ACTION
IM IYS 10 LOGIQUE.
CUD'Az
Titanotoxine.
Brieger.
Dans les cas de tétanos.
C*H "Az*
Neuridinc.
Cadavres humains
Non toxique.
GsH'<Az'
Cadavérine.
C!H"Aî'
Saprine.
Viande pourrie.
cwa z1
Putrescine.
Midaléine.
c*n"Az
Cullidino.
Nt'ueki.
Gélatine pourrie.
cun'Az
llydrocollid.
Gautier et Etard.
Viande pourrie.
Convulsif.
CH'!Az
ParVoline.
Poissons avariés.
C'»H‘>Az
Non baptisée.
Guaroschi, Mosso,
Fibrine décomp.
Viande pourrie.
Action du curare
C1,H3sAz<
Gautier.
CsH'!AzO’
Gholine.
Brieger.
Action du curare faible.
CsH'JAzO
Neurine.
CUI^AzO1
Muscarine.
Poissons avariés.
Toxicité moyeu.
Non toxique.
C‘H>'Az(J>
Gadinine.
CsH“AzOI
Non baptisée.
Salkowsky.
Viande pourrie.
CMI^AzO1
C’H»Az’Ot
Pouebet.
Toxique.
C*H'*Az90*
CGB’AzO1
M y tilo toxine,
Brieger.
Mytilus edulis (moule).
CH^AzO'
Midatoxine.
Cadavres décomp.
Actiou du curnro
C*H'‘AzO’
Midine.
CUB'AzO’
Bétaïne.
Poissons avariés.
C’fP’AzO1
Typbotoxine.
Dans les cas de typhus.
Toxique.
^’in^Az^'
Tétanine.
Dans les cas de tétanos.
Toxicité moven.
CliII,"Az,0‘
Non baptisée.
Guarescbi.
Fibrine décomp.
Non déterm.
Spasmotoxine
Brieger.
Dans les cas de tétanos.
Toxicité moveu.
Tyrotoxine.
Vattgban.
Fromage.
Toxique.
Vous comprenez que les médecins légistes se soient efforcés de trouver des caractères chimiques qui permissent de distinguer ces alcalis cadavériques des alcaloïdes végétaux. Brouardcl et Boulmy avaient pensé que seuls ces alcalis avaient la propriété de réduire un chlorure ferrique en présence du ferrocyanure de potassium et de donner ainsi une coloration bleue caractéristique. Malheureusement ce signe n’a pas la valeur que ces savants lui avaient attribuée, et Gautier a montré en effet que l’apomorphine, la morphine, la muscarine et l’ésérine avaient cette môme propriété.
Il lauL donc reconnaître que ces ptomaïnes ne présentent pas
(I) Annali dichimica e di fannacologia, année 1887, p. 2H7.
de réactions caractéristiques, si ce n’est celles qui sont produites par tous les alcaloïdes, qu’ils soient animaux ou \égélaux. C’est ainsi que les réactifs de Meyer, de Nesslcr, 1 iodure de potassium ioduré, l’iodure de bismuth et de potassium, le phosphoinolybdate de soude qui précipitent les alcaloïdes végétaux, précipitent aussi les ptomaïnes.
Cette question a d’ailleurs été fort bien étudiée par une commission italienne (1) chargée d’examiner ces ptomaïnes au point de vue médico-légal.
S’il fallait classer ces ptomaïnes, nous adopterions la classilication de Roussy qui les divise de la façon suivante : il commence par établir une première grande division basée sur la production de ces ptomaïnes par des micPobes indéterminés ou par des microbes pathogènes. Dans la première classe (ptomaïnes d’origine bactérienne indéterminée), la présence ou l’absence d’oxygène permet d’établir une sous-division : les ptomaïnes non oxygénées et les ptomaïnes oxygénées.
Le premier groupe comprend : la eholidine, isolée pour la première fois par Nencki en 1876, et qui a pour formule C8H,“Az; la parvoline (C^tFAz), découverte en 1881, par Gautier et Etard, puis l’hydrocollidine (C8H13Az), trouvée aussi par les mêmes expérimentateurs et qui fournit un corps isomère découvert par Cahours et Etard, qui est la dihydrocollidine (C8H13Az) ; la neuridine (G5HuAz2), isolée par Briéger en 1884 ; la cadavérinc (C8Hl6Az), que Bocklisch a retirée de la saumure de hareng et OEschner de Coninck du poulpe putréfié; la putrescine (C*H,2Az2) découverte par Briéger ; la saprine isolée par Briéger, et enfin la mydaléine, retirée par Briéger des eaux-mères d’où avaient été extraites les ptomaïnes précédentes.
Laneuridine, la cadavérine, la putrescine et la saprine ne sont pas toxiques ; tandis qu’au contraire les autres ptomaïnes le seraient d’une façon très active et en particulier l’hydrocollidine et son isomère, ainsi que la mydaléine. A cette liste, il faudrait joindre deux bases non encore dénommées, l’une retirée par Gautier et Etard des eaux-mères (C17H38Az') et l’autre extraite par Guareschi eL Mosso de la fibrine de bœuf en putréfaction, dont la formule est mal définie, soit ClolllBAz, soit C10lIuAz.
(1) helaziune dette esperienze faite ncl laboratorio spéciale délia commissionne clulla H. Universita di lloma suite cosi dette ptomaïnc in rigardo dalla perizic toxicologiche, Roma, 1883, et Gazetta chimica, t,. XIII, 18S3.)
Classification
des
ptomaïnes.
Ptomaïnes non oxygénées.
TliOISIÈME CONFÉRENCE.
Poptomaïnes
oxygénées.
Réactions
des
[Romaines.
QuanL aux ptomaïnes oxygénées, cc sont, d’abord la ncurine ou névrine (C&Ii13AzO), retirée en 1884, par Briéger, du cadavre en putréfaction. Elle proviendrait du dédoublement direct de la choline, et d’après de récents travaux, cette névrine serait un hydrate de triméthylvinylammonium. Comme nous l’avons vu, c’est une base toxique, puis la choline (G8H18Az02), qui serait un hydrate de triméthylhydroxélilène ammonium. AVurtz l’aurait obtenue par synthèse, en traitant la Irimélhylamine par l’oxyde d’éthylène. Elle toxique comme la précédente, mais à un moindre degré. La muscarine putréfactive ayant pour formule C8H13AzOs, qui est toxique comme son isomère la muscarine végétale. La ganidine (CTIIGAz02), qui, elle, ne serait pas toxique et qui est retirée, comme son nom l’indique, de la morue altérée. La mydatoxine (C6H13Az02), trouvée par Briéger et qui est fai blementtoxique. La méthylganine, substance toxique. La méthylotoxine (CfiH15Az02), que l’on trouve dans le foie des moules, ce qui est la cause de l’empoisonnement par ces mollusques. A ces substances, il faudrait joindre les deux ptomaïnes découvertes par Pouchet, ptomaïnes non dénommées et qui auraient pour formules, la première, C7Hl8Azs06; la seconde, C3H12Az204. Elles seraient toutes les deux toxiques.
Quant à la seconde classe, c’est-à-dire quant aux ptomaïnes produites par les microbes déterminés, nous y reviendrons à la tin de ccLtc conférence, lorsque je vous parlerai des ptomaïnes et leucomaïncs sécrétés par des microbes pathogènes.
Ces ptomaïnes, qu’elles soicnL oxygènes ou non oxygènes, qu’elles proviennent de microbes non déterminés ou de microbes pathogènes, sont en résumé des diamines appartenant à la série grasse; ce sont des liquides huileux, alcalins, qui saturent exactement les acides forts, constituant ainsi des sels cristallisés. Ces sels sont très oxydables et doués d’un grand pouvoir réducteur; ils sont tous solubles dans l’éther alcoolique et beaucoup se dissolvent dans le chloroforme et 1 éther amylique.
Les ptomaïnes ont des réactions colorées que Selmi et Gautier nous ouf lait connaître; ainsi 1 acide sulfurique étendu les colore en rouge violacé; l’acide chlorhydrique produit la même coloration, qui augmente si on fait intervenir la chaleur; enfin, l’acide nitrique donne, après avoir été chauffé avec ces ptomaïnes et saturé de potasse, une belle coloration jaune d or.
Telles sont, messieurs, en résumé les principales indications
DES PTOMAÏNES ET DES LEUCOMAÏNES. è 3
que je voulais vous fournir sur les ptomaïnes. Vous devez surtout retenir de tout ce que je viens de vous dire l’importance que peuvent jouer ces ptomaïnes au point de vue des intoxications alimentaires.il parait aujourd’hui démontré que l’embarras gastrique soit aigu, soit chronique, résulte très probablement de l’absorption de ces ptomaïnes, soit qu’elles aient été introduites avec les aliments, soit que l’estomac se montre impuissant à empêcher la fermentation putride des substances organiques nlroduites par l’alimentation. Reportez-vous, en effet, aux symptômes déterminés par ces ptomaïnes et vous y verrez la description des coliques, de la diarrhée, de l’hypersécrétion intestinale et des troubles généraux plus ou moins graves qui caractérisent cet embarras gastrique à toutes ces périodes et il me reste maintenant à vous parler d’un sujet encore plus intéressant, c’està-dire des leucomaïnes.
C’est Armand Gautier qui a donné ce nom de leucomaïnes (Xs'jy.wp.x , blanc d’œuf) aux alcaloïdes que la cellule animale vivante sécrète à l’état physiologique comme à l’état pathologique, et nous aurons donc à étudier ici ces leucomaïnes physiologiques et pathologiques dans deux chapitres distincts.
Pour les leucomaïnes à l’état physiologique, avant d’arriver aux travaux de Gautier et aux conclusions si importantes qui en découlent, tant au point de vue pathologique qu’au point de vue de l’hygiène prophylactique, je vous dois un court résumé de l’histoire de ces alcaloïdes.
Lorsqu’en 1849, Liebig découvrait dans les urines la présence de la créatine, alcali organique, on pouvait croire que celte découverte devait entraîner celle delà présence d’autres alcaloïdes sécrétées par l’organisme à l’état physiologique; il n’en fut rien et même Liebig repoussa cette hypothèse, que la créatine qui a pour formule celle des alcaloïdes, GvHi'Az02, pût constituer une base organique.
Vi ngtans après, en 1869, Liebreich trouvait dans l’urine normale un alcaloïde, la bélaïne (C5lI"Az02).
En 1880, Gabriel Pouchet (1) constate dans l’urine, outre la présence de la créatine et de la bélaïne, celle de l’allantoïiie, de la carminé et enlin un alcaloïde indéterminé. Puis en 1881 et 1882, commencent les communications de Gautier et de
Des
leucomaïnes.
Historique.
(1) Gabriel Pouchet, Thèse de Paris, 1 881 , p. 21.
Des
leucomnïnes
musculaires.
Bouchard , sur lesquelles je reviendrai tout à l’heure quand nous étudierons le mécanisme do production de ces leucomaïnes.
En 1883, Mourson et Schlagdenhaufcn (i) constatèrent dans le liquide amniotique humain recueilli au moment de l’accouchement un corps ayant les caractères des alcaloïdes. La même année, Bocci montre que les urines jouissent de propriétés toxiques et qu’elles agissent comme le curare sur les grenouilles et les mammifères (2). Lépino et Guérin (3), en 188-4, retirent des urines, à l’aide de l'éther, ces alcaloïdes toxiques, puis nous arrivons au travail de Foa et Pellacani (4). Ces expérimentateurs italiens prennent des viscères frais, les diluent dans l’eau et injectent ces dilutions en quantité donnée dans la veine jugulaire des lapins et montrent que ces dilutions produisent plus ou moins rapidement des accidents toxiques mortels, ce qui leur permet de classer les différents viscères par ordre de toxicité; le cerveau occuperait ainsi le premier rang, puis viendraient les capsules surrénales, les testicules, les reins, les ganglions lymphatiques et le foie. La rate serait dépourvue de toute action nocive.
Une fois ces indications connues, je vais spécialement vous indiquer les travaux de Gautier et ceux de Bouchard qui les complètent.
Comme nous l’avons déjà vu dans la première partie de cette leçon, dès l’année 1872, Gautier avait découvert que la fibrine du sang, abandonnée l’été sous une couche d’eau, donnait lieu à certains alcaloïdes fixes ou volatils. Gautier, continuant ses recherches, montra alors que la chair fraîche pouvait contenir ces mêmes a!caloïdes,ct dans une série de travaux il décrivit les leucomaïnes musculaires, telles que la xanlhocréalininc (C[iH<0Az!’O), la crusocréatinine (C:iH8Az''0), l’amphicréatinine (C9Hl9Az70!’),
(1) Mourson et Sclilagdenliaufcn, Nouvelles Recherches chimiques et physiologiques sur quelques liquides organiques ( liquide amniotique) (in Comptes rendus de l’Académie des sciences, 30 octobre 1882, et Archives de tocologie, mai 1883).
(2) Bocci, Centralbl. für die Med. Wiss., n° Bl, 1882.
(3) Lcpine et Guérin, Sur la présence d'alcaloïdes toxiques dans l'urine et dans certains liquides pathologiques (in Revue de médecine , t. LVI, p. 7G7, 1884).
(4) Foa et Pellacani, Sur le ferment fibrinogène et sur les actions toxiques exercées par quelques organes frais (in Arch. ital. de biologie , t. IV, p. 56).
li pseudoxantlùne (C4H5Az50), et des bases ayant pour formules C"H!4Az10O et C,2Iis5Az"Os.
Gautier opérait sur de la viande de hœuf fraîche et sur l’extrait de viande Liehig. Toutes ces bases que je viens de tous signaler sont cristallisées et forment avec les acides des sels plus ou moins stables. A ces alcaloïdes il faut joindre l’adénine que Gossel a découverte en 1886. Cette base a ce point d’intéressant, que sa formule est exactement le quintuple de celle de l’acide cyanhydrique et que, traitée par la potasse, l’adénine donne du cyanure de potassium.
Si vous voulez bien vous rappeler que la xanthine peut être formée par synthèse en agissant sur l’acide cyanhydrique d’une part et d’autre part que l’adénine se transforme elle-même en hypoxanthine, vous comprendrez facilement que l’on ait rapproché l’action de ces alcaloïdes toxiques de celle des cyanures et que Gautier, élargissant cette hypothèse, se soit eflorcé de montrer que la charpente du protoplasme cellulaire a pour base ces composés cyanhydriques.
Ainsi donc, grâce à ces belles recherches, il était désormais acquis que l’on trouvait dans la chair et même dans certains viscères comme la rate, d’où un élève de Gautier, Morelle, a retiré un alcaloïde très toxique, on trouvait, dis-je, à l’état frais des alcalis organiques, les leucomaï'ncs, analogues comme action aux alcalis de la putréfaction, aux plomaïncs.
Mais Gautier ne s’arrêta pas là ; son esprit généralisateur le conduisit plus loin. Comparant la cellule organique à la cellule végétale, il montre que l’une et l’autre pouvaient produire des alcaloïdes et de môme que la cellule végétale des quinquinas produit la quinine et une série d’autres alcaloïdes, nos cellules constituent aussi de toutes pièces des alcaloïdes, les uns toxiques, les autres inactifs.
Mais ces alcaloïdes ne peuvent s’accumuler dans notre économie sans danger et ils doivent être éliminés par les différents émonctoires. C’est ce qui conduisit Gautier à examiner la salive et le venin des serpents.
