‹ L'hygiène sociale (volume 2)Chapitre 15 sur 21 · L'ALCOOLISME · texte numérisé non relu

L'ALCOOLISME

Que vient faire, dira quelqu'un, l'alcoolisme au milieu des autres maladies étudiées dans ce livre? L'alcoolisme n'est pas une maladie, c'est une passion, chose fort différente. La passion est, il est vrai, coûteuse, funeste à l'individu, funeste à la nation quand elle devient générale, peut-être plus funeste que la fièvre typhoïde et la tuberculose. Mais elle ne sévit que sur ceux qui le veulent bien, et, en tous cas, ce n'est pas à l'hygiène, c'est à la philosophie et à la raison de la combattre.

Peut-être en effet ne fait-on aucune place à l'alcoolisme dans les traités de médecine : mais c^est uniquement parce que les médecins n'ont pas à lui opposer de remèdes, car au fond ils en sont très préoccupés. Une passion qui peuple nos maisons de fous, qui nous donne 60 0/0 de nos épileptiques, qui attaque surtout le système nerveux et qui, en affaiblissant tous les départements de l'organisme, les prépare à tous les échecs, cette passion devient bien une sorte de maladie de l'individu et de la nation qui s'y abandonne.

Mais ce livre n'est pas un traité de médecine ni un

n'en connais pas. On a dit qu'il n'était pas un aliment^ et qu'une partie de Talcool ingéré se retrouvait dans les urines et même dans le lait. Mais le sel ingéré ressort aussi de l'organisme, il ressort même en entier, et pourtant il est nécessaire à l'alimentation. L'argument ne vaut donc pas.

J'ai l'air d'ergoter sur la définition du mot aliment. Mais si on veut définir par ce mot toute substance se transformant dans l'organisme, je ferai observer que le sel se transforme aussi, puisqu'il est le seul aliment, comme je l'ai fait remarquer depuis longtemps, qui puisse fournir tout l'acide chlorhydrique du suc gastrique et les alcalis du suc pancréatique. Acceptons pourtant que, par définition, un aliment soit nécessairement une substance contenant du carbone, je ferai remarquer que rien ne prouve que celui qui a absorbé de l'alcool dans son alimentation et qui en laisse sortir par ses divers émonctoires l'élimine tout entier. De sorte que l'alcool pourrait tout au plus être considéré comme un aliment de digestion lente, qui n'est pas transformé aussi vite qu'il est absorbé, et qui peut, pendant qu'il vagabonde dans l'organisme, à la recherche d'une cellule qui en veuille, être éliminé par les reins ou s'enfuir, en sa qualité de corps volatil, par les voies respiratoires.

Si, pour éviter les difficultés dont est entourée la recherche de la valeur alimentaire d'une substance ingérée dans un organisme complexe, on cherche comment elle se comporte vis-à-vis des microbes, dont les actes digestifs ressemblent tant à ceux des êtres vivants, on voit ceci pour l'alcool. Il est en général d'une digestion moins facile que le sucre, et il y a

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même des cellules, celles de la levure de vin, de bière, et en général celles qui nous donnent les boissons alcooliques, qui n'en veulent pas, et qui, lorsqu'elles le rencontrent dans les produits de la dislocation du sucre qu'elles consomment, le délaissent. C'est pour cela que noys le retrouvons. Mais il y a d'autres cellules qui le préfèrent à toute espèce d'aliments, et même qui l'utilisent mieux que tout autre. C'est-à-dire qu'avec loo gr. d'alcool, elles se font une vie plus active, des tissus plus abondants, et se multiplient davantage qu'avec loo gr. d'un autre aliment quelconque. Entre ces deux extrêmes il y a tous les intermédiaires, c'est-à-dire qu'on trouve des espèces qui, après avoir d'abord fait de l'alcool aux dépens du sucre, comme les cellules des diverses levures, et l'avoir laissé s'accumuler plus ou moins dans le liquide tant qu'elles y trouvaient un meilleur aliment, consentent à le reprendre ensuite et à l'utiliser. Rien ne nous autorise à dire qu'il n'y ait pas dans l'ensemble de l'organisme de l'homme des représentants de ces divers groupes d'espèces. Ce qu'on peut même dire, c'est que les représentants du groupe des levures y sont sinon absents, du moins très rares. Raison de plus d'admettre que les autres groupes y sont plus ou moins représentés. Or, pour tous, l'alcool est un aliment de premier ordre pour quelques-uns, de second, de troisième ou de quatrième pour les autres.

