A) PHLEGMONS PROFONDS DU COU
Nous n’envisagerons que les adéno-phlegmons des régions voisines.
Ceux-ci débutent par une adénite consécutive à une infection du larynx ou de la cavité buccale. On sent un gros ganglion dur et douloureux à la pression. Puis le tissu cellulaire s’empâte, se ramollit et le tout se fond en une seule cavité. À ces phénomènes discrets, suecède la période d’induration ; la région est tuméfiée. La peau, d'abord saine, de coloration normale, à peine épaissie, mobile sur les plans sousjacents, ne tarde pas à faire corps avec les tissus enflammés et à devenir rouge, tendue et luisante. La tumeur est alors dure, presque ligneuse. Souvent
LFAALX
aussi, ces phlegmons fusent le long des aponévroses et parfois loin du point de départ. Nous avons à considérer :
1° Les phlegmons sus-hyoïdiens :
a) Les phlegmons sus-hyoïdiens médians appartiennent surtout au plancher buccal. Bien que sousaponévrotiques, ils n’ont pas de tendance à gagner les
parties profondes ; leur pronostic est donc bénin.
b) Les phlegmons sus-hyoïdiens latéraux s’étendent de la ligne médiane au muscle sterno-cléidomastoïdien. Ils présentent souvent du trismus. Leur pronostic est plus grave : la fièvre est accusée, la langue pâteuse, l’appétit nul ; les tissus superficiels présentent toujours une induration ligneuse. Ils ont tendance à s'ouvrir à la peau ; mais des fusées purulantes anormales sont fréquentes, même, parfois, dans le médiastin (Malassez et Lucas-Championnière) ou vers la bouche (Auffret).
2° Les phlegmons sous-hyoïdiens.
Plus fréquentes seront les erreurs avec ces phlegmons, et en particulier avec le phlegmon de la loge
glosso-thyro-épiglottique.
a) Le phlegmon glosso-thyro-épiglottique a été décrit par Brousse et Brault, Ils l’ont localisé, commè&
nous l’avons vu plus haut, dans une loge comprise
entre l’épiglotte, en arrière, la membrane thyrohyoïdienne, en avant, et la membrane hyo-glossienne, en haut. Cette situation explique qu’on pourra facilement confondre ce phlegmon avec l’hygroma aigu de la bourse séreuse de Boyer. Maïs ici, la tuméfaction est en regard de l’os hyoïde, empiétant, en haut et en bas, sur les régions sus et sous-hyoïdiennes. Elle est dure comme du carton et encercle l’espace thyrohyoïdien. On remarque à cette phase, l'intégrité du plancher buccal, de la langue et du pharynx ; la langue est soulevée en masse par le refoulement en haut de la membrane hyo-épiglottique, mais non augmentée de volume. Le doigt, suivant la base de la langue, sent l’épiglotte refoulée en arrière et, au devant d’elle, une tuméfaction dure, non fluctuante. Dans l’hygroma de la bourse de Boyer, la tuméfaction est bloquée, en haut, par la face inférieure de l’os hyoïde.
Dans le phlegmon glosso-thyro-épiglottique, le malade se tient aussi la tête penchée en avant (attitude contrite). La pression sur l'os hyoïde est très
douloureuse.
À l’examen buccal le plancher est souple et libre, il n’y a pas de trismus, la base de la langue est
empâtée et très douloureuse.
Le pus n’a aucune tendance à se propager en arrière de l’épiglotte, et moins encore du côté de la région sous-hyoïdinene. Dans la majorité des cas
UN
(quatre fois sur cinq réunis par Daireaux), l’abcès envahit secondairement la région sublinguale, mais il peut fuser plus loin encore, vers la partie latérale
du cou, etc...
b) Les phlegmons prélaryngo-trachéaux. — Ils se développent dans l’espace préviscéral aux dépens des ganglions de la chaîne cervicale antérieure profonde. Poulsen, qui en a signalé onze cas, a remarqué la tendance de ces abcès à envahir tout Fespace préviscéral. Ils peuvent donc provoquer des accidents dyspnéiques inquiétants. Ils ont aussi tendance à fuser dans le médiastin.
Comme Fhygroma de la bourse séreuse de Boyer ces phlegmons peuvent parfois ne pas paraître extérieurement. Blandin a dit : « Les abcès profonds de Ia région laryngo-trachéale se portent souvent vers le médiastin avant d’avoir pu être perçus à lextérieur. >» On a aussi signalé l'ouverture dans la trachée et le larynx.
c) Les phlegmons de l'espace sus-sternal. — Ceux-ci ne peuvent pas prêter à confusion. De même ceux de la région mastoïdienne et en particulier les phlegmons latéraux profonds ou carotidiens qui siègent sous le sterno-cléido-mastoïdien. Leur SYMpP— fomatologie est trop différente de celle de l’hygroma, surtout quant aux points douloureux qui sont trop” éloignés de Ia ligne médiane.
Re APE
Exceptionnellement nous pourrons être en présence de l’adénite aiguë des ganglions de Bougery et Jacob, situés sur la face antérieure de la bourse séreuse de Boyer, consécutive à une infection pharyngienne. Cette adénite peut simuler entièrement Phygroma de la bourse séreuse de Boyer.
.. Exceptionnelle aussi sera l’hygroma aigu de la bourse séreuse de Béclard, qui est sous-aponévrotique et pré-thyroïdienne ; son siège est donc plus bas
situé.