‹ L'hylozoïsmeChapitre 2 sur 4 · SH · texte numérisé non relu

SH

Il se peut que les éléments affectent un cycle semblable ; nous le croyons tout au moins analogue, mais, répétons-le, ce n’estlà qu’une hypothèse, et les poids atomiques admis doivent être parfois très changés par M. Vial pour satisfaire la combinaison qu’il expose. Or il transforme ces valeurs pour le besoin de sa cause, mais sans nous apporter un seul exemple expérimental. Il admet en outre que l’hydro-

LES CHIMISTES VNITAIRES

gène a dû faire 64 corps simples, dont 8 métalloïdes et 56 métaux, chaque métalloïde produisant une série métallique^ parce quç 84- 56 — 64.

Les 64 « corps simplés » représentent donc, d’après lui, i( les 64 stations de^Ia matière universelle depuis son état primordial gazeux jusqu’à son final solide, c'est-à-dire les 64 états de condensation de Thydrogène...; »

C’est toujours encore une hypothèse et celle-ci nous ne la croyons point nécessaire ; nous considérons que l’hydrogène ne forme pas de stations radicales telles que des corps simples (en tout cas il en formerait plus de 64 ; on ne saurait ainsi limiter la Nature). Nous repoussons absolument, et pour cause, ridée de corps simples formés par condensation d’Hydrogène.

Tous les éléments^ pour nous, disons-le encore, sont formés par des atomes semblables^ différemment agglomérés, orientés, en nombre divers, engendrés par l’Ether (PAkasa).

Il n’y a qu’tm Atome en espèce, sans doute, constitué par les particules éthériques ; et, suivant les combinaisons qu’il forme avec lui-même, suivant les condensations de la Matière, il donne naissance à tous les corps de l’Univers: Hydrogène, Oxygène, Soufre,^. Sélénium, Tellure, etc., mais dont nous ignorons encore l’Evolution des étapes.

Lodge, Berthelot, pour ne citer que deux célèbres

LES CHIMISTES UNITAIRES

savants, ont été conduits à admettre ce système, à la suite de leurs travaux sur T Ether, TElectricité et les combinaisons chimiques (i).

Après de longues dissertations très diffuses et jetées pêle-mêle, comme pour éblouir le lecteur par une foule de termes chimiques, M. Vial aborde la question de la Transmissibilité des Eléments et des Métaux, et ce n’est point la partie la moins intéressante de son très curieux et très suggestif ouvrage. II envisage le phosphore comme l’auteur de l’argent qu’on retire du plomb et du mercure, et cela par l’action intermédiaire de Tarsenic et de l’antimoine sur le calcium ou sur le plomb de plus en plus transformé ; l’argent, pense-t-M, doit relever du type phosphore.

L’or natif, il le croit dû à l’action de l’eau sur le sulfure de fer ; mais il expose très justement que, la Nature ne faisant point de saut, le fer ne passe pas à l’or sans y être amené par des intermédiaires ; le cuivre, le plomb, le mercure ou l’argent alliés au soufre, au sélénium ou au tellure, en présence de sels ammoniacaux (ou azotés) ou cyanurés, sont les intermédiaires probables, et peuvent se transmuter en or, car plusieurs chemins conduisent au même but ; nous souscrivons pleinement à ces paroles et nous

(i) Voir Lodge, les Théories modernes de VElectricité ; Berthelot, les Origines de Valchimie.

li^ij

if

'ij

LES CHIMISTES UNITAIRES

rappelons que Tiffereau et nous-même supposons les composés oxygénés de Tazote les importants agents, par leur présence, de la transmutation du plomb, du cuivre ou de l’argent en or.

L’eau, voilà le grand minéralisaieur et le réducteur des métaux, ainsi que le proclame très bien M. Vial, dont nous allons examiner à présent en quelques pages les autres mémoires moins profonds que celui-ci...