Déjà bien des années auparavant, Cloès (1), en 1832, avait signalé dans le venin du crapaud et de la salamandre la présence d’alcaloïdes.
Des
lencomnïnes dans les secrétions et les excrétions.
(1) Cloès, Comptes rend, dei* Académie des sciences , 1832, t. XXXIV, p. 70.
De3
leucomaincs de la salive.
loiicomaïncs
urinaires.
En 1S6G, Zaleski séparait un de ces alcaloïdes à l’état de pureté et lui donnait le nom de salamandrine (CMHfl0Az2O5). En 1872, Corre (1), comparant le poison des poissons vénéneux des mers de la Chine et de l’Australie au venin des serpents, montrait leur grande analogie et signalait la présence d’alcaloïdes dans l’humeur toxique sécrétée par les poissons.
Gautier analysa donc le venin du Cobra capello et y trouva deux alcaloïdes nouveaux; ces alcaloïdes produisent, l’un la somnolence et la torpeur, l’autre des troubles intestinaux sans déterminer la mort. Ce ne sont donc pas les corps les plus actifs de ce venin.
Puis Gautier examina la salive de l’homme et en retira des alcaloïdes toxiques pour certains êtres comme le moineau, et en somme la salive est une des voies d’excrétion des alcalis fournis par les cellules vivantes de l’organisme. Mais ce sont surtout les urines qui constituent la voie la plus puissante d’excrétion de ces alcaloïdes, et ceci nous permet d’aborder un autre ordre de recherches dont la plupart sont dues au professeur Bouchard et à ses élèves.
En 1881, Felz et Ilitter montraient que l’injection de l’urine en nature dans les veines entraînait la mort des animaux. Bocci, à la fin de 1882, renouvelait les expériences de Felz et Ritter, et montrait que l’urine est toxique. En 1883, Schiffer fit des extraits d’urine par l’éther et montra que ces extraits injectés chez des grenouilles entraînaient la mort de l’animal.
De son côté, Gabriel Pouchet avait constaté dans les urines la présence d’alcaloïdes toxiques, et Bouchard, en 1882, retrouvait ces alcaloïdes toxiques, mais dans les urines pathologiques. C’est ce que faisaient aussi, en 1883 et 1884, Dupard et Lépine, puis Lépine et Guérin, qui constataient dans ces mêmes urines pathologiques la présence d’alcaloïdes. A partir de 1884, Bouchard commence ses travaux sur les urines normales, dont il fait connaître les résultats dans diverses communications en 1880.
Il se sert du lapin comme animal réactif et il injecte dans la veine de l’oreille de ce lapin des quantités variables d’urine. 11 examina tout d’abord les phénomènes toxiques produits ainsi par la pénétration de l’urine chez le lapin. Ces phénomènes sont essentiellement caractérisés par la contraction des pupilles,
(1) Corre, Archives de physiologie, t. IV, p. 405.
l’accélération des mouvements respiratoires, l’incoordination des mouvements, la somnolence, de l’hypothermie, la diminution des réflexes palpébraux et cornéens et la mort survient dans le coma sans convulsions ou avec des spasmes modérés. Pendant toute cette scène pathologique, il se produit de nombreuses émissions d’urine.
Puis Bouchard établit l’urotoxie, c’est-à-dire la quantité De d’urine nécessaire pour tuer 1 kilogramme de lapin. Celte quantité est représentée par 43 centimètres cubes d’urine normale.
L’homme adulte et bien portant élimine en vingt-quatre heures par chaque kilogramme de son poids une quantité de poison urinaire capable de tuer 4G4B,5 de matière vivante; son coefficient urotoxique est donc 0kj4645 et il met deux jours et quatre heures en moyenne pour fabriquer la masse de poison urinaire capable de l’intoxiquer lui-même.
Ensuite Bouchard examine les modifications que font subir à ces poisons urinaires les phénomènes physiologiques; il montre que la toxicité urinaire varie pendant la veille et pendant le sommeil. Elle est à son minimum lorsque l’homme s’endort et augmente pendant le sommeil. Le travail musculaire a aussi une grande influence sur cette toxicité et il supprime 30 pour 100 delà toxicité totale des urines émises en vingt-quatre heures;
27 pour 100 de la toxicité de celles de la veille et 40 pour 100 de la toxicité des urines du sommeil qui suit. De plus, les urines de la veille et celles du sommeil n’ont pas la même action toxique; celles de la veille sont narcotiques, celles du sommeil convulsivantes.
Poussant toujours plus loin la question, Bouchard montre qu'il n’y a pas qu’un poison urinaire, mais une série de poisons et il obtient ainsi sept substances toxiques : une substance diurétique, qui est l’urée, urée d’ailleurs peu nocive par elle-même, puisqu’il faut 6 grammes par kilogramme du poids de l’animal pour amener la mort; une substance narcotique; une substance sialogène; une substance qui contracte la pupille; une autre qui abaisse la température; enfin deux substances convulsivantes, l’une de nature organique, l’autre de nature minérale, c’est la potasse.
D’ailleurs si vous voulez étudier cette question dans tous les détails qu’elle comporte, je vous renvoie aux belles leçons de
l'urotoxie.
Bouchard sur les auto-inloxications, où est exposé magistralement tout ce qui a trait à la toxicité des urines (1).
Ainsi donc, il est bien établi que l'économie fournit incessamment des substances toxiques, substances qu’elle élimine par les différents émonctoires de l’économie et particulièrement par les urines. Quant aux substances toxiques, leucomaïnes ou ptomaïnes, introduites par l’alimentation, elles sont, ou éliminées par les urines et les matières fécales, ou détruites par le foie.
Dos A l’état pathologique, on trouve aussi des leucomaïnes nui
leucomaïnes „ . . 1 2 * * 5
à l’état sont tourmes par 1 économie. Bouchard (2), en 1882, montrait pathologique. ^ (jang jeg U1.;nes des maladies infectieuses on pouvait trouver des substances alcaloïdiques; Felz (3), de son côté, a montré la toxicité spéciale des urines pathologiques. Vi Iliers (4), en analysant des individus morts du choléra dans le service du professeur Ilayein, a retrouvé des bases alcaloïdiques ayant une odeur d’aubépine et possédant une grande toxicité. Pouchot (o) a pu retirer des déjections des cholériques une substance alcaloïdique. Cette découverte a présenté ce fait curieux, c’est que pendant que Pouchet s’efforçait de faire cristalliser ce chlorhydrate basique par une évaporation au bain-marie, il fut pris d’accidents toxiques très analogues au choléra avec frissons, crampes, nausées et anurie ; cette dernière a duré plus de trente heures.
Des H me reste, pour terminer, à examiner les alcalis organiques
<iest0mîcrobes f°lll’n,â Par ^es microbes pathogènes. C’est à Briéger que l’on pathogènes, doit les études les plus intéressantes à ce sujet. 11 a tout d’ahord étudié les alcaloïdes que l’on trouve dans les bouillons de culture où se trouve le staphylococcies pyogenes aureus et il en a retiré des corps non toxiques, tels que la xanthine et la créatinine.
(1) Bouchard, les Auto-intoxications clans les maladies, leçons recueillies par Le Gendre. Paris, 1887.
(2) Bouchard, Sur la présence d’alcaloïdes clans les urines au cours de certaines maladies infectieuses (in Comptes rendus de la Société de biologie, 5 août 1882J.
(b) Felz, Académie dos sciences, 1er avril 1886.
(4 j Villiers, Sur la formation clcs ptomaïnes dans le choléra [Comptes rendus clc l’Académie des sciences, 12 janvier 1885, p. 91); Sur la formation des alcaloïdes dans les maladies ( Comptes rendus de l’Académie des sciences , 20 avril et 11 mai 1885, p. 1073).
(5) G. Pouchet, Sur les modifications qui se produisent dans la cornposition chimique de certaines humeurs sous l’influence clu choléra épidémique (in Académie des sciences, 26 janvier 1883).
Puis ce môme examen a porté sur les bouillons de culture du bacille de la fièvre typhoïde et il en a retiré celle fois un alcali toxique, la lyphotoxine, ayant pour formule C7H17AzO\ Des recherches analogues ayant été faites sur les bouillons de culture du bacille du tétanos, on en a pu retirer trois alcaloïdes : d’abord la tétanine (Cl3H30AzsO‘), c’est un corps très toxique qui reproduit chez les animaux les convulsions toniques et chroniques propres au tétanos ; puis la tétanotoxine ; alcali non oxygène et ayant pour formule G5H"Az; c’est un poison convulsivant. mais à un moindre degré que la tétanine, enfin la spasmotoxine, dont la formule n’est pas encore bien fixée, mais qui est convulsivante comme la tétanine. Il y aurait encore un quatrième alcaloïde, trouvé dans ce bouillon de culture, mais il n’est pas encore bien fixé. Le bacille du choléra donnerait aussi lieu, dans les bouillons de culture, à la production de toxines diverses, je vous signalais, il y a quelques instants, les travaux de Felz, de Yilliers et de Pouchet à cet égard, je dois maintenant vous citer les six bases que Briéger a extraites de ces bouillons et dont la plus toxique est la méthylguanidine (C2H7Az03).
Lorsque je vous parlerai des virus atténués et des vaccines, je vous montrerai que c’est sur la présence de ces ptomaïnes sécrétées par certains microbes qu’est basée la vaccine chimique, en particulier celle du choléra, d’après les belles recherches de Gamaleia d’Odessa, celle de la septicémie d’après les expériences de Roux, et probablement celle de la rage, si l’on s’en rapporte aux travaux de Peyraud, de Libourne, et surtout à la récente communication de Pasteur (1).
Quel rôle jouent ces alcaloïdes toxiques dans la scène pathologique déterminée par ces microbes pathogènes? C’est ce qui nous reste à examiner et c’est ce que je me propose de faire dans la prochaine conférence, où j’aborderai l’élude de l’infection et de l’intoxication.
(1) Pasteur, Sur la vaccination préventive du choléra (Académie dos sciences, séance du 20 août 1888).
QUATRIÈME CONFÈRENCE
INFECTIONS ET INTOXICATIONS
Messieurs,
L’hygiène prophylactique a pour but d’éloigner de l’cconomie toutes les causes qui peuvent l’infecter ou l’intoxiquer. Mais il nous faut, avant d’aller plus loin, bien délimiter la part qui revient à l’infection et à l’intoxication. C’est ce que je me propose de faire dans cette conférence.
S’il s’est produit pendant longtemps et s’il se produit encore une certaine confusion dans la définition que l’on doit donner de l’infection et de l’intoxication, cela résulte de l’extension que l’on a donnée à tort, à mon sens du moins, au mot poison. En créant le nom de 'poison morbide et en généralisant à toutes les causes qui peuvent infecter l’économie ce mot de poison, confondant ainsi dans la même appellation les virus, les venins, les miasmes et les poisons chimiques, on a considérablement obscurci ce sujet.
Bernheim, dans son article du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales sur la contagion, avait bien compris la différence de ces différents mots; aussi dit-il que l’infection est produite par un poison particulier, différant des poisons ordinaires parce qu’il se reproduit d’une façon illimitée ; pour lui, c’cst un corps vivant et qui se multiplie. Dans sa belle leçon sur les maladies infectieuses, le professeur Jaccoud (I) s’efforçait de son côté d’établir les différences et les points de contact qui existent entre le poison infectieux et le poison chimique.
Il me semble qu’aujourd’hui, grâce aux découvertes de Pasteur d’une part, de celles de Gautier, de Bouchard et de Briéger de l’autre, nous pouvons établir une distinction nette et tranchée
(I) Jaccoud, les Maladies infectieuses. Leçon du 11 novembre 1882.
DôGnüion. entre l'infection et l’intoxication. Nous réserverons le nom de poison à toute substance chimique d’origine minérale, végétale ou animale, qui, introduite dans l’économie, y détermine des troubles plus ou moins graves, plus ou moins persistants, à l’ensemble desquels on doit donner le nom d’ inloxicaüon. Nous appliquerons au contraire le nom d 'infection à la pénétration dans l’économie d’un principe vivant, comme le dit Bernheim, capable de se multiplier dans l’organisme, c’est-à-dire d’origine microbienne.
Dans les précédentes leçons, je vous ai parlé des microbes pathogènes, causes de l’infection, et, d’autre part, les ptomaïncs et des leucomaïnes, causes de l’intoxication ; mais il me faut approfondir ce sujet, et je dois vous montrer les conditions générales dans lesquelles peuvent se produire ces infections et ces « intoxications, et les points de séparations si nettes qui existent entre les empoisonnements et les maladies infectieuses.
De l’intoxi- L’intoxication est toujours proportionnelle à la quantité du poison introduit, et les symptômes qui la caractérisent se produiront dès que la substance toxique aura atteint les points de l’économie où doit porter son action prédominante. Ses effets sont pour ainsi dire mathématiques, de telle sorte qu’étant donnés le mode d’introduction et l’animal en expérience, on peut établir la dose toxique du poison employé par kilogramme du poids de cet animal.
Ce travail que nous avons fait, Audigé et moi, pour les alcools, a été reproduit depuis par bien des expérimentateurs, et vous avez vu dans la leçon précédente comment Bouchard l’a appliqué à l’élude de la toxicité des urines.
S’il survient des différences dans les effets toxiques produits par la môme substance, cela résulte de circonstances spéciales dont nous connaissons l’inffuence, action qui explique la tolérance et l’intolérance pour les substances médicamenteuses. C’est d’abord le mode d’introduction du poison : plus la substance toxique arrivera rapidement aux centres nerveux, plus rapide aussi sera l’apparition des symptômes d’intoxication, et comme il est des glandes, telles que le foie, qui ont la propriété d’accumuler ou de détruire ces substances toxiques, vous comprenez comment peut s’expliquer la rapidité plus grande de l’intoxication lorsque le poison pénétrera par la peau ou par les poumons que lorsqu’on l’introduira par la voie stomacale. Dans mes
INFECTIONS ET INTOXICATIONS
leçons (le clinique thérapeutique (I), j’ai d’ailleurs longuement insisté sur ce point et je me suis cflorcé de montrer la supériorité des injections sous-cutanées et surtout des injections trachéales sur l’administration par la bouche ou par le rectum des substances médicamenteuses.
L’autre cause qui fera aussi varier l’intensité des phénomènes d’intoxication, c’est l’élimination du poison par les différents émonctoires de l’économie et en particulier par le rein. Plus les fonctions du rein seront activées, plus il se produira une tolérance grande à l’empoisonnement. Pcrmcttez-moi de vous rappeler à cet égard le fait si curieux des polyuriques qui présentent une tolérance exceptionnelle aux substances toxiques les plus actives. Uneaulre circonstance influeraaussi sur les phénomènes d’intoxication, c’est la résistance vitale du sujet, qui fait qu’à doses égales un être faible et débile résistera moins qu’un être vigoureux et bien portant. D’ailleurs vous trouverez tous ces faits longuement exposés dans la thèse d’un de mes meilleurs élèves, M"° le docteur Chopin (2).
Enfin, l’action toxique sera variable selon l’animal en expérience : tel poison qui a une action très marquée sur l’homme et qui le lue à faible dose, peut être supporté à doses beaucoup plus considérables par le chien, le lapin ou la grenouille et réciproquement. Aussi lorsque nous établissons en thérapeutique et en toxicologie les doses toxiques de certaines substances, faut-il les rapporter au poids de l’animal en expérience et ne jamais s’empresser de conclure de la grenouille, du lapin et du chien à l’homme.