Dans l'ensemble pourtant, l'alcool peut être qualifié d'aliment peu facile à digérer. C'est peut-être à cela

en étaient déjà saturées : c'est le coup de massue qui terrasse. Quant à ceux qui, relativement sobres, n'abusent pas et se contentent d'user, les plus nombreux, ils n'éprouvent qu'une excitation passagère qui leur fait illusion sur le bien qu'ils en reçoivent. Rien n*est plus commun, quand on cause avec des ouvriers ou môme des patrons, que d'entendre dire, quand on leur reproche de céder trop souvent à l'attrait du petit verre : Vous ne savez pas, vous qui nous le déconseillez^ à quel point il s'impose parfois; vous ne savez pas combien il relève les forces à Tatelier, quand la chaleur, l'humidité, le défaut de circulation d'air ou seulement la continuité du travail ont abattu l'ouvrier le plus courageux. Le travail est là, inexora^ble, surveillé, imposé, quand on n'est qu'un rouage de la grande machine industrielle. L'alcool est le moyen le plus rapide et le plus économique que nous ayons trouvé de nous remettre en état de l'accomplir.

Rapide, je le veux bien ; économique, je ne le croîs pas. Je suis au contraire persuadé qu'il est coûteux, et voici pourquoi : le petit verre, c'est le coup de fouet donné à un cheval qui s'endort. L'effet est brusque, le cheval tire davantage. Sur quoi prend-il la matière de cet effort ? Evidemment pas sur le coup de fouet. Il la prend sur lui-même, sur ses réserves organiques quand il en a, sur ses tissus vivants quand il n'a pas de réserves, et quand il a travaillé, il a besoin de manger davantage pour se reconstituer. Vous de même. L'alcool que vous prenez, vous, est un médiocre aliment, et le moindre morceau de sucre vaudrait mieux que lui, à ce point de vue. Mais ce que vous cherchez, dans le petit verre, c'est non pas Tali-

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ment, mais Texcitanl qui vous épuise, après vous avoir réveillé, et vous oblige ensuite à manger davantage. Au lieu de venir en déduction sur les dépenses du ménage, Talcool vient donc en augmentation. Dans un rapport devenu classique, M. Claude (des Vosges) montrait que dans certains centres industriels de la France et de la Belgique, plus de la moitié des salaires passait au cabaret. Convenez que tout cet argent aurait mieux fait de prendre le chemin du boucher ou du boulanger, et qu'on travaille beaucoup plus régulièrement et beaucoup plus hygiéniquement quand on a bien mangé que lorsqu'on a bien bu. Là dessus la science est en parfait accord avec Texpérience journalière.

Ceux qui voient dans l'alcool un excitant utile et économique se font donc illusion. Ils se trompent aussi en croyant n'être pas des alcooliques parce qu'ils n'arrivent jamais à l'ivresse. On devient morphinomane sans avoir jamais poussé jusqu'au sommeil la dose d'opium ou de morphine, et en ne dépassant jamais celle qui donne une petite excitation agréable. Mais quand on a régulièrement engourdi sa volonté par l'usage discret de l'alcool ou de la morphine, on a graduellement diminué sa force de résistance, graduellement diminué aussi sa sensibilité, et de fortes doses du poison deviennent nécessaires juste au moment où la volonté est devenue incapable de réagir contre leur emploi.

