A. Martinet, Les aliments usuels , Paris» Maséon
256 l’hygiène du neurasthénique
Le graphique 2 (fig. 5), correspond au régime de travail.
Sur le graphique 3 (fig. 6), nous avons super-
posé au régime normal de l’homme au repos, ou se livrant à un travail très modéré, celui, repré-
Fig. 5. — Graphique du régime au cours d'un travail pénible.
scnté par un pointillé, d’un homme absorbant quotidiennement trois litres de lait, on y apprécie d’emblée le surcroit des albuminoïdes et des graisses et l’insuffisance «les hydrocarbones.
Le graphique i (fig. 7) représente le régime P>
RÉGIME ALIMENTAIRE
que nous avons indiqué plus haut, toujours superposé à un régime normal.
Nous pensons que celte méthode de représenla-
Fig. 6. — Graphiques comparatifs d'un régime normal do repos (lignes pleines) et du régime lacté à 3 litres de lait par jour (pointillé). Dans ïe régime lacté, surcroît d'albuminoïdes, surcroît do graisse, déficit en hydrocarbone.
tion, qui parle à l’œil, est susceptible de rendre des
Fig. 7. — Graphiques comparatifs d’un régime normal do repos et du régime B, ci dessus (p. 255).
services. Il sera toujours facile de construire le graphique du régime d’un neurasthénique grâce aux pesées que nous avons recommandé de faire de temps en temps; et, en rapprochant ce gra-
Ballet. — Hyg. du neurasth. 17
l’hygiène du neurasthénique
phique de celui du régime normal moyen, on verra si le régime en question est satisfaisant ou défectueux.
b. Des sels de V alimentation. — Chaque jour nous éliminons par les urines, les sueurs ou les fèces, 26 grammes en moyenne de matière minérale, composée pour une moitié environ de chlorure de sodium, et pour le reste surtout de phosphate et de sulfate de potasse et, en moindre proportion, de phosphate et de sulfate de soude, de chaux et de magnésie. A ces sels il faut ajouter quelques milligrammes de fer et de silice, et des centièmes ou des millièmes de milligrammes d’arsenic, de cuivre de manganèse, d’iode, de brome, de bore. Ces derniers éléments sont éliminés grâce surtout à la desquamation épithéliale ou par la chute des poils et des cheveux. (A. Gautier.)
Ces éléments minéraux, qui font partie intégrante de nos organes et de nos plasmas, doivent figurer dans l’alimentation ; s'ils en sont exclus les animaux s’étiolent et finissent par mourir, comme l’ont établi les expériences déjà anciennes de Chossat et de Boussingaull et celles, plus récentes, de Forster et de Kemmerich.
Ils sont d’ailleurs très inégalement répartis dans les divers tissus. Le tissu nerveux, qui est celui qui nous préoccupe surtout, renferme, d'après
RÉGIME ALIMENTAIRE
Gautier, pour mille parties fraiches, les matières minérales suivantes :
Chlore o,4
Acide phosphorique 0,85 à 1,4
Acide sulfurique 0,14
Potasse 0,71 à 2,12
Soude 0,75 à 1,3
Chaux 0,03
Magnésie 0,063 à 0,73
Peroxyde de fer 0,04 à 0,12
Anhydride carbonique 0,21 à 0 33
Mais ce qu'il importe de connaître c’est moins la teneur des divers tissus en substances minérales que les doses de ces substances quotidiennement éliminées, car ce sont elles qui nous indiquent les apports correspondants que nous devons trouver dans l’alimentation de chaque jour.
Or, en vingt-quatre heures, l’organisme normal élimine :
Potasse 3 gr. 22
Soude 7 — 70
Chaux 1 — 47
Magnésie 0 — 56
Peroxyde de fer 0 gr. 04
Acide phosphorique. 3 — 9 Acide sulfurique.... 2 — 03 Chlore 8 — 30
Il n est pas possible de préciser même approximativement ce qui provient, dans ces déchets, de la désassimilation du tissu nerveux. Mais les divers régimes auxquels peuvent être soumis les neurasthéniques (régime lacté, lacto- végétarien, carné) renferment, en tenant compte du chlorure
l’hygiène du neurasthénique
de sodium que nous y ajoutons, suffisamment de principes minéraux pour qu’on n’ait pas à se préoccuper du dosage de ces principes.
