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DES MICROBES PATHOGÈNES

des vibrions et en particulier par le vibrion de la septicémie. seplP|^ies C’est une bactérie très allongée, ayant de 5 à 6 p. de longueur, gangréneuses, douée de mouvements très actifs, et évoluant ainsi au milieu des globules sanguins; elle est anaérobie, et on l’a confondue, comme je vous l’ai dit au début de celte leçon, avec le Bac/llus anlhracis. C’est à ces vibrions que sont dus les œdèmes malins, les érysipèles bronzés, etc., en un mot, toutes ces septicémies où la gangrène joue un rôle important.

Acôté de ces septicémies spéciales à l’homme, il existe des septicémies expérimentales propres à des variétés d’animaux : la septicémie du lapin, la septicémie de la souris, si curieuse par ce fait que les souris des maisons succombent à cette septicémie, tandis que les souris des champs y résistent.

Mais ce qu’il faut retenir surtout de cette étude encore si confuse des micro-organismes des maladies septiques, c’est que>

Fig. 15. — Streptococcus de l’érysipèle.

qu’il s’agisse de suppuration, d’intoxication ou de phénomènes gangréneux, on trouve toujours un ou plusieurs micro-organismes comme cause des accidents, et l’on a pu établir cette loi, que la chirurgie de nos jours a confirmée, c’est que l’absence de ces micro-organismes amène la disparition absolue de ces phénomènes, de telle sorte que l’on peut prendre comme devise de la chirurgie antiseptique ces mots : Pas de microbes, pas de pus.

L’érysipèle a quelques points communs avec ces septicémies, mais il est important de distinguer ce qui est propre à l’érysipèle et à la septicémie; dans nos salles de médecine, l’érysipèle est une maladie bénigne et la mort est exceptionnelle. Dans les salles de chirurgie, au contraire, vous connaissez tous la gravité de l’érysipèle. 11 est donc probable que les érysipèles d\i^ chirurgicaux sont toujours compliqués de septicémie, et qu’au microbe de l’érysipèle, le Streptococcus erysipelatus , se joignent les microorganismes des septicémies. Ce streptococcus est disposé en chaînette et composé de cocci arrondis ayant un diamètre de Op.,3.

Do

l'érysipèle.

Do la

blennorrhagie.

La figure que je mets sous vos yeux donne une idée très nette de ce micro-organisme (voir fig. 15).

J’ajouterai que récemment on a rapproché le microbe de l’érysipèle de certains organismes en chaînettes trouvés dans des cas d’infection puerpérale (1). Ce rapprochement était d’ailleurs fait depuis longtemps par les cliniciens qui avaient été maintes fois frappés de la coïncidence de l’érysipèle avec le développement des accidents puerpéraux, à une époque où .l’antisepsie obstétricale et l’isolement des femmes en couches n’étaient pas mis en pratique dans nos hôpitaux. D’ailleurs les découvertes s’accumulent de jour en jour et il est probable que chacune des suppurations aura son micro-organisme spécial. C’est ainsi que nous voyons Alharran et Hallé signaler une bactérie pyogène propre aux suppurations du rein et de la vessie (2). Ajoutons que comme pour le choléra les bactéries pyogènes paraissent sécréter des ptomaïnes qui doivent jouer un rôle dans la manifestation des phénomènes septiques, ce qui vous montre combien est encore complexe cette grande question de la septicémie.

La blennorrhagie est entrée aussi dans le groupe des maladies microbiennes. Jousseaume avait trouvé, en 1862, des algues dans ’e pus de la blennorhagie, qu’il avait dénommées du nom de genitalia. Déjà auparavant, Ilallier, en 1859, avait signalé des cocci dans le pus hlennorrhagique. Bouchard, longtemps après, en 1878, indiqua des microcoques ayant l’apparence de virgules. Mais c’est à Neissler que l’on doit la découverte du microbe de la blennorrhagie. Ce micro-organisme, le gonococcus, est arrondi, isolé, ne forme pas de chaînette, paraît mobile; son diamètre varie de Op.,3 à Op.,4. H a été cultivé par Bumin, qui considère le sérum du sang humain comme le meilleur terrain de culture. Inoculé localement dans la muqueuse de l’urèthre, ce microbe déterminerait la blennorrhagie.