Après avoir ainsi mis en lumière autant que possible, le rôle de l'alcool dans les boissons fermentées

ou distillées, nous avons à nous préoccuper des substances qui raccompagnent d'ordinaire et qui passent avec lui à la distillation. Ces substances ont des origines fort diverses. Les unes préexistent dans les liquides sucrés que Ton fait fermenter ; d'autres proviennent de la fermentation souvent impure, c'est-à-dire faite sous influence d'autres ferments que la levure de vin ou de bière. Toutes ont ceci de commun qu^elles sont des toxiques plus actifs que l'alcool, et que, par une propriété qui est peut-être corrélative de la première, elles se fixent sur les mêmes cellules que l'alcool, et s'en laissent plus difficilement éliminer. Le trouble qu'elles y amènent devient tout de suite tel que le fonctionnement de la cellule est gêné, et dès lors elle a plus de peine à se débarrasser de ce qui la trouble. L'action toxique persiste donc plus longtemps, parce qu'elle est plus forte, et on est sur le chemin de l'action toxique qui persiste indéfiniment après avoir tué la cellule.

Il faut accuser fortement le caractère toxique de ces substances, mais il ne faudrait pourtant pas se faire illusion à leur sujet, et croire que leur présence augmente beaucoup l'action de l'alcool qu'elles accompagnent : c'est qu'elles sont très diluées. Là où il y a lo o/o d'alcool, il n'y a parfois que des millièmes ou des dix millièmes de ces substances. Or une pièce d'or dans mille ou dix mille pièces d'argent n'augmente pas beaucoup la valeur du tas. On a trop souvent oublié cette notion tout à fait enfantine dans les spéculations au sujet de ce qu'on a appelé les impuretés de Talcool. On leur a attribué le rôle principal.

celle de l'excipient. Toutes ces substances ajoutées ne sont pas également dangereuses. Mais il en est quelques-unes qui sont de véritables poisons, ou qui, sans être exceptionnellement toxiques, sont introduites à des doses telles que le mélange est dangereux. Plus que l'alcool, elles sollicitent le goût par leur saveur, leur odeur : elles donnent une période d'excitation agréable, qui est rachetée aussi par une période de fatigue des cellules mises en jeu. Ici l'action produite par ces essences et bouquets peut être supérieure à celle de Talcool qui les accompagne. Un buveur qui dilue son absinthe dans l'eau, pour en ramener le titre alcoolique à celui d'un vin ordinaire, subit une impression plus vive que celle que lui donnerait ce verre de vin, et c'est avec raison qu'on a distingué depuis longtemps l'absinthisme de l'alcoolisme. Dans l'absinthe l'alcool est au second plan, tandis qu'il est au premier dans le vin et les eaux-de-vie.

Enfin^ pour terminer tout ce qu'il est nécessaire de savoir à propos de l'alcoolisme, disons encore ceci. Une bouteille de vin n'est rien, un verre d'eau-de-vie n'est rien, ni non plus un verre d'absinthe lorsque c'est une fois et en passant. Qui n'a pas senti les premiers et parfois les derniers symptômes de l'ivresse, même sans avoir trop bu, lorsque venait s'ajouter à l'excitation alcoolique, celle du tabac, ou seulement celle d'une conversation animée ? Ce qui est grave c'est la régularité et ThabitudcLes cellules nerveuses et toutes celles qui ne se débarrassent de leur alcool qu'avec lenteur restent constamment sous son impression, sont constamment en état d'ébriété, et s'atrophient. Celles du foie subissent alors, plus facilement

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que celles d'un foie sain, une dégénérescence particulière, qui n'est pas caractéristique de Talcool, mais qui existe souvent chez les alcooliques : c'est la cirrhose du foie. Si ce n'est pas Talcool qui Ta produite par lui-même, il lui a au moins préparé le terrain et fait son lit. On Ta accusé de même, et avec beaucoup de raison, d'être le fourrier de la tuberculose. Il engourdit aussi les cellules blanches, si utiles à l'organisme. On comprend, a,vec ce que nous avons vu au début de ce livre, qu'un organisme débilité soit plus facilement envahi par les microbes pathogènes, et même par ceux qui restent inoffensifs dans un organisme sain. Bref, l'alcoolisme ouvre la porte à toutes les déchéances.