Toutefois la richesse en phosphore du tissu nerveux, qui n'en renferme pas moins de 12 grammes dans son ensemble, les pertes exagérées en acide phosphorique ou en phosphates que quelques auteurs ont constatées, soit sous l'influence du travail cérébral intensif (Byasson, A. Gautier;, soit dans les états nerveux (Mairet, À. Robin , ont porté à se préoccuper, dans l’alimentation des neurasthéniques, des apports phosphorés et à introduire dans le traitement des états d’asthénie nerveuse, l'usage des phosphates de diverses sortes.
Les substances phosphorées sont fournies à notre économie soit par les aliments animaux, soit par les aliments végétaux, soit en nature et sous forme médicamenteuse.
Parmi les aliments d'origine animale, le lait en renferme une notable proportion (50 centigrammes d’acide phosphorique par litre); les œufs en contiennent sous forme de lécithine? (13 centigrammes d’acide phosphorique par œuf). Les combinaisons phosphorées des œufs et du lait sont certainement très assimilables.
Quant au régime carné, riche en azote, il est. au contraire, comme l’a fait remarquer Joulie, insuffi-
RÉGIME ALIMENTAIRE
sant en acide phosphorique. Il en est autrement du régime végétarien, moins riche en azote mais plus riche en acide phosphorique. Aussi est-ce à ce dernier que nous devons principalement demander le phosphore dont nous avons besoin tant à l’étal normal, qu’à l’état pathologique. Les céréales constituent à cet égard une réserve précieuse de produits phosphorés; on peut les employer sous forme de pain, de farine, de bouillies, ou de décoctions. (Springer.)
Des expériences déjà anciennes ont montré que si l'on administre des phosphates minéraux en nature à une vache laitière, la richesse en phosphates de son lait n’est pas modifiée; pour qu’elle le soit il faut mélanger ces sels au sol, de sorte que l’animal les absorbe par l’intermédiaire des graminées de la prairie. Comme l’a dit Boussingault, « les phosphates, pour être assimilés par l’organisme, doivent être élaborés dans un creuset particulier qui est le végétal* ». Ces faits portent à douter de l’efficacité des préparations phosphatées d’origine minérale dont on a, dans ces dernières années, multiplié les formules pharmaceutiques. C’est pour remédier à leur insuffisance qu’on a cherché à isoler des céréales un acide phosphorique
Voir A. Martinet, loc. cil., p. 20.
l’hygiène du neurasthénique
organique [phytine] (Gilbert et Posternak qu'on a pensé jouir des propriétés des phosphates naturels des végétaux.
Quoi qu'il en soit de la valeur de ces divers produits pharmaceutiques sur lesquels la clinique ne nous a encore rien montré de décisif, c'est aux aliments (céréales, légumineuses) qu'il est préférable, quand on le peut, de demander les principes phosphorés nécessaires au système nerveux des neurasthéniques.
Il y a quelques années, Joulie a préconisé dans l’asthénie nerveuse l’usage de l'acide phosphorique en nature. Partant de cette idée que les urines sont d’ordinaire hypo-acides chez le neurasthénique, il en avait inféré qu'il y a lieu, chez ces malades, de suppléer à l’insuffisance de l'acidité organique par l’administration d’une médication acide; et c’est en Lanl qu’agent susceptible d'augmenter l’acidité des humeurs, plutôt qu'en tant que composé phosphoré que l'acide phosphorique lui a paru le médicament de choix dans la neurasthénie.
Joulie dose l’acidité urinaire par un procédé à lui, pratiqué dans la plupart des laboratoires de chimie, et, suivant le degré plus ou moins marqué de l’hypo-acidilé, il prescrit le médicament à doses plus ou moins élevées.
RÉGIME ALIMENTAIRE 263
On peut l'administrer sous les formes suivantes :
1. Phosphate de soude cristallisé Acide phosphorique officinal..
Eau, q. s. pour un litre.
! à 3 cuillerées à café à chaque repas (2 fois par jour).
Sirop de sucre, q. s. pour un litre.
I à 3 cuillerées à soupe par jour.
La médication acide n'a pas donné, entre les mains des médecins, les heureux résultats annoncés par Joulie, et si quelques-uns (Cautru, Martinet) ont eu à s’en louer, d’autres l’ont trouvée inefficace.