La Chaleur èt le Froid^ tel est le titre du livre paru en 1884, premier en date, mais que nous examinons le second, car il présente moins d’intérêt pour les travaux qui nous occupent aujourd’hui. M. Vial y étudie trois chapitres de physique : l’attraction terrestre, l’attraction moléculaire et l’attraction céleste. De cette dernière nous ne parlerons point, car elle nous entraînerait en dehors des limites assignées à une étude de ce genre; puis, disons-le avec franchise, l’hypothèse cosmogonique de M, Vial nous semble quelque peu puérile ; d’ailleurs, elle n’est qu’ébauchée et nous attendrons, pour en parler, que l’auteur ait développé ses formules ; expliquer par la chaleur et le froid les lois de l’attraction et de la répulsion nous paraît un essai d’une excessive simplicité ; le problème n’est point éclairci et nous ne savons pas davantage ce qu’est l’étrange gravitation ; les termes seuls sont déplacés. M. Vial considère, nous l’avons déjà écrit, la chaleur et le froid comme

LES CHIMISTES UNITAIRES 33

deux entités bien distinctes et la matière comme double; Pélectricité et la chaleur, il les veut des forces ennemies, très distinctes Tune de l’autre. Quant à la force centrifuge, ce n’est que conséquence des forces d’attraction et de répulsion qui ne sont elles-mêmes que les forces résultantes de la chaleur et du froid...

Nous croyonsplus rationnel d’expliquer l’attraction par l’électricité, d’accord en cela avec Turpin et Logde. Nous renvoyons le lecteur, pour les détails sur ce sujet, aux ouvrages'en note (i) et nous abordons l’attraction moléculaire.

L’auteur s’étend sur la constitution des atomes, des molécules, sur leur mariage et leur divorce^ comme il appelle avec justesse et poésie leur union et leur désunion. Il cherche à montrer que l’attraction moléculaire en physique et l’affinité moléculaire en chimie relèvent des mêmes causes, la chaleur et le froid.

Mais il est beaucoup plus probable, pensera-t-on sans doute avec les savants les plus autorisés, que la chaleur et le froid relèvent des intensités de l’attraction moléculaire.

L’hydrogène, déclaré M. Vial, est le facteur chaleur avec une ilamme pour attribut ; il est le représentant du fluide électrique négatif ; l’oxygène est le facteur

(i) Lodge, Théories de T électricité ; Turpin, la Formation des Mondes ; Jollivet Castelot, la Vie et VAme de la matière.

pïrujî'

34 LES CHIMISTES UNITAIRES

froid avec un aliment pour attribut ; il est le représentant du fluide électrique positif (ici les attributs sont renversés). — Et il crée ainsi le dualisme de la matière, dualisme qui nous eût empêché de classer ce chimiste parmi les unitaires, s’il n’avait affirmé par-ci, par-là, que Toxygène, premier fluide, fluide glacial, s’était dédoublé pour former Thydrogène. Dans d’autres brochures, il attribue à l’hydrogène la priorité, le considérant père de Toxygène qu’il créa en se doublant lui-même. Cest là une contradiction ; mais elle laisse entrevoir certains doutes de l’auteur au sujet de la matière ; il la veut à la fois double et une. Notre avis est qu’il a raison lorsque son esprit penche vers l’unité. Nous ne voyons rien d’autre à signaler dans cette brochure dont une longue partie reproduit les mêmes développements que la précédente.

De la troisième étude : le Positif et le Négatif nous aurons également peu de chose à dire. Elle offre de curieuses pages sur toute sorte de sujets jetés pêlemêle par malheur, ce qui rend pénible la lecture de l’ouvrage. Il est question toujours de la chaleur et du froid, de l’oxygène et de l’hydrogène envisagés, hélas I comme deux éléments distincts, spéciaux, opposés, enfantant deux matières rivales, deux forces contraires (!!): une force blanche et une force noire (!!!).

Il n’est plus guère question de science ici, et l'auteur nous promène sans méthode à travers les dédales

LES CHIMISTES UNITAIRES

de son imagination certes très puissante, très ingénieuse et souvent aussi, je me hâte de le reconnaître, très prophétique.