Personne ne conteste ces conclusions, prémisses des mesures à prendre pour nous débarrasser du mal social qui nous enserre, et dont l'étendue et la gravité égalent ou même dépassent ce que nous avons vu pour la tuberculose. Les analogies entre les deux maladies sont même saisissantes. Nous avons vu que presque tout le monde côtoyait la tuberculose, il en est de même pour l'alcoolisme. Comme le tuberculeux, l'ivrogne étend la contagion autour de lui, et d'ailleurs les causes de contagion sont fréquentes. Point de rue qui n'en présente des comptoirs plus ou moins luxueux, dont les cinq sixièmes pourraient, pour attirer le passant, inscrire fièrement sur

leurs enseignes, alcoolisme, tuberculose, syphilis, car c'est là ce qu'on y débite.

On peut donc assurer que le nombre des alcooliques est grand, mais on ne peut pas le chiffrer. Du reste le mot alcoolique est mal défini. De l'ivrogne qui ne dessaoule pas à l'ouvrier qui se contente d'être tous les jours émêché à une certaine heure, et de celui-ci à l'ouvrier rangé qui se contente de s'enivrer parfois le dimanche, il y a loin. Il y a non moins loin de celui qui s'alcoolise froidement au cabaret, sans entraînement, et comme par système, à l'ouvrier occupé à un travail, et qui fréquemment dans la journée demande, comme nous l'avons vu, à un verre de vin ou à une lampée d'eau-de-vie quelque chose qui le réveille et ranime ses forces. Celui-là peut n'être pas encore un alcoolique, mais il est presque fatalement conduit à l'être, s'il continue à céder à son penchant. On trouve là une gradation régulière comme nous aurions pu en relever une dans la tuberculose, de celui chez lequel les bacilles se sont installés depuis la veille jusqu'à celui qu'ils ont complètement envahi. Où commence le tuberculeux ? Où commence l'ivrogne ?

Une nouvelle ressemblance résulte de ce que, ici comme pour la tuberculose, et pour des raisons à peu près pareilles, ce sont les ouvriers qui paient le plus lourd tribut à l'alcoolisme. N'en sont à peu près exempts que certains métiers qui exigent la pleine possession de soi-même, typographes, maçons, couvreurs, conducteurs de machines, de trains de chemins de fer, etc. Tous ces ouvriers ne peuvent se permettre l'alcool, ou ne se le permettent que les

empoisonné ses parents, il y succombe plus aisément qu'un autre.

Enfin Talcoolisme est, comme la tuberculose, en voie de progrès dans notre pays. On en est averti, non pas par le nombre des morts, car l'alcoolisme, à lui seul, ne tue que rarement, mais par Faugmentation croissante de toutes les tares et de toutes les déchéances auxquelles il préside, par celle du nombre des aliénés dont la maladie a été fouettée ou même déterminée par l'alcoolisme ; par le nombre croissant des crimes ou des suicides accomplis sous Tinfluence de Talcool, et aussi, mais dans une autre direction^ par Taugmentalion rapide de la consommation des spiritueux par tête. Je ne citerai pas de chiffres à ce sujet, parce qu'il ne faut avoir confiance dans aucun, et que je veux éviter de me servir d'arguments contestables dans la cause que je soutiens. On pourrait me dire qu'il est tout à fait enfantin de mettre en regard les chiffres de consommation des spiritueux par tête et les nombres d'aliénés, pour conclure que l'augmentation du second est due à l'augmentation du premier» Bien d'autres choses augmentent, par exemple les soucis et les difficultés de la vie, la consommation du tabac, les charges du citoyen et du père de famille^ qui n'ont rien à faire avec l'alcoolisme et peuvent peser sur les esprits de façon à les affaiblir. On pourrait même, avec un peu de malice, faire remarquer aussi la progression des impôts, et leur attribuer l'augmentation du nombre des aliénés, ce qui serait évidemment moins justifié que d'attribuer Taugmentation croissante de l'impôt à ce que nous devenons en moyenne de plus en plus alcooliques. Car il est

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vrai que la nation tout entière se comporte comme un alcoolique qui laisse tout aller à la dérive et semble même incapable de se diriger. Mais tout cela est matière à discours. Il ne faut employer, dans cette œuvre d'assainissement, que des arguments incontestables. Je laisse donc la multitude de chiffres, tous sujets à caution, dont je pourrais émailler ces pages, et en les envisageant dans leur ensemble, je dis que Talcoolisme est en voie de croissance non seulement chez nous, mais même dans tous les pays qui le laissent se développer sans entraves, ou ne lui opposent que des moyens insuffisants ou mal appropriés.