Il me resterait à vous parler des micro-organismes de la lèpre, de la lièvre intermittente, de la lièvre jaune et de la diphthérie; mais sur toutes ces alfections, nos données microbiologiques sont encore bien incertaines. D’ailleurs, j’étendrais outre mesure cette leçon déjà si longue ; je m’arrête donc là, et j espère que ces données si incomplètes vous suffiront cependant pour suivre

(1) Cornil, Académie de médecine , 1888.

(2) Albarrau et Ilallé, Note sur une bactérie pyogène et sur son rôle dans L’infection urinaire. Bull. Acad, de méd., 20 août 1S88.

DES MICROBES PATHOGÈNES

les développements dans lesquels je vais entrer dans le cours de ces conférences, où nous reviendrons à chaque instant sur la biologie et la physiologie pathologique de ces microbes. Je vous montrerai par la suite de ces leçons que c’est sur ces études que doit être absolument basée la prophylaxie des maladies infectieuses.

Messieurs,

Dans ma première leçon, je vous ai dit que les nouvelles données de l’hygiène prophylactique résultaient de la connaissance des microbes pathogènes d’une part et de l’autre de la découverte des poisons que l’économie élabore à chaque instant, les ptomaïnes et les leucomaïnes. Cette prophylaxie, en effet, doit nous mettre non seulement à l’abri des maladies qui viennent du dehors et dont les microbes pathogènes sont les facteurs, mais encore nous fournir les moyens d’expulser de l’économie les matières toxiques qui tendent à s’y accumuler, car, comme l’a fort bien dit Bouchard, « l’organisme est, à l’état normal comme à l’état pathologique, un réceptacle et un laboratoire de poisons » .

Dans la précédente conférence, je vous ai fait connaître aussi brièvement que possible les principaux microbes pathogènes; il me reste maintenant à aborder cette grande et importante question des alcalis organiques. Puis, lorsque nous aurons ainsi une connaissance assez exacte des deux ennemis que l’hygiène prophylactique doit combattre, nous pourrons entrer dans le cœur môme de notre sujet en nous occupant des infections et des intoxications et des moyens de les combattre.

Vous avez vu la part importante et capitale que notre pays a prise dans la découverte des micro-organismes et je vous ai montré que c’est à Pasteur que revient le grand honneur d’avoir ouvert à la médocinc et à l’hygiène les nouvelles voies que l’une et l’autre parcourent aujourd’hui. C’est encore la France qui occupe la première place dans celle question des alcaloïdes toxiques fournis par l’économie et il est deux noms

Des

plomaïnes.

qui reviendront souvent dans le cours de ces leçons, ce sont ceux de mes deux éminents collègues et amis, Armand Gautier et Bouchard.

La question que je vais aborder est des plus complexes. Je réclame donc toute votre, bienveillante attention pour me suivre dans les développements dans lesquels je vais entrer, et pour mettre de l’ordre dans mon sujet, je diviserai ma leçon en deux parties : dans la première, j’étudierai les ptomaïnes, dans la seconde, les leucomaïnes.

On donne le nom de ptomaïnes (ftTÛp.a, cadavre) aux alcalis fournispar la putréfaction; leur découverte remonte à l’année 1872. Déjà auparavant on avait signalé la virulence de certains extraits cadavériques; c’est ainsi que Gaspard et Stich avaient mis en lumière la très grande nocivité de ces extraits; c’est ainsi que Panum obtient, en 1856, de la putréfaction un poison qu’il compare au venin du serpent; c’est ainsi que Dupré et John Bons, en 1856, retirent des cadavres une substance alcaloïdiquc qu’ils comparent à la quinoïdine et à laquelle ils donnent le nom de quinoïdine animale; c’est ainsi qu’en 1868 Bergmann et Schmiedeberg découvrent dans la levure de bière putréfiée, puis dans le sang, un poison morbide auquel on a fait jouer un rôle considérable autrefois dans l’origine de la septicémie, la sepsine; c’est ainsi enfin qu’en 1869 Sonnenschein et Sulzer, en étudiant au point de vue chimique des macérations anatomiques, y trouvent un alcaloïde ayant une action analogue à l’atropine et à l’hyosciamine, puis nous arrivons aux découvertes de Gautier et de Selmi, qui se font pour ainsi dire parallèlement de l’année 1870 à l’année 1877.

C’est Gautier le premier qui reconnaît que la fibrine du sang abandonnée pendant l’été sous une couche d’eau, produit des alcaloïdes complexes fixes ou volatils. A la môme époque, Selmi, professeur de médecine légale à l’Université de Bologne, en faisant des expertises médico-légales, avait constaté par l’analyse la présence d’alcaloïdes qui s’éloignaient de ceux connus jusqu’ici.

