‹ L'hygiène du neurasthéniqueChapitre 40 sur 76 · SI · texte numérisé non relu

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Ce n’est pas tout. On ne doit pas oublier que les albuminoïdes ne sont pas absorbés en nature ou du moins sans modifications chimiques préalables. Ils subissent d’abord un travail de dissociation et sont réduits en albumines plus élémentaires. Puis a lieu un second travail, de reconstruction celui-là, qui, modifiant à nouveau ces albumines, les identifie à celles dont se compose notre organisme. Cette double série d’opérations se fait d’autant plus aisément que l'élément albuminoïde se rapproche davantage des substances quaternaires constitutives de nos I issus. Il ne paraît pas douteux qu’elle est plus facile cl plus complète avec l'albu-

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mine de la viande qu'avec celle des légumes. Aussi la constitution chimique des divers aliments ne nous donne-t-elle pas la mesure exacte de leur valeur nutritive.

11 était indispensable de rappeler ces notions afin de prémunir contre l’erreur qui consisterait à admettre qu’il suffit de connaître le poids et la nature des substances introduites dans le tube • digestif, pour en inférer la quantité précise de celles absorbées et qui serviront soit à la reconstitution de nos tissus, soit à la production des calories nécessaires. Ces renseignements ne nous donneront que des indications approximatives.

Ils trouveront leur utile complément dans les résultats de la pesée des malades. Il est utile, en effet, de peser ces derniers de temps en temps et à intervalles fixes, sinon très rapprochés : on s’assure ainsi s’ils engraissent, restent stationnaires ou maigrissent, notions qu’il est très utile d’avoir dans le traitement des neurasthéniques.

Il ne faut pas perdre de vue toutefois que l’engraissement ne peut être tenu pour un critérium suffisant d'une bonne nutrition du système nerveux. Avec une proportion prédominante dans l’alimentation de graisse et d’hydro-carbone, on augmente de poids; il n’est pas démontré qu’on accroisse ainsi l’énergie nerveuse. Aussi doit-on

tenir pour défectueux les régimes systématiques, en honneur dans certains établissements étrangers, et qui visent surtout à engraisser les malades.

L’analyse des urines, pratiquée de loin en loin, fournit aussi sur la nutrition des indications dont il est bon de tenir compte. A la vérité ces analyses ne nous renseignent que sur les sels et les albuminoïdes absorbés, les graisses et les hydro-carbones donnant naissance à des produits d oxydation qui s’éliminent non par le rein mais parle poumon. On a émis des doutes sur la signification des chiffres

absolus exprimant la proportion dans l'urine des

sels, et des divers produits de transformation des

albuminoïdes (urée, acide urique, etc. . On a dit

que ce qu’il importait de connaître c’était moins

la quantité éliminée du phosphore, du soufre, ou

de l’azote que la forme sous laquelle l'élimination

a lieu, et on a proposé de substituer au dosage

simple de ces diverses substances la méthode dite

des coefficients. C’est ainsi par exemple qu'au lieu

de doser en bloc simplement l’azote total de l'urine,

on dose d’une part cet azote total et d'autre part

l’azote de l’urée. Le rapport entre les deux chiffres

Azote de l’urée AzM , ..

— r — ; — r 7 ï — — -7-Ti qui a 1 étal normal serait Azote total Az 1 ’ 1

de 0,85 en moyenne et qui représente ce qu'on appelle le coefficient azolurique , exprimerait, par ses

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variations, clos modifications de la nutrition dont les chiffres isolément envisagés ne donneraient aucune notion précise. 11 s’en faut qu’on soit suffisamment édifié sur la valeur de ce coefficient et de quelques autres qui ont été proposés. Au point de vue auquel nous nous plaçons ici, ils n’ont que peu d’intérêt. D'après les recherches de Marcel et Henri Labbé1, les relations qualitatives et quantitatives qui existent entre la composition du régime et celle des urines permettent d’affirmer que, pour la plus grande part tout au moins, les matériaux des urines ne proviennent point de la désassimilation des tissus, mais de la combustion des aliments introduits dans l'organisme. D’après ces auteurs l’excrétion urinaire est avant tout la traduction du mode d’alimentation.

En conséquence on voit que les chiffres absolus fournis par les analyses d’urine sont susceptibles de nous renseigner, mieux qu’on ne le pensait dans ces derniers temps, sur le mode d’alimentation de nos malades et sur la suffisance ou l’insuffisance de celte alimentation, au moins en ce qui concerne les sels et les aliments quaternaires. Il faut se rappeler toutefois que l’élimination des divers résidus comburés de l’alimentation ne se

1. Presse médicale, 13 juillet, 3 décembre 1 004, 11 février 1905.

faisant pas pour tous avec une égale rapidité, il est bon de ne pas se contenter d’une seule analyse d’urine, mais d’en faire pratiquer soit une quotidienne pendant trois jours, soit au moins deux séparées l'une de l’autre par un jour d'intervalle. On verra si les chiffres indiqués par ces analyses se rapprochent ou s’éloignent pour chaque substance, de ceux qui expriment la moyenne des vingt-quatre heures chez un homme normal, de régime alimentaire moyen, chiffres qui sont indiqués en général sur les feuilles d'analyse.