Toutes les nations ont en effet pris conscience des menaces de l'alcoolisme, mais toutes ne l'ont pas combattu de la même façon. Un grand nombre, parmi lesquelles la France, ont eu la singulière idée de commencer par un recours à la force. Il existe une loi du i3 février 1878 dont l'article i®^ punit « d'une amende de I à 5 francs inclusivement, ceux qui seront trouvés en état d'ivresse manifeste dans les rues, chemins, places, cafés et cabarets ou autres lieux publics ». Cette loi « tendant à réprimer l'ivresse publique et à combattre les progrès de l'alcoolisme », était peutêtre, sans le savoir, une loi de finances, attendu que, bien exécutée, elle aurait par le fait de ce seul article produit par an une cinquantaine de millions. Il est vrai que ces millions provenant de Tivresse eussent été bien utiles pour permettre l'exécution des

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autres prescriplions de la loi. En cas de récidive dans les 12 mois, dans le res$^»rt du tribunal qni avait prononcé la première condamnation, le contrevenant devait subir 3 jours de prison, pendant lesquels il tombait à la charge de la communauté et aurait manffé les ."> francs de son premier versement. En cas de nouvelle récidive, dans les \i mois avant suivi la seconde condamnation. l'inculpé était traduit devant le tribunal de police correctionnelle et puni d'un emprisonnement de six jours à un mois, et d'une amende de i6 francs à 3>j fr. Une seconde condamnation en police correcîionr>elle en moins d'un an exposait le délinquant à se voir doubler ces peines € et à être déclaré incariabîe d'exercer les droits suivants : i* de vote et d'eîeclJon : 2* d'éligibilité; 3^ détre appelé ou nommé aux fonctions de juré ou autres fonctions puLHques ou aux emplois de l'administration, ou dVxercer ces fondions ou emplois ; V de port d'armes p«endanî deux ans à partir du jour où la condamnation sérail devenue îrréTOcable. » EnAn l'art. ^ punit d'une âir-^ude de i à 5 francs inclusivement, les cafetiers. cîibareî:ers et antres dèbitanls qui auront dr-nn*^ à h'Ar^ à des srens manifestcmenl ivres, ou les auro-n: t^-v.s dans leurs établisse-

menls. et en cas de re*:i:ve ::nî:aence une nouvelle proirression de peines r*:*-:v£:.; .^]]er jusqu'à la fermelure de rélah!is>en:en: ;->ur un temps qui ne saurait excéder un mois. S: ie rjîr';«ei]e îe libellé de ces articlés, oVsl pour qi:e îe !t*::ev.r se demande s'il en a jamais vu appliqut'-r un seuî. Même à Paris, les pooliards conîinner.î A oir.m-t^r. ou au moins à essayer de oiroulor, Sv-iis r.r:". iier-veiiianl des sardiens de la

leurs que sont les cabaretiers et les marchands de vin^ car comment faire de la politique sans boire !

Et puis cette mesure draconienne serait à peu près inutile. L'expérience de tous les pays dans lesquels on a essayé de restreindre, en la rendant plus difficile, la consommation de l'alcool, témoigne de ceci, que partout où le public veut boire, d'ingénieux industriels lui en donnent les moyens. C'est ainsi qu'en certains Etats dAmérique, les pharmaciens^ restés seuls en possession du droit de débiter les vins et les liquides alcooliques médicinaux, ont vu leur officine se transformer en débits et en bars. Ailleurs, l'ivresse à domicile, ou au coin d'une borne, remplace Tivresse au cabaret. Ce n'est que là où la population ne veut pas boire qu'elle ne boit pas, et il n y a de coercition possible que là où elle intervient comme appoint pour aider un mouvement d'opinion publique.

