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CHAPITRE III

RÉGIME ALIMENTAIRE

Le régime alimentaire, chez le neurasthénique, doit viser une triple indication : 1° Restituer au système nerveux son énergie défaillante; 2° S’adapter aux exigences de l'estomac plus ou moins atone; 3° S’adapter à celles de l’intestin en état d’atonie, de spasme ou d'irritation. La multiplicité de ces indications, qui assez souvent se contredisent l'une l’autre, crée des difficultés réelles pour l’établissement d’une bonne diététique. Alors que fréquemment l’état général mauvais commanderait une nourriture abondante et riche, la dyspepsie gastrique oblige à restreindre et à choisir les aliments ; d’autre part le régime qui convient à l’atonie gastrique n’est pas toujours celui qui s’adapte le mieux à l’atonie intestinale qui coïncide si fréquemment avec elle; de là, l’obligation pour le médecin de louvoyer en quelque sorte, et d’instituer le régime en conformité avec les indications

prédominantes. On conçoit en effet, par ce qui précède, qu'il n’y a pas un régime alimentaire, mais des régimes alimentaires pour les neurasthénique- Ici, sans doute, comme ailleurs, l'empirisme et l’esprit systématique se sont donné libre carrière : il y a des médecins qui ont leur régime pour la neurasthénie. Ce que nous avons dit suffit à laisser entrevoir combien sont anti-cliniques ces pratiques exclusives, plus dignes de la quatrième page des journaux que des livres médicaux sérieux. C’est une tautologie, mais qu’il n'est pas inutile de rappeler, que, pour faire de la médecine, le mieux encore est d’être médecin, c’est-à-dire de rechercher les indications particulières à chaque cas et de s’efforcer de les remplir. Depuis Hippocrate les médecins dignes de ce nom ont procédé de la sorte, tandis que, depuis Hippocrate aussi, les empiriques ont eu leur procédé, leur remède, leur système.

Nous n’exposerons donc pas ici notre régime alimentaire de la neurasthénie, mais nous dirons brièvement de quelle façon et dans quelle mesure il est possible de remplir les indications que nous avons énumérées plus haut.

REGIME ALIMENTAIRE

Le Régime alimentaire envisagé comme reconstituant de l’énergie nerveuse.

Pour qu’il soit possible d'instituer à ce point de vue un régime parfaitement rationnel, plusieurs conditions seraient nécessaires : 1° 11 faudrait connaître avec précision ce qu’absorbe et ce que restitue la cellule nerveuse, à l’état de repos et à l’état d'activité, c’est-à-dire, en d’autres termes, les phénomènes de sa nutrition à l'état statique et dynamique; 2° Il faudrait savoir quelles sont exactement les mutations subies par les divers aliments au travers de l’organisme, et pouvoir déterminer, en tenant compte de ces mutations, la quantité et la qualité de ceux qui doivent être absorbés pour venir en aide au travail nerveux.

Nous sommes loin d’une semblable précision. A vrai dire nous ignorons presque tout des éléments qui pourraient nous permettre d’envisager pratiquement le problème tel que nous venons de le poser. Parce que la substance nerveuse de l’écorce renferme dans sa constitution des graisses phosphorées (cérébrine, lécithine), on a pensé que l’administration par la bouche de substances (alimentaires ou médicamenteuses) contenant du phosphore

l’hygiène du neurasthénique

pourrait restituer au neurasthénique son énergie. L'observation empirique n’a pas tout à fait infirmé celte conceplion; on en est pourtant encore à rechercher une substance phosphorée qui soit certainement assimilable à la substance nerveuse et dont on puisse dire avec certitude qu’elle influence la nutrition et le fonctionnement de cette substance.

Si l’on est conduit à instituer chez le neurasthénique un régime alimentaire tonifiant, c'est parce qu’on suppose, non sans quelque raison, que l'asthénie nerveuse se relie à la dénutrition générale, et que le rétablissement de la santé physique doit remédier à l'insuffisance d’énergie nerveuse. Les faits bien observés par Weir-Mitchel et confirmés par tous les observateurs, viennent à l'appui de cette manière de voir. Il ne faut pas perdre de vue toutefois que les neurasthéniques ne sont pas toujours, tant s’en faut, des malades anémiques et amaigris : il y en a dont les apparences extérieures sont au contraire très satisfaisantes. Ce qui prouve que si l’asthénie nerveuse s'associe souvent à un certain degré de déchéance organique, soit qu’elle en résulte, soit qu'elle la provoque, elle peut par contre en être indépendante.

Il y a plus; il faut bien se garder d'instituer d’emblée chez, tous ceux qui présentent des signes

RÉGIME ALIMENTAIRE

de neurasthénie (céphalée, rachialgie, lassitude, vertiges, impuissance cérébrale, etc.) le traitement reconstituant qui ne convient qu’à quelques-uns. Il importe au préalable d’examiner avec grande attention le malade pour s’assurer qu’on n’a pas affaire à un de ces états de neurasthénie secondaire qui comportent des indications toutes différentes.

En effet les symptômes neurasthéni formes peuvent être sous la dépendance de troubles soit de la nutrition, soit de certaines fonctions, que ne ferait qu’aggraver le régime alimentaire indiqué chez les neurasthéniques vrais.