En 1872, Selmi communiquait le résultat de ses premières recherches en annonçant que l’on trouvait, dans l’estomac des personnes ayant succombé à une mort naturelle, des substances analogues aux alcaloïdes végétaux et qui n’étaient ni la créatinc, ni la créatinine. Pour répondre aux nombreuses objections qui lui étaient faites et qui portaient surtout sur la possibilité de

l’introduclion de ccs alcaloïdes par les aliments, Sclmi reproduit alors en 1877 l’expérience de Gautier et annonce à l’Académie de Bologne, dans la séance du 6 décembre, qu’en soumettant à la putréfaction de l’albumine pure mise à l’abri de l’air il a obtenu deux alcaloïdes. A partir de ce moment, les recherches se multiplient avec une extrême rapidité.

Nencki (1) constate que l’action digestive du pancréas sur la gélatine produit un alcaloïde spécial auquel il donne le nom de collidinc (C8HuAz) et isole cet alcaloïde à l’état de pureté. Puis Gautier et Etard (2) trouvent, dans la chair putréfiée du scombre et dans la viande de cheval, plusieurs autres bases et en particulier l’hydrocollidine (C8H13Az). En 1883, Guareschi et Mosso (3) constatent la présence d’une base pyridique (G18HlsAz) dans la fibrine du bœuf putréfiée. Gabriel Pouchet, de son côté, trouve deux bases ayant pour formules C7Hl8Az1 2 308 et C:’H'2Az204 * (б) 7.

Bocklisch (4), reprenant les travaux de Gautier et Etard sur les poissons putréfiés, constate dans la chair de perches la présence d’alcaloïdes, auxquels il donne le nom de putrescine et de ganidine. Mais il faut arriver au travail de Briéger pour avoir sur l’ensemble de ces ptomaïnes des données précises. Briéger a étudié successivement les ptomaïnes de la peptone, puis celles des viandes et des poissons putréfiés et enfin celles du fromage.

C’est sur l’ensemble de tous les travaux que je viens de signaler et en me basant sur l’ouvrage de Briéger (o), sur l’important travail que le professeur Debierrc (G) (de Lille) a consacré à l’étude des maladies infectieuses et sur la très remarquable revue du docteur Roussy (7) sur les ptomaïnes et les leucomaïnes

(1) Nencki, Ueber die Zersetzung der Gélatine and des Eiweisses bei der Faubiiss mit Pancréas. Bern., 1876.

(2) Gautier et Etard, Comptes rendus de L’Académie des sciences, t. LXXXXIV, p. 1601.

(3) Guareschi et Mosso, Arch. ital. de biol., l. II, p. 3G9, et t. III, p. 241.

(4) Bocklisch, Ueber Faulnissbasen aus Fischen (üerichte der Deutschen chemisclicn Gesseischaft, Bd. XVIII, p. 86 et 1922, 1885).

(а) Briéger, Microbes, ptomaïnes et maladies, trad. de Roussi et do Winter. Paris, 1887.

(б) Debierre, les Maladies infectieuses, microbes , ptomaïnes et leucomaïnes. Paris, 1888.

(7) Roussy, les Ptomaïnes et les Leucomaïnes ( Revue des sciences médicales, t. XXXI, 1888).

Dos

ptomaïnes des viandes altérées.

que nous allons maintenant entrer dans l’étude de ces principales ptomaïnes.

Ue 3 Tanret, en 1882, avait constaté ce fait que les peptones pré-

ptomaïnes ' 1 1 1 1

de la peptone. sentent la plupart des réactions des alcaloïdes. Briéger compléta cette donnée en montrant que si on fait agir directement la pepsine sur de la fibrine humide, on obtient un alcaloïde toxique auquelil a donné le nom de peptotoxine. Celte peptotoxine détermine chez les grenouilles, à la dose de quelques gouttes, la mort en seize minutes.

De la viande altérée et en particulier de celle du cheval, Briéger a retiré les alcaloïdes suivants : d’abord la neuridine C8HuAz2 qui ne paraît pas toxique, puis la névrine putréfactive qui a des propriétés physiques, chimiques et physiologiques identiques à la névrine et cristallise en aiguilles ; cette névrine putréfactive est excessivement toxique et détermine, à la dose de 2 à 5 milligrammes chez la grenouille des symptômes paralytiques en quelques minutes; chez les mammifères, elle produit des phénomènes d’empoisonnement caractérisés par de la salivation, des troubles de la respiration, des modifications très intenses dans les fonctions du tube digestif consistant en contractions violentes, exaltation des mouvements péristaltiques et production continue de selles d’abord consistantes, puis bientôt liquides. Cette névrine putréfactive amène chez les animaux la contraction delà pupille; son action varie selon les animaux en expérience; c’est le chat qui paraît le plus sensible, puis le lapin ; pour tuer ce dernier, il faut 4 centigrammes de névrine putréfactive par kilogramme de lapin.