Sauf les points que je viens d’énumérer, l’ensemble symptomatique de l’intoxication sera toujours le même pour le même poison. 11 n’en êst plus de même de l’infection. Le fait dominant et qui sépare d’une, façon absolue les intoxications des infections, c’est que dans l'infection le principe morbide introduit se multiplie dans l’économie et ne produit scs effets que lorsque celle multiplication est assez considérable pour modifier les fonctions de l’économie.
Voici deux lapins : chez l’un, nous allons introduire une
(1) Dujardin-Beaumelz, Du poumon au point de vue thérapeutique (Clinique thérapeutique ,t. II, p. 305, 5° édition. Paris, 1888).
(1 2) Chopin, De l’in/luence des affections rénales sur l'élimination des substances médicamenteuses . Thèse du Paris, 1888.
De l’infection.
De l'agent infectieux.
goutte d’une culture de Bacillus anthracis, chez l’autre de la strychnine. Que va-t-il arriver? Pour ce dernier, les symptômes vont se produire immédiatement, et comme nous connaissons la dose toxique de strychnine par kilogramme de lapin, nous pouvons, pour ainsi dire, produire à volonté une intoxication forte, faible ou de moyenne intensité. Pour l’autre lapin qui a reçu le virus charbonneux, quelque faible que vous supposiez la quantité que nous ayons introduite dans son économie, l’animal conservera pendant deux jours toutes les apparences de la santé la plus parfaite, puis surviendront les accidents morbides auxquels il succombera, et lorsque nous reprendrons une partie infinitésimale du sang de cet animal, nous pourrons, en l’inoculant à un autre lapin, transmettre la maladie de lapin à lapin. Voilà l’infection. Pour se produire, elle a besoin d’une période dans laquelle le principe morbide introduit doit se multiplier, c’est la période d’incubation.
Mais il nous faut pénétrer plus avant dans notre sujet et examiner de plus près quelles sont les conditions qui influent sur le développement de ces maladies infectieuses. Nous trouvons en présence deux facteurs : un agent infectieux d’une part, et de l’autre un terrain ou un milieu propice à sa culture, et l’évolution des phénomènes infectieux dépendra de la lutte engagée entre ces deux facteurs. Cette lutte passera par des phases que nous retrouvons toujours comme caractéristiques des maladies infectieuses : une période d’incubation qui permet à l’agent infectieux de se multiplier, puis une période d’invasion, et enfin, selon les résultats, la mort ou la guérison de l’être inoculé. Examinons donc chacun de ces points séparément, d’une part l’agent infectieux, et d’autre part le terrain, et cela en nous basant surtout sur les recherches expérimentales faites dans ces dernières années avec les microbes pathogènes les mieux connus. Commençons, si vous le voulez bien, par l’agent infectieux.
Bernheim avait établi une différence entre le miasme et le contage; «si la substance infectieuse, disait-il, a la propriété de se multiplier dans le milieu extérieur à l’organisme, je l’appelle miasme; si elle se multiplie dans ou sur l’organisme de manière à être transmissible par voie médiate ou immédiate, je l’appelle contage; enfin, si elle est susceptible de se multiplier dans l’organisme et en dehors de l’organisme, elle est à la fois miasme et contage ».
infections et intoxications.
Go
Il me semble qu’aujourd’hui, grâce aux progrès incessants de la microbiologie, on peut modifier ces divisions et dire, comme l’avait fait Bouley, que toute maladie infectieuse est fonction de microbes, non pas que la science soit en possession de la connaissance exacte de tous les microbes pathogènes, mais l’identité absolue qui existe entre les maladies microbiennes et les maladies virulentes dont le microbe est inconnu est telle, qu’on peut affirmer que la cause qui préside à ces affections est la môme. Il ne faudrait pas conclure de cette affirmation que les maladies infectieuses, maladies microbiennes, sont toutes contagieuses, et l’on comprend facilement qu’il puisse exister des maladies microbiennes non contagieuses ou du moins dont la contagion ne puisse se faire que dans des conditions telles qu’elle soit impossible à l’état normal.
En effet, qui dit parasitisme ne dit pas contagiosité. Voici un malade porteur d’un kyste hydatique ; il ne viendra à personne l’idée de dire que cette maladie est contagieuse. La fièvre intermittente serait, d’après les idées les plus récentes, déterminée par des micro-organismes spéciaux qui se développent dans le sang; cette maladie n’est pourtant pas contagieuse et ne pourrait l’être que si on prenait de ce sang et qu’on l’injectât chez un autre individu. Il faut donc, pour que les maladies microbiennes soient contagieuses, que l’on retrouve dans les humeurs de l’économie, humeurs normales ou pathologiques, un microbe spécial qui puisse pénétrer normalement dans un autre organisme.
Corail (1), dans sa remarquable communication sur la contagiosité de la lèpre, a bien développé ce point particulier de la question qui nous occupe et il paraît acquis aujourd’hui que de la découverte d’un microbe pathogène dans une affection donnée on ne peut conclure à la contagiosité de cette affection. Revenons, maintenant, à la question que nous nous sommes posée et étudions l’agent infectieux.
Le nombre et la vitalité des microbes pathogènes qui constituent cet agent infectieux, ainsi que le point où il pénètre dans 1 économie, ont une influence incontestable sur le développement des phénomènes morbides qui constituent l’infection.
(If Corail, De la contagion de la lèpre (Aoadémie do médecine, juin 1888).
Du
nombre des agents infectieux.
De
la vitalité des
agents
infectieux.
Du
point
où pénètre l’agent infectieux.
Pour le nombre des agents infectieux, nous avons des expériences fort précises faites par Chauveau (1) ; il prend quatre moutons et leur injecte dans le système veineux des solutions contenant un nombre exact et connu de bactéridies charbonneuses, mille par exemple ; les quatre moutons succombent. Il reproduit ensuite l’expérience avec une injection intra-veineuse ne renfermant plus, cette fois, que six cents bactéridies ; la moitié seulement des animaux périt. Puis, s’il descend plus bas, à cent ou cinquante micro-organismes, les moutons alors ne succombent plus et jouissent par la suite d’une immunité à des inoculations plus virulentes.
L’âge des bactéries a aussi une influence considérable sur le développement des phénomènes infectieux et surtout sur la résistance qu’oflre l’agent infectieux à nos moyens de destruction. Vous verrez, quand je vous parlerai des virus atténués, que l’action de ces virus est tout entière basée sur les modifications que l’on fait subir à la vitalité des micro-organismes dont on diminue la virulence pour ainsi dire à volonté, soit en modifiant leur liquide de culture, soit en les faisant passer dans d’autres organismes.
11 n’est pas jusqu’au point où pénètrent ces micro-organismes qui n’ait une influence sur le développement des phénomènes infectieux, et, à cet, égard, nous pouvons prendre deux exemples caractéristiques dans le charbon symptomatique et dans la rage.
Lorsque je vous ai parlé des affections charbonneuses, je vous ai montré qu’il en existait une connue sous le nom de mal des montagnes, qui frappe surtout nos bêtes à cornes et est due à la présence d’un microbe pathogène, le Bacterium Chauvæi. Si la contagion a lieu par des inoculations cutanées, il se produit d’abord des symptômes locaux au niveau de la piqûre, puis les symptômes généraux surviennent et l’animal succombe. Que la pénétration ait lieu par les voies respiratoires, c’est l’inverse qui se produit ; ce sont d’abord les symptômes généraux qui apparaissent et les tumeurs ne se montrent qu’aux périodes ultimes de la maladie. 11 y a plus, si l’inoculation se fait sur une partie dépourvue de masse musculaire, comme l’extrémité de la queue des ruminants par exemple, les tumeurs caractéristiques ne se produisent plus, les symptômes généraux sont peu accusés, et l’animal acquiert une immunité aux atteintes postérieures de ce
(i) Chauveau, Influence de la quantité des agents infectieux [Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1880, t. XC, p. 1 526).
INFECTIONS ET INTOXICATIONS
charbon symptomatique. Le même effet est obtenu si l’on t'ait pénétrer l’agent infectieux directement dans le sang. Anaérobie par excellence, le Bacterium Chauvæi ne peut s’y développer, et l’animal résiste à de telles inoculations, qui lui confèrent aussi l’immunité.
Pour la rage, ce point d’inoculation a aussi une importance capitale, et c’est ce fait qui a permis à Pasteur d’entreprendre ses belles recherches expérimentales. Il a, en effet, montré avec Roux que l’on diminuait considérablement la période d’incubation quand on plaçait le virus rabique dans un milieu propre à son développement, et tandis qu’il faut des mois pour voir, après morsure, se développer les accidents rabiques chez les animaux, il suffit de quinze jours quand on introduit directement l’agent infectieux sur les méninges et dans l’encéphale.
Mais le rôle, il faut bien le reconnaître, le plus important dans influence
celte lutte qui va être entreprise entre le microbe et l’organisme, 11 to“Jm'
revient au terrain. Tandis que pour les intoxications, toutes choses étant égales d’ailleurs, la scène morbide sera proportionnelle à la dose du poison administré, il n’en est plus de même dans les maladies infectieuses, et nous voyons se produire sous des influences multiples une réceptivité plus ou moins grande à l’agent infectieux. Cette réceptivité peut même être nulle et constituer ainsi ce qu’on décrit sous le nom d'immunité.
Examinons brièvement quelles sont les conditions de cette im- De l’immunitc. munité et prenons toujours, si vous le voulez bien, nos exemples dans les maladies infectieuses qui frappent surtout les espèces animales. Nous aurons à examiner successivement l’espèce animale mise en expérience, l’àge du sujet, sa résistance vitale plus ou moins grande, et enfin l’immunité que lui confèrent les attaques antérieures des maladies infectieuses et virulentes.
Si, dans l’empoisonnement, les symptômes d’intoxication peu- influence vent varier selon l’espèce en expérience, ces variations, en ré- Animale?6 sumé, sont faibles, et il suffit d’augmenter la dose pour voir se produire les phénomènes toxiques ; il n’en est plus de même avec 1 agent infectieux, et l’on voit des animaux résister aux inoculations des agents infectieux, quelle que soit la dose administrée.
Ainsi, pour les maladies qui frappent en particulier l’espèce humaine, la syphilis, celte maladie virulente par excellence, n’est pas transmissible aux animaux et le singe syphilitique de notre regretté collègue Martineau restera un fait exceptionnel. La fièvre
typhoïde qui entraîne dans notre population une si grande mortalité et dont nous connaissons aujourd’hui l’agent infectieux, le Bacillus Ujphosus , ne peut être transmis aux animaux. Le lapin et le cobaye qui sont si sensibles au charbon bacléridien, sont absolument réfractaires au charbon symptomatique. Ce même charbon bacléridien, qui détruit nos moutons et peut atteindre l’homme, ne peut être inoculé au chien. La rage épargne les gallinacés.
Enfin, nous voyons, selon les espèces, la réceptivité aux agents infectieux augmenter ou diminuer, et vous verrez, lorsque je vous parlerai des virus atténués, que c’est sur l’augmentation ou la diminution de l’activité morbide de cet agent infectieux, passant d’un organisme dans un autre, qu’est basée la création de ces virus atténués. Ici, les exemples sont très nombreux.
Pour la rage: la rage furieuse des chiens, décrite aussi sous le nom de rage des rues, voit sa virulence s’affaiblir en passant par le singe, tandis qu’elle est augmentée quand on l’inocule de lapin à lapin. La période d’incubation de la rage du chien, lorsqu’elle est fransportée au lapin, est de quatorze jours ; mais lorsqu’elle est inoculée de lapin à lapin, elle n’est plus que de sept jours.
Pour le rouget du porc, lorsqu’on transmet son microbe au lapin, il perd en partie ses propriétés infectieuses, de telle sorte qu’inoculé de nouveau au porc, il constitue un vaccin pour ce dernier. Au contraire, ce même bacille transmis à des pigeons prend une virulence beaucoup plus grande, et il suffit alors de prendre le virus atténué chez le lapin, puis de l’inoculer à un pigeon pour qu’il reprenne son activité première, et qu’inoculé à un porc, il entraîne la mort de l’animal. Le même fait se produirait aussi pour le choléra, d’après les expériences de Gamaleïa (d’Odessa) ; le bacille en virgule de Koch acquerrait une virulence toute spéciale en passant de pigeon à pigeon, influence Maisce qu’il y adeplus curieux et de plus étrange, c’est que cette de la iaee. réceptivité varie dans la même espèce animale. Le charbon vrai, le sang de rate, le charbon bacléridien, qui décime nos troupeaux de moulons en France, épargne les moutons algériens appartenant à la race barbarinc, cL rien de plus typique que l’expérience faite à cet égard par Chauveau. Il prend douze moutons de notre pays et quarante-sept moutons algériens ; il inocule à tous dans les mêmes conditions la même quantité de bactéridies charbonneuses. Tous les moulons européens succombent, tandis que
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ceux de race barbarine ne comptent que huit morts, et les trenteneuf restants non seulement résistent à cette inoculation, mais encore à toutes celles qui sont pratiquées ultérieurement. Aucune différence cependant appréciable entre l’organisme du mouton barbarin et de notre mouton indigène. De même pour la souris ; la zoologie est impuissante à distinguer la souris des champs de la souris de nos appariements, et pourtant la première résiste à une septicémie qui emporte la seconde. Le même fait se reproduit pour notre espèce : la lièvre jaune, si meurtrière pour la race blanche, paraît au contraire respecter dans une certaine mesure la race noire.
Dans la même espèce, d'ailleurs, certaines conditions font varier la réceptivité de l’animal à l’agent infectieux. Ainsi, Toussaint nous a montré, au point de vue de l’âge, que, tandis que certains animaux, comme le chien adulte, sont rebelles aux inoculations charbonneuses, ces mêmes animaux, à leur naissance, succombent à ces inoculations. Si l’on en croit les expériences de Fcser, la nourriture aurait aussi une certaine influence sur cette réceptivité. D’après lui, les rats nourris avec de la viande résisteraient mieux au charbon que ceux qui en sont privés.
Mais ce qui montre combien cette question de réceptivité est complexe dans une même espèce, ce sont surtout les expériences de Loeffer. Il nous a montré que, pour le rat, par exemple, la réceptivité pour le charbon serait excessivement variable. On peut, suivant lui, pratiquer sur ces animaux un grand nombre d’inoculations avec le virus charbonneux, et cela sans aucun résultat, puis, un beau jour, et sans qu’on sache pourquoi, à ces inoculations négatives, succède une inoculation positive.
Dans l’espèce humaine, la clinique nous montre également combien est en effet variable celte réceptivité aux agents infectieux, et nous ignorons pourquoi tantôt nous résistons aux maladies infectieuses avec lesquelles nous sommes en contact, et pourquoi tantôt, au contraire, nous acquérons une réceptivité favorable à leur développement.
Cependant, il semble démontré que plus l’être vivant, homme ou bête, sera affaibli, surmené, épuisé, plus il deviendra un terrain propre à l’invasion de la maladie infectieuse. Voyez ce qui se passe pour les animaux ; lorsque nous soumettons des chevaux à des tatigucs exagérées, ils deviennent la proie facile de toutes les épizooties et succombent avec une extrême facilité.
Influence de l'àgo.
Influence
de
la nourriture.
Influence du surmenage.
Influence
de
la température animale.
Influences
morales.
Influence dos maladies antérieures.
