‹ L'hygiène sexuelle et ses conséquences morales [microform]Chapitre 17 sur 65 · LE MARIAGE · texte numérisé non relu

LE MARIAGE

Sommaire. — Tendances de l'homme à la polygamie. — Leur critique. — La polygamie chez les Orientaux. — Types de passions sexuelles. — Conséquences de la polyp^amie. — La domination de l'instinct sexuel considérée comme une force morale. — Opinion de Shakespsare à ce sujet. —Situation de la femme comme jeune mariée. — Interruptions naturelles. — Les rapports sexuels dans le mariage. — Règles à suivre pour les nouveaux mariés. — Fausse idée que se fait la femme sur Vépouse. — Règles de la

vie de iTiénage. — Différences des sensations voluptueuses dans

les deux sexes. — Variétés de types féminins. — Manière de vivre

des Célibataires. —Citations sexuelles dans la littérature actuelle.

— Maladies de la continence. — Influence de la littérature sur les mœurs. —Exemples. — Influences immorales d'autre source.

— Les Fiançailles.— Moyens préventifs. — Examen critique de ces moyens. — L'accroissemerit de la population.

Tendances de Thomme à la polygamie.

Leur critique.

Nous avons vu clans la préc(?(lente leçon, avec quelle délicatesse la nature s'efforçait d'établir l'équilibre des sexes, première condition d'une

véritable monogamie. (Je ne veux pas dire parla qu'elle soit nécessairement confirmée par l'expérience.) Je reviendrai plus tard sur cette question. Pour le moment, je vais me contenter de répondre

aux objections contre la monogamie. On a prétendu

tiitll '

L'UYGIÈNE SEXUELLE

de différents côtés que Thomme était né pour être

polygame, la femme pour être monogame. D'excellents esprits se sont faits les interprètes de cette idée, et. des perroquets inconscients ont essayé de rélever à la hauteur d une véritable profession de foi. Comme prototype des premiers, je pourrais citer Schopenhauer; cet auteur cherche à prouver ce qu'il avance, par des tirades de ce genre que je cite textuellement : « L'amour de Thomme décline sensiblement à partir du moment où il a reçu satisfaction ; presque toutes les femmes l'attirent plus que celle qu'il possède déjà; il aspire au changement. L'amour de la femme, au contraire, augmente à partir de ce moment*. » Cette disposition, prétend Schopenhauer, dénote la haute sagesse de la nature

qui a tenu avant tout à assurer la conservation de l'espèce. Un homme peut créer cent enfants dans une année, une femme ne peut en créer qu un.

Toute la légèreté de ce sophisme apparaît dès la moindre analyse. Schopenhauer ignore simplement l'égale répartition des deux sexes. Si le nombre des femmes était le double de celui des hommes, on pourrait admettre la possibilité de ce qu'il avance. Mais, étant données les proportions actuelles entre les nombres d'individus appartenant

(i) Le Monde comme volonté et comme représentation. Trad. fr. de A.Burdeau. Paris, F. Alcan, 1890, t. III, p. 352.

TENDANCES DE L'hOMME A LA POLYGAMIE

à chaque sexe, les désirs polygamîques des hommes qui n'aspireraient qu'au changement de femmes ne

pourraient conduire qu'à la promiscuité; or, ni la fécondalion ni la conservation des proportions numériques dans les deux sexes n'exigent un tel état de choses. D'autre part, on ne peut pas nier non plus que la différence fondamentale qui distingue Famour mâle de Famour femelle paraisse, au premier abord, peu naturel.

Il existe des animaux monogames et des animaux polygames. Or dans toutes les races nous vovons les mâles et les femelles s'accorder dans leurs instincts et leurs désirs. Les biches du cerf ne se morfondent pas de jalousie les unes envers les autres;

elles ne revendiquent nullement sa possession, sa

société et son appui exclusifs. Et ce serait précisément chez l'homme, le chef-d'œuvre, le roi de la création, que la nature aurait imprimé à chacun des deux sexes des instincts si différents que jamais leurs aspirations ne pourraient être satisfaites en même temps! Quoi! malgré tous les croisements des facultés héréditaires transmises des pères aux filles et des mères aux iïls, malgré une éducation et un développement semblables, cette différence fondamentale dans les mœurs des deux sexes se maintiendrait indéfiniment comme un stigmate indélébile dont on aurait marqué le genre.

humain ? Sans parler des autres peines ci dangers multiples liés à l'enfantement» lu fccondittî devrai U elle inévitablement entraîner chez la femme le

besoin impérieux de fidélité de *on époux ^nnsquc jamais ce désir ne put ni ne dut Hre comblé? Faudrait-il donc considérer un homme monoganio comme une exception, comme une mon.slruoiilé de la nature, et pour remplir la première deis exigences d'une morale, faudrait. il l'entraîner d^ns des aventures galantes?