Nous pensons qu’elle doit être réservée pour certains cas particuliers dont, à la vérité, il nous a semblé difficile de déterminer la nature autrement que par tâtonnements; car le critérium proposé par Joulie et emprunté à l'analyse des urines et au degré de leur acidité nous a paru insuffisant.
c. On a pensé pouvoir utiliser avec avantage chez les neurasthéniques certains aliments comme le café, le thé, la kola, même l'alcool, qu’on a considérés comme des aliments énergétiques (Gautier). Ce sont des stimulants dont l'usagé habituel et en quantité amène, à la suite de la stimulation, de la dépression (Féré). On ne doit les permettre qu’accidentellement et à petites doses.
2. Acide phosphorique officinal Teinture de zestes de citron.
43 cent, cubes.
l’hygiène du neurasthénique
Le régime alimentaire commandé par les troubles gastriques.
Chez certains neurasthéniques les fonctions digestives s’accomplissent avec une parfaite régularité. Ils ont bon appétit, leur digestion stomacale s’effectue sans encombre; leur état général reste satisfaisant; ils conservent leur embonpoint, et lorsqu’on les interroge sur l'existence des troubles dyspeptiques qu’on est en droit de leur supposer, ils répondent nettement qu'ils ne souffrent pas de l’estomac et qu’ils digèrent sans difficulté. Ces malades sont assurément peu communs, mais ils existent incontestablement. En pareil cas, le mieux est de laisser le sujet suivre le régime alimentaire auquel il est accoutumé, après s'être assuré toutefois que les sensations de faligwe, de prostration habituelles aux neurasthéniques ne l'ont pas amené à élever outre mesure sa ration de boissons fermentées (vins, bières, etc.) ou à user immodérément des liqueurs alcooliques et d’excitants tels que le thé, le café. Cette réserve faite, nous croyons qu’il n’y a nul avantage à vouloir, dans le but de prévenir l’apparition éventuelle des symptômes dyspeptiques, réglementer préventivement l'ali-
mentation de ces malades. En agissant ainsi, on courrait le risque d’attirer trop vivement l'attention du neurasthénique sur ses fonctions digestives et de lui fournir gratuitement le prétexte d’une préoccupation hypocondriaque nouvelle. D’ailleurs les malades de cette catégorie se trouvent en général fort mal d’un changement de régime, quelque parfait, quelque rationnel qu’il soit, du moins théoriquement. Chez ceux-là on s’inspirera simplement des notions que nous avons développées au paragraphe précédent.
Il n’en est pas de même des sujets, et ils sont nombreux, qui présentent les troubles propres à la forme légère de l’atonie gastro-intestinale. Il s’agit des malades qui, après chaque repas, éprouvent tout le cortège de malaises qui caractérise la dyspepsie nervo-molrice : la pesanteur à l’épigastre, le ballonnement, les bouffées de chaleur au visage, la lourdeur de tête, la somnolence, etc. Ces symptômes persistent tant que dure le travail de la digestion et se dissipent au moment où il prend fin. On a affaire, dans l'espèce, à la simple atonie gastrique; la dilatation permanente de l’estomac fait défaut, il n’y a pas non plus de stase gastrique; les aliments sont chassés de la cavité stomacale dans le délai normal. Enfin l’analyse chimique du suc gastrique montre que la sécrétion
l’hygiène du neurasthénique
n’a pas subi de modification qualitative importante; on constate seulement dans quelques cas un léger degré d'hypochlorhydrie, et c'est tout.
Quelles sont les prescriptions à formuler en pareil cas concernant l’alimentation du malade?