Je dois à ce propos vous rappeler les célèbres expériences de Pasleur sur la transmission du charbon aux poules et aux grenouilles. Il montra dans ses expériences qu’il suffisait d’abaisser la température des premières en les plongeant dans l’eau froide, et d’élever la température des secondes en les maintenant dans l’eau chaude, pour voir le Bacillus anthracis se développer dans l’économie de ces différents animaux qui présentent une immunité absolue au charbon bactéridien lorsqu’ils sont dans les conditions normales. On peut se demander si la température des animaux a réellement l’influence qu’on lui a attribuée et s’il ne faut pas plutôt invoquer ici l’affaiblissement général de l’organisme amené par les conditions anormales dans lesquelles on fait vivre l’animal en expérience.
Quoi qu’il en soit, la réceptivité del’hommeaux agents infectieux est indiscutable, et aux influences cosmiques, aux fatigues physiques viennent se joindre les influences morales. Quel exemple plus frappant puis-je vous citer que ce qui se passe pendant la guerre, où l’on voit l’armée du vainqueur dans un état sanitaire relativement bon, alors que l’armée vaincue est décimée par les maladies infectieuses et épidémiques?
Les froids exagérés, de même que les chaleurs trop intenses, affaiblissent l’organisme et en font une proie facile pour les maladies infectieuses. Il en est de même des peines morales. Tel homme qui a résisté à toutes les maladies infectieuses avec lesquelles il a été en contact succombera au moindre choc et à la moindre cause d’infection, s’il est miné et affaibli par les chagrins.
Je ne veux pas pousser plus loin cette démonstration si évidente pour tous, et dont vous verrez des exemples à chaque instant dans votre carrière médicale, et tous les efforts du médecin doivent tendre à créer par des soins hygiéniques bien entendus, soins sur lesquels je me suis longuement étendu dans mes cours précédents lorsque je vous ai parlé de l’hygiène alimentaire et de l’hygiène thérapeutique, à créer, dis-je, un milieu réfractaire aux influences morbides qui tendent à infecter à chaque instant l’organisme.
La plupart des maladies infectieuses présentent un fait important au point de vue de l’immunité, c’est qu’une fois quellesont atteint l’organisme, ce dernier se montre rebelle à une nouvelle atteinte. Celte immunité ainsi acquise a une durée variable; tantôt cette durée peut exisler pendant toute la vie, par exemple
INFECTIONS ET INTOXICATIONS
pour la syphilis, les faits d’une double syphilis sont tellement rares que l’exception confirme la règle; il en est de même des fièvres éruptives qui confèrent l’immunité également, mais cette immunité s’éteint au bout d’un certain nombre d’années; le 'typhus serait aussi dans le même cas, quoiqu’il y ait ici de nombreuses exceptions. Je vous ferai cependant observer, que dans les cas de fièvre typhoïde à rechute que nous observons si fréquemment depuis quelques mois, la rechute présente une intensité beaucoup moins grande et une durée beaucoup plus courte que la première atteinte. Malheureusement cette règle qui veut que l’attaque antérieure d’une maladie infectieuse préserve d’autres atteintes n’est pas absolue, elle subit de très nombreuses exceptions, et je vous citerai particulièrement ladiphthérie et le choléra, dont les atteintes antérieures ne paraissent pas conférer une immunité même passagère.
Cette même immunité acquise par une maladie antérieure l’est aussi par la vaccine et même par les vaccines, pour parler un langage plus scientifique, puisque aujourd’hui ce mot vaccine s’est généralisé à rinoculation de tous les virus atténués. Dans la conférence que je me propose de faire sur les virus atténués, je vous exposerai en entier cette grande question de l’immunité acquise par la vaccination et la durée de cette immunité.
Comment expliquer cette immunité ? Bien des explications ont été données; aucune n’est absolument définitive, ce sont plutôt des hypothèses. Il y a d’abord l’hypothèse du contre-poison soutenue par Chauveau, qui veut que la présence des micro-organismcs pathogènes amène la production d’une substance qui crée dans l’organisme un milieu réfractaire au développement de ces microbes.
Pasteur a soutenu de son côté la théorie de l’épuisement ; il a montré que, lorsque dans un bouillon de culture on a obtenu un développement de micro-organismes, ces bouillons sont inaptes à fournir une seconde culture. Mais la théorie qui a le plus de vogue est celle de Metschnikoff, que l’on a dénommée théorie de la phagocytose (1).
Se basant sur ce fait que l’on voit les amibes ingérer les sub-
(1) Metschnikoff, Lutte des phagocytes et des bacilles du charbon ( Vir chow’s Arch. path. Anal. u. Phys., bd. CVII, 1887). — Sur la lutte des cellules de l' organisme contre l’invasion des microbes (Ann. Pasteur, 1887, p. 32). — Les phagocytes dans la fièvre récurrente (Ann. Pasteur,
Influence dû In vaccine.
Causes
de l'immunité.
Théorie
du
contre-puison.
Théorie
de
l’épuisement.
De la
phagocytose.
stances avec lesquelles elles sont en contact, le professeur d’Odessa admet que certaines cellules vivantes de l’organisme jouent le même rôle par rapport aux micro-organismes pathogènes.
Il divise ces cellules en deux groupes : les macrophages , qui seraient surtout les cellules du tissu conjonctif et des épithéliums, et les microphages, constituées presque exclusivement par les globules blancs. Ces dernières, auxquelles il donne le nom de phagocytes, pourraient absorber jusqu’à quarante et cinquante bacilles, et l’inflammation qui succède toujours localement au point inoculé serait un mode de préservation créé par l’organisme qui fournit alors un grand nombre de globules blancs chargés de détruire les microbes pathogènes.
Dans cette théorie de la phagocytose, l’immunité résulterait du fonctionnement actif de ces globules blancs. Mais lorsque les fonctions digestives de ces globules blancs viendraient à faiblir, elles créeraient alors un état de réceptivité pour les maladies infectieuses ; de telle sorte qu’en résumé la réceptivité serait, d’après Metschnikoff, en relation directe avec un état dyspeptique des globules blancs par rapport aux microbes pathogènes.
Quant à l’immunité créée par les vaccinations, elle s’expliquerait, suivant Metschnikoff, par l’habitude que l’on donnerait aux leucocytes d’absorber et de digérer avec plus d’activité qu’à l’état normal les microbes pathogènes avec lesquels ils sonL en contact.
Bien des objections ont été faites à la théorie de la phagocytose; l’une des plus sérieuses a été présentée par Emmerich qui affirme que les phagocytes ne peuvent digérer que les bactéries mortes (1). Aussi Klebs, se basant sur celte curieuse propriété, leur a-t-il donné le nom de vidangeurs du sang.
N’atlendez pas de moi que je tranche le débat que soulève celte question de l’immunité. Elle est loin d’être résolue, et il nous faudra encore peut-être bien des années pour que nous ayons une explication définitive de ce tait si complexe cl si curieux. Qu’il me suflisc de vous dire que l’intensité et la malignité des maladies infeclieuses résultera de la vitalité relative de
1887, p. 503). — Sur L’atténuation des bactéridies charbonneuses dans le sang des animaux à sang chaud (Ann. Pasteur, 1887, p. 42). Lettre à Weiygert (Fort, der Med., 1888, i)° 3).
(1) Emmerich, la Guérison du charbon (Arch. f. Hgg., 1887).
INFECTIONS ET INTOXICATIONS
l’agent infectieux et (le l’organisme infecté. Elles seront plus ou moins grandes suivant que l’organisme pourra plus ou moins bien détruire ou éliminer cet agent infectieux. 11 me reste maintenant, pour terminer ce qui a traita ces infections, à vous dire quelques mots du mode de propagation de ces maladies infectieuses, en un mot, à vous parler de la contagion.
Tandis qu’à aucune période de l’ensemble morbide qui constitue l’intoxication, la transmission de ces phénomènes d’un individu à un autre individu n’est possible, celte transmission qui constitue la contagion est un fait presque constant dans les maladies infectieuses ; je dis presque constant, car si, pour être transmissibles, les maladies ont besoin d’un agent virulent de nature microbienne, la réciproque n’est point vraie, et de ce qu’une maladie est microbienne, il n’en résulte pas fatalement qu’elle soit transmissible; je me suis déjà expliqué sur ce point au début de cette leçon, je n’y reviendrai pas.
On a donné plusieurs définitions de la contagion. Anglada voulait que, pour qu’il y eût contagion, il y eut transmission d’un principe matériel, résultat d’une élaboration morbide spécifique ; il insistait sur ce mot élaboration, de telle sorte que, pour lui, la gale et les teignes ne seraient pas des affections contagieuses. La division donnée par Naquard et adoptée par Bouillaud, se rapproche beaucoup plus de la vérité ; voici cette définition : « La contagion est un acte par lequel une maladie déterminée se communique d’un individu qui en est infecté à un individu qui est sain, au moyen d’un contact, soit immédiat, soit médiat. »
Comme le fait très justement remarquer Bernheim, cette définition a le grand tort de comprendre dans ce mot de contagion les affections nerveuses par exemple, d’une part, et d’autre part il n’est pas nécessaire que l’individu soit sain pour être affecté. Aussi il propose une définition qui me paraît être la meilleure de toutes et parfaitement applicable à l’origine microbienne des maladies infectieuses. Celte définition, la voici : « La contagion est un acte par lequel une maladie déterminée se communique d’un individu qui en est infecté à un autre individu par contact immédiat ou médiat, au moyen d’un principe matériel qui émane du corps du premier, quelle que soit son origine primitive, et qui se multiplie dans ou sur le sujet auquel il est transmis.»
Comment se fait cette transmission ? Déjà, dans ma première leçon sur les Doctrines microbiennes , je vous ai montré
Do
i contagion.
Définition.
Du
rôle de l'air dans
la contagion.
L’air
est un mauvais terrain de culture.
Action dos rayons solaires.
comment l’économie, assaillie de toutes parts par les microbes pathogènes, pouvait lutter contre toutes les causes qui concourent à sa perte, et si, dans la plupart des faits que je vous ai signalés jusqu’ici au point de vue expérimental, c’est à l’aide d’injections sous-cutanées que nous faisons pénétrer l’agent infectieux dans l’économie, cette pénétration , à l’état normal, se fait aussi par la peau dépouillée de son épiderme et par les muqueuses. Mais ce qu’il est très important de mettre bien en lumière, c’est combien est fréquente la contagion par contact direct comparée au contage par l’air atmosphérique.
S’il fallait ne nous en rapporter qu’aux expériences physiologiques, on devrait mettre en doute cette contagion par l’air atmosphérique, puisque, quel que soit le soin que l’on ait mis à examiner et à analyser les divers microbes contenus dans l’air, on n’y trouve pas de bactéries pathogènes, et Miquel, qui a surtout insisté sur ces expériences, a montré qu’en recueillant ces micro-organismes atmosphériques et en les inoculant à des animaux, il n'a jamais déterminé de maladie infectieuse;
Bien entendu, je ne parle ici que de microbes et non de particules organiques, telles par exemple que des croûtes provenant de pustules varioliques, des crachats de tuberculeux desséchés. On sait, en effet, que ces particules peuvent se trouver en plus ou moins grande quantité au milieu des poussières accumulées dans les salles de malades, et les expériences faites par Brouardel au service des varioleux, autrefois établi à l’hôpital Laënnec, en aspirant l’air des salles à travers delà ouate, ont permis de constater de visu la présence de ces particules organiques. Mais, dès que l’on se trouve dans l’air ambiant, ces poussières disparaissent complètement.
Quelles sont les causes qui empêchent l’air d’être chargé de microbes pathogènes? C’est qu’il est un mauvais milieu de culture pour les micro-organismes, car trois causes en effet de destruction se trouvent dans cet air atmosphérique : ce sont 1 action des rayons solaires, l’action de l’oxygène et 1 action de la chaleur.
L’action des rayons solaires comme cause de destruction des microbes est des plus nettes. Duclaux, 1 un des premiers, a appelé l’attention sur le soleil comme agent destructeur des microbes. En quelques heures, à l’état sec, les microcoques exposés au soleil sont détruits. Ces recherches ont été complétées depuis
infections et intoxications.
Aclion
de l’oxygène
par Arloing et Straus. Arloing a montré ce fait curieux, c'est que dans les bouillons de culture les spores fraîches sont plus rapidement détruites par les rayons solaires que les bacilles adultes. Straus a expliqué cette anomalie par le fait suivant : c’est que cette destruction des spores par les rayons solaires ne se fait que dans les bouillons de culture et n’a pas lieu dans l’eau distillée, et il montre que ce n’est pas sur les spores qu’agissent les rayons solaires, mais sur les bactéries à l’état naissant. Enfin,
Arloing a montré que cette action destructive des rayons solaires n’était due ni aux rayons caloriques, actiniques ou colorés du spectre solaire, mais appartenai t à la lumière blanche complète (1).
L’autre cause de destruction réside, vous ai-je dit, dans l’action de l’oxygène. Vous verrez, lorsque je vous parlerai des virus atténués, que c’est grâce à l’action de l’oxygène que l’on peut diminuer la virulence de certains agents infectieux et en constituer des virus atténués. Lorsque, comme l’a fait Bert, on soumet les virus à l’action de l’oxygène comprimé, on détruit tous les organismes vivants, sauf toutefois, lorsqu’ils sont à l’état de spores ; et pour ce qui a trait au Bacillus anthracis , on peut, quand il est à l’état de spore, le soumettre pendant vingt et un jours à l’action de l’oxygène pur, sous pression de 10 atmosphères, sans détruire sa vitalité, tandis que les bactéries adultes succombent par le séjour dans l’oxygène comprimé.
La dessiccation a aussi le même effet, et, pour prendre toujours Action nos exemples dans le charbon où des expériences très importantes ia dessiccation
ont été faites à ce sujet, on voit, selon la rapidité avec laquelle la dessiccation a été amenée, le sang charbonneux garder ou perdre sa virulence. Lorsque celte dessiccation est très rapide, la virulence n’existe plus ; lorsqu’elle est faite lentement, au contraire, celle virulence persiste et l’on peut expliquer ce fait que, dans les premiers cas, les spores ne peuvent se produire, tandis que dans le second la lenteur de la dessiccation permet la sporulation. Je vous montrerai que le vaccin antirabique résulte d’une atténuation due aux trois effets que je viens de vous signaler: aclion des rayons solaires, de l’oxygène, de la dessiccation.
(1) Duclaux, Influence de la lumière du soleil sur la vitalité des germes
(Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1885, janvier, n° 2, p. 119).
Arloing, Influence de la lumière blanche et de ses rayons constituants sur le développement et les propriétés du Bacillus anthracis (Arch. de plmsiol 1S8B, p. 920). J ■’
Aetion nocive de
l’air confiné.
11 ne faudrait pas conclure de mes paroles que je nie à l’air toute action dans le contage des maladies infectieuses; cela est loin de ma pensée. Ce que j’ai voulu dire, c’est qu’il ne faut pas attacher à l’air, au point de vue de ce contage, un rôle exagéré.
Pour ce qui a trait aux affections chirurgicales, la question parait aujourd’hui jugée et c’est presque exclusivement dans le contage direct des pièces de pansements, d’instruments, de linges, de mains contaminés, que se fait la contagion des affections septiques, et la première idée qui avait fait adopter l’atmosphère phéniquée et les pansements ouatés est aujourd’hui abandonnée par un grand nombre de nos chirurgiens, et je vous citerai à cet égard les expériences si décisives du professeur Le Fort. C’est en effet dans les liquides et les solides que les micro-organismes, agents infectieux, trouvent un terrain favorable à leur développement, et lorsque je vous parlerai de la désinfection, j’insisterai longuement sur ce fait.