Seulement il est impossible d’attribuer une valeur positive rationnelle, à son histoire de la Genèse de rUnivers nous la croyons tout à fait fausse, surtout à cause de cette perpétuelle opposition de deux Eléments contraires.

M. Vial abîme quelque peu les unitaires abso-lument unitaires, au début de son mémoire ; nous lui répondrons par ces quelques lignes ci-après au nom de notre Ecole :

Le Dualisme apparent on la Complexité apparente de l’Univers ne peuvent s’imaginer si l’on remonte à l’origine absolue du monde.

A cette origine que l’on ne saurait accorder qu’à chaque nébuleuse individuellement (puisque Yorigine absolue de la Nature semble être une hypothèse inconcevable, attendu quV?yîu/e, la Nature l’est dans dans le Passé comme dans l'Avenir), figurant chacune un monde, l’Unité seule pouvait exister, unité progressive qui était et qui est : l’Ether, père de l’Hydrogène d’où proviennent l’oxygène, l’azote, etc. (combinaisons dues aux vortex éthériques).

L’Hydrogène est, était réellement bien hermaphrodite, enfantant le Dualisme, la Trinité, la Multiplicité, panes groupements, ses condensations croissantes ou inégales. En résumé, telle pourrait sHma'-

LES CHIMISTES UNITAIRES

giner la Genèse (i) ; Ether — (forme élémentaire de l’électricité à l’état latent, c’est-à-dire -1- et—; forme embryonnaire de toutes les • Energies) Hydrogène précédé peut-être de l’Hélium, phosphore^ azote ou ammoniaque, carbone, oxygène, chlore: soufre, sélénium, tellure, etc. (combinaisons polymériques de l’hydrogène si l’on veut ou de l’hélium, mais mieux encore de l’Ether évolué...)

De plus, chaque atome, et par conséquent donc chaque atome d’hydrogène est doué des propriétés -f- et —, verticalement et axialement comme le montre

la figure :

L’hydrogène peut donc être considéré comme Androgyne, de même que TEther. La Matière apparaît ainsi radicalement Une!

N’oublions pas de citer, parmi les chixTiistes unitaires modernes, M. Le Brun de Virloy, ingénieur de minesmétallurgiques, qui s'est également occupéde

(i) Voir l’ingénieuse étude de M. F. Ch. Barlet: « La Chimie Synthétique ». Le Maître a tenté là un bel essai sur la Genèse des Eléments.

LES CHIMISTES TNITAIRES

la Transmutation des Corps; il aurait obtenu du artificiel, à plusieurs reprises.

N. B. — Nous tenons à remercier publiquement et de tout cœur la Revue de VEst qui veut bien s'occuper de nos travaux sur l'Hylozoïsme et la Dynamochimie ; elle nous aide, par rappiii de son autorité et le concours de sa grande publicité, à propager les doctrines auxquelles nous avons voué notre vie, à répandre dans la foule des germes qui fructifieront un jour.

Disons à ce propos que nous serons très heureux de recevoir de nos lecteurs toutes les communications qu'ils voudront nous faire au sujet de VHylo:{oïsme et de rAlchimie ; les traductions, les extraits d'articles ou d ouvrages, les manuscrits, les expériences de transmutation, les essais, les projets d'évolution chimique, etc., etc., seront accueillis avec reconnaissance et utilisés s'il y a lieu, mis au jour par nos études. Nous lançons un chaleureux appel à tout le monde et prions que Ton adresse les travaux à M. F. Jollivct Castelot, chimiste, 19, rue Saint-Jean, Douai (Nord). 11 est temps de faire triompher la vitalité et TUnité de la Matière !

Notes et Fragments.

Ces notes et fragments sont forcément décousus, car ils sont destinés, non à former un tout complet, mais une suite naturelle à certains chapitres de mon ouvrage sur la matière (i). D’abord mon intention était de les réserver pour une deuxième édition du li\rre. Après avoir réfléchi il m’a semblé plus profitable à la cause de THylozoïsme, de présenter de suite aux lecteurs ces quelques pages de Dynamochimie absolument inédites.

