CHAPITRE VI
Formes normales de l'hymen - Classification
La forme de l’hymen varie d’une femme à l’autre, comme le dit Afranio PEIxOTOo, mais pas dans des limites telles qu’on ne puisse essayer de rassembler les diverses formes dans des groupes distincts.
Avant de proposer une classification des formes normales de l’hymen, il est bon de faire remarquer que ce chapitre est un des plus confus qui soient en Médecine légale. La raison en est due au défaut d'unité dans les bases de celte classification : les uns ont voulu grouper les hymens en prenant comme point de départ la forme de la membrane elle-même, les autres en se basant sur la forme de l’orifice hyménal, d’autres enfin en faisant entrer en ligne de compte tantôt l’une, tantôt l’autre de ces deux manières de voir. La confusion s’est encore accrue lorsque les auteurs ont mis à part, pour en faire des groupes spéciaux, les cas d’'hymens à bords irréguliers ; or il est bien évident, comme le fait remarquer Nina RODRIGUES, que ces deux caractères (forme de l'hymen et état de ses bords) ne s’excluent pas l’un
l’autre; un hymen peut être frangé, encoché, dentelé... sans cesser d’être pour cela labié, en fer à cheval, semilunaire ou annulaire. Et d'autre part, l'aspect de la membrane varie suivant la manière de distendre l'hymen, « suivant le sens qu’on donne à la traction, le contour de l’orifice change, il peut s'approcher alors de la forme labiée ou de la forme circulaire » (1).
Nous ne ferons que rappeler pour son originalité la classification de Afranio PEIxoTo, qui repose sur la présence ou l’absence de commissures ou angles de jonction des valves. Il distingue ainsi deux groupes fondamentaux : les hymens avec commissure et les hymens sans commissure. Dans le premier groupe, il fait rentrer les hymens imperforés, annulaire, semi-lunaire, hélicoïde, en pont, cribriforme; dans le second groupe, il rassemble les hymens labiés (bilabiés, trilabiés, quadrilabiés, multilabiés, suivant le nombre des commissures et des lèvres). C’est en somme une complication inutile et factice : un hymen annulaire défloré avec deux profondes incisures traumatiques cesserait, par le fait même de la défloration, d’être un hymen annulaire pour devenir bilabié !
Comme la plupart des auteurs,nous prendrons comme base de classification la forme de l’orifice hyménal. Lorsqu'on se propose de classer les hymens d’après la forme de l’orifice hyménal, les divers auteurs sont d’accord pour dire qu’il convient d’éludier tout d’abord la forme initiale correspondant aux premiers stades du
(1) Nina RopriGurs. — Des formes de l'hymen. Annales d'Hygiène publique et de Médecine légale, 1900, t. 43, page 483.
pit de
développement, et partant ensuite de celle-ci, de remonter aux autres formes qui en dérivent. Mais là où les opinions divergent, c'est quand il s’agit d'établir quelle est celle forme initiale dont dériveraient toutes les autres. Pour HOorrMANN, LAGASSAGNE et E. MARTIN, c’est l’'hymen annulaire qui serait ce type fondamental, et leur principal argument est la fréquence plus grande de cette forme par rapport aux autres. Ce n’est rien moins que démontré et le mode d'examen n'est-il pour rien, comme nous l’avons indiqué plus haut, dans cette prédominance de la forme annulaire ? Rien ne prouve d’ailleurs que la forme la plus fréquente soit la forme initiale. TarDpieu, TOURDES, BROUARDEL, admettent la forme labiée comme type initial de l'hymen ; nous nous rallierons à cette opinion, nous basant pour cela sur les notions embryologiques rappelées au début de cette thèse bien plus que sur une fréquence plus ou moins grande suivant les âges. D'autre part, l’examen que nous avons fait des hymens des fœtus et des nouveaunés nous a montré que chez eux la forme labiée est pour ainsi dire constante. Chez les tout jeunes enfants, cette forme labiée se retrouve fréquemment, ou tout au moins les formes qui s’en rapprochent ou en dérivent, tels l’hymen en carène, l'hymen en crète de DALLA VoLra que cet auteur n’a guère trouvé que chez l'enfant.
Si, par la suite, l’hymen labié ne se retrouve plus aussi fréquemment chez les sujets plus âgés, ce serait * peut-être, comme l’a fait remarquer TOURDES, par suite de l'accroissement progressif de la symphyse pubienne: « La membrane abaisse ses extrémités supérieures, le développement des grandes lèvres concourt aussi à cet
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effet en tirant en dehors et en bas une partie de la muqueuse vulvaire : un véritable croissant se forme, une demi-lune plus ou moins échancrée, à la partie inférieure et postérieure du vagin » (1).
Ce n’est d’ailleurs pas seulement en tant qu'hymen initial qu'est intéressant l'hymen labié; c'est aussi la forme la plus fréquemment relevée dans 50 expertises judiciaires faites par le professeur P. PArisoT depuis Août 1919 jusqu'à Mars 1924, ainsi qu'en fait foi le tableau ci-joint. Fréquente dans la jeunesse, cette forme persiste à un âge plus avancé, ainsi que LEGLUDIG l'avait déjà remarqué; nous l'avons retrouvée même chez des sujets de 16, 17, 21 et 24 ans.
Nous distinguerons quatre types normaux d'hymens : labié, semi-lunaire, en fer à cheval et annulaire. Mais comment faire dériver ces trois dernières formes de la forme labiée initiale ? La forme labiée comportant une portion membraneuse médiane, plus élevée à la partie inférieure qu'à la partie supérieure, les formes semilunaire et en fer à cheval seront réalisées par la prédominance de cette membrane à la partie inférieure, la forme annulaire par l’accentuation de la hauteur de la membrane à la partie supérieure. Il existe d’ailleurs de nombreuses formes de transition.
L'ordre que nous suivrons dans l’énumération de ces quatre formes normales de l’hymen ne tient pas seulement aux raisons que nous en donnions plus haut, il tient compte aussi de leur fréquence relative dans les observations qu'il nous a été donné d'étudier. Sur
(1) Tourpes, — Article « Viol » du Dictionnaire Encyclopédique.
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