Si l’air n’est pas un facteur aussi actif qu’on le pensait jusqu’ici dans la propagation des maladies microbiennes, est-ce à dire que nous ne devions pas apporter un grand soin à la ventilation et en particulier à celle de nos salles de malades? Nullement, messieurs, car si l’expérience n’a pas encore démontré la présence de micro-organismes pathogènes dans cet air, elle nous a signalé l’existence d’un poison de la nature des ptomaïnes que l’on trouverait dans l’air expiré, et les récentes recherches de Broxvn-Séquard et de d’Arsonval paraissent concluantes à cet égard, de telle sorte que l’air confiné ne serait pas une cause d’infection, mais bien une cause d’intoxication, et nous devons toujours nous efforcer de renouveler et d’aérer les locaux que nous habitons pour éviter cette cause d’empoisonnement.
Jusqu’ici, je mesuis efforcé de vous montrer que l’infection était toujours le produit d’un contage par un poison vivant et se multipliant, tandis que l’intoxication résulte de la pénétration d’un poison défini dans l’économie et que, dans ce cas, les phénomènes morbides sont proportionnels à la dose du principe toxique administré. Mais entre ces deux classes si tranchées, maladies infectieuses d’une part, intoxication de l’autre, en existe-t-il une troisième qui participerait à la fois des infections et des intoxications ? C’est un point qu’il me reste à discuter en terminant celte leçon.
11 est démontré aujourd’hui que, dans les bouillons de culture
INFECTIONS ET INTOXICATIONS. 77
de certains microbes pathogènes, on trouve des ptomaïncs, et je vous ai fourni, à cet égard, dans ma dernière conférence, quelques explications. Je vous ai montré que Briéger, en étudiant les bouillons de culture du Stap/iylococcus pyogenes aureus, y avait trouvé de la xanthinc et delà créatinine, qu’il avait aussi extrait des bouillons de culture du Bacillus lyp/iosus , une toxine très active, la typho-loxine ; que Nicolaïer, Rosenbach et Briéger avaient obtenu dans les liquides de culture du bacille du tétanos plusieurs alcaloïdes, tels que la tétanine, la tétano-toxinc et la spasmotoxine, et qu’enfin, dans le choléra, Briéger a trouvé plusieurs bases, dont six sont déjà connues, et nous voyons Gamaleïa confirmer ces recherches en utilisant ces ptomaïnes développées dans les bouillons de culture pour constituer une vaccine contre le choléra.
Si enfin vous voulez bien vous reporter aux récentes expériences de Jessard et surtout à celles de Charrin sur la pyocyanine, cette matière colorante qui donne au pus sa coloration bleue et qui est sécrétée par un microbe spécial, vous y verrez que, dans les phénomènes toxiques développés chez les animaux, c’est bien plus la ptomaïne sécrétée par ce microbe que le microbe lui-même qui est la cause des accidents observés.
11 existe donc, à n’en pas douter, des maladies qui peuvent à la fois tenir de l’infection et de l’intoxication, del’infection parle microbe qui les a déterminées, de l’intoxication par les ptomaïnes sécrétées par ce microbe, ce seraient les toxi-infections.
Quelles sont ces maladies ? Il nous est bien difficile d’en faire aujourd’hui la liste complète, et dans l’état actuel de nos connaissances, nous ne pouvons qu’en signaler quelques-unes; le tétanos serait de ce nombre, le choléra aussi. Quant à la fièvre typhoïde, il est possible qu’elle rentre dans ce groupe, et cela surtout depuis les récentes expériences de Chantemesse et de Widal, qui ont conféré l’immunité à des souris en leur faisant absorber les ptomaïnes sécrétées par le bacille typhogène. Je n’ai pas à vous rappeler ici les discussions si vives et si brillantes qui se sonL élevées à la suite de la communication de Gautier sur les ptomaïnes et les leucomaïnes (1). Peler, en se basant sur ces nouvelles découvertes, s’efforça de montrer que l’ensemble des
(1) Peter, Bulletin de V Académie de médecine, 2° série, n° 5, p. 17b,188G. — Gautier, Bulletin de l'Académie de médecine , 2° série, n“ 7, p. 219- 222, 1886.
Des
loxi-infections
Da la
spontanéité.
Du
microzyma.
phénomènes typhoïdes était dû à l’accumulation de produits toxiques sécrétés par l’économie, qu’il y avait là une auto-infection, une auto-typhisation, ou plutôt une auto-intoxication, et que le microbe, dans ce cas, n’était que secondaire dans l’empoisonnement de l’économie.
Il est probable aussi que les septicémies prendront rang dans ces toxi-infections, faisant ainsi un trait d’union entre les chirurgiens et les accoucheurs qui soutiennent, les uns que ces septicémies sont toujours d’origine microbienne, les autres qu’elles sont le résultat d’un empoisonnement par une toxine (1). Je ne puis trancher ce débat, et il me paraît impossible d’adopter une opinion définitive à ce sujet. Toutes ces études sur les microorganismes et sur les ptomaïnes et les leucomaïnes datent à peine de quelques années, et il nous faut attendre de nouvelles recherches pour avoir une opinion définitive à ce sujet.
Mais nous pouvons dire que, entre les affections infectieuses proprement dites de nature microbienne et les intoxications, il existe un groupe encore mal déterminé d’affections morbides, les toxi-infections, qui tiendrait de l’un et de l’autre de ces empoisonnements, et cela par le microbe qui les produit et par les toxines sécrétées par ce microbe.
Mais le point sur lequel il me paraît important d’insister, c’est que, si l’on doit admettre des toxi-infections, il est nécessaire, pour que les phénomènes morbides se produisent, que des microbes pathogènes pénètrent d’abord dans l’économie, les toxines étant produites par eux, ce qui doit faire repousser l’hypothèse de la spontanéité, qui n’existe plus déjà pour les maladies microbiennes et que seules les intoxications conservent dans leur pathogénie, puisque nous avons vu l’économie pouvoir spontanément créer des toxines nombreuses.
Je sais qu’il y a l’hypothèse faite par Béchamp, qui veut que la cellule vivante renferme une granulation moléculaire, le microzyma, qui se transformerait spontanément en bacilles, de telle sorte que la cellule vivante créerait spontanément les bacilles et les alcalis toxiques. Mais ce n’est là qu’une hypothèse,
(1) Lo Fort, Bulletin de l’Académie de médecine, p. 222-230, 188G. — Verneuil, Bulletin de l’Académie de médecine, 2° série, p. 230, 1886. — Charpentier, Bulletin de l'Académie de médecine, 2° série, p. 272-280-286, 1886. — Guéniot, Bulletin de l’Académie de médecine, 2» série, p. 304-316, 1886. — l-ler\\eux, Bulletin de l’Académie de médecine, p. 323-332, 1886.
INFECTIONS ET INTOXICATIONS
et aucune preuve expérimentale décisive n’a encore été fournie à l’appui ; il nous faut donc repousser la spontanéité pour les maladies infectieuses et les toxi-infections, et ne l’accepter que pour les intoxications.
En résumé, je crois vous avoir suffisamment montré dans cette longue conférence que l’économie peut être empoisonnée de trois façons : ou bien par les ptomaïnes et les leucomaïnes, ou bien par les microbes pathogènes, ou bien encore à la fois par les microbes pathogènes et les alcaloïdes toxiques.
L’hygiène prophylactique n’a qu’un but : s’opposer à ces intoxications et à ces infections, et, pour y arriver, elle emploiera les quatre ordres de moyens suivants : la désinfection, l’isolement de l’individu, les vaccinations et un examen attentif des substances que l’homme absorbe pour son alimentation. Ce sont tous ces moyens que je vais examiner dans des conférences successives. Je commencerai par la désinfection.
DES DÉSINFECTANTS.
Messieurs,
Je veux aujourd’hui aborder cette grande question des désinfectants; c’est là un sujet extrêmement vaste que je vais être forcé de limiter à ce qui a trait à l’hygiène prophylactique proprement dite. N’attendez donc pas de moi une description de tous les antiseptiques qui pourraient rentrer dans cette étude des désinfectants; déjà dans d’autres conférences, j’ai présenté des considérations générales sur les antiseptiques; je vous y renvoie (t). N’attendez pas non plus de moi une énumération de tous les procédés que la chirurgie moderne et la médecine mettent en œuvre pour réaliser l’antisepsie. Je vous renvoie à cet égard aux ouvrages qui ont été publiés à ce sujet et qui sont assez nombreux aujourd’hui pour constituer une bibliothèque, et en particulier au beau travail de Vallin sur la désinfection et au traité si complet et si intéressant, que mon élève Le Gendre, avec Lepage et Barette, ont consacré à l’antisepsie appliquée à la thérapeutique et à l’hygiène (2).
Je m’en tiendrai donc à la désinfection appliquée à la prophylaxie des maladies infectieuses et aux désinfectants à utiliser en pareil cas. Il nous faudra examiner successivement les moyens les plus pratiques et les plus utiles à mettre en œuvre pour désinfecter les locaux occupés par les malades, les objets qui ont été en contact avec eux et souillés de leurs déjections et enfin ceux qu’il faut employer pour éviter la propagation de la maladie
(1) Dujardin-Beaumetz, les Nouvelles Médications. Paris, 1887, 3° édition, p. 07.
(2) Vallin, Traité des désinfectants et de la désinfection. Paris, 1882. — Le Gendre, Baretto et Lepage, Traité pratique d’antisepsie appliquée à la thérapeutique et à l’hygiène. Paris, 1888.
Définition.
par les personnes qui ont approché le malade, en un mot tous les moyens qui empêchent la contagion et la dispersion des maladies infectieuses et épidémiques.
Il nous faut, tout d’abord, nous entendre sur ce mot désinfectants. La définition que Littré en donne ne peut être admise; pour lui, ce sont des substances qui détruisent chimiquement les mauvaises odeurs, ces substances sont des désodorants, mais non des désinfectants. La définition de "Vallin est la seule acceptable en modifiant cependant un des termes de cette définition. « Les désinfectants, dit-il, sont les substances capables de neutraliser les principes morbifiques, virus, germes, miasmes, ou de décomposer les particules fétides et les gaz qui se dégagent des matières en putréfaction. » Il suffit de remplacer le mot substance par celui d’agent, pour rendre cette définition complète, puisqu’elle permet d’y comprendre la chaleur, le meilleur des désinfectants. Quant à nous et en nous plaçant sur le terrain étroit que nous avons délimité au début de celte leçon, nous dirons que les désinfectants sont les agents qui s’opposent à l’infection, c’est-à-dire à la propagation et à la dissémination des microbes pathogènes des maladies infectieuses.
Faut-il faire comme le veut Yallin, une distinction entre les antiseptiques et les antivirulents ? Les premiers suspendant d’après leur étymologie la putréfaction (de àvxt, contre et afyptç), putréfaction), les seconds s’adressant plus particulièrement aux agents microbiens (virus, germes, contages). Je ne le pense pas, car nous savons aujourd’hui que la putréfaction est déterminée par des agents microbiens et que par cela même ces deux classes n’en doivent faire qu’une. Il est bien entendu aussi que nous repoussons de notre définition les absorbants et les désodorants, puisque ces deux actions peuvent se produire sans détruire l’agent contagieux. Un désinfectant peut être absorbant et désodorant, mais la réciproque n’est point toujours vraie.
Une fois toutes ces définitions bien posées, nous pouvons maintenant étudier les agents de la désinfection. Si nous nous tenons très sévèrement dans les limites posées au début de celte leçon, c’està-dire sur le terrain de la prophylaxie, ce nombre d’agents est des plus restreints; il ne s’agit pas en effet dans cette conférenée de vous dire tous les agents de l’antisepsie chirurgicale ou médicale, mais simplement d’exposer aussi brièvement que possible ceux qui s’opposent à la transmission et à la dispersion des ma-
DES DÉSINFECTANTS.
ladies infectieuses. On peut les ranger sous deux chapitres distincts : les agents chimiques et les agents physiques, les premiers se divisant en désinfectants gazeux et en désinfectants liquides. Examinons le premier de ces groupes, les fumigations gazeuses.
A priori , il semblerait que le type des désinfectants fût un gaz doué d’une force de pénétration très intense et qui pourrait porter ainsi son action antiseptique dans les parties les plus reculées de la pièce qu’il s’agit de désinfecter. Vous verrez qu’au contraire on tend à abandonner ces désinfectants gazeux et que l’on est prêt à adopter la conclusion du docteur Richard, ainsi formulée : « Mélîons-nous des désinfectants chimiques gazeux en général. Ingénions-nous pour trouver mieux et pour pouvoir nous en passer tout à fait dans l’avenir (1). »
Les désinfectants gazeux sont les vapeurs d’acide nitrique, celles d’acide chlorhydrique, le chlore et l’acide sulfureux. Je passerai très rapidement sur ces deux premiers, parce qu’ils ne sont plus mis en usage ; j'insisterai un peu plus sur le chlore, me réservant de m’arrêter beaucoup plus longtemps sur l’acide sulfureux ; ce sont les seuls désinfectants gazeux qui soient en usage aujourd’hui .
C’est Smith qui a introduit les fumigations d’acide nitrique dans l’hygiène; il les pratiqua de 171)5 à 1799, sur la flotte anglaise alors décimée par une épidémie de typhus, et les résultats furent assez avantageux pour que le parlement lui votât, en 1802, une récompense de 125 000 francs. Pour obtenir les vapeurs nitriques d’après le procédé de Smith, on faisait agir de l’acide sulfurique sur du nitre.
Dans de pareilles fumigations, on tenait à ce que l’acide nitrique fût débarrassé de vapeurs nitreuses; c’est l’inverse qu’il eût fallu exiger si l’on s’en rapporte au récent travail de Girard et Pabst (2), qui se sont efforcés de montrer que ces vapeurs nitreuses ont un extrême pouvoir antiseptique, et ils ont proposé, comme procédé désinfectant, les vapeurs nitreuses qui sont dégagées par les cristaux des chambres de plomb, le sulfate de nilrosylc, sur lesquels on fait agir l’acide sulfurique. Malhou-
(1) Richard, Sur la pratique de la désinfection par L'acide sulfureux {Revue d’hygiène, p. 273, 1887).
(2) Girard ut Pabst, Désinfection des vidanges par les produits nitreux (Académie dos sciences, 1880, et Revue d’hygiène et de police sanitaire, 1881, p. lie).
Des agents chimiques de la
désinfeclion.
Des
désinfectants
gazeux.
Vapeur d’acide nitrique.
^Acide
hypoazolique
Du chlore.
rcusemcnt ces vapeurs nitreuses qui jouissent de propriétés antiseptiques véritables ont aussi une action corrosive évidente et peuvent être par suite difficilement appliquées aux vêtements et aux tentures.
C’est Guyton-Morvaux qui s’est fait le propagateur des fumigations d’acide chlorhydrique et de chlore ; il proposa successivement l’acide muriatique ordinaire et l’acide muriatique oxygéné, qui est le chlore. Aujourd’hui, si les premières sont abandonnées, on a gardé les secondes sous le nom de fumigations guytoniennes. Ce mot « guytonienne » n’est pas juste, car c’est Cruickshank qui les préconisa le premier. Cependant un médecin français, Dizé, les aurait employées des 1773 et 177S.
