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L’ALCHIMIE

A la mémoire de A. POISSON

Il peut paraître téméraire que je traite un sujet si important et qui fut magistralement étudié déjà par plusieurs hommes de science.

Mais il y a une excuse à ma hardiesse : la plupart des ouvrages ou des articles se rapportant à Talchimîe, envisagent presque uniquement les doctrines des anciens alchimistes, doctrines oü se rencontrent une grande partie de vérité, mais aussi une foule d’erreurs tenant à l’état d’infériorité où se trouvait alors la science chimique. Le but que je me propose, en écrivant cette petite étude, est de présenter les principales lignes de Palchimie moderne, c’est-à-dire de la Dynamochimie ou chimie basée sur la Force, sur les changements moléculaires et atomiques. A. Poisson — Berthelot — Louis Figuier nous ont donné de très remarquables livres sur les procédés

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antiques ou du moyen âge (i); nous ont laissé la traduction exacte des traités hermétiques incompréhensibles Jusqu a eux; ces lectures constituent un régal pour le curieux des vieilles sciences, une mine précieuse pour le chercheur scientifique; mais de tels volumes s’arrêtent, une fois le point historique considéré; ni Berthelot, ni Figuier n’établissent les résultats grandioses auxquels mène sûrement la science actuelle basée sur le système atomique, autrement dit dynamique. Ils croient bien la matière une\ ils penchent bien vers l’idée de l’évolution de la matière; ils admettent presque que l’Ether constitue le géniteur des corps; seulement ils se refusent'— on se demande pourquoi, par quel reste de timidité —à envisager les conséquences de ces révélations, la haute portée des manipulations poursuivies en ce sens.

Puis leurs écrits ne s'adressent qu’à un nombre fort restreint de lecteurs; ni le style, ni le plan de l’étude, ni les énoncés ne sont populaires; ces grands savants parlent pour un cénacle choisi, pour un

(i) Les anciens alchimistes cherchaient la Pierre philosophale ou poudre de projection qui transmuait le plomb, ie mercure, l’argent en or. Nous, alchimistes modernes, la cherchons encore, parmi les divers procédés, mais ceci rentre dans le doihaine: de l’Hermétisme suprême,...

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auditoire d’élite, non pour la masse du publiccurieux, non pour les ouvriers de la science. Voilà les raisons qui m’ont poussé, à diverses reprises, à ajouter mes faibles efforts aux leurs ; considérant la Dynamochimie comme une science féconde devant être vulgarisée, j’ai toujours cherché à présenter au public les théories modernes sur l’Atome et la Force (i), sur l'Evolution de la Matière, en un style précis, trop affirmatif m'assurent quelques-uns et pensent certaines revues arriérées.

Peut-être ce reproche^était-il mérité, mais il m’a semblé que le moment était venu de montrer à tous le mécanisme de la matière, sa physiologie et son immensité. L’Astronomie, la physique, la médecine ont été popularisées; seule l’alchimie splendide d’où est provenue la chimie moderne, la Dynamochimie, seule cette science est restée reléguée dans une ombre profonde, et nous ne pouvons citer que trois véritables propagateurs de cette grande Ignorée : Albert Poisson, Théodore Tiffereau, August Strindberg !

Les alchimistes antiques de l’Inde, de la Chaldée, de l’Egypte, proclamaient tous TUnité de la matière; ils représentaient symboliquement cette idée par un serpent qui se mordait la queue : le cercle

(i) Voir mon étude : « VAlchimie », une broch. Edition du Mercure de France, 15, rue de l’Echaudé-St-Gcrmain, Paris (1896).

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indique la perfection, renchaînement, sans la : moindre solution de continuité. *-

Cet emblème fut adopté également par les alchimistes européens, disciples des maîtres orientaux, exprimant ainsi leur opinion : « La matière est une; tout vient d’un ; un est Tout. — Partant de ce principe que tous les corps s’enchaînent^ depuis l’absolu chimique qu’ils nommaient Azoth, les alchimistes, logiquement, recherchaient la transmutation des métaux en argent et en or. Certes, il semble hors de doute que plusieurs d’entre eux réussirent à opérer le changement moléculaire de métaux et à obtenir de l’or, au moyen de procédés dont ils ne nous ont malheureusement point laissé les secrets; mais un grand nombre d’entre eux n’aboutirent point à un si beau résultat, pour l’excellente raison qu’ils ne disposaient pas des instruments et des moyens d’investigation que nous avons aujourd’hui entre les mains.