Certains auteurs estiment qu’il n'y a pas lieu d’imposer un régime spécial à ces neurasthéniques, et que le traitement général dirigé contre la neurasthénie suffit pour amener la cessation des troubles dyspeptiques. Cela est vrai quelquefois. Il y a effectivement des formes légères d'épuisement nerveux qui s’amendent rapidement sous l’influence d’un traitement précoce et bien conduit dont le repos et l’hydrothérapie ont fait tous les frais. On voit alors le syndrome dyspeptique disparaître avec tous les autres troubles fonctionnels, et l’on est en droit d’affirmer, l’épreuve étant faite, qu'un traitement local n’était pas nécessaire pour obtenir la guérison du trouble des fonctions digestives. Mais les choses ne se passent pas toujours ainsi: il s'en faut de beaucoup. Souvent l'état neurasthénique persiste en dépit du traitement général prescrit : les troubles dyspeptiques, légers au début, s'accentuent de plus en plus et le neurasthénique finit par passer du premier degré à la forme sévère Je l'atonie gastro-intestinale; la dilatation stomacale, les phénomènes de stase gastrique apparaissent
RÉGIME ALIMENTAIRE
et la nutrition du sujet s’en trouve quelquefois sérieusement compromise. II peut arriver encore que le malade, tout en continuant à ne présenter que la forme légère de la dyspepsie alonique, excédé à la longue par la persistance des malaises qui l'accablent à chaque digestion, restreigne systématiquement la quantité des aliments qu’il ingère. Il en est même qui viennent à supprimer le repas, à le remplacer par une prise de potage ou de lait, tant ils redoutent le retour de la crise dyspeptique. On comprend qu’en pareil cas le malade, insuffisamment alimenté, ne tarde pas à s'anémier, à maigrir, à perdre de plus en plus ses forces.
Il y a encore des neurasthéniques que la ténacité de leurs troubles dyspeptiques impressionne d'une manière fâcheuse. Ils s'imaginent qu’ils sont atteints d’une grave lésion de l’estomac, de cancer par exemple; sans cesse préoccupés de leur état gastrique, ils s’attristent, se découragent et leur neurasthénie s’aggrave d’autant.
Ainsi donc la dyspepsie nervo-motriee, même à son plus faible degré, n’est pas un symptôme négligeable et banal parmi tant d’autres manifestations de l’asthénie nerveuse,, puisqu’elle peut être l’amorce d’un trouble gastrique plus grave, et qu'elle peut porter une atteinte sérieuse à la
l’hygiène du neurasthénique
nutrition générale du patient, soit en l’amenant à restreindre son alimentation au-dessous du taux normal, soit en le jetant dans un état de dépression morale profonde. Il faut donc, tout en traitant l’asthénie générale du sujet, s’efforcer d’atténuer les troubles digestifs qui relèvent de l'atonie gastrointestinale. On y parviendra non en prescrivant, comme on le fait trop souvent, des poudres et des vins eupeptiques, mais en imposant une diététique alimentaire appropriée à l’étal.
L’alimentation des neurasthéniques dont il s'agit ici doit être réglée en vue de prévenir le développement des troubles digestifs et d'assurer au malade des matériaux de réparation suffisants pour aider à la restauration de la force nerveuse. La ration alimentaire doit être maintenue au taux normal, et même un peu au-dessus. Or nous savons que beaucoup de neurasthéniques, avec un estomac encore très capable de digérer nous ne parlons pas de ceux qui tombent dans l'anémie absolue et auxquels le traitement systématique de Weir-Milchell doit être appliqué), s'habituent à manger peu. Il y a lieu de les interroger avec soin sur ce point et de connaître d’une manière précise si la quantité d’aliments qu’ils ingèrent chaque jour est suffisante ou non. Dans ce dernier cas il convient d’augmenter, non pas brusquement, mais
REGIME ALIMENTAIRE
lentement et progressivement, la dose quotidienne des aliments absorbés. Il faut conseiller trois repas, dont le principal sera celui de midi. Le premier déjeuner doit être assez substantiel; il est généralement trop frugal; beaucoup de neurasthéniques se contentent de prendre une tasse de lait, de thé ou de café, quelquefois sans pain. Ce repas par trop sommaire suffit cependant à les remonter un peu, à dissiper, mais pour bien peu de temps, les sensations de fatigue ou d’accablement qu'ils éprouvent dès le réveil. Mais vers dix ou onze heures, la lassitude, la prostration des forces reparaissent et durent jusqu’au second déjeuner. Le premier repas du matin se composera de préférence de lait pur (un quart de litre) ou additionné, suivant le goût du malade, de thé, de café ou de cacao, d'un œuf frais et très peu cuit, d’un peu de pain grillé légèrement enduit de beurre très frais. Après ce léger repas, les malades attendent généralement sans trop de malaise le repas de midi.