Ces fumigations au chlore, que Guyton opposa aux fumigations de Smith, eurent une grande vogue. Cette vogue ne serait pas complètement méritée si on se reporte aux récents travaux entrepris à ce sujet. Ces expériences ont été faites en France par Peucli, professeur à l’Ecole vétérinaire de Toulouse, et à l’étranger, par Dougall, Baxter, Mecklemburg et par Sternberg. Ce dernier a fait un travail très important sur ce sujet à l’instigation du conseil sanitaire de Washington. Tous ces expérimentateurs ont étudié l’action antiseptique du chlore sur des matières virulentes et particulièrement sur le vaccin. Ils ont montré que les vapeurs de chlore détruisaient l’inoculabilité de ce vaccin, mais ils n’ont pas précisé exactement les doses nécessaires pour obtenir ce résultat. Cependant Sternberg qui amis le plus de précision dans ses expériences, a montré que des plaques d’ivoire chargées de vaccin desséché exposées pendant six heures dans une atmosphère renfermant au moins un volume pour cent de chlore perdaient leurs propriétés virulentes (1).
Je n’ai pas ici à vous dire par quel moyen on peut obtenir ce chlore. Vous pouvez faire agir de l’acide chlorhydrique sur du bioxyde de manganèse, ou encore user des chlorures alcalins, de chaux, de soude (liqueur de Labarraque), ou de l’eau de Javel, qui n’est que de l’hypochlorite de potasse, et je passe maintenant à l’élude qui doit surtout nous occuper : je veux parler de l’action désinfectante de l’acide sulfureux.
Les propriétés désinfectantes de l’acide sulfureux sont con-
(1) Sternberg, Experiments designed to test the value of certain gazeous and volatile desinfectants ( National Board of Health Bulletin. Washington, 1880, t. I, p. 219, et 1881, p. 21).
' DES DÉSINFECTANTS. RS
nues depuis la plus haute antiquité; ouvrez Y Odyssée et vous y verrez, au chant XII, qu’Homère nous dit qu’Ulysse, pour purifier le palais à la suite du massacre des prétendants et des esclaves, fait brûler du soufre. Ovide, dans ses Fastes (chapitre IV), recommande aux bergers « de répandre l’eau lustrale sur leurs brebis, et de verser sur le feu le soufre vierge qui jette une flamme azurée ».
Mais l’auteur de l’antiquité qui fournit sur les propriétés antiseptiques du soufre les données les plus précises, est à coup sûr Pline. 11 nous dit qu’à l’ile de Milo existait une excavation d’où sortaient des vapeurs sulfurées ; lorsque des épidémies sévissaient dans l’île, les habitants agrandissaient cette excavation pour que les vapeurs sulfureuses fussent plus abondantes et pénétrassent dans les maisons, et purifiassent la contrée.
Mais revenons à une période plus moderne et voyons sur quelles bases expérimentales est établie la valeur antiseptique des fumigations sulfureuses. Ces expériences, relativement récentes, ont toutes porté sur la destruction des propriétés virulentes de certains produits, ou sur la stérilisation de certains micro-organismes.
Dans le travail que je vous ai déjà signalé de Sternberg (1), il n’a garde d’oublier l’acide sulfureux et montre que la combustion de 5 grammes de soufre pai mètre cube neutralise le vaccin à l’état liquide, et qu’il faut porter la dose à 16 grammes pour obtenir la neutralisation du vaccin desséché.
Baxter a expérimenté cette action antiseptique sur le virus morveux; seulement ses observations sont loin d’être concluantes, parce qu’il mélangeait directement de l’acide sulfureux en solution dans l’eau avec la substance à inoculer ; mais celles de Vallin paraissent beaucoup plus décisives. Vallin se servait aussi du virus farcineux, et il montra que 20 grammes de soufre par mètre cube suffisaient à neutraliser ce virus; puis Vallin généralisant l’expérience au virus tuberculeux et au pus d’un chancre mou, mit bien en lumière les effets antiseptiques de l’acide sulfureux (2).
Pcttcnkofer, de son côté, a fait, du 11 octobre au 21 no-
(1) Sternberg, Expérimente designed to test lhe value of certain gazeous and volatile desinfectants (National Iloard of Health, Washington, t. I, p. 21,29 îi 37, 1880 , p. 219, et 23 juillet 1881, p. 21).
(2) Vallin, Désinfectants et désinfection, p. 230. Paris, 1882.
De l’aeide sulfureux.
f.G CINQUIÈME conférence.
vembte 1875, des expériences qui parurent assez concluantes pour que l’acide sulfureux fût appliqué désormais à la désinfection des navires contaminés. Jusqu’ici, toutes les expériences paraissaient des plus favorables à l’acide sulfureux.
Deux médecins de la marine russe mirent en doute les affirmations du professeur de Munich. Ils opérèrent sur des microbes et montrèrent que l’action neutralisante de l’acide sulfureux variait selon la hauteur où étaient placés les micro-organismes dans la pièce à désinfecter, et tandis qu’il ne fallait que 28 grammes de soufre par mètre cube quand les microbes étaient placés au niveau du sol, il fallait élever la dose à 92 grammes quand ils occupaient dans la pièce une position élevée (1).
Mais le travail qui porta le coup le plus sérieux aux propriétés antiseptiques de l’acide sulfureux, fut celui de Woliïühgel (de Berlin) (2). Opérant dans différentes conditions sur des micro -organismes, et en particulier sur celui du charbon, il montra que la proportion de lu volumes pour J 00 d’acide sulfureux ne suffisait pas à détruire les germes morbides, surtout lorsqu’ils sont à l’état de dessiccation ; aussi considéra-t-il l’acide sulfureux comme un désinfectant infidèle.
Deux ans après, en 1881, chargé, par la préfecture de police, d’organiser le système de désinfection applicable aux cholériques dans l’épidémie qui venait de se déclarer en France, j’ai reprisa mon tour celle question eu me plaçant, il est vrai, à un autre point de vue; je voulais étudier les procédés de production les plus pratiques de cet acide sulfureux, et avec le concours de MM. Pasteur et Roux, j’ai établi, à l’hôpital Cochin, une série d’expériences pour me rendre compte de la valeur désinfectante de l’acide sulfureux (3).
Ces expériences nous parurent plutôt favorables que défavo-
(1) Scliotta et Gærtner, Wie viel carbolsaure oder voie viel sdmefUge satire in Gasform ist nothig zur Tædtung Kleinsten Lebens? ( Deutsche Vierlelj fur æ/f. Gesund, 1880, t. XII, p. 337 ît 376, et Revue d’hygiène el de police sanitaire, 1880, p. 819).
(2) Woltïhügel, Ueber den Werth der Schwefligen Satire als Desinfectionsmittel ( Mittheilungen ans dem Kaisertiehen Gesundheilsanle, t. I, Berlin, 1882, p. 224, et Revue d'hygiène, mars 1882).
(3) Dujardin-Beaumetz, Expériences sur la désmfection des hôpitaux ayant été occupés par des malades atteints de maladies contagieuses (Académie de médecine, 9 septembre 18S4, et Bulletin de thérapeutique t. G VII, p. 241, 1887).
DES DÉSINFECTANTS.
râbles. Nous vîmes les tubes, contenant des cultures de microorganismes ou de la lymphe vaccinale, stérilisés par la combustion de 20 grammes de soufre par mètre cube, et la virulence du vaccin desséché disparaître lorsqu’on portait la dose à 40 grammes par mètre cube. Cependant, même à la dose de 20 grammes par mètre cube, les bactéries charbonneuses, dans un bouillon de culture, n’étaient point stérilisées. Les tubes étaient introduits dans l’intérieur même d’un matelas placé dans la chambre où nous faisions nos expériences, et nous pûmes ainsi apprécier l’extrême force de pénétration de l’acide sulfureux. Je reviendrai d’ailleurs sur tous ces points quand je vous parlerai dans la prochaine leçon des moyens à mettre en pratique pour produire ces fumigations sulfureuses.
Mais les hygiénistes n’avaient pas attendu le résultat de nos expérimentations pour appliquer les fumigations sulfureuses à la désinfection des locaux contaminés. Rendues obligatoires dans l’armée, ces fumigations furent mises en usage, dès 1880, par nos confrères militaires. Nous voyons Czernicki à Avignon (1), Gescliwin, à Romorantin, André, à Lunéville, Aubert, en 1881, à Elbeuf (2), puis à Evreux, en 1884, arrêter les épidémies à l’aide de ces fumigations sulfureuses. La dose de soufre employée variait de 20 à 30 grammes par mètre cube. L’inspecteur général Legouest confirmait ces résultats, car à la suite de ma communication à l’Académie de médecine, il affirmait que l’armée de terre n’avait eu qu’à se louer de l’emploi de ces fumigations.
Les mêmes succès étaient obtenus dans l’armée navale, et les médecins de la marine, Potier, puis Raoul (3), affirmaient que la désinfection par l’acide sulfureux ne comptait pas un insuccès.
On était aussi heureux dans les asiles privés ou publics; c’est ainsi que Pielra-Santa (4), dès 1833, appliquait, à la prison des
(1) Czernicki, Note sur l’ assainissement du quartier du Palais, à Avignon, au moyen de l'acide sulfureux (liée, des Mémoires de médecine et de pharmacie militaires , décembre 1880, t. XXXVI, p. 513).
(2) Aubert, Sur l'assainissement de la caserne du 28° de ligne, à Elbeuf , au moyen de l'acide sulfureux (Bulletin de thérapeutique,, 1884, t. CV1I, p. 304), — Nouvelles expériences sur la désinfection des habitations privées ou publiques avec l'acide sulfureux [ Bulletin de thérapeutique, 1886, t. CX, p. 397).
(3) Raoul, Archives de médecine navale, 1885, t. XLIII, p. 280. — Potier, Archives de médecine navale, 1886, t. XLV, p. 426.
(4) Pielra-Santa, De la désinfection par l'acide sulfureux ( Bulletin de thérapeutique, 1884, t. CVII, p. 266).
Madelonnettes et à la Santé, dans un cas d’épidémie de variole, la désinfection par les vapeurs sulfureuses, et Lailler, en 1878, désinfectait, à l’aide du même procédé, les salles de l’asile de Quatremares.
En 1884, pendant l’épidémie de choléra, des escouades de désinfecteurs, placés sous les ordres de la préfecture de police, appliquèrent ces fumigations sulfureuses dans tout le département de la Seine, et nous n’eûmes qu’à nous louer de l’emploi de ce moyen qui reste encore aujourd’hui en vigueur.
Malgré ces succès incontestables, nous voyons cependant Richard, dans son importante communication au congrès d’hygiène deYienne, où il exposait la pratique de la désinfection, repousser les fumigations sulfureuses qu’il considère comme insuffisantes, et cette opinion est partagée parLoffer (de Berlin), et Debroslawin (de Saint-Pétersbourg (1) ; cette réprobation est telle dans l’un et l’autre de ces pays que l’acide sulfureux n’est pas même indiqué dans les désinfectants à mettre en usage.
Comment expliquer de pareilles conclusions quand on re monte aux faits que je vous ai signalés plus haut? Faut-il y voir le simple effet d’un caprice du jour ouïe résultat d’une expérience approfondie? Je crois, messieurs, que l’on peut facilement s’expliquer les succès et les insuccès des fumigations sulfureuses par l’extrême diffusibilité de ce gaz qui constitue l’un des grands avantages de l’acide sulfureux, mais lui crée aussi de très sérieux inconvénients.
Je m’explique : Si l’on fait parvenir l’acide sulfureux dans une pièce hermétiquement close, il est un excellent antiseptique, surtout si l’on y joint son peu d’action sur les objets meublants des appariements et sa force extrême de pénétration qui fait, comme nous l’avons constaté d’ailleurs maintes fois, qu’il peut pénétrer dans l’intérieur des matelas les plus épais. Mais, que la pièce soit mal close, on comprend facilement que ce gaz s’échappe alors avec une extrême facilité, et que la quantité d’acide sulfureux introduit dans la pièce ne soit jamais suflisante pour devenir antiseptique.
(1) Congrès international d’hygiène et de démographie, Vienne (Autriche), 1887. Seizième question. — Richard, la Pratique de la désinfection.— Loeffer, U cher Praxis der Desinfection. — Dobroslawin, Ueberdie praktischen Méthode der Desinfection. — Richard , Désinfection par l'acide sulfureux ( Revue d’hygiène et de police sanitaire , 1887, p. 273, 333, 812).
DES DÉSINFECTANTS.
D’où il résulte que c’est la clôture plus ou moins hermétique de la pièce où l’on opère, qui juge en définitive de l’action antiseptique des fumigations sulfureuses. Energiques et certaines lorsqu’on aura soin de boucher toutes les fissures de la pièce où pénètrent ces vapeurs, elles deviendront incertaines et infidèles lorsque ces fissures, en trop grand nombre, permettront au gaz de se diffuser au dehors.
J’ai eu d’ailleurs une preuve certaine de ce fait lorsque j’ai voulu appliquer, à la cure des affections pulmonaires, le traitement proposé par Sollaud et Auriol; j’ai dû faire tendre l’intérieur de la pièce, où l’on dégageait les vapeurs sulfureuses, avec du papier de plomb, tellement était grande la diffusion de l’acide sulfureux à travers les ouvertures nombreuses qu’offrent les parois de nos baraques. Vous trouverez! ces faits consignés dans la thèse que mon élève, le docteur Dariex (1), a publiée à ce sujet.
Est-ce une raison suffisante pour abandonner les fumigations sulfureuses ? Nullement, messieurs, et je crois au contraire qu’elles doivent occuper une place très honorable parmi nos agents désinfectants. Les expériences que j’entreprends en ce moment, pour juger définitivement la valeur antiseptique des désinfectants gazeux, expériences qui seront consignées dans la tbèse de mon élève le docteur Gaillard (2), me permettront, j’en suis persuadé, de maintenir la place que j’assigne à ces fumigations sulfureuses.
Les raisons qui militent en leur faveur sont les suivantes; elles sont d’une exécution facile, elles sont économiques et enfin elles peuvent être mises en usage sans altérer ni détruire les tentures et les divers objets meublants de nos appartements. Dans la prochaine conférence, je vous dirai comment vous devez procéder pour obtenir de ces fumigations le plus grand effet possible, et je passe maintenant à l’étude des désinfectants liquides.
Sur le terrain exclusif de l’hygiène prophylactique sur lequel nous nous sommes placé, nous n’avons à étudier que les désinfectants liquides qui peuvent, par leur action antiseptique et
(1) Dariex, Traitement de la tuberculose pulmonaire par les inhalations et les injections hypodermiques d’acide sulfureux (Thèse de Paris, 18S7).
(2) Gaillard, Des désinfectants gazeux et de leur valeur antiseptique (Thèse de Paris, 1889).
Des
désinfectants
liquides.
Do l’acide pliénique.
par la facilité do leur emploi, être utilisés dans la pratique, ce qui réduit très notablement le nombre de ces désinfectants liquides qui sont des plus nombreux. Nous ne nous occuperons donc ici que des plus répandus, de l’acide pliénique, du chlorure de zinc, des sulfates de fer et de cuivre, et enfin du sublimé. Commençons par l’acide pliénique.
Les discussions que nous avons vu s’élever sur la valeur antiseptique de l’acide sulfureux se sont reproduites à propos de l’acide pliénique, qui a été considéré par les uns comme un antiseptique très puissant, et par les autres, au contraire, comme un désinfectant très infidèle, et les opinions des uns et des autres sont basées sur des recherches expérimentales qu’il me reste à vous exposer.
