‹ L'hygiène sociale (volume 2)Chapitre 3 sur 21 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

Je dois, en terminant, remercier mon auditoire du calme et du sérieux avec lequel il a écouté ces leçons. En lui tâtant le pouls à la fin de chaque conférence, je sentais bien qu'il ne se donnait pas toujours tout entier. Il y avait parfois un peu de résistance et même d'humeur. 11 y a surtout certaines questions délicates dans lesquelles il ne m'a suivi qu'avec quelque inquiétude. Mais nous nous sommes séparés, je pense, avec la conviction qu'on pouvait tout dire et tout entendre dans une leçon publique, à la condition de parler et d'écouter sérieusement.

E. DUGLAUX.

La Commanderic, octobre 1901.

plus, les notions nouvelles sur les causes productrices d'un certain nombre de maladies, des plus redouta* blés, nous disent aussi comment on peut les éviter. C'est ainsi que les filtres àfiltration fine constituent une sorte de vaccin contre la fièvre typhoïde qui peut provenir de Teau de boisson ; c'est ainsi encore que les moustiquaires peuvent se transformer en vaccin contre les fièvres paludéennes, et ce ne sont pas les seuls exemples. Il s'est ainsi créé une sorte d'hygiène préventive dont nous avons le droit d'escompter les bienfaits. Enfin notre thérapeutique elle-même, en devenant sur plusieurs points plus précise et plus prompte dans ses effets, permet de supprimer plus vite les causes de contagion : elle aide en cela à l'hygiène préventive. C'est ainsi que le sérum antidiphtérique, en mettant plus vite le malade hors d'affaire, le rend aussi moins dangereux pour son entourage. De même le sérum antipesteux peut être souverain pour éteindre sur place une épidémie qui s'allume. , Nous sommes donc naturellement conduits à nous demander comment pourra se faire l'organisation de cette hygiène préventive. Tout le monde est intéressé à la voir se développer avec ampleur et harmonie. Mais comme elle procède d'une tout autre conception que notre système actuel de défense, il ne faut pas l'examiner avec de vieux yeux et d'anciennes habitudes d'esprit. Nos hôpitaux, nos dispensaires, presque tous nos établissements d'assistance publique procèdent de l'idée de charité. Le malade est un malheureux qu'on doit secourir, et je me garderai bien de m'élever contre ce sentiment. Mais nous savons mieux aujourd'hui qu'autrefois que ce malade est un être

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ou mal, et peut n'être à charge à personne. La communauté n'a donc pas à se préoccuper des conséquences individuelles de sa maladie, mais elle peut soufFrir d'un autre côté, de ce que le malade se promène, promène son mal et ses germes contagieux, les diffuse autour de lui dans les lieux publics ou à Tatelier. Elle a le droit de voir en lui une menace permanente, contre laquelle elle est mal armée, car elle ne peut le suivre partout. Prenons la tuberculose ou plutôt la syphilis comme type de cette seconde classe de maladies, la variole ou la fièvre typhoïde comme types de la première, et nous aurons une idée bien nette de la différence que présentent au point de vue social ces deux classes de maladies.

Peu m'importe qu'elles soient toutes d'origine microbienne. Peu m'importe aussi qu'il y ait des tuberculeux qui s'alitent à un certain moment, ou des varioleux qui se promènent au début de la maladie. La distinction que j'établis n'est pas entre les maladies, mais entre les dangers de contagion qu'elles font courir, et les tactiques à leur opposer. Dans chaque cas, la tactique doit s'inspirer d'abord du mode de dissémination des germes, puis de leur nature propre. De sorte que cette grande division une fois faite, nous pouvons passer à l'étude individuelle des diverses maladies.

Je n'ai naturellement pas à les étudier toutes. Je ne veux que prendre quelques maladies que j'emploierai à mettre en relief les divers modes de résistance individuelle et sociale qu'on leur a opposés. J'essaierai de montrer pourquoi les uns ont échoué, pourquoi les autres ont réussi, et dans quel sens il est bon de mar-

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