Le régime doit être mixte ; seul il réalise les conditions d’une bonne nulrition; les régimes partiels, exclusifs, sont tous nuisibles; ils ne sont applicables que dans un petit nombre de cas très spéciaux que nous indiquerons ultérieurement. La règle générale est de conseiller aux neurasthéniques atteints de dyspepsie atoniquc simple des aliments de digestion
l’hygiène du neurasthénique
l'acilc el qui contiennent sous un moindre volume la plus grande quantité de matières nutritives. Les troubles qui accompagnent la digestion seront ainsi notablement atténués et le danger de la stagnation trop prolongée des débris alimentaires dans la cavité gastrique, ainsi que des fermentations qui peuvent en être la conséquence, se trouvera écarté. Les aliments recommandés aux neurasthéniques doivent être assez nombreux pour que ceux-ci puissent varier fréquemment le menu de leurs repas et éviter le dégoût que provoquent les régimes exclusifs : ce sont les viandes de bœuf et de mouton débarrassées de la graisse et des parties fibreuses, les volailles, les poissons maigres très cuits, les œufs peu cuits. Le lait, en quantité modérée, doit être réservé pour le déjeuner du matin.
Les légumes à gousse, tels que les haricots verts, les petits pois ou bien encore les épinards, les asperges, tous ces légumes verts qui sont pauvres en cellulose et en fibres végétales doivent être prescrits. Leur valeur nutritive est de beaucoup supérieure à celle des autres légumes; ils contiennent en effet 22 à 24 p. 100 de substances albuminoïdes et leur teneur en matériaux hydrocarbonés est assez élevée. Le seul inconvénient qu’ils présentent, c'est la forte proportion d'eau dont ils sont chargés. Aussi est-il indispensable de les bien cuire, puis
RÉGIME ALIMENTAIRE
de les déshydrater le plus possible par le chauffage avant de les servir. Pour la même raison les conserves de légumes sont quelquefois mieux tolérées que les légumes frais et doivent leur être préférées. On interdira les légumes crus, salades, concombres, radis, les champignons. Parmi les féculents, le riz, le sagou, la purée de pommes de terre préparée au lait, la purée de lentilles sont bien supportés.
L'usage du pain sera modéré et ce pain sera cuit et rassis.
Seuls les fruits à amandes doivent être proscrits; les autres peuvent être permis, à la condition qu’ils soient très mûrs. Il est préférable cependant de donner les pommes et les poires cuites et réduites en marmelades.
Les condiments les plus usuels, le sel, le poivre et la moutarde, pris à doses modérées, seront permis parce qu’ils excitent légèrement le goût des malades, dont l’appétit laisse le plus souvent à désirer.
Aux repas on devra boire modérément, soit de la bière légère, soit du vin blanc ou rouge largement étendu d’eau. Parmi les eaux minérales, on évitera celles qui sont riches en bicarbonate de soude et on ne fera usage, à défaut d’eau pure commune, que d’eaux indifférentes ou faiblement minéralisées. Sans restreindre à l’excès la quantité
des boissons, il importe que les neurasthéniques n’ingèrent pas dans le cours de leurs repas de trop grandes quantités de liquides, qui, en délavant le suc gastrique, rendraient la digestion stomacale plus difficile et plus lente. Pour éviter les méfaits dus à l'ingestion de trop fortes doses de liquides, il convient de recommander aux malades qui éprouvent le besoin, à la fin du repas, de boire abondamment, l’usage des fruits pulpeux; les lavements peuvent encore être prescrits dans le même but. Le régime des boissons doit être aussi très surveillé, parce que beaucoup de malades, afin de remonter leur énergie toujours défaillante, s’habituent petit à petit à absorber soit au repas, soit dans les intervalles, des boissons alcooliques diverses et finissent ainsi par s'intoxiquer. Ce même besoin instinctif de stimuler le système nerveux pousse fréquemment les neurasthéniques à user et même à abuser d’excitants divers, tels que le thé, le café, les liqueurs, le tabac. Nous croyons que ces divers stimulants ne doivent pas, à moins de contre-indications particulières, être radicalement proscrits. Le thé et surtout le café doivent être déconseillés après le repas du soir.