Iis ignoraient absolument certains chapitres de la chimie, car leur science consistait en formules éparses, sans aucun lien de rapprochement, sans méthode; ce pourquoi ils ne nous laissèrent au sujet de la transmutation aucun écrit très sérieux et clair. Quant aux alchimistes égyptiens et hindous d'il y a sept à dix mille ans, ils savaient faire de l’or en quantité; mais leurs recettes disparurent, les textes furent tronqués à dessein ou méiés involontairement. D’ailleurs il ne faut pas oublier, pour être juste, que l’ai-

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chimie formait la base de la religion hindoue et égyptienne : les prêtres étaient donc tenus à là plus absolue discrétion sous peine de châtiments ; puis ils ne voulaient pas mettre entre les mains de tous des procédés que l’on pouvait utiliser pour le mal.

C’est la cause pour laquelle nous ignorons aussi leur entraînement psychique, médiumnitique qui leur permettait et leur permet de produire des phénomènes occultes admirables. Quant aux alchimistes du moyen âge, nous savons tous comment ils étaient traités : le bûcher se dressait menaçant devant eux; une telle certitude devait les rendre moins expansifs et peu bavards. En effet, ils ont eu soin de garder pour eux leur science et nous ne pouvons leur en faire un crime : l’humanité n’était pas prête à recevoir leurs enseignements qu’elle considérait comme des faits d’ordre magique; l’humanité était trop bête pour les comprendre, et nous craignons un peu qu'elle le soit eucore aujourd’hui. «

Lavoisier porta un coup terrible à l’alchimie en exposant d’une façon claire les différents chapitres de la constitution intime des corps et de leurs réactions les uns sur les autres. Après avoir entendu ses leçons, on ne voulut plus écouter les symboles des alchimistes cachant sous d’énigmatiques images la réalité de leurs travaux. Lavoisier, brillant génie, accapara toute la gloire, reçut les acclamations, bien méritées du reste, des hommes avides de savoir, — et il fut appelé enfin

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le fondateur delà chimie. Personne ne contestera la sûreté admirable de sa méthode, ne mettra en doute la puissance de son esprit profond; mais il ne faut 5 pas oublier, comme on Ta fait trop longtemps, les i titres de gloire de ses prédécesseurs, l’étendue de ^ leurs opiniâtres recherches, sans lesquelles la chimie n’eût^point existé, sans lesquelles Lavoisier n'eût pu mener à? bonne fin ses découvertes, et sur lesquelles î se sont élevées les splendeurs modernes de l’Analyse et de la Synthèse.

La chimie est la fille de l’alchimie, de même que l’astrologie enfanta l’astronomie et l’empirisme la médecine physiologique de nos jours ; les chimistes ne seront jamais que les disciples des prêtres d’Hermès et les noms de Lavoisier, Lémery, Berthollet, Dumas, Thénard, Frémy, Pasteur, Chevreul, Berthelot, ces noms illustres ne doivent pas éclipser ceux non moins célèbres, également imposés à notre reconnaissant de ; Albert le Grand, Roger Bâcon, Raymond Lulle, Nicolas Flamel, Paracelse et Van- Helmont.

Les dernières théories de la Dynamochimie sont absolument analogues à celles que professaient jadis les savants avec plus ou moins de clarté et de profondeur. Chaque jour fait faire un pas de plus aux hommes de science actuels vers cette idée que la Matière est zme; que tous les corps se composent des mêmes atomes diversement groupés, orientés, dirigés ;

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qu’en fin de compte tout atome provient de l’Ether, ce milieu parfait et universel, est de l Ether compacté; TEther forme les atomes; les atomes forment les molécules et les molécules le corps; un corps quelconque, un élément est donc constitué par le nombre de ses atomes et les corps, les éléments, ne diffèrent entre eux que par le nombre, le groupement et l’orientation des atomes; or, tous ces atomes constitutifs pouvant se résoudre en éther, puisqu’ils sont provoqués par des tourbillons éthériques, par des vortex évolutifs, ne sont peut-être que du Mouvement et l’on pourrait définir la Nature par cet aphorisme du plus pur idéalisme : L’univers est un Dynamisme 1

L’Alchimie moderne est donc basée sur l’Atome, sur l’architecture atomique, et puisque nous savons qu’il n’est point de corps simples, immuables, mais que tous les corps sont formés par des édifices moléculaires divers, nous ne pouvons faire aucune difficulté pour admettre la transmutation des corps et des métaux, résultant de leur évolution même (i).