Lorsqu’on compare l’action de cet alcaloïde à celle d’autres alcaloïdes connus, on voit qu’elle se rapproche beaucoup de celle de la muscarine et qu’elle est identique à celle de la névrine qui se trouve normalement dans le cerveau; elle se rapproche aussi de l’action de la choline, mais cette dernière est beaucoup moins toxique, puisque par kilogramme de lapin il faut pour amener la mort de l’animal 50 centigrammes de chlorhydrate de choline. Enfin, il existe un antidotisme très marqué entre celte névrine putréfactive et l’atropine.

Les poissons putréfiés, comme nous l'avons déjà vu, sont une source importante de ptomaïnes. C’est ainsi qu’on y a trouvé d’abord la neuridine, l’hydrocollidine, la ganidine, la parvoline et enfin l’éthylènc-diaminc découverte par Briéger. Celte éthy-

Des

ptomaïnes dos poissons putréfiés.

Des

alcaloïdes de la

putréfaction dans le

lène-diamine est excessivement toxique ; comme la neurine, elle produit de la salivation, des troubles cardiaques et des phénomènes paralytiques. Enfin, on trouve aussi une muscarinc animale analogue à la muscarine végétale et ayant les mômes propriétés toxiques. Le fromage contient aussi de ces alcaloïdes toxiques.

Toutes ces découvertes présentent un grand intérêt et j’y reviendrai à loisir quand je vous parlerai de la prophylaxie par l’alimentation ; je vous montrerai alors que l’embarras gastrique, l’indigestion, les troubles intestinaux si nombreux et même les phénomènes mortels qui peuvent survenir à la suite de l’ingestion d’aliments putréfiés ont pour cause unique la présence dans le tube digestif en plus ou moins grande quantité des alcaloïdes que je viens de vous signaler. Mais toutes ces études ont pris encore plus de précision quand il s’est agi d’examiner les divers alcaloïdes qui peuvent se produire par la putréfaction du corps humain.

Vous n’ignorez pas l’importance que la médecine légale attachait dans ses constatations cadavériques à la présence d’alcaloïdes trouvés dans les viscères des cadavres soumis à son examen; elle était portée à considérer ces alcaloïdes comme introduits dans corps humam le tube digestif par une main criminelle, et le diagnostic d’empoisonnement était rendubien souvent à la suite de cette constatation.

Aujourd’hui la question paraît jugée ; les phénomènes de putréfaction que subit le cadavre entraînent la production d’alcaloïdes, les uns toxiques, les autres non toxiques, et on a pu déjà constater un grand nombre de ces alcaloïdes, la cbolidine (C5Hi:iAz02), la neuridine (CBHuAz2), la cadavérine (C5Hl0Az2), la putrescine (G'Tl12Az2), la saprine (C5H,GAza), la trimélhylamine CH3, la mydaléine, et cette liste est loin d’ètre close.

Je ne puis ici entrer dans tous les développements que comporte cette question de médecine légale, mais ce que je puis vous dire, c’est que Briéger nous a montré que chaque période de la putréfaction s’accompagne de la formation d’alcaloïdes nouveaux, les uns toxiques, les autres non toxiques. Dès que la vie a cessé, c’est la choline qui apparaît, puis la neuridine, la cadavérinc, la putrescine; aucun de ces alcaloïdes n’est toxique.

Mais à partir du septième jour après la mort, les' alcaloïdes toxiques se montrent, et en particulier la mydaléine, qui est très vénéneuse, provoque des diarrhées profuscs, des vomissements, de 1 inflammation intestinale et entraîne la mort des cobayes à la dose de 5 milligrammes.

HYGIÈNE l’HOI’UYLACTIQUE. 4

Des

caractères

plomaïucs.

s*' TROISIÈME CONFÈRENCE.

D ailleurs cette liste des ploinaïncs tend à augmenter chaque jour et voici d après Guarestilii (1 ) la liste de celles qui ctaielil connues à la Un de l'année dernière.

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