MARIAGES DE PREMIÈRES
NOCES Hommes Femmes
28,40 ans 25,30 ans 26 — 24,07 - 26 — 23,10 — '
Dans le Danemark, ces chiffres se sont continuellement abaissés depuis 1855. Il ne serait pas impossible que notre peuple se rapprochât un jour du Danemark et de l'Angleterre. Or si les jeunes gens cherchaient vers Tâge de vingt-six ans à se fonder une famille et si les filles se fiançaient de vingttrois à vingt-six ans, je ne verrais vraiment rien à aésirer sous ce rapport. Oui, répondra-t-on, ces
{]) National œkonomisk Tidskrift, t. XVI, p. 90 et t. XX,
{*• Job. *
S. RIBBING. ' 3
chiffres sont exacts pour la généralité des gens du peuple ou de la campagne. Mais si on voulait établir une statistique de ce genre pour les classes
dirigeantes, pour les hommes d'étude formés dans
nos universités ou pour ceux qui occupent un rang analogue, on verrait que 1 âge moyen auquel ils se marient n est pas antérieur à quarante et même à cinquante ans *. Nous ne possédons malheureusement aucune statistique sur ce sujet, et je suis amené à prendre un chemin détourné qui, dans nos méditations ultérieures, nous permettra de répondre aux questions de ce genre. Les notes personnelles prises dans les tableaux de famille, les livres qui traitent ce sujet, les registres de Télat civil, enûn les papiers d'héritage, peuvent nous donner des matériaux fort importants pour établir une statistique et pour servir de bases à différents travaux. Pour ma part, je n'ai parcouru dans ce but
que le dernier registre de l'église de Lund, riiis-
toire de la médecine en Suède % et enfin le calendrier nobiliaire de 1888.
Pour le personnel de Téglise de Lund, qui, on le sait, ne se trouve pas précisément dans des conditions favorables pour se marier de bonne
(1) Comparez Styrbjôrn Starhe; Mannens, aklcnskapsaldcr.
Stockholm, 1888, p. 8.
(2) Nouveaux complément, publiés par Wisirand, Bruzehus et Edling. Stockholm, 1873.
heure, j'ai trouvé sur un relevé de 224 mariages le chiffre de 35,9 comme âge moyen des mariages de premières noces. Sur ces 224 unions, o2 ont eu lieu
avant trente ans, 143 avant quarante, 38 avant
cinquante, enfin 9 à un âge encore plus avancé. Sur o76 médecins suédois, 105 s'étaient mariés pour la première fois avant trente ans, 395 avant quarante ans, G7 avant cinquante, et enfin 9 au delà de cet âge. L'âge moyen de leurs mariages était donc de 34 ans et 2 dixièmes.
Dans le calendrier nobiliaire, j'ai pu relever les
dates exactes de 2 073 mariages. Sur les 2 073 hommes, 847 s'étaient mariés avant trente ans, 1001 entre trente et quarante ans, 201 entre quarante et cinquante, 24 après cinquante ans. L'âge moyen est donc de 31 ans, 5.
En comparant tous ces chiffres, on voit que ceux qui répondent à l'âge de mariage des divers
groupes dont on a établi la moyenne, sont supérieurs à ceux des statistiques qui ont porté sur la totalité de la population, Ce résultat est d'ailleurs facile à comprendre. Les hommes qui ont servi de base à mes calculs ont dû se préparer par des études plus ou moins longues à leur carrière, à leur emploi, enfin à la situation qu'ils avaient choisie
eux-mêmes ou leur famille. Ajoutons à cela que
les jeunes gens qui entrent au service de l'État sont
iO
quelquefois obligés d'accepter plus ou moins longtemps un poste qui leur enlève toute indépendance, et ces circonstances contribuent à retarder leur mariage alors môme que leurs moyens de fortune leur permettraient de se créer une famille.
Époque du mariage dans le?; différentes classes
de la Société.