De grands et profonds philosophes, des savants, des penseurs émérites ont proclamé bien des fois,

(/. La Vie et VAme de la Matière. — Essai de Physio^ logie chimique,

l’hylozoïsme

depuis l'existence delà terre, la vitalité, la sensibilité de la matière. Notre doctrine de THylozoïsme est vieille : elle faisait le tond, constituait la base même des belles religions de l’antiquité ; les prêtres de Brahma et de Bouddha, les hiérophantes, les hîérodules de Chaldée, d’Egypte, des temples sacrés de la divine Isis, tous ces ministres de la nature disaient Tunivers vivant, aniiijé, évolutif dans toute sa matière. Or personne n’ignore que la Nature était interprétée jadis avec une science que retrouvent seulement les savants d’aujourd’hui. Il était su et démontré, il y a déjà cinq ou six mille ans — ne mettons point davantage afin de ne pas égarer rintelligence dans les profondeurs du temps — que tout ce qui est vit, que tout ce qui est évolue^ se transforme ; et les prêtres enseignaient que la vie, l’évolution commençait en les minéraux pour se terminer momentanément en rhomme. On respectait les plantes, les animaux, car on voyait une âme en eux, comme on découvrait celle de la terre, de notre planète, cellule de l’être sidéral dofit les autres cellules sont des planètes et des soleils.

A travers tous les siècles, les panthéistes conservèrent pieusement ces magnifiques principes : la nature divine était Dieu et la moindre parcelle de matière, émanée de l’être, conservait donc .en elle le mystérieux mais universel principe de vie. Dieu pouvait se dire la flamme; toute chose une étincelle

de cette flamme. Nous ne saurions aujourd’hui encore, au xjx« siècle, trouver une plus belle formule scientifique. Oui Dieu est la lumière, la flamme qui brille et brûle à travers Fespace infini ; oui tout atome, toute molécule, toute chose, tout être, peut s'appeler Tétincelle, constitutive pour sa part, de Téternelle lumière ; et cette étincelle, c^est TAme.

O génies, Spinoza, Schelling, Fichte, Hégel, Goethe, Raynaud, ô philosophes consommés :

Feuillée, Richet, Gibier, vous crûtes à la sensibilité de la matière universelle, vous, penseurs, et des physiologistes, des médecins la virent aussi : Claude Bernard, Van Helmont, Paracelse, etc..., etc... Irritabilité, sensibilité, ne sont-ce point les manifestâtions premières de la conscience évolutive ?...

Epicure, Scot, Leibnitz, pour ne citer que les philosophes, les plus remarquables, Glisson, Bordeu, Bichat, parmi les physioll^gistcs célèbres,considérèrent soit la sensation^ soit la sensibilité^ ou Virritabiiité comme Torigine de tous les phénomènes universaux. Certes leurs théories diffèrent en bien des points ; il n’en pouvait être autrement, les philosophes négligeant les faits, et les physiologistes se défiant parfois trop de la synthèse ; mais nous pouvons revendiquer tous ces grands esprits pour notre parti, car la nature leur apparaissait vivante, organisée harmoniquement, divine, c'est-à-dire confondue en la force; car ils admettaient l’évolution de l’intelligence précédée par

44 LHYLOZOÏSME

le vague appétit (raflinité chimique n’est-elle point un appétit, une vague sensation ?) et l’instinct...