Mais il n’y a pas d'inconvénients à en permettre l’usage modéré après le repas de midi. 11 n’esl pas bon de priver les malades de tout ce qui peut leur
RÉGIME ALIMENTAIRE
être agréable. Par contre, si le patient accuse des symptômes d’excitation cérébrale ou cardiaque, s’il souffre d’insomnies ou de palpitations, l’usage du thé, du café, du tabac devra lui être formellement interdit.
Telle doit être la diététique des neurasthéniques atteints d'atonie gastro-intestinale au premier degré. Il s’agit, on le voit, d’un régime mixte qui se rapproche étroitement du régime normal, puisque les aliments azotés, albuminoïdes et hydrocarbonés y figurent tour à tour et s'y associent dans la proportion voulue. Sa seule caractéristique, c’est le choix, dans chacune des trois catégories d'aliments, des substances dont la digestion est particulièrement facile. Il assure la nutrition générale des malades en même temps que le fonctionnement régulier du tube digestif, il doit être préféré sans conteste à tous les régimes systématiques ou exclusifs qui ont la prétention de restaurer les forces en relevant plus particulièrement la nutrition du tissu nerveux. C’est ainsi que les auteurs américains, et notamment Bcard et YVeir- Mitchell recommandent beaucoup aux neurasthéniques l’usage des graisses , du beurre, de la crème, de l’huile de foie de morue, etc. La graisse est certainement un aliment nécessaire à la nutrition; mais il n’est nullement démontré qu’une consom-
Ballet. — Ilyg. du neurasth. lo
mation abondante de cette substance exerce une action spécialement favorable sur la nutrition des centres nerveux. De plus les substances grasses ingérées en quantité notable provoquent rapidement la satiété et elles sont souvent mal tolérées par les malades.
Le régime carné exclusif est assez souvent prescrit aux neurasthéniques anémiés. Dans le but de les réconforter au plus vile on les gave de viandes rôties ou grillées. Cette pratique est détestable, l’expérience clinique et l’expérimentation physiologique ont prouvé qu’un pareil régime est incapable d’assurer la nutrition générale de l’organisme, qu'il encombre les humeurs de substances extractives plus ou moins toxiques, et il va sans dire, en ce qui concerne les neurasthéniques souffrant d'atonie gastrique, qu’il n’est rien moins qu'apte à faciliter le travail de la digestion stomacale, alors même que la sécrétion du suc gastrique n’est pas profondément altérée.
La diète lactée exclusive, si fréquemment conseillée dans le traitement des affections gastriques, ne convient pas aux neurasthéniques affectés d’atonie gastro-intestinale. De grandes quantités de lait ingérées par les malades soumis à ce régime sont souvent mal digérées et ne font que favoriser la dilatation de l’estomac.
RÉGIME ALIMENTAIRE
Nous devons maintenant envisager les cas dans lesquels l’épuisement nerveux s’accompagne et se complique de cet état dyspeptique que Bouveret a décrit sous le nom de forme grave de l'atonie gastro-
intestinale.
Les malades qui appartiennent à cette catégorie sont généralement amaigris; ils s’alimentent très insuffisamment; les troubles dyspeptiques sont chez eux très intenses; la sécrétion gastrique est le plus souvent notablement altérée et l’examen chimique du suc gastrique révèle soit l’hypochlorhydrie, c’est là le cas le plus fréquent, soit, mais beaucoup plus rarement, l’hyperchlorhydrie ; quelques-uns enfin sont atteints de dilatation permanente. Si le traitement général dirigé contre l’asthénie nerveuse suffit parfois à améliorer ou même à guérir la forme légère de l’atonie gastrointestinale, il n’en est plus de même quand il s’agit de la forme grave. Un régime sévère et un traitement local sont alors nécessaires pour obtenir l’atténuation du trouble des fonctions digestives.
La première condition à remplir c'cst de régler l’alimentation au point de vue de la quantité des ingesta, des heures des repas et du choix des aliments.