La comparaison de nos statistiques relevées dans les différentes carrières, nous montre qu'à Lund tout au moins, c'est celle du professorat qui est la moins bien partagée. Les médecins suédois se trouvent sous ce rapport dans une situation plus
favorable. Si l'on tient compte de l'ùge avancé
auquel se passe le dernier examen, on peut affirmer d'une façon générale qu'un médecin peut se marier dans les deux ou trois premières années qui suivent son installation.
Les jeunes gens issus de familles nobles se marient plus tôt. S'il faut quelquefois en chercher la raison dans les fortunes que possèdent ces
familles, cette circonstance n'est pas toujours la
cause occasionnelle des jeunes mariages; elle ne l'est même pas dans la majorité des cas. Il suffit de jeter un coup d'œil sur le calendrier nobiliaire pour se convaincre que les nobles qui ne possèdent qu'une modeste position sociale se marient tout
COMMENT s'est développéee l'institution du mariage 41
aussi jeunes que les riches fidéi-commissaires.
Enfin, il ne faut pas oublier que la valeur des
chiffres qui indiquent l'âge moyen des mariages est
quelquefois altérée par ceux qui se font à un âge
très avancé. Si un homme se marie de cinquante à
soixante-sept ans, il ne faut pas en accuser la
société, que l'époux soit colonel, directeur général ou pasteur.
D'après l'expérience que j'ai acquise dans certaines classes de la société, je crois qu'aujourd'hui les jeunes gens se marient plus tôt que ceux de la génération précédente. Même dans les classes supérieures je n'ai pas constaté l'élévation de cet âffemais je dois reconnaître que je ne puis baser ce que j'avance sur aucune statistique véritable.
Comment s'est développée rinstitution du mariage.
Toute personne qui s'occupe d'hygiène sexuelle doit être en mesure de donner son opinion sur la polygamie et la monogamie. Plusieurs auteurs
ont avancé quau début de l'humanité les rapprochements des deux sexes n'étaient nés que de la promiscuité ou du besoin universel de s'allier à un autre individu, et que ce n'était qu'avec le temps que s'étaient établies la polygamie d'abord, puis la monogamie. Mais il reste encore àprouver l'authenticité de cette affirmation , pour la généralité des faits.
ip-
La vie sexuelle a été, comme d'ailleurs tant
d'autres questions, si peu étudiée au point de vue de rethnologie comparée, que Ton ne peut encore en tirer aucune conclusion pour reconstituer l'arbre
généalogique du mariage \ Des faits qui ont déjà pu être constatés, il résulte que la vie de ménage présente des différences notables dans les différentes sphères de la société, et même dans les
classes voisines appartenant au même degré de
culture; dans les unes on volt régner l'ordre et la fidélité réciproques, dans les autres on observe par contre les mœurs les plus relâchées -.
Dans un travail récemment paru, C.-N. Starke, en s'appuyant sur des faits surabondants, soutient que seule l'ignorance des mœurs et du caractère du sauvage avait pu faire croire chez lui à l'accroissement continuel de la passion sexuelle; Ton s'était cependant fondé sur cette hypothèse pour établir que les rapports sexuels étaient nés de la promiscuité. D'après le même auteur, la monogamie existe depuis la plus haute antiquité, et cet ordre dans l'union de l'homme et de la femme a été commandé par la nécessité de partager le travail, et le besoin de se fonder un intérieur. La promiscuité dans les rapports sexuels
(1) Hoffding Elik. Copenhague, 1887, p. 171.
(2) Comparez H. Ploss, Loc. cit., p. 289 et 379.
ne paraît s'être établie que plus tard comme la revendication d'une conception plus large de la
famille humanitaire; ce sentiment allait, jusqu'au sein du ménage, disputer à chacun des époux le droit de se posséder mutuellement et de s'interdire (les rapports sexuels avec autrui*.
Rapports numériques des deux sexes, circonstances qui modifient ces rapports.
