OPINION DE SHAKESPEARE
remonter à des milliers d'années, avant l'enfance même de toute société régie par des lois.
Aujourd'hui, on attache avec raison une importance plus grande à Thérédité; ceux qui voudraient
faire du mariage un acte purement individuel doivent véritablement être taxés d'atavisme. C'est là une conséquence de cette erreur qui consiste à considérer les jouissances génitales comme faisant partie des droits généraux de l'homme ; il eût cependant suffi de jeter un rapide coup d'œil sur
la nature pour éviter de tomber dans cette erreur. Contrairement à ce que nous venons de dire, je prétends que, puisque l'instinct génital représente une force vive, puissante, de la nature, sa domination temporaire, et à plus forte raison absolue, prouve une force morale exceptionnelle.
Opinion de Shakespeare.
Si je voulais maintenant m'appuyer sur une autorité incontestable, je ne pourrais pas invoquer un plus grand nom, une compétence plus indiscutée que celle de William Shakespeare. Dans Cijmbeline, l'un de ses meilleurs drames, il dépeint le plus beau caractère de femme qu'il ait peut-être jamais conçu; je veux parler d'Imogène, la fiUe du
roi, mariée à Poslhumus. En parlant d'Imogène, son époux s'écrie :
s. RIBBING. 4
Hiit'Uiiiii»;
« Souvent le bras de mon épouse m'éloigna en me demandant grâce, le visage rouge de honte; elle était si belle à voir qu'elle eût réchauffé le vieux Kronos lui-même î » (Acte II, scène i.)
Je ne puis dire tout le prix que j'attache à ces vers et au sentiment qu'ils expriment; je ne sache rien de plus noble dans toute la littérature profane. Shakespeare qui s'est fait tout autant qu'un autre l'interprète des exigences et des aspirations de l'amour, montre dans ces vers qu'une possession sans limite peut cacher des dangers, et de plus que la jouissance de ce que l'on appelle « sa propriété » doit être modérée et soumise à une délicatesse de sentiment qui naît d'abord chez la femme, mais à laquelle un gentilhomme est toujours forcé de rendre justice.
Le poète montre aussi que seules les femmes élevées dans ces sentiments possèdent la force qui les soutiendra au jour de Tépreuve et les rendra dignes de remporter la victoire. Dans ce sens, la littérature moderne, dite réformatrice, commet une
lourde faute. Elle proclame la nécessité de se marier jeune afin que l'homme apprenne à dominer ses passions, mais elle oublie que le mariage a un tout autre but que de satisfaire continuellement les mstincts génitaux. L'homme qui se marie avec ces sentiments peut être assuré que, précisément sous