En ce qui concerne le nombre des repas, nous pensons avec Bouchard, avec Ilaycm et Bouveret
que trois repas par jour sont suffisants. Quelques médecins, dans le but d'atténuer le travail de la digestion et partant les troubles dyspeptiques qu’elle détermine, conseillent de multiplier les prises d’aliments en diminuant la quantité. Cette pratique doit être écartée, parce qu’il est nécessaire de dispenser à un estomac dont les sécrétions sont ralenties et dont la motricité est affaiblie, des temps de repos assez prolongés pour qu’il puisse, la digestion et l’évacuation du chyme étant parachevées, se rétracter et recevoir utilement de nou- *
veaux aliments. Si les ingestions alimentaires même plus copieuses se succèdent à de trop courts intervalles, on conçoit que l’activité de l’estomac malade, sans cesse sollicité, ne tardera pas à s’épuiser et que la dilatation permanente, puis la stase gastrique et la fermentation des débris non évacués pourront être réalisées ou aggravées par un tel régime.
Les indications qui ont été formulées par Bouchard Louchant la distribution des heures des repas, à propos du traitement de la dilatation de l’estomac, sont parfaitement applicables à la forme sévère de l’atonie gastro-intestinale des neurasthéniques. Le repas du matin doit avoir lieu vers sept ou huit heures; celui de midi sera le plus important, cl celui du soir, fixé à sept heures,
RÉGIME ALIMENTAIRE
devra être moins copieux que celui de midi. Il est nécessaire que ce long intervalle de six ou sept heures qui sépare les deux derniers repas soit régulièrement respecté; car dans les cas anciens ou graves, c'est à peine si au bout de ce laps de temps la digestion gastrique est accomplie. Le patient devra donc s’abstenir d’aliments et autant que possible de boissons durant les intervalles. Après le déjeuner de midi il y a généralement avantage à ce que le malade marche un peu, se livre à une petite promenade à pas lents. De même, il ne se couchera que trois heures environ après le repas du soir. Le repos absolu et le sommeil semblent en effet ralentir le travail de la digestion, au moins chez la plupart des sujets.
11 faut recommander aux malades de consacrer aux repas un temps suffisant, afin que la mastication et linsalivation des aliments soient complètes ; ceux qui se trouvent aflligés d’une denture défectueuse devront recourir à l'usage des dents artificielles ou bien avoir soin de faire hacher tous leurs aliments solides. Il faut aussi se préoccuper de l’hygiène de la bouche : tous les dyspeptiques doivent se brosser les dents et se rincer la bouche avec une solution légèrement antiseptique avant et après chaque repas.
Choix des aliments. — L'n régime mixte et varié est toujours préférable aux régimes exclusifs. Les malades élan! pour la plupart hypo- ou anachlorhydriques, ainsi qu'en témoigne l'exploration méthodique du chimisme stomacal, il faudra, comme dans la forme bénigne de l'atonie gastro-intestinale, mais plus rigoureusement encore, leur imposer l'usage des aliments de digestion facile et peu susceptibles de subir les fermentations acides. Nous avons déjà indiqué la plupart de ces aliments de choix à propos des dyspepsies atoniques légères, et il est nécessaire qu'ils figurent à l'exclusion des autres substances alimentaires dans la composition des menus proposés aux neurasthéniques dont il s’agit ici. Il faut notamment écarter de ce régime mixte les mets de préparation compliquée et de haut goût, les crudités, certains féculents, les aliments trop gras, les fromages de conserve, en un mot toutes les substances qui fermentent aisément dans un estomac privé d’acide chlorhydrique libre. Les graisses, toutefois, ne doivent pas être complètement exclues du régime diététique des neurasthéniques, même dans la forme grave de la dyspepsie atonique. 11 convient seulement de prescrire au moins momentanément un usage très modéré de ces substances en s’adressant de préférance aux graisses de viande de bœuf, de mouton,
RÉGIME ALIMENTAIRE
au beurre rigoureusement frais. Les condiments usuels (sel, poivre, moutarde) seront permis, mais à doses modérées.
En ce qui concerne le régime des boissons , les prescriptions que nous avons formulées précédemment à propos du premier degré de la dyspepsie nervo-motrice, sont encore ici de tous points applicables. On donnera avec avantage des boissons chaudes : infusion de thé léger, de camomille, de tilleul.