î>i nous interrogeons maintenant la nature, elle nous répondra qu'elle s'est efforcée, dans toutes les circonstances normales, d'établir Téquilibre entre les deux sexes. Elle n'atteint pas ce but en produisant un nombre exactement égal d'êtres de chacun des deux sexes. Mais, comme au moment de la naissance et dans les époques ultérieures de
la vie, la mortalité est plus élevée chez les garçons que chez les filles, la nature commence par créer un plus grand nombre de garçons. Cet excédent est si considérable que, malgré les dangers de mort au moment de la naissance, le nombre des garçons qui viennent au monde vivants dépasse chez tous les peuples celui des filles. Il n'est pas de loi de
statistique plus universellement admise et mieux confirmée que celle de la prédominance des nou-
(1) La Famille primitive. Paris, Félix Alcan, Bibliothèque scientiliquu internationale.
llAlM'OarS NUMÉRIQUES DES UECX SKXBS
veau-nés mâles sur les nouveau-nés femolles ', Les proportions des enfants mis au mondo vivants sont de i0o,83 garçons contre 100 lillos, et en faisant entrer dans cette stalistirme les enfants morts-nés, on trouve iùCtyUO fçartroriM pour 100 filles. Si Ton ne considère le »cxc quo cIkî/ lc^
enfants morts-nés, on constate les proportions suivantes :
En France 145 garçons pour 100 fillos.
En !follande . . . 129 — — 100 —
En Suède 131 — — lOo —
EdAq «jouions 4|ue rexc43ilent do gonjoiis nés vivants n'est nullement constant dans les dîDfiS renlos coulrécé d*un même fvays. Kn Suèdo, par exemple, on onr<;gi.<;(ro «lans le dep. de Jemtland. i06i gar<:oDs pour 1000 lilk^, h Stockholm 1 01 i gansons pour l 000 filli^^. R^lc gcnt'rale, c «t à la campagne <|uo le nombre des cnfanU mules cal
le plu» 4rleviî. Il i'îil tiiuiiidro dan» le», villes; c«îla tient» entre autres cauM;5, nu plu» grand nombre d*enfanC.^ illégitimes parmi lesquels on trouve relativemeDi moins de garçons'.
La constatation des cliiiïres que nous avon< énoncés a naturellement donné lieu à une foule
(1) il^lUteniits. Lôc, ttL, p. lûL
(2) Helliieniiu;. Loc. Cé(., p. 10».
irhvpolhcses. Depuis les temps les plu» reculés, où les hWros et les sci<'ncc8 étaient encore en enfance, jii8(|u'à nos jours, on n'a cessé de philosopher sur les cauîscs do la difl*érenciation des sexes. De toutes
Ict» ««xplicralioiiH qui ont vlv. duiiaécs, nou* IIOU8
contenterons do rapp(îler celle d'Iïofacker-Sadler. l)'apn\s cette hypothèse, c'est le conjoiut le mieux développé qui transmet son sexe k l'enfant, de sorte que ce derni<îr est mâle quand le père est Taîné et femelle quand cVst la mère qui est plus vieille. Mais les recherches qui ont été longtemps poursuivies dans Ut^ hullelirjs de statistique n ont
nidicment confirmé cette matiicTc de voir. Noirol, L<^oyt et Rrcsiau on! émijî une opinion diamOtrdJrnient opposée*.
Il me semble que lanatomie comparée et d'autres analogies encore nous montrent qu'au moment de U conception, c'est l'individu le mieux développé
qui Joil imprimer $on sexe à Icnfanl; mais, chose
étrange, le mâle ou la femelle qui se trouve en meilleur état k ce moment donne à lenfant le sexe o[i|)osé au sien '•
Il e^l curieux de voir la nature s elTorcer de rétablir Téifuilibre dans les sexes, ziprhs l'avoir troublé ellc-roômc. L'événement qui exerce le plus d'in-
(1) CoBûpîw OfôterlM. !j>c. ^., p, m.