C’est ce qui a lieu par exemple chez beaucoup d’arthritiques, avec ou sans hypertension. Chez ces malades, qui sont des auto-intoxiqués, l’hyperacidité des humeurs commande un régime modéré en quantité, où la viande et les albuminoïdes en général ne doivent tenir qu’une petite place. Ce sont évidemment ces cas qu'ont eu sous les yeux les médecins (Vigoureux. Gautrelet) qui ont recommandé d’alimenter le neurasthénique plutôt avec des aliments hydro-carbonés qu’avec des aliments quaternaires. Sans doute celle pratique est légitime dans les cas spéciaux dont il s’agit. Etendue à tous les neurasthéniques, aux vrais, elle serait désastreuse. Ce qui prouve encore l’impérieuse

nécessité, pour faire une bonne thérapeutique, d’un bon diagnostic préalable.

Ce que nous venons de dire des neurasthéniques par auto-intoxicalion arthritique s’applique aux neurasthéniques hépatiques (Glénard, Lagrange); chez ceux-là le régime doit avant tout viser le foie.

C’est donc seulement lorsqu'un examen clinique aLtentif aura démontré qu’on n'a pas affaire à un de ces états neurasthéniformes secondaires dont nous venons de parler, mais à la neurasthénie vraie, qu’on devra se préoccuper des aptitudes reconstituantes du régime alimentaire. Nous avons dit plus haut combien les notions que nous possédons sur ce point sont vagues et imprécises. Ce qui importe tout au moins c’est que le taux alimentaire ne soif pas, chez les malades, inférieur à ce qu’il doit être chez un homme normal. Il ne sera pas inutile de rappeler ici sommairement ce que la physiologie nous enseigne à ce sujet.

On sait que les aliments se divisent en trois catégories : les aliments azotés, les aliments gras, et les aliments hydro-carbonés (aliments féculents, amylacés, sucrés), auxquels il faut ajouter les sels et l’eau dont nous parlerons plus loin.

a. Aliments azotés, yms et hydrocarbonés. — Les aliments azotés ou albuminoïdes ont en partie pour fonction de reconstituer la trame de nos

tissus; les gras, les sucrés, et une partie des albuminoïdes servent à produire de la chaleur et de l’énergie. Un bon régime est celui qui renferme, dans des proportions déterminées, les trois catégories d'aliments, et l'homme instinctivement est conduit à faire usage de ce régime mixte.

D'après A. Gautier1, dont les chiffres se rapprochent sensiblement de ceux fournis par les autres auteurs, il faut, par jour, à l’homme adulte moyen des races de l'Europe et de l’Amérique du Nord, pour se maintenir en bon état de santé, en ne fournissant toutefois qu’une quantité minima ou nulle de travail :

D’albuminoïdes 110 gr.

De graisses 60 —

De sucre ou d’amidon (dont le 3° environ peut être remplacé par son demi-poids d’alcool,

40 gr. à peu près). 422 —

Chez l’homme qui se livre à un travail musculaire pénible, ces chiffres augmentent notablement. 11 faut alors, toujours d’après Gautier :

D’albumine 152 gr.

De graisse 85 —

D’hydrate de carbone 630 —

A une activité moyenne doivent correspondre des doses alimentaires intermédiaires. Il va sans

1. A. Gautier, L' alimentation et les régimes , Paris, 1004: Ballet. — Hyg. du neurasth. 1(3

l’hygiène du neurasthénique

dire que ces chiffres sont plus ou moins variables suivant l’âge, la taille, le sexe, la saison.

Les trois catégories d'aliments sont indispensables à la santé. On ne peut pas vivre exclusivement d'albuminoïdes, au moins longtemps, ni exclusivement de graisse ou d’hydro-carbones. Mais il peut y avoir sans inconvénients substitution, dans une certaine mesure, d'une catégorie d’aliments à une autre, des hydro-carbones aux graisses par exemple ou inversement. Une bonne partie des aliments azotés, les aliments gras et hydro-carbonés jouent dans l'économie le rôle de combustible. Or un combustible peut être remplacé par un autre. Dès lors on a cherché une commune mesure qui fût applicable aux trois sortes d'aliments et permît de doser l'alimentation quelle que fût la part respective faite à chacun d'entre eux : cette commune mesure c’est la calorie. On sait que la calorie est la quantité de chaleur nécessaire pour élever d’un degré la température d'un kilogramme d’eau.

D’autre part les recherches de Riibner ont établi :

Qu’un gramme d’albumine équivaut à i.i calories.

— de graisse — à 11.3 —

d’hydrates de carbone équivaut à. 4<3 —

D'où il appert, en multipliant par ces coefficients les chiffres indiqués plus haut, qu'un adulte

du sexe masculin, menant une vie de repos, doit absorber une quantité d'aliments susceptible de fournir 2800 calories environ ; l’homme qui traivaille en doit pouvoir produire beaucoup plus, de 3 500 à 3 800, la femme au repos beaucoup moins, 2000 à 2 200.

Il résulte de ces données qu’un neurasthénique qui, par perte d’appétit, paresse de l’estomac, difficulté de la digestion ou toute autre cause, absorbe une quantité d’aliments équivalant à moins de 2800 calories, ou à moins de 110 grammes d’albuminoïdes, 09 grammes de graisse, 422 grammes d’hydrocarbones, s'alimente insuffisamment et a chance de voir son état d’asthénie persister ou s’aggraver plutôt que s’améliorer.

Certes, dans la pratique, il ne sera pas indispensable de doser d’habitude d’une façon méticuleuse les aliments pris par le malade. Il importe cependant de ne pas s’en rapporter exclusivement aux assertions de ce dernier relativement à la suffisance où à l'insuffisance de sa nourriture; et il faut avoir une mesure qui puisse servir d’étalon pour se faire une idée précise de ce qui est absorbé. On doit à cet égard recourir : 1° à la pesée intermittente des aliments, 2° à la pesée du malade; 3° à l’analyse des urines.

On fera peser de loin en loin, et pendant deux

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