C'est dans cette forme grave de la dyspepsie atonique que la restriction alimentaire dont nous avons déjà parlé est fréquemment pratiquée par les malades. Ils mangent de moins en moins lorsqu’ils sont livrés à eux-mêmes, parce qu'ils ont remarqué qu’un repas très léger est suivi de malaises moindres, et c’est là bien souvent une des principales causes, sinon la seule cause, de leur amaigrissement et de la déperdition de leurs forces. Le médecin devra donc surveiller attentivement la ration quotidienne ingérée par le malade, l’élever peu à peu au taux normal et convaincre le patient de la nécessité où il est de s'alimenter insuffisamment, même au prix de quelques souffrances. C’est dans les cas de cet ordre, plus particulièrement graves et fréquents dans la neurasthénie féminine, que la cure de l’alimentation progressive proposée
l’hygiene du neurasthénique
par Weir-Mitchell peut rendre les plus grands services. Cependant nous ne pensons pas que la diététique formulée par ce médecin soit applicable indistinctement à tous les cas de neurasthénie invétérée avec atonie gastro-intestinale grave. Il faut, croyons-nous, en réserver l'emploi pour cerlains cas d’épuisement nerveux dont nous préciserons les caractères lorsque nous exposerons le traitement systématique de Weir-Mitchell et la thérapeutique hygiénique de la neurasthénie féminine. Le régime mixte que nous venons d’indiquer nous paraît préférable en somme aux diverses cures d’engraissement et à tous les régimes partiels ou exclusifs dans le traitement de la plupart des neurasthéniques atteints d'asthénie gastro-intestinale.
Médication. — Ces malades ont presque tous avalé, sans en tirer aucun avantage, les préparations pharmaceutiques les plus variées : vins eupepliques, poudres absorbantes, bicarbonate de soude, etc. La plupart de ces substances médicamenteuses étant inefficaces ou nuisibles, doivent être proscrites. Les alcalins notamment sont en général contre-indiqués dans l'atonie gastro-intestinale qui s'accompagne souvent d'une diminution appréciable de l’acide chlorhydrique libre du suc gastrique. Cependant, pris quelque temps après le
repas (trois quarts d’heure ou une heure), sous forme de bicarbonate de soude ou d’eau de Vichy tiédie au bain-marie, ils soulagent, dans certains cas, les malades d'une façon notable. Les pepsines du commerce ont à peu près la valeur thérapeutique des poudres inertes.
La pancréatine a peut-être quelque efficacité.
Le médicament qu’il convient souvent ac prescrire dans l'atonie gastro-intestinale des neurasthéniques est l'acide chlorhydrique. 11 accroît dans une certaine mesure la puissance digestive du suc gastrique et il agit en même temps à la manière d’un antiseptique en modérant les fermentations acides secondaires. On peut l’ordonner sous la forme d’une solution aqueuse à 3 ou 4 grammes pour 1 000, à la dose d’un quart de verre ou un demi-verre à prendre une demiheure après le repas de midi et après le repas du soir.
L 'électrisation a été appliquée, surtout en Allemagne, au traitement de l’atonie gastrique des neurasthéniques. On a pensé naturellement que les courants électriques pourraient stimuler et la motilité et la sécrétion de l’estomac; on a dans ce but employé soit le courant continu, soil la faradisation. C’est en général dans les cas d’atonie avec dilatation que le traitement électrique a été utilisé.
Ziemssen, Erb, Leube et Bouveret en France ont ainsi obtenu quelques résultats favorables. Voici quelle est la technique suivie par Erb 1 2 * pour l'électrisation des parois gastriques : il applique une large électrode sur les apophyses épineuses, au niveau du cardia; l'autre électrode, plus petite, est promenée au devant de la paroi antérieure de l’estomac. Si l’électrisation est pratiquée avec le courant galvanique, le pôle positif répond à l'électrode postérieure et le pôle négatif à l'électrode labile. Si l’on se sert du courant faradique, il est nécessaire que le courant soit assez intense pour provoquer à chaque attouchement du creux épigastrique une contraction un peu énergique des muscles abdominaux. Les séances, d une durée de huit à dix minutes, doivent être quotidiennes et avoir lieu soit avant le repas, soit après le lavage de la cavité gastrique, si le malade est soumis à ce traitement.
Ziemssen 5 recommande de se servir de très larges électrodes ayant de 20 à 25 centimètres de côté et qu’on applique l'une à la hauteur du pylore, vers le grand cul-de-sac de l’estomac, sur la paroi abdominale, l’autre en arrière, un peu à gauche