Après avoir constaté qu'on ne pouvait pas agir par la force, on a pris la question par l'autre côté, le bon, et on a voulu convaincre. Ce n'est pas la communauté qui a marché la première dans cette nouvelle voie. Ce sont des bonnes volontés qui se sont groupées pour un effort commun, des sociétés de tempérance, des ligues contre Talcoolisme, etc. Puis TEtat est intervenu, a institué dans les écoles primaires, secondaires, un enseignement anti-alcooliijue. Il a demandé aux instituteurs toute leur bonne volonté, aux professeurs de philosophie de devenir des professeurs

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d'hygiène, et il faut reconnaître que tous se sont rendus à son appel. Les instituteurs ont réussi sur divers points du territoire à créer des sociétés de tempérance scolaires, des ligues contre Tusage des boissons spiritueuses Je serais désolé de dire quoi que ce soit qui puisse contrister ou décourager les vaillants pionniers de cette œuvre de salut, quels qu'ils soient. Mais il me sera, je pense, permis de dire mon opinion sur les défauts que je vois à leur mode d'action. Je resterai d'ailleurs sur le terrain des généralités pour ne blesser personne.

En premier lieu, je relèverai une sorte d'intransigeance générale, naturelle dans toutes les œuvres de foi, mais qu'il est dangereux d'arborer ici. Un prêtre d'une religion quelconque peut dire avec vigueur : « Abstenez-vous de toute mauvaise pensée » : les mauvaises pensées ne sont pas une marchandise. Mais les médecins, les hygiénistes, les sociétés qui disent : abstenez-vous de vin, ou de bière, n'ont aucune raison sérieuse de le faire. Il n'y a aucun argument contre ces boissons quand l'usage en est modéré, et comme elles représentent une notable partie de la richesse publique et font vivre des millions d'individus, je dis sincèrement et avec une profonde conviction, en me plaçant au point de vue de ce livre, qu'il est fou de vouloir les éliminer de la consommation, et que le phylloxéra n'est pas un moyen d'hygiène. Laissons les buveurs d'eau se contenter de ce liquide, mais ne troublons pas la quiétude des buveurs modérés de vin ou de bière : nous n'en avons pas le droit, au point de vue des principes, et, en plus, il serait mauvais que nous y réussissions.

Je sais bien qu'on peut dire : nous ne proscrivons Tusage que parce que nous redoutons l'abus, et que nous ne pouvons pas définir la frontière qui les sépare. Et cela est vrai ; il est certain que cette frontière varie avec les individus, avec la nature du vin, avec les circonstances, avec les climats, et que cela est gênant pour la réglementation que vous rêvez, au cas où elle serait fixe. Mais, croyez-moi, il vaut mieux qu'il en soit ainsi, et que l'homme qui en vertu du ressort intérieur de sa volonté, s'arrête à la frontière, qu'il connaît bien, lui, vaut mieux que l'homme qui se laisse arrêter par une barrière qu'un autre que lui a posée.

Je dois reconnaître que l'enseignement officiel, après l'Académie de Médecine, après tous ceux qui ont étudié froidement la question, n'est pas tombé dans ces exagérations. Mais il ne les a pas déconseillées et visiblement il y incline. L'esprit de la campagne dirigée contre l'alcool s'inspire nettement d'un avis de l'Académie de médecine, en date du 3 octobre 1871, dont voici le passage important au point de vue qui nous préoccupe : j'en souligne les passages les plus significatifs :

« Ce que l'homme cherche dans l'usage des boissons fermentées, c'est un plaisir passager et une réparation momentanée de ses forces.

c( Dans de pareilles limites, cet usage n'a rien que riiygiène réprouve ; il est même juste de reconnaître que s'il n'est pas indispensable à la santé, il n'est pas non plus sans utilité.

« Mais si modéré qu'il soit, il offre cependant un danger. Car il n'est pas besoin d'arriver jusqu'à l'abus

dans les régions qui en vivent. A exagérer dans le sens où le convient les programmes, il risquerait d'ailleurs de mettre ses leçons en contradiction avec les faits constatés chaque jour dans leur famille par ses élèves. Il a donc intérêt à rentrer dans la réalité des choses.

