan de la nature psychique île la neurasthénie. Certains passages de la première édition de cet ouvrage, où nous avons exposé d'une façon peut-être insuffisamment précise notre pensée, ont pu donner lieu à ce malentendu que nous tenons à dissiper.

en général un trouble d'imagination , résultant d’une idée, d'une croyance qui s’est imposée à l'esprit,.

Il s’agit tantôt d'interprétations erronées comme chez les persécutés ou les mélancoliques, ou d'images de troubles comme chez les hystériques. Sans douLe on serait en droit de se demander si les délires systématisés ou le délire du mélancolique ou les troubles psychiques de l’hystérie constituent bien des troubles primitivement et foncièrement psychiques. Quelles que soient leur origine et les conditions organiques et psychologiques de leur genèse ils se présentent du moins cliniquement comme tels. Ce n'est pas le cas des troubles neurasthéniques : ici on a affaire à de la fatigue, à de l’épuisement, à de la diminution d'énergie nerveuse. Rien ne ressemble à l étal permanent et durable du neurasthénique comme l'état transitoire et passager de l'homme surmené accidentellement par quelques excès de travail ou de table et par l'insomnie qui en est souvent la suite : dans les deux cas s’observent la céphalée, le sentiment de lassitude et d’impuissance physique et morale, les phénomènes d’atonie gastrique, plus accusés sans doute dans le premier que dans le second, mais, au degré près, identiques dans les deux cas. L’imagination, l auto-suggestion, la croyance

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erronée n'ont rien à affaire en pareil cas dans la genèse des phénomènes. Si elles interviennent c’est secondairement pour fixer les troubles el les rendre plus tenaces et plus durables.

Nous avons déjà touché ce point à l'occasion de l’état mental du neurasthénique et nous y reviendrons plus loin à propos du traitement psychothérapique. Nous montrerons en outre que certains des phénomènes de fatigue, l'amyosthénie par exemple, peuvent s'atténuer, se dissiper ou s'accroître sous l’influence de causes morales : ce qui ne veut pas dire qu'ils soient « imaginaires », mais qu ils sont influencés par des actions dynamogènes parmi lesquelles les actions morales tiennent une place importante. Pas plus que Maurice de Fleury je ne crois « à la subjectivité pure et simple de la sensation de fatigue chez les neurasthéniques vrais »>; avec lui je pense au contraire que celte « sensation de fatigue, ce sentiment de pesanteur du corps, ce besoin d’efforts pour marcher, pour monter, pour se tenir debout, ce vide dans la tète qui fait croire à la syncope prochaine et qui d'ailleurs n’y aboutit jamais, cet angoissant besoin de réparer ses forces, tout, cet ensemble qui caractérise l’épuisement nerveux, obéit à des lois stables qui sont des lois de mécanique ». Ce qui ne m’empêche pas d’admettre que les malades peuvent

s’habituer à leurs sensations, et à un moment donné, par un effet de cette habitude qui devient une sorte d’auto-suggeslion, mettre « beaucoup d'imagination dans leur sentiment de lassitude » : les neurasthéniques traumatiques en sont la preuve.

Mais à mon sens on comprendrait mal la neurasthénie et le neurasthénique si on ne voyait que ces auto-suggestions secondaires, et si l’on y ramenait tous les phénomènes. Ce serait subordonner le constant à l'accidentel, le primitif au secondaire, le principal à l’accessoire. J'admets volontiers avec Dubois (de Berne) que, lorsqu’on analyse la fatigue du neurasthénique, on y peut souvent découvrir autour « d’un noyau de fatigue vraie une gangue d’auto-suggestion de la fatigue ». Mais je ne puis accepter avec lui que dans la règle la « gangue » soit aussi « énorme » et le noyau aussi « imperceptible » qu’il le suppose.

La neurasthénie n’est pas, comme l’hystérie, une maladie par auto-suggestion, ou du moins elle ne l’est qu’accessoiremenl, c'est avant tout une affection de l’énergie.

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