La cellule est un être bien vivant, personne ne peut plus en douter maintenant; une cellule, isolée par elle-même, possède sa propre individualité ; la ^cellule se nourrit, s'organise, et son point de départ connu scientifiquement s’appelle le protoplasma, cette vague et flottante substance très répandue, germe de tout animal^ le protoplasma qui se réunira ennoyau^ enovule^ principe actif delà cellule vivante ! Cette admirable chimie cellulaire nous prouve l’Hylozoïsme, nous montre la Matière qui s’achemine ve/s le « règne » végétal, puis animal. Elle nous montre l’enchaînement de ces êtres, la progression des molécules qui ne sont autres que les qiolécules minérales proprement dites. Les travaux de'^Cl. Bernard, de Ch. Richet, d’A. Gautier, de beaucoup d'illustres chercheurs, ont fêté un jour brillant sur l’histoire de la cellule ; nous assistons presque à toute leur physiologie, à ces petites semences, à leur naissance, à leur développement, à leur reproduction, à leur nutrition, à leur mort; nous savons qu'elles forment, constituent par leur nombre tous les êtres— comme les hommes constituent l’humanité, les Français la Patrie — que la somme de leurs sensations produit notre conscience réelle; que leurs mouvements et leur vie forment notre vie complexe et une tout à la fois, de même que les atomes

l’hylozoïsme

s’agglomèrent et par leurs mécanismes constituent une masse dont la forme plastique réalise l’Unité... Et les ferments qui s’infiltrent partout, existent partout, servent à tout, mettent la vie ardente en toute substance, les ferments nous chantent également le sublime Hylozoïsme ; ces êtres, nous les retrouverons toujours ; les pouvoirs du microscope augmentent, et en même temps augmente la quantité des tissus microbiologiques d’abord — les microbes sont les géants du monde infiniment petit — puis des tormations cellulaires, enfin la quantité des substances, fermentifères ; le ferment transporte la vie : il est de la vie, et, sans trop s’avancer, l’on peut dire que toute matière est du ferment, toute molécule, tout atome, un ferment, donc de la vie...

Le philosophe A. Fouillée écrivait ce qui suit dans une de ses remarquables études scientifiques, insérée dans la Revue des Deux-Mondes^ année 1886, livraison du lô octobre, page 895 ;

« Si nous voulions étendre plus loin encore Tinduction, nous dirions : ce ne sont pas les seuls mouvements des êtres animés qui supposent, comme ressort intérieur, au moins un rudiment d'émotion infinitésimale ; mais tous les mouvements, jusque dans le règne inorganique^ sont soumis à la même loi. — Les mouvements, en effet, suivent toujours ce qu’on appelle la ligne de la moindre résistance, et le métaphysicien, pour interpréter ce fait, ne peut que

l’hylozoïsme

raisonner par analogie avec ce qui se passe en nousmêmes; or la ligne de moindre résistance, en nous^ c’est la ligne de la moindre peine ; en dehors de nous, le métaphysicien ne peut donc se représenter la force intime qui produit le mouvement que comme une activité tendant à se déployer avec le moins de peine possible.

Cette activité est précisément ce que les philosophes appellent Vapjpétit ou la volonté primordiale, c’est-àdire le désir non raisonné et inintelligent, quoique accompagné émotion plus ou moins sourde.

Si on rejette Tantique hypothèse de créations vraiment spéciales et successives, qui auraient introduit miraculeusement dans le monde, d’abord une matière tout insensible, puis des êtres sentants avec des organes spéciaux et des instincts spéciaux, on est bien obligé d’admettre que dans les moindres particules de la matière prétendue inerte, il y a encore l’embryon de la vie, le gei^me de la sensibilité et de Vinstinct, une émotion élémentaire qui est la vraie raison de l’impulsion motrice.

Aussi, en face des savants qui, par une tendance toute matérialiste, veulent ramener l’ordre mental à un mécanisme d’automate, on commence à voir d’autres savants, dont le nombre s’accentue chaque jour, rétablir l’élément d’ordre mental parmi les principes mêmes de l’évolution universelle et de l’universel mécanisme. On reviendra un jour à la

l’hylozoïsme

pensée qu’Aristote avait exprimée en une de ses formules brèves et profondes : « Tout mouvement est une sorte d’appétit. »

De meme que la production ou la circulation du mouvement dans Funivers est inintelligible sans une activité universelle, cette activité môme est pour nous inintelligible sans une sensibilité universelle.