Ces recherches, comme pour tous les antiseptiques, ont été de trois sortes : les uns ont noté la quantité d’acide pliénique qui s’oppose à la putréfaction des substances solides ou liquides, les autres ont étudié l’action neutralisante sur les virus, d’autres enlin, serrant de plus près le problème, ont examiné non seulement l’action de l’acide pliénique sur la stérilisation des bouillons de culture, mais encore sur les différents microbes. Le temps ne me permet pas de vous donner, en leur entier, toutes ces expériences, et je vous renvoie à cet égard au travail si complet de Vallin et à l’article que Pécholier a consacré à l’acide pliénique dans le Dictionnaire encyclopédique.
Il semble ressortir de toutes ces recherches que les solutions à 3 pour lût) d’acide pliénique détruisent la plupart des microorganismes, c’est la conclusion du récent travail de Gaertner. C’est aussi à ce résultat qu’était arrivé Dougall ( I ) et Baxter, qui veulent que la lymphe vaccinale perde ses propriétés virulentes quand on la mélange avec une solution d’acide pliénique à 2 pour 100.
Mais cette action antiseptique ne serait que passagère, surtout si on s’en rapporte aux expériences de Dougall. Pour lui, l’acide pliénique n’est pas un désinfectant, c’est un antiseptique qui conserve et embaume la matière organique, arrête et empêche momentanément la fermentation et la putréfaction, mais dès qu’il se volatilise, il restitue aux matières virulentes toute leur activité. Cette opinion est aussi partagée par Bé-
(1) John Dougall, Carbolic and Zymotic Diseases ( the Lancet, 30 août 1873, p. 295).
DES DÉSINFECTANTS.
champ (t), qui considère l’acide phénique comme ayant une action suspensive plutôt que destructive. Parke partage le même avis; pour lui, l’acide phénique suspend, mais ne détruit pas la fermentation des matières organiques.
Gustave Le Bon soutient, de son côté, que l’acide phénique n’a qu’une action destructive très faible sur les bactéries. Il affirme même que cet acide est un des meilleurs liquides qu’on puisse employer pour conserver pendant longtemps des bactéries vivantes (2).
Pcllcnkofer considère l'acide phénique comme un coagulant plutôt qu'un désinfectant, et, pour lui, c’est en précipitant l’albumine qu’agit surtout le phénol. Cette opinion est partagée par Gosselin et Bergcron, qui ont montré qu’il fallait atteindre la dose de 11 pour 100 de phénol pour empêcher la putréfaction du sang.
Miquel, dans ses travaux sur les désinfectants, place l’acide phénique dans son troisième groupe, dans les substances fortement aseptiques, c’est-à-dire dans celles qui stérilisent un litre de bouillon de culture entre I et 5 grammes. Ileporlczvous au tableau que j’ai donné de ces différents antiseptiques dans mes Nouvelles Médications (3) et vous verrez que le chiffre de l’antisepsie de l’acide phénique pour un litre de bouillon est de 3g,20, tandis que celui du chlorure de zinc est de lg,90, celui du sulfate de cuivre de 90 centigrammes, et celui du biiodure de mercure de 25 milligrammes, ce qui place l'acide phénique au dernier rang des antiseptiques liquides dont je voulais vous parler.
Pouvons-nous compter davantage sur les vapeurs dégagées par l’acide phénique? Encore moins, et Ie3 expériences de Scholle et Gaertner (î) ont montré qu’il fallait une dose supérieure à 15 grammes par mètre cube pour détruire les bactéries.
(1) Béchamp, Observations sur les antiseptiques [Montpellier médical, novembre 1875, janvier et février 1876).
(2) Gustave Le Bon, Sur les propriétés des antiseptiques et des produits volatils de la putréfaction [Comptes rendus de l'Académie des sciences 31 juillet 1882)
(3) Dujardin-Beaumetz, Nouvelles Médications. Paris, 1887, 3° édition , p. 71.
(1) Scholle et Gaertner, Wie viel Carbolsaure oderWie viel schwefelig sauve in Gasform ist not/iig zür Tœdtung Kleinsten Lebens? (Deutsche Vierttlj. fur 0/fentliche Gesund hapflcge, 1880, L. XU, p. 337 à 376).
De l'acide crésylique.
Ce qui a fait surtout le succès de l’acide phonique, c’est son odeur; le vulgaire veut que tout antiseptique puissant ait une odeur très forte, et lorsque cette odeur n’existe pas, il nie l’action antiseptique de la solution employée. En résumé, je suis prêt à adopter la conclusion de Vallin, en la modifiant cependant un peu. Pour lui, « l’acide phénique ne mérite ni l’excès en bien, ni l’excès en mal qu’on en a dit ; c’est, en somme, un assez bon antiseptique », j’ajouterai à forte dose.
Dans ces derniers temps, l’acide phénique a vu s’élever un concurrent redoutable; je veux parler de l’acide crésylique, qui est un phénol contenu, comme l’acide phénique, dans les créosotes des goudrons de houille. Cet acide crésylique, qu’on appelle aussi crésylol, présente trois états isomériques : l’ortho, le méta et le para, mais c’est l’ortho qui domine dans le mélange. Lorsqu’on se sert de l’acide crésylique à l’état pur, on voit qu’il possède des propriétés antiseptiques très énergiques, propriétés que mon élève, le docteur Delplanque (I), a bien mises en lumière à la .suite d’expériences très précises faites dans notre laboratoire.
Il a montré que la fermentation de l’urine était empêchée avec des solutions au cinquantième, tandis qne la solution d’acide phénique, au même litre, la retardait sans s’y opposer. En opérant sur les cultures des bacilles de la fièvre typhoïde, du choléra, du bacille pyocyanique et du bacille de la diarrhée verte, il a montré que les solutions au centième et au deux-centième retardent le développement de ces bacilles et que celles au cinquantième arrêtent toute culture de ces microbes pathogènes, c’està-dire que 4 milligrammes d’acide crésylique s’opposent au développement des micro-organismes.
Ces propriétés antiseptiques auraient d’ailleurs été confirmées au point de vue expérimental par des recherches faites par Nocard, sur la valeur antivirulente de ce phénol. Si j’ajoute que l’acide crésylique est beaucoup moins toxique que le phénol, puisque par kilogramme de lapin il faut une dose quatre fois plus forte, on saisira tous les avantages qu’il y aurait à le substituer à l’acide phénique.
On trouve aujourd’hui dans le commerce, sous le nom de crésyl, un mélange impur répandant une forte odeur de créosote, de couleur noirâtre, et qu'on utilise pour la désinfection. C’est
(1) Delplanque, De l’acide crésylique et de ses propriétés antiseptiques, Thèse de Paris, 1888.
DES DÉSINFECTANTS.
une solution d’acide crésylique dans des lessives alcalines, car l’acide crésylique pur est insoluble dans l’eau. Je passe maintenant à l’étude du chlorure de zinc.
Le chlorure de zinc est un excellent désinfectant, il est de plus désodorant ; ce sel porte deux appellations différentes en France et en Angleterre ; dans ce dernier pays, il est connu sous le nom de Burnelt’s fluid, en France, on le connaît sous le nom d’eau de Saint-Luc. D’après des recherches faites par Vallin, la solution de Burnett correspondrait à 100 grammes de chlorure de zinc dans 200 grammes d’eau. L’eau de Saint-Luc contiendrait 77 parties de chlorure de zinc pour 100 parties d’eau.
Des expériences ont été entreprises parPettenkoferetMehlhausen sur la valeur antiseptique de cet agent pour la désinfection des navires ayant renfermé des cholériques; elles auraient été lies concluantes et ont démontré qu’à 2 pour 100 la solution est très active. Je dois vous rappeler que ce sel est caustique et que la chirurgie l’a utilisé pour la destruction des tumeurs. Il sert aussi à la conservation des cadavres, et c’est Sucquet qui l’a proposé; il se servait d’une solution de chlorure de zinc marquant 40 degrés à l’aréomètre Baumé.
Il me reste à vous parler des sulfates de fer et de cuivre, et du sublimé.
Le sulfate de fer est un désodorant actif; il agirait même, d’après Frankland, sur les bactéries. Ses propriétés désinfectantes sont surtout utilisées pour détruire l’odeur des matières fécales, et son usage est meme prescrit par ordonnances de police qui veulent qu’on emploie 2k, 300 par mètre cube de matières d’après Lasgoutte. Les expériences de Vallin, et surtout celles de Boulmy etDescous (1), ont montré que cette dose est insuffisante, et, pour ces derniers, il faudrait au moins 23 grammes par 3 litres, ce qui correspond à 3 kilogrammes par mètre cube. Nous reviendrons, d ailleurs, sur ce sujet, quand nous nous occuperons de la désinfection des matières fécales.
Le sulfate de cuivre est bien supérieur au précédent au point de vue antiseptique, et mon étonnement a été grand de ne pas trouver ce sel signalé dans l’ouvrage d’ailleurs si complet de Vallin. Reportez-vous au tableau donné par Miquel, et vous y
O Va,IIn> Désinfection et désinfectants. Paris, 1882, p. 775.
(2) Boulmy et Descous, De l’action asphyxiante des eaux vannes des /osses d aisances {Revue d’hygiène et de police sanitaire, 1881, p. 221).
Du chlorure de zinc.
Du
sulfate de fer.
Du sulfate do cuivre.
9i CINQUIÈME CONFÉRENCE.
verrez que, tandis que le sulfate de fer est modérément antiseptique et qu’il en faut 1 1 grammes pour stériliser I litre de bouillon de culture, le sulfate de cuivre est au contraire follement antiseptique cl sa dose d’antisepsie est marquée par le chiffre de 90 centigrammes.
Les expériences de Jalan de Lacroix ont aussi montré les propriétés antimicrobiennes de ce sulfate de cuivre. Enfin, les recherches entreprises par Arloing, Cornevin et Thomas, sur la virulence du microbe du charbon symptomatique, ont mis encore en lumière la grande supériorité du sulfate de cuivre sur le sulfate de fer, tandis qu’une solution à 1 gramme pour 100 de sulfate de cuivre détruit la virulence du charbon symptomatique à l’état frais, celle môme solution de sulfate de fer est impuissante à l’obtenir.
Ch. Richet, dans ses expériences sur l’action antiseptique des métaux purs, sur un bouillon de culture composé de 90 grammes d’eau de mer, 100 grammes d’urine, 1 gramme de peptone, avait ainsi classé les métaux suivant la quantité qui amenait l’arrêt de développement des bactéries et la mort des poissons. On y voit la supériorité évidente et considérable du cuivre sur le fer.
Quantilé de métal par litre de liquide
entravant tuant
le développement les
des bactéries. poissons.
Mercure Os, 0055 Os, 00029
Zinc 0 ,0200 0 ,00840
Cuivre 0 ,0020 0 ,00330
Per 0 ,2400 0 ,01400
D'ailleurs, la chirurgie a utilisé depuis longtemps les propriétés antiseptiques des sels de cuivre en se servant surtout de la liqueur Villalle, qui est un mélange de sulfate de cuivre, de sulfate de zinc et d’acétate de plomb. Mais c’est surtout Charpentier qui a montré tous les bénéfices que l’on pouvait tirer du sulfate de cuivre comme antiseptique dans les alïeclions puerpérales septiques.
Je crois donc que le sulfate do cuivre doit occuper une place très importante parmi nos antiseptiques, et que sa solution à 2D pour 1000 est appelée il nous rendre de grands services. Il est vrai que le prix du sulfate de cuivre cristallisé est supérieur
DES DÉSINFECTANTS. 95
à celui du sulfate de fer, mais, en revanche, la dose moindre dont il faut user équilibre à peu près ces prix. J’arrive maintenant au sublimé.
Ici, tous les expérimentateurs sont d’accord pour reconnaître que le sublimé est le plus actif des antiseptiques. Reportez-vous aux expériences de Jalan de Lacroix, de Warikoff, de Hoch, de Staltler, de Rattimoff, vous y verrez que le sublimé, occupe le premier rang. Miquel place le sublimé dans les substances éminemment antiseptiques ; cependant le biiodure de mercure lui serait supérieur ; vous avez vu que, pour Richet, le mercure occupe de beaucoup le premier rang parmi les métaux. Tous ces expérimentateurs sont unanimes à reconnaître que la proportion de 1 pour 25000 ou de 1 pour 20000 empêche le développement des micro-organismes. Ces chiffres sont encore plus faibles lorsqu’on agit sur des agents virulents que l’on veut inoculer; ainsi si on s’en rapporte aux expériences de Davaine, 1 pour 150000 de sublimé empêche le virus charbonneux d’être inoculable. La liqueur de Yan Svvicten, qui est une solution à 1 pour 1000, est donc toujours plus que suffisante, et c’esL celte solution dont on se sert le plus ordinairement dans les pratiques de désinfection.
Vous verrez, lorsque nous parlerons de ces pratiques en Allemagne, que c’est cette solution à 1 pour 1000, que l’on emploie pour la désinfection des locaux contaminés, et pour me résumer à propos de tous ces désinfectants liquides, j’emprunterai les chiffres suivants au rapport du docteur Chautemps (1). « Là où la désinfection pour être complète exige 5 kilogrammes d’acide phénique, elle est tout aussi parfaite avec 1 kilogramme de sulfate de cuivre ou 25 grammes de bichlorure de mercure. » Ces chiffres vous montrent bien la supériorité du sublimé et celle du sulfate de cuivre sur l’acide phénique, et il ne me reste plus qu’à vous parler des agents physiques utilisés dans la désinfection.
Mais avant, je dois vous dire quelques mots des récentes expériences qui viennent d’être faites en Allemagne sur l’association aux solutions phéniquées et de sublimé d’un acide pour augmenter leurs propriétés antiseptiques. Laplace (2) a montré,
(1) Chautemps, Organisation sanitaire de Paris (rapport au conseil municipal).
(2) Laplace, Solutions acides de sublimé comme moyen de désinfection ( Deutseh Med. Woch ., G octobre 1S87). — Annales de L’Institut Pasteur, 25 novembre 1887.
Du sublime
Association des acides au sublimé et
à l'acide phénique.
Des agents physiques de la
désinfection.
Du froid.
De ln chaleur.
en effet, que si l’on ajoute à une solution de sublimé au millième 1 gramme d’acide chlorhydrique, on augmente considérablement les propriétés antiseptiques du mélange en empêchant la coagulation de l’albumine et en permettant ainsi au sublimé de se diffuser jusqu’au centre des matières à désinfecter. Les mêmes effets sont obtenus avec l’acide phénique. Un mélange de 2 grammes d’acide phénique dans 100 grammes d’eau renfermant 1 gramme d’acide chlorhydrique ou 2 grammes d’acide tartrique tue en vingt-quatre heures les spores du Bacillus anthracis , tandis qu’on les trouve vivantes après trente jours passés dans les mêmes solutions de chacun de ces acides séparés. C’est là un fait d’une haute importance et qui doit trouver son application dans la désinfection, surtout avec les solutions phéniquées. Vous devez donc, désormais, lorsque vous utiliserez ces solutions, dissoudre en parties égales l’acide phénique avec l’acide tartrique, à raison de 2 grammes pour 100 de chacun de ces corps. Yous éviterez ainsi l’emploi de l’alcool absolument nécessaire, lorsque les doses d’acide phénique sont trop considérables pour obtenir une solution complète.