Les atomes existent à l’infini dans l'Espace, emplissent l’Espace, vibrent, gravitent, s’attirent, se

(i) Les êtres ne découlent-ils point les uns des autres, et l'Evolution n’est-elle pas universelle? Transformisme zoologique ; transformisme chimique : deux faces de la même question. L homme descend de l’anthropoïde, absolument comme l’or descend de l’argent.

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repoussent, glissent sur les particules éthériques qui les constituent; par leur réunion ils forment les corps, la Matière tangible, de même que les étoiles ces vastes atomes, gravitent dans l’Infini, s'attirent, se repoussent, de même que les poussières nébulosiques se réunissent en noyaux, de la condensation desquels sortiront les mondes. Infiniment grand d’une part, infiniment petit de l’autre — à nos yeux* — Macrocosme et microcosme.

Les étoiles pleuvent autant que les atomes; les étoiles créent des figures et des formes, des corps, comme les molécules en créent; les mêmes lois dirigent le soleil et ses satellites et l’Atome avec ses particules d’éther; ;la même diversité résulte des groupements divers. La nature est aussi sublime, aussi harmonieuse dans TUnivers atomique que dans rUnivers sidéral; le même ordre y règne; l’Energie agit dans ces deux infinis qui se prolongent ou mieux se confondent en l’Absolu : la Force règne, également omnipotente.

Je ne puis m’étendre davantage sur ce sujet si passionnant de l’origine de la Matière et de son Evolution; l’histoire de l’Alchimie me réclameai traité ce sujet de la Matière avec les détails qu’il^^porte de l’ouvrage : la Vie et VAme de la Matière.

L’EnergiCj disons-nous, agit sur les atomes^’est elle qui les oriente, les groupe: cette énergie intime, intrinsèque, et extrinsèque, provoque.leurs diftérents états architecturaux.

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Pour nous exprimer autrement, les atomes agissent sur les atomes, interviennent par leur présence, pour favoriser le changement moléculaire etla formation de composés [différents. Voici donc comment nous pouvons exposer la théorie de la transmutation des corps et des métaux :

Le principe du métal — et de tout corps — est l’Hydrogène, l’Absolu chimique. Cet Hydrogène est uni avec de TOxygène, toujours, de TAzote ou de l’Ammoniaque ou du Carbone etc., etc., en plus, qui servent en quelque sorte de ferment, suivant les corps, comme Pont si bien indiqué L. Lucas et Tiffereau, Si l’on arrive à séparer l’Hydrogène du corps ou du métal, de son « ferment » et à Punir au a ferment » d’un autre, on obtiendra évidemment un corps offrant les propriétés et les caractères du métal voulu, du composé cherché ; or ce métal, ce corps auront été fabriqués artificiellement. (Peut-être certains corps possèdent-ils deux éléments faisant fonction de « ferment».)

Il faut découvrir le corps opérat^tr, réducteur, Pagent intervenant pour produire, hoirie changement,

Sans doute PElectricité joue-t-djfile un très grand rôle dans la provocation de ce changement ; c’est grâce à elle que Moissan put fabriquer son diamant artificiel, en faisant agir une température énorme, une pression considérable. Quelles transformations de corps n’obtiendra-t-on pas à de hautes températures,

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sous de ortes pressions et en faisant intervenir le réducteur convenable ?

Cette transformation, produite autrefois par les alchimistes, répétée aujourd’hui par plusieurs chercheurs, est tour à fait rationnelle ; elle ne pourrait pas ne point exister, puisqu’il n’y pas de corps simples ; les corps soi-disant simples, nous ne le répéterons jamais assez, sont reconnus composés : de savants chimistes tels que Berthelot, Naquet, Dumas, Crookes, Frémy, Figuier... le déclarent dans leurs ouvrages.