Il n’y a donc «rien de mort dans la Nature», comme le disait encore Leibnitz.

Tout se fait par voie mécanique, mais tout se fait en même temps par voie sensitive et instinctive.

Il n’y a point d’un côté un esprit sentant^ de l’autre une t absoîumejü insensible^ qui cepen¬

dant pourrai^ être sentie.

Non ; si ma main sent l’instrument de musique qu’elle touche et presse pour en tirer toute sorte de sons, c’est que cet instrument même, cet organe fabriqué par l’art humain, aurait pu, dans de certaines conditions naturelles à travers des transformations moins superficielles, devenir ma main. » (Extrait de rOrigine de l’Instinct.)

On voit, par ce qui précède, que M. Fouillée pense que la matière est douée de sensibilité et d’instinct, de volonté primordiale. C’est bien là notre avis aussi, mais nous allons plus loin encore, et nous pensons que Fappétit, accompagné d’une certaine émotion, n’est point seulement un désir « non raisonné et inintelligent », mais une volonté primordiale accom-

l’hylozoïsme

pagnée ■ d'mie certaine conscience^ peut-être très vague, existante cependant. L’Intelligence— comme les énergies — évolue forcément de la Matière élémentaire à l’être supérieur.

Au nombre des philosophes et des savants que nous avons cités comme 'défenseurs, partisans de l’Hylozoïsme, nous devons ajouter les noms de Fourier, de Schopenhauer, d’Hartmann (i) et de Leroux; Fourier Rétablissait les principes d^’ordre animique et vital parmi les corps de l’Espace Céleste ; Schopenhauer et son disciple Hartmann étudièrent la Volonté universelle dans le monde, « considéré com me volonté et représentation. » Cette Volonté était la Force universelle, énergie, matière, intelligence. L'évolutionnisme des idées-forces, communément admis par les philosophes d’aujourd’hui, vient encore nous apporter l’appui de ses véritables théorèmes. Taine, Spencer, Fouillée, ont éclairé ce chapitre curieux et si exceptionnellement important, nous ont laissé des discussions aussi vigoureuses que serrées.

Le célèbre physiologiste Claude Bernard eut le

(1) j’ai jugé préférable de marquer les noms de Schopenhauer, Hartmann, Fourier. Leroux, Taine et Spencer, à la suite du passage de P'ouillée, qui parlait de Volonté, d’Emotion et d'instinct, sensations étudiées par les philosophes précités.

(Note de l’auteur,;

l’hylozoïsme

grand honneur de bien définir, le premier, les phénomènes compliqués que présentent les tissus. Il ramena aux lois physico-chimiques les manifestations de la vie, établit le Déterminisme, ne négligea cependant jamais d’envisager l’Harmonie qui présente un être dans l’ensemble de ses fonctions.

J’ai relevé le passage suivant en lisant son bel ouvrage classique : « Les phénomènes de la vie communs aux animaux et aux végétaux », tome II, page 458,

« L’organisme étant un certain arrangement des tissus, on doit conclure qu’il n’y a, dans le tout, rien, ni puissance, ni propriété, ni principe, qui ne soit dans quelque partie.

L’arrangement des parties peut sans doute introduire des modalités phénoménales spéciales ; mais l’ensemble des tissus ne dispose pas d’autres ressources que celles qui émanent de chacun d'eux. La vie totale ne peut être que la somme des manifestations partielles, groupées, enchaînées, déroulées dans un ordre et dans un degré variables. Les manifestations vitales complexes sont faites des manifestations des tissus, comme une harmonie est faite de sons simples...

Le tissu est chose complexe ; il est fait d'éléments anatomiques divers. — Pour tout dire : la Physiologie générale est Tétude des propriétés des éléments anatomiques, de leurs manifestations isolées et des

l’hylozoïsme

manifestations complexes qui naissent de leur arrangement en organismes plus ou moins élevés. »

Cette doctrine de la décentralisation de la vie est semblable à celle que je proclame pour la Matière en général.