Vraiment! sans vouloir attribuera la nnlui^ «l<5s vertus théologales, nous ne pourrions éeh«pper à la erainte <juc le genre humain, en préseoce d'une telle discordance dans lùs instincts des sexes, ne pûl remplir siîs autres engagements dordre plux élevé, et qu'ainsi Thumanité ne s'épuisût dans une interminable lutte pour la vie.

A raoïi sens, la phrase de Srhopenhauer que non:* citions plu* haut, comme d'nilleur^ lou< s-m écrits, mérite parfaitemont le jugement d'un <iri. lique compétent qui prétendait que tous sen argumenta aoiil insuffisant* et ses conclusion* absurdes \

On raconte que Napoléon 1'" aurait dit un jour qu'une seule femme ne pouvait suffire h uii

honunc. € Une femme, disail-ii, ne pcul remplir ses

(I) Kraït-EUIogr. Pi^hopcUia ujsuaUi. Sçmigtrt, ISIS.

TKiDAXCBS DB l tlOMMK A LX POLYGAMIE

•I»?voîrs d'épouse quand elle a ses i^jr'wj, qu^elle est enceinte, malade, etc. », et que pour ces misons

un homme était obligé d'avoir plusieurs femmes.

Kn partant de ce point de vue, il faudrait que tout homme se eomposAt un harem suffisamment riche jioitr 4^tre toujours sûr d*avoir h «a disposition au moins une de ses odalisques qui ne fût soumise h oiicun des ennuis que nous signalons plus haut; or ce but ne parait déjà pas si facile à atteindre. On s^it (]ue la poly^^amie est dans les mœurs des in;ihom<î-tans. Les Mormons ont essaye de la faire revivre dans une sphère d^jà plus civili.s^e. Chez les premiers, la polygamie n*estque le privilège (?) de$ riches et des puissants; chez le^t seconde» elle est phit<M le privilège des hauts dignitaires du unni^tère sacrt*. Dans Iouh les fMiy$ turcs où la majorité des hommes est polygame, on constate un défaut d'équilibre entre le^ doux sexes ; Texcédent dces onfanU inalcsc»t pUiA accentué qued ordiuairf,<!t lc5 mœurs mutriroonialês ne peuvent exister qu'à la condition de voler ou d'acheter des femmes dans d'autres pays, de châtrer des hommes (eunuques), etc.. ^

V In puisqu'on a tant parlé de la polygamie et' ' ndances polygames de l'homme, pensons donc

une fois au.v dé.qirs de la femme.

<i) Compin-x Oeiierlffl. Uc. cit., p. 1W. — IlMlt'wyih*

sV.«.

Ilfl

Ne nous occupons pas seulement des aspirations de son âme qui tendent vers la fidélité de son époux, mais aussi de ses exigences physiques au point de vue génital. Demandons-lui si au lieu d'exiger la possession d'un homme tout entier, elle

se contente seulement d^une partie de lui-même.

Interrogeons sérieusement l'expérience à ce sujet,

et si nous nous pénétrons de ses enseignements, nous verrons que, dans l'immense majorité des cas, c'est l'union d'un seul homme à une seule femme qui répondra le mieux à leurs désirs communs. Il n'est pas non plus sans intérêt de faire remarquer

que le maria-e implique aussi un certain droit de propriété qui ne peut être justement réglé par une société polygame, que ces mœurs s'exercent sous forme de polygamie proprement dite ou de polyandrie. Dans le mariage, chacun des contractants est animé d'une certaine jalousie légitimée par la nature et exigeant de chacun des époux une fidélité réciproque.

L'intensité de l'instinct génital de Têtre humain qui recherche l'objet de ses convoitises est, dans certains cas, sujet à de grandes variations. L'histoire nous retrace la vie d'individus qui étaient hantés par des instincts génésiques vraiment extraordinaires; ces êtres étaient en quelque sorte insatiables. Si je voulais en citer des exemples, je n'au-

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