Je voudrais voir aussi ces mêmes instituteurs se défendre et défendre leurs élèves contre un autre péril de renseignement qu'on leur demande et qu'on leur commande : qu'ils se gardent d'être aussi dogmatiques et aussi affirmatifs que les circulaires et les programmes qu'on leur impose ! On est vraiment surpris quand on voit l'autorité universitaire demander à un moment donné à ses Instituteurs de devenir chimistes, physiologistes, médecins, statisticiens, de parler de l'aldéhyde pyromucique, delà cirrhose du foie, et de la forme maniaque, mélancolique, et stupide de Talcoolisme. Comme si l'enseignement n'était pas déjà assez enclin au culte des mots. Il n'y a que les notions qui s'adressent uniquement à la mémoire qui puissent être prises dans un manuel pour être reversées immédiatement sur la tête des élèves. Toutes celles qui s'adressent au jugement ou aux puissances morales de l'élève doivent d'abord avoir pénétré le professeur et avoir subi Tépreuve de son jugement et de sa conscience. Sans cela, l'enseignement est sans force et sans vertu.

Je voudrais donc que les instituteurs résistent, quand on leur demande de traiter des sujets hors de leur compétence, et qu'ils disent courageusement : « ce n'est pas notre affaire ! Cet enseignement, qui commence par des actes de foi de notre part, et qui se

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termine par des menaces de cirrhose, de démence, de tuberculose, etc., nous semble une sorte d'eniseignement religieux, qui met un enfer en regard du paradis, c'est-à-dire, tout ce qu'il y a de plus amoral tant pour le professeur qui le donne que pour Télève qui le reçoit. Nous avons un autre tçrrain où nous pouvons être davantage nous-mêmes. Laissez-nous dire, et montrer par notre exemple quand notre traitement nous le permet, que le vin, la bière, le cidre sont des boissons saines pour qui se modère, ce qui est vrai, que la facilité avec laquelle on se procure ces boissons et leur bas prix font qu'on est plus enclin à en abuser que d'autres plaisirs de ce monde^ ce qui est vrai ; que cet abus, comme tous les autres abus (tabac et café, grands dîners, bals, tout, jusqu'à la pêche à la ligne) se paie plus ou moins cher, peut-être plus cher que la moyenne, ce qui est encore vrai, et que la seule force à lui opposer est la même discipline intérieure que celle qui nous protège contre tous les autres abus. Voilà le terrain sur lequel nous sommes forts, car notre vie peut servir d'appui à nos doctrines. Ne faites pas de nous des phonographes répétant des mots que nous ne comprenons pas. Laissez-nous être des hommes. Croyezmoi, vous ne vous en trouverez pas plus mal, ô toute puissante administration, ni nos élèves non plus ».

Nous voilà sur le terrain de l'hygiène sociale. La question de l'alcoolisme n'est pas une question par-

rente de la conception catholique, se reflète dans renseignement à tous les degrés.

Notre enseignement officiel en France a beau avoir en apparence secoué le joug de la croyance religieuse et être devenu laïque, il est resté catholique dans les moelles, en ce sens que la foi y règne en souveraine. Ses Evoques sont les Chefs de bureau du ministère, ses Conciles les Commissions qui fixent les matières de foi, et ses Missionnaires, les Inspecteurs qui veillent, avec un soin jaloux, surtout dans l'enseignement primaire, au maintien du dogme et à la crainte de Thérésie. Le Clergé, tenu en bride plus étroitement parfois que le clergé catholique, c'est la foule des instituteurs et institutrices, chargés d'évangéliser les populations et de chanter le Salvum fac regem, quel que soit le régime. Pour leur faire un peu illusion, on les appelle des maîtres, mais ils savent bien qu'ils ne le sont pas, et que s'ils voulaient sortir un peu de l'esprit ou même de la lettre des programmes, et par exemple parler de l'alcool avec la liberté que je me suis donnée, il leur en cuirait. Ils répètent donc ce qu'on leur a appris ou fait apprendre ; ils parlent peut-être à leur tour, à leurs élèves, de l'aldéhyde pyromucique sans savoir ce que c'est, pas plus que ne le savaient du reste les membres de la commission qui ont inséré ce mot dans les programmes d'enseignement. L'enseignement antialcoolique devient ainsi un article du programme, qu'on développe avec le même zèle morne que les autres. Etonnez-vous maintenant que de ces classes endormies sortent des esprits inertes, nourris de mots en vue des examens, mais peu capables d'efi'orts,

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parce quTls n'ont pas pris conscience d'eux-mêmes, de que je dis de Tinslruction primaire, je pourrais, hélas ! le répéter avec quelques restrictions pour renseignement secondaire, et même pour une partie notable de l'enseignement supérieur. Etonnez-vous enfin qu'après 20 ans de cette éducation homicide, le cerveau se refuse à toute initiative ; le pli qu'il a pris est pris pour la vie.