Il n’est donc point impossible de fabriquer de Tor en transformant d’autres métaux,- en changeant de Targent en or, de même que l’on peut obtenir artificiellement de Targeat, du cuivre, du nickel, etc. ; seulement ces recherches ont été peu suivies ; quelques rares chimistes .s’y consacrèrent que l’on traita de fous et voulut décourager. Aussi la meilleure méthode n’est-elle pas encore connue; l’ère des tâtonnements n’a point passé encore ; cependant on fait de l’or, irrégulièrement, diversement, mais on en fait: Tiffereau en a obtenu : Cyliani, Lucas en ont produit ; M. A. Strindberg s’occupe activement de ces travaux ; il a traité de sa manière d’opérer dans une hTOchxxït Antibat'barus dont je me propose de parler un jour ; il m’a communiqué des feuilles de son carnet de notes ; sa méthode se rapproche assez bien de celle des anciens alchimistes; il opère beaucoup avec

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le plomb et le soufre. Il pense que sa manière d’opérer, m’écrivait-il en juillet 1894, est plus sûre que la mienne qui repose surtout sur l’action du Soleil, de l'acide nitrique et de l’Électricité sur l’argent.

Evidemment elle est moins dispendieuse, puisqu’elle emploie des corps assez économiques; mais le procédé Strindberg me semble bien long et compliqué.

On voit donc que le problème de la transmutation des corps et des cristaux, est tout a fait d accord avec les données de la dynamochimie. Nous ne pouvons dire qu’il est en partie résolu, puisque nous ne possédons pas encore de méthode opératoire rapide, certaine et suffisamment économique. Néanmoins nous avons le droit de dire bien haut, d’affirmer que le problème est posé. Or, une équation bien posée est à moitié trouvée. Avec les progrès incessants de la Science, nous avancerons ; les fouilles et les traducteurs, les commentateurs nous mettront entre les mains de précieux écrits sur la question si connue des Hiérophantes antiques; les procédés rapides brillants dus à l’outillage scientifique moderne nous permettront de perfectionner les synthèses, de hâter leur réalisation. Mais tout en suivant les conceptions géniales de Frémy, de Moissan, nous n'oublierons jamais que les fondateurs de la Dynamochimie furent les alchimistes !

Evolution chimique

Nous avons une preuve expérimentale de Tunité de la matière et de la transmutation des éléments, par les phénomènes d’isomérie, d’allotropie, de polymériedes corps « simples » et des corps « composés ».

Notamment les faits d’allotropie des corps soi-disant (1 simples » sont tout à fait probants, puisque deux corps « simples », tels que, par exemple, l’oxygène et l’ozone, ce dernier corps étant le dérivé allo-> tropique du premier — tout étant semblables, en ce sens qu’ils ont la faculté de former à poids égal un composé identique — offrent des propriétés physiques et chimiques si différentes qu’on devrait les considérer comme des éléments différents.

Ainsi, pour un même poids des variétés àt carbone, il se forme le même poids d’acide carbonique; pour unm ême poids de variétés de phosphore, le même poids d’acide phosphorique, etc...

Pourtant, répéions-le, ces variétés présentent des propriétés chimiques et physiques si différentes, qu’on devrait les considérer comme des éléments différents, n’était Tidentité de combinaison mentionnée plus haut.

Les métaux présentent également les phénomènes d’allotropie, ce qui conduit à les supposer états divers

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d‘un même élément, et ce qui nous amène à l’idée d'une matière unique inégalement condensée.

N. B. — L’oxygène, le souffre, le sélénium, le tellure, représentent les états divers d’un même élément; le nickel et le cobalt semblent deux variétés allotropiques d’un même élément.

M. Daniel Berthelot vient de publier un ouvrage sur l’allotropie des corps simples, dont les c mclusions aboutissent à proclamer l’unité de la matii re et la transmutabilité des corps. Les savants ofR^ iels commencent a comprendre TUnivers !

Listes des principaux Alchimistes. — Il peut être utile à quelques-uns des lecteurs d’avoir une liste des alchimistes, à consulter ; leurs noms se trouvent épars dans une quantité de volumes et d’articles qu’on ne sait toujours se procurer ou que l’on n’a point le loisir de feuilleter. L’auteur de cette étude a^ donc dressé une sorte de petit cataloguer donnant les noms des principaux alchimistes depuis l’antiquité jusqu’à nos jours. Quelques lignes de biographie au sujet des plus célèbres lui ont semblé un supplément nécessaire et agréable.

Une telle liste est forcément incomplète, sous plusieurs rapports; mais ceux qui voudront posséder

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