L’alcool, en effet, diminuerait le pouvoir antiseptique de l’acide phénique, et dans une récente discussion qui s’est élevée à la Société de médecine pratique, Weber (1) a montré que si la chirurgie humaine ne tirait pas des solutions phéniquées les mêmes avantages que l’art vétérinaire, c’est que dans le premier cas on employait les solutions phéniquées alcooliques, tandis que dans le second, on ne fait usage que des solutions phéniquées à la glycérine. Koch, dans des expériences très positives, a aussi montré, de son côté, que l’alcool diminuait considérablement l’action désinfectante de l’acide phénique.
Lorsque je vous ai parlé des microbes pathogènes, je vous ai montré leur résistance au froid et nous en avons vu résister à une température de — MO degrés. Le froid arrête le développement des micro-organismes, mais il ne les détrui L pas. Applicable à la conservation des objets alimentaires qu’il permet de garder indéfiniment, le froid se montre un antiseptique absolument impuissant.
La chaleur, au contraire, est un des moyens les plus actifs de destruction des micro-organismes. Cette propriété de la chaleur
(1) Comptes rendus de la Société de médecine pr atique , séance du 1 1 octobre 1888, p. 775.
DES DÉSINFECTANTS.
est connue de toute antiquité; Moïse n’a garde de l’oublier et ordonne de détruire par le feu les habitations contaminées, et le vieil adage : « le feu purifie tout », est une tradition populaire de l’influence antiseptique de la chaleur.
Pour revenir à des expériences plus scientifiques, il nous faut citer le travail de Henry (1) (de Manchester) qui, en 1832, montrait que le vaccin soumis à une température de 50 à 60 degrés perdait ses propriétés virulentes. Reprises avec plus de précision par Baxter (2), puis par Carsten et Coert (3), ces expériences montrèrent que si la température de 52 degrés appliquée pendant trente minutes n’arrêtait pas la virulence du vaccin, celle de 64°, 5 le faisait. Davaine (4), à son tour, signale l’influence de la chaleur sur la destruction des virus charbonneux.
Mais à mesure que les expériences se multiplient, les conditions de l’intervention de la chaleur se précisent de plus en plus. Yallin (5) montre la différence qui existe à cet égard entre la chaleur sèche et la chaleur humide. Tandis que la chaleur humide peut détruire un grand nombre de germes à 100 degrés, il faut pour la chaleur sèche dépasser 140 degrés.
Puis on abandonne les expériences sur les matières virulentes et septiques pour ne s’occuper que de l’action sur les microorganismes pathogènes, et sans vous parler des expériences de Tripe, de Koch, de Verner, de Miquel, j’insisterai surtout sur celles plus récentes de Grancher et de Vinay.
En 1885, une commission formée dans le sein du comité consultatif d hygiène publique de France, fut chargé d’étudier cette question de l’action antiseptique de la chaleur, et le rapport (6) fait par Grancher et Gariel, conclut à l’excellence de la désin-
(1) Henry, Nouvelles Expériences sur les propriétés désinfectantes des températures élevées , traduit in Journal de pharmacie et des sciejices accessoires, 1832, t. XVIII.
(2) Baxter, Report on an Experimental Study of certain Desinfectants ( Appendix to the Report of the Medical Office of the Priva Counsil, t VI 1875, p. 21C, 25G).
(3) Carsten et S. Coert, la Vaccination animale dans les Pays-Bas (Congrès d’Amsterdam de 1879. La Haye, 1879).
(i) Davaine, Recherches relatives à l'action de la chaleur sur les bac eues charbonneuses (Académie des sciences, 25 septembre 1873).
(5) Vallin, De la désinfection par l’air chaud ( Annales d’hygiène et de médecine légale , septembre 1877, p. 276).
(6) Recueils du comité consultatif d’hygiène de France, 1885, p. 98.
11YÜIÈNE PROPHYLACTIQUE. 7
fection à l’aide de la vapeur sous pression, pour détruire les germes pathogènes, et à l’infériorité des appareils où la chaleur seule ou la vapeur sans pression sont utilisées.
L’année suivante, en 1886, la même question était agitée à Lyon par l’administration des hôpitaux et hospices de cette ville; et Vinay, au nom d’une commission chargée d’étudier l’action de la chaleur, formulait des conclusions que vous me permettrez de vous citer, car elles résument parfaitement tout ce que j'ai dit à ce sujet :
« 1° L’action de la vapeur sous pression est d’une efficacité absolue entre 1 12 degrés et MS degrés centigrades ; elle détruit alors les germes les plus résistants, après quinze minutes ;
« 2° L’air chaud et la vapeur surchauffée sont d’une valeur moindre; même à 130 degrés centigrades, certains germes échappent à leur influence, et lorsque l’application de la chaleur est prolongée pendant trente minutes ;
« 3° Les différents tissus de lin, de chanvre, de coton, de laine, exposés à des températures élevées, présentent des pertes de poids graduelles et sensiblement égales par les deux formes de chaleur. L’usure est cependant minime et ne s'élève qu’à 2 pour 100, api’ès six passages consécutifs dans l’étuve;
<; 4° Le seul inconvénient sérieux est l’imprégnation du linge lorsqu’il est souillé par des matières colorées, comme le sang et les matières fécales; cet inconvénient existe constamment, quelle que soit la forme de chaleur employée; il apparaît dès qu’on dépasse 100 degrés centigrades, c’est-à-dire dès qu’on approche du degré nécessaire pour la destruction des formes résistantes des micro-organismes (1). »
On a construit des appareils spéciaux pour rendre pratique cette application de la vapeur sous pression. Je reviendrai sur leur description dans ma prochaine leçon, lorsque j'étudierai devant vous les moyens à mettre en usage pour tirer de la vapeur les meilleurs résultats. Ce que je puis vous dire dès aujourd’hui, c’est que tandis que les étuves à air chaud et celles à vapeur sans pression, ne donnent que des résultats incomplets, seules les étuves à vapeur sous pression construites sur les modèles de Geneste et Herscher, donnent des résultats absolument positifs et définitifs au point de vue de la désinfection.
(1) Vinay, De la pratique des étuves à désinfection ( Lyon médical , 1886 et 18S7).
DES DÉSINFECTANTS.
J’ai fini avec cette longue énumération des désinfectants, et s'il fallait me résumer, je vous dirais que le seul désinfectant est la chaleur humide lorsqu’elle atteint 110 à 115 degrés; mais comme celte chaleur n’est pas applicable dans toutes les circonstances où la désinfection est urgente, il faut utiliser les désinfectants liquides et les gazeux; en tête des premiers, il faut placer le sublimé qui est hors pair, puis le sulfate de cuivre ; dans les seconds, l’acide sulfureux et le chlore.
Dans la prochaine leçon, nous nous occuperons de la désinfection, c’est-à-dire des moyens pratiques pour utiliser les désinfectants dont je viens de vous faire l’histoire.
Conclusions.
DE LA DÉSINFECTION
Messieurs,
Dans la leçon précédente, nous nous sommes occupés des désinfectants. Je vais aujourd’hui vous dire comment vous pouvez les utiliser, c’est-à-dire je vais vous parler de la désinfection.
Au point de vue auquel nous nous sommes placés, c’est-àdire au point de vue de l’hygiène prophylactique, nous aurons à étudier successivement la désinfection des locaux contaminés, la désinfection des vêtements et objets de literie, puis celle des personnes en contact avec les malades, et enfin la désinfection des déjections, et en particulier celle des matières fécales. Commençons par la désinfection des locaux contaminés.
Ici, la chaleur, le plus actif des désinfectants, ne peut intervenir, à moins de brûler les maisons, comme on l’a fait pour certaines épidémies dans les contrées où ces demeures n’ont aucune valeur. C’est là un cas absolument exceptionnel, grâce à Dieu, dans notre pays, et nous ne pourrons avoir recours qu'à deux sortes de désinfection, celle par les désinfectants gazeux et celle par les désinfectants liquides. Les premières sont surtout utilisées en France sous la forme de fumigations sulfureuses ; les secondes sont employées en Allemagne, en Autriche et en Russie sous forme de lavage avec le sublimé et l’acide phénique. Examinons ces deux méthodes.
Pour les fumigations sulfureuses, on peut utiliser, comme je l’ai montré dans ma communication à l’Académie de médecine (1), trois sources de dégagement d’acide sulfureux : l’an-
Désinfeclion des locaux contaminés.
fumigations
sulfureuses.
(1) Dujardin-Beaumetz, Expériences sur la désinfection des locaux ayant été occupés par des malades atteints d’affections contagieuses (Aca-
Anhydride
sulfureux.
Combustion du sulfure do carbone.
hydi'ide sulfureux, le sulfure de carbone et enfin le soufre. Vous n’ignorez pas que Pictet (de Genève), auquel on doit de si beaux travaux sur les appareils frigorifiques, a utilisé l’acide sulfureux rendu liquide par la pression. Ce corps, que l’on'décrit sous le nom d 'anhydride sulfureux , est contenu dans des siphons analogues aux siphons d’eau de Seltz, et il suffit de presser sur le piston pour recueillir ce liquide qui bout à la température ordinaire en se transformant en acide sulfureux gazeux. C’est là
un procédé commode d’obtenir les vapeurs sulfureuses, et si on ne l’a pas plus utilisé, c’est que les siphons d’anhydride sulfureux sont d’un prix relativement élevé.
Lorsque le sulfure de carbone s’enflamme, il se dégage de l’acide sulfureux et de l’acide carbonique. Ckiandi-Bey, un des ingénieurs qui s’est le plus occupé de toutes les questions relatives au sulfure de carbone, a construit une lampe fort ingénieuse que je mets sous vos yeux (voir figure 16), et qui permet de brûler le sulfure de carbone sans aucun danger. En effet, dans ce brûleur, de l’eau, placée dans une cuve en cuivre (ABCD)
démie de médecine, 0 septembre 1884 et Bulletin de thérapeutique, t. CVII, p. 241).
DE LA DÉSINFECTION
qui renferme la lampe (IHEF), pénètre par trois siphons RS dans son intérieur et vient se mettre en contact avec la partie supérieure du sulfure de carbone, et remplacer ce dernier à mesure qu’il est brûlé. Lorsque tout le sulfure de carbone a été consumé, l’eau pénètre à son tour dans la mèche et la lampe s’éteint. Ces lampes ont surtout été utilisées par la marine qui en a tiré un bon parti pour la sulfuration des bâtiments, et, sauf la première acquisition de la lampe, le prix de la désinfection par le sulfure de carbone est relativement peu considérable et revient à 1 fr. 23 pour une pièce de 100 mètres cubes.
Fig. 17. — Brûleur de fleur de soufre.
On pourrait encore utiliser l’hydrogène sulfuré, qui, par sa combustion, fournit de l’acide sulfureux et de l’eau, et dans les expériences que j’ai faites avecDariex (1), nous avons employé un brûleur d’hydrogène sulfuré établi par Cbantrelle; mais le dégagement d’hydrogène sulfuré répandant une odeur désagréable, et ce gaz étant toxique, cette méthode ne peut être applicable à la désinfection, et il ne nous reste plus qu’à nous occuper du soufre, qui est le plus ordinairement employé.
Il faut tout d’abord se rappeler que 15 grammes de soufre, en brûlant, dégagent 10 litres d’acide sulfureux. On se sert dans la plupart des cas de la fleur de soufre, et comme la quantité
Combustion do l’hydrogène sulfuré.
Combustion du soufre.
(1) Dariex, Traitement de la tuberculose pulmonaire par les inhalations et les injections hypodermiques d’acide sulfureux (Thèse de Paria, 1887).
à brûler varie entre 30 et 40 grammes par mètre cube, il faut que nous sachions comment on doit procéder à la combustion de ce soufre. Lorsque la pièce est cubée, vous divisez la quantité de soufre nécessaire à la désinfection en plusieurs foyers, de façon à ne pas dépasser 1 kilogramme de soufre par foyer. Pour brûler ce soufre, vous pouvez vous servir soit d’un creuset en terre réfractaire, percé de trous, analogue à celui que je vous présente (voir fig. 17), et porté sur une plaque de tôle, soit de briques réunies avec du sable ; vous disposez vos briques à plat sur un seul rang, un second rang limitant une excavation où
vous placez le soufre. Enfin, pour allumer votre foyer sur toute sa surface, vous pouvez user d’un procédé fort commode qui me fut donné par M. Pasteur lors de nos expériences, et qui consiste à verser sur la fleur de sou-
oonstruites par mon eleve
Fig. 18. — Brûleur de soufre de Deschiens. * , , . .
Deschiens. Pour la désinfection des appartements, il a établi de véritables lampions contenus dans une boîte en fer-blanc C pleine de soufre fondu D; une large mèche A occupe le centre de cette boîte, et permet l’inflammation facile de la bougie (voir fig. 18).
Comme je vous l’ai déjà dit, la valeur désinfectante du soufre est pour ainsi dire proportionnelle à la fermeture plus ou moins complète de la pièce où on opère; il sera donc nécessaire de la clore le plus hermétiquement possible, et malgré tous vos soins, vous n’empêcherez jamais ce gaz de s’échapper en masse au dehors à cause de son extrême diffusibilité. C’est donc en collant du papier autour des fenêtres, en bouchant soigneusement les ouvertures des cheminées, en fermant hermétiquement les portes et les jours où peut passer l’air que vous pourrez tirer de bons effets de ces sulfurations des locaux contaminés.
DE LA DÉSINFECTION. 105
Les fumigations sulfureuses ont cet avantage qu on peut laisser dans l’appartement tous les objets meublants et en particulier la literie, l’acide sulfureux ayant une force de pénétration considérable et arrivant au centre des matelas. Dans nos expériences et dans celles faites par le docteur Aubert, nous avons montré l’un et l’autre qu’il y avait à peine altération des étoffes; seuls les objets métalliques peuvent se ternir, on évitera cette action en revêtant ces objets métalliques d une couche de vaseline.
Pour rendre la désinfection plus active, Yallin a proposé de charger d’humidité l’air de la pièce, soit en aspergeant d’eau le sol ou le parquet, soit en passant une éponge humide sur les murs, soit en faisant bouillir de l’eau dans la chambre; je crois ce procédé excellent au point de vue désinfectant, malheureusement il a l’inconvénient de décolorer les objets, car dans ce cas, non seulement l’acide sulfureux se dissout dans l’eau, mais il se produit aussi de l’acide sulfurique.
Pour la dose de soufre à brûler, elle doit varier avec la fermeture plus ou moins hermétique de la pièce où on opère. Quand les ouvertures qui donnent dans la pièce ne sont pas trop nombreuses, et qu’il est facile de les boucher, la dose de 40 à 50 grammes doit suffire. Quand, au contraire, il est difficilede bien clore la pièce où on opère, il faut au moins doubler cette dose et encore dans ce cas n’est-on jamais sûr d’obtenir une désinfection suffisante. Après que le soufre a été enflammé, on se retire, et pendant vingt-quatre heures au moins on doit laisser ainsi la pièce absolument close, après quoi on peut procéder à un lavage et à un nettoyage très complets et très attentifs de ces pièces.
D’ailleurs, pour me résumer, je vais vous donner lecture de ’ l’ordre de service que M. Bezançon, chef de division à la préfecture de police, et moi avons fait pour les escouades de désinfecteurs employés par la ville de Paris ; ces prescriptions résumeront d’une façon fort précise toutes les indications que je viens de vous fournir.