C'est donc par l'école qu'il faut commencer la lutte, et c'est la rabaisser que de la borner à des efforts contre l'alcoolisme. Mais il faut reconnaître aussi que le terrain est bon, car la contrainte morale s'y manifeste par des signes extérieurs, visibles et contrôlables. Faire partie d'une ligue ou d'une société anti-alcoolique, c'est s'engager à résister à une tentation, et accepter le blâme ou au moins les plaisanteries de ses camarades si on se laisse entraîner. En homme pratique, je ne fais pas fi de cette sanction. Le souci du qu'en dira-t-on peut être une faiblesse quand il engage à mal faire et une force quand il engage à bien faire. Mélangé avec un peu d'orgueil de soi-même, qui est toujours une force quand il ne se tourne pas en vanité, il est le rouage principal des ligues scolaires : il est, du reste, le premier fondement de la vie morale. Développons le plus possible devant l'enfant la pensée qu'il ne faut jamais s'exposer à encourir de blâme, ni de soi-même, ni des autres, et donnons la ligue anti-alcoolique comme application pratique de cette maxime. Rien de mieux. Nous y gagnerons que ce serment contre l'alcool y perdra un peu de son caractère enfantin, et restera utile tout en prenant une certaine grandeur morale.

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règles dont, en définitive, vous seriez les premiers à tirer profit ?

c< Au surplus, rien ni personne ne vous force à entrer dans ces ligues^ si vous pouvez vous passer d'elles, pas plus qu'on n'oblige à y rester celui qui y est entré par besoin. 11 peut, à son grand détriment, en sortir quand cela lui plaît, se dégager de ce lien, de cette règle qu'il a acceptée. Il n'y a donc là aucune entrave à la liberté individuelle. D'ailleurs, vous, alcoolique, que demandez-vous à ces ligues en y entrant ? La contagion du bon exemple. Pourquoi alors rompre une chaîne légère et profitable pour en reprendre une plus lourde? Pourquoi déserter la ligue des anti-alcooliques pour rentrer dans celle qu'on pourrait appeler la ligue des alcooliques ? Vous ne voulez plus, sous prétexte de liberté, qu'on vous impose de bons exemples et vous retombez sous le joug beaucoup plus dur des mauvais ».

« Ces ligues sont comme des garde-fous qu'on place le long des ponts. Ces garde-fous sont utiles à ceux qui craignent le vertige et ont peur de tomber dans le vide. Ils sont inutiles à ceux qui ont le pied ferme et la tête solide, et qui marchent au milieu du pont. Ces derniers, s'ils se placent à un point de vue égoïste, peuvent se dispenser d'entrer dans la ligue ; mais on' peut faire appel à leur esprit de solidarité et leur dire : « Vous n'en avez pas besoin, c'est vrai ! Mais entrez-y tout de même ; vous y donnerez le bon exemple. »

Je crois inutile d'insister davantage. J'ai voulu seulement indiquer les principes dont doit s'inspirer toute organisation de lutte contre l'alcool, sur quel-

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que terrain qu'elle se place et quelque forme qu'elle prenne. Ils se réduisent à ceci : i^ ne pas se montrer intransigeant dans la doctrine ; on n'a aucun droit de l'être, au point de vue scientifique ; on a toute raison de ne pas l'être au point de vue humain; 2° en* se tournant alors du côté de l'homme, faire appel non à des actes législatifs, à des règlements qui deviennent fictifs lorsqu'il ne les approuve pas, mais à sa volonté, aux forces de résistance que l'éducation peut développer en lui, el qui, utilisées ensuite dans des groupements moraux, sociaux, ou professionnels, se traduisent à la fois par des avantages moraux et l'augmentation de son bien-être.

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