En combinant les renseignements fournis par la pesée des aliments solides et la mensuration des liquides avec ceux donnés par la pesée des malades et par l’analyse des urines, on arrivera à se rendre compte de la suffisance ou de l'insuffisance du régime alimentaire, du moins dans la mesure où, dans l étal d’ignorance où nous sommes des conditions de la nutrition du système nerveux, il nous est permis de considérer comme régime suffisant pour un neurasthénique celui qui suffit d’habitude aux besoins généraux de l'organisme.

L’insuffisance de certains régimes recommandés aux malades ou spontanément suivis par eux apparaît dès qu’on la soumet aux criteria signalés plus haut.

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'S oyons, par exemple, à ce point de vue, ce qu’on doit penser du régime lacté exclusif.

I n litre cle lail de vache cru renferme environ :

Eau 861,3

Caséine et albumine 49,0

Graisse (beurre) 40,0

Sucre de lait 53,0

Sels 4,0

Ce qui donne en substances alimentaires, pour 3 litres, dose quotidienne moyenne,

Albumine 49x3 = 147

Graisse 40 X 3 = 1 20

Hydro-carbones 55x3 = 165

Si l’on compare ces chiffres à ceux de la ration normale moyenne d’entretien que nous avons donnés précédemment, on voit que 3 litres de lait contiennent :

Plus d’albumine <|u’il n’en faut... 147 au lieu de 110 Plus de graisse — .. 120 — 69

Moins d'hydro-carbone — .. 165 — 422

Le régime lacté constitue donc un régime défectueux par insuffisance d'hydro-carbones et surabondance de graisse. On peut à la vérité remédier en partie à ces défectuosités en écrémant le lait et en y ajoutant une certaine quantité de sucre ou de lactése.

11 ne faut pas oublier d’ailleurs qu’au point de

vue de la production des calories la graisse en excès peut se substituer, si elle est suffisamment digérée par l’estomac, aux hydro-carbones insuffisants. En admettant qu’il en soit ainsi, 3 litres de lait donneraient les calories suivantes :

Albumine . . 147 X 4,1 = 002 calories.

Graisse 120x0,3 = 1110 —

Hydro-carbone 163 X 4,3 = 700 —

Total 2 428 calories.

Ce qui serait suffisant pour un malade au repos, même en tenant compLe de la déperdition produite par les déchets intestinaux. Mais l'isodynamie des trois ordres d’aliments est à certains égards théorique, et un régime, pour être bon, doit, s'il est prolongé, respecter les proportions relatives des trois catégories d’aliments que comporte un régime normal d’entretien. Voilà pourquoi, à titre de régime durable, le régime lacté serait défectueux chez le neurasthénique au repos; à plus forte raison le serait-il chez le neurasthénique occupé, chez qui la ration devrait être accrue. Alors il y aurait surabondance d'albuminoïdes comme de graisse.

Comme autre exemple de régime insuffisant et défectueux nous allons prendre l'un de ceux qui sont assez couramment en usage chez les individus appartenant à la classe aisée.

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Il se composera par exemple (Régime B) :

1er déjeuner : 250 gr. de lait représentant

Grand déjeuner : 2 œufs

100 gr. de viande.

100 gr. de pois. . .

— 30 gr.de fromage.

Dîner : équivalent; ce qui donnera.

Ajoutons 300 gr. de pain

Nous aurons ainsi

Albumi-

noïdes.

Graisse.

Hydro-

carbone.

Gr.

Gr.

Gr.

Ce qui constitue un régime trop riche en albuminoïdes et insuffisant en hydrocarbones.

La Méthode graphique permet de se rendre aisément compte des défectuosités d’un régime alimentaire. Elle a été imaginée par Alfred Martinet qui s’en est heureusement servi pour représenter la teneur en principes nutritifs des différents aliments. Les graphiques que nous proposons d’utiliser sont une modification de ceux de Martinet,

Le graphique 1 (fig. 4) représente la ration normale de l'homme au repos : sur la verticale A est figurée la quantité des albuminoïdes absorbés en Vingt-quatre heures, sur l’horizontale à gauche (G) est indiqué le chiffre des graisses, et à droite (II) celui des hydrocarbones.

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