(*i Com^iru l»Ki5». Loc. c«., p. 4TI.
fluence dans cette répartition, c'est la guerre. Jamais un défaut d'équilibre dans les sexes n'a été plus marqué qu'en Suède après les guerres de Charles XII. Les statistiques relevaient 12o0 femmes pour 1 000 hommes; mais bientôt la difTérence fut comblée par l'excédent des nouveau-nés mâles,
si bien que :
on relève 1 000 hommes pour 1 120 femmes __ __ 1 097 —
Entre ces dix années : guerre.
on relève 1 000 hommes pour 1 090 femmes. 1084 —
Entre ces dix années : guerre, on relève 1 000 hommes pour 1 097 femmes.
A la suite de fortes émigrations.
En 1870 on relève 1 000 hommes pour 1 0G7 femmes.
En
En
En
En
En
En 1810
En
En
En
En 18G0
Ce que nous venons de constater pour la Suède
se retrouve également dans les autres pays. Ainsi la France comptait après les guerres de Napoléon :
1 000 hommes sur 1 059 femmes.
En 1836 1 000 — 1 037 —
En 1859 1000 — 1 010 —
En 1861 1 000 — 1 €01 —
Le dénombrement de 1872 donna de nouveau 1000 hommes contre 1 008 femmes.
L'Allemagne avait en 1864 1 000 hommes sur 1 018 femmes.
en 1867 1 000 — en 1871 1000 —
Et nous pourrions citer de nombreux exemples
Je ce genre. J'ai dit plus haut qu'à la naissance, les garçons étaient plus nombreux que les filles; et pourtant toutes les fois que nous faisons porter nos statistiques sur des adultes, nous trouvons que le nombre des femmes est plus grand que celui des hommes. Il faut donc que la mortalité soit plus grande dans le sexe masculin ou bien qu'il y ait
d'autres causes qui les chassent du pays. Or, outre
rinlluence de la guerre, il faut encore faire intervenir en partie l'influence des professions qui sont plus dangereuses pour les hommes (pèche, marine, exploitation des mines) et en partie celle de l'émigration qui éloigne tous les ans surtout des jeunes gens.
Malgré ces influences, on constate encore en Suède, de quinze à vingt ans, une légère prédominance du sexe masculin (1000 hommes contre 997 femmes). Ce n'est que dans la période suivante, de vingt à vingt-cinq ans, que le sexe féminin
(1) Ilellstenius. Loc. cit., p. 50 et suivantes.
prend le dessus (1009 femmes contre i 000 hommes) ; à partir de cet âge cet excédent de l'élément féminin augmente avec les années *.
La Suède fait partie des nations les moins bien partagées sous le rapport de la répartition des
sexes. D'après les dernières statistiques :
L'Angleterre compte L'Allemagne. . . .
La Norvège ....
La France
La Belgique ....
L'Italie
1 000 hommes pour 1 040 femmes.
Etats-Unis d'Amérique . 1 000 —
Si notre pays désirait voir s'améliorer ces conditions, il faudrait combattre les naissances illégitimes ou même les supprimer complètement, et chercher à diminuer les différences d'âge des
époux. Nous devrions veiller à ce que Téducation
physique de nos filles fût plus satisfaisante; enfin, dans certaines circonstances, il faudrait favoriser l'émigration féminine, pour que le nombre des femmes descendit au niveau de celui des hommes. Comme ce défaut d'équilibre dans les sexes est moins marqué dans les classes de la société où
les mœurs sont plus simples et plus morales, il faut considérer ces écarts, de même que la grande
(1) Hellstenius. Loc, cit., p. 49.
mortalité des tout jeunes enfants, non pas comme des phénomènes purement normaux, mais bien
comme le résultat de désordres sociaux. Les causes directes doivent en être cherchées dans les maladies des orçanes génitaux dont nous nous occuperons plus tard, et aussi dans l'alcoolisme dont l'étude ne fait pas partie de notre sujet. Ce n'est pas une simple vue de l'esprit qui nous fait affirmer que ce sont ces deux fléaux de l'humanité qui
troublent l'harmonie naturelle des sexes, mais cela
ressort clairement de l'expérience et des statistiques.
lit-