Un corps n’est autre chose que l’ensemble des molécules ; et l’ensemble des molécules ne dispose pas d’autres ressources que celles qui émanent de chacune d’elles, et de chacun des atomes constitutifs. La vie totale d’un corps quelconque, « minéral », « organique » ne peut être, comme le dit Cl. Bernard, que la somme des manifestations moléculaires et atomiques partielles, ajouterai-je, groupées, enchaînées, orientées, dans un ordre et dans un degré variables. Les manifestations chimiques et vitales complexes sont faites des manifestations des molécules comme une harmonie est faite de sons simples... Le corps est chose complexe (le corps « inorganique » ou « organique ») ; il est fait d’atomes diversement placés...

Pour tout dire : la Dynamochimie est l’étude des atomes et des molécules, de leurs manifestations presque isolées et des manifestations complexes qui naissentdeleur arrangement en êtresplusou moins élevés.

Cl. Bernard reconnaît également l’Unité de tous les phénomènes physico-chimiques : « Quoi qu’il en soit, écrit-il dans un de ses ouvrages, ces agents spéciaux, ces ferments solubles, appartiennent à la Physiolo-

i^’hylozoïsme 51

gîe... ils différencient les réactions du laboratoire des •réactions de l’organisme ; mais l’identité des résultats obtenus par ces agents différents prouve bien que les uns et les autres viennent, en dernière analyse, se confondre dans un effet commun, en réalisant, par des voix différentes, les conditions de mécanique moléculaire qui caractérisent les réactions, A ce dernier degré, il n’y a plus rien ’de spécial, il n’y a plus de barrière entre la chimie des corps bruts et des corps organisés ; tout se confond dans la Mécanique atomique. Tous les phénomènes sont des mouvements ».

Ce qui revient à dire que le Mouvement, l’Energie, forme, par ses tourbillons, l’Univers infini ;tout phénomène, en fin de compte, se réduit au Mouvement, aux vortex éthériques ; et l’on peut dire encore que la Matière n’est autre chose que de TEnergie compactée. Energie, Matière, Intelligence: telle est la Trinité non symbolique qui représente la Nature à l’état de perpétuel devenir, d’Evolutionisme incessant, Energie, Matière, Intelligence réalisent le Plan Divin, la Progression déterminée.

Evolution chimique ; transformisme atomique, — L’atome, avons-nous déjà vu à plusieurs reprises dans le courant de mon livre sur la vie et l’âme de la matière, l’atome joue dans les principes de la Dynamochimie le même rôle que la cellule joue en Physiologie végétale et zoologique.

Quand j’écris cellule,, j’entends rappeler la partie

l’hylozoïsme

essentielle de la cellule, c’est-à-dire la cellule primordiale, Vovule ou germe^ les cellules secondaires naissent de celle-ci; en Dynainochimie, j’entends aussi, par atome, représenter le germe ou l’ovule; les « cellules » secondaires naissant de cette « cellule » primordiale sont alors les « molécules» qui constituent et forment les différents corps.

Mais ces atomes, comme on Ta vu, se transforment, en ce sens qu’ils évoluent, c’est-à-dire qu’ils suivent des étapes de plus en plus complexes, des combinaisons lentes de plus en plus variées, de même que les êtres animaux évoluent, partant des formes simples, élémentaires, pour aboutir aux formes compliquées des êtres supérieurs.

De cette lente évolution zoologique et chiniique, on peut déjà suivre plusieurs anneaux; on doit un jour les retrouver tous car ils s’enchaînent sans lacune (i).

(i) Tous les corps descendent d’un même prototype, attendu qu’ils ont un grand nombre de caractères communs (gaz, liquides, solides). Cette théorie implique l’existence de chaînons ou éléments, corps, intermédiaires, reliant étroitement les unes aux autres toutes les formes de la Matière si complètement dissemblables lorsqu’on les considère superficiellement. — Il s’agit de trouver ces chaînons parmi les éléments chimiques que nous formons, provoquons ou manipulons. Alors l’Evolution, le Tranformisrae chimique sera trouvé.

Un élément en engen dre un autre par polymérisation, scission, agglomération, substitution, condensation, etc., lui

l’hylozoïsme

Sans doute Fatoine évolue-t-il de l’Hydrogène au corps complexe naturellement inconnu que nous pouvons représenter par une courbe à l’iqfini, puisque la puissance de TUnivers est sans bornes.

Mais un des points remarquables dans révolution chimique doit être, sans contestation, la cellule, cette cellule mystérieuse, cet « ovule » qui est le principe organisateur de tout « corps organique». Quel est seulement, le corps précédant immédiatement la cellule, à l'échelle évolutive?

L’atome devient-il d’abord, en ses états moléculaires, matière albuminoïde élémentaire?... Nous n’en savons encore rien ; tout ce que nous pouvons affir-. mer nettement c’est que atome et ovule sont les deux grands êtres de la Nature par excellence, puisqu’ils sont les germes d’oü toute chose, tout individu, comme toute race, découlent et découleront jusqu’à la consommation des siècles.

Vitesse des molécules, — Tout gaz est composé de molécules se mouvant avec une extrême rapidité.. Celles de l’hydrogène sont les plus agiles de toutes

communique héréditairement certaines propriétés combattues par la tendance à la variation, la sélection « sexuelle » de ces éléments chimiques, et peut-être, la sélection naturelle agissant sur le Monde chimique comme sur celui des êtres organiques,

Hérédité de certaines propriétés : donc Mémoire de la Matière.

dans leur mouvement ; elles font en moyenne 1.800 mètres par seconde (aux températures ordinaires ; probablement la moyenne est-elle plus élevée). Les mouvements de l’oxygène et de l’azote sont beaucoup moins rapides. Ainsi donc Thydrogène, ce rudiment, ce géniteur des corps, le plus léger des atomes (puisqu’il proviendrait directement de Téther), est aussi le plus rapide, comme cela semblait devoir être.

Note sur les atomes, — Bien des personnes s'étonnent à l’idée que tous les corps, tous les composés chimiqilfes, les multiples combinaisons de la Nature, soient formés des mêmes atomes, diversement grou^ pés, orientés,, juxtaposés. Elles ne peuvent admettre que toutes les molécules soient faites des mêmes atomes absolument, et que ces atomes puissent ne différer entre eux que par le poi ds seulement de la vitesse.

Nous leur ferons remarquer que sept notes suffisent à produire les mille variétés musicales;les morceaux de musique possèdent chacun une harmonie musicale ; cependant les mêmes éléments les composent. De même quelles combinaisons ne peut-on obtenir avec les quelques chiffres arithmétiques, différemment placés; ou avec les lettres d’un alphabet, que de mots ne crée-t-on pas ? L’alphabet français ne compte cependant que vingt-quatre lettres originales.

Les maisons, par Tarrangement des mêmes briques, n’affectent-elles point des architectures diverses? On

l’hylozoïsme

peut les comparer aux édifices moléculaires, composés des mêmes atomes, d’une architecture variée à l’infini.

On voit, d’après ce qui précède, que la doctrine hyzoloïque forme un système philosophique basé uniquement sur les données de la science expérimentale et positive.

L’hylozoïsme, avons-nous dit, servit de fondement aux antiques religions de l’Inde, de la Chaldée, de l’Egypte; les prêtres et les alchimistes anciens, les génies des temps écoulés, puis les alchimistes du moyen âge et des époques plus récentes ; enfin les principaux philosophes, les célèbres physiologistes aussi bien modernes que ceux des siècles lointains, combattirent pour faire triompher l’aphorisme:

a Rien de mort dans la Nature ».

Nul doute que, d’ici peu d’années, le monde scientifique ne soit entièrement conquis à la Doctrine.

Le xx® siècle confirmera, élargira les travaux dynamochimiques. Il fera disparaître les fausses conceptions métaphysiques et triompher la loi de Féternelle Unité progressive!

Page 1