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CHAPITRE V

Mode d'examen de l'hymen

L'expert doit éviter de méconnaître un hymen peu visible par sa surface restreinte ou encore des débris hyménaux qu’une mauvaise position donnée à la femme laissera dissimulés au fond de plis à l'entrée du vagin. IL devra procéder avec méthode, aussi avons-nous cru bon de rappeler les règles que nous avons suivies en vue de l'examen de l’hymen. Leur observation stricte nous permettra d'éviter autant que possible ces causes d'erreur.

En règle générale, ne pas faire d'examen en l’absence de témoins; ce seront de préférence, s'il s'agit d’une jeuve fillette, le père ou la mère de l'enfant. Le médecin se mettra ainsi à l’abri de graves ennuis ; il n'aura pas à craindre les mensonges débités par une enfant vicieuse ou une jeune fille névropathe. On cite, en effet, des exemples de médecins qui ont vu leur carrière brisée pour ne pas avoir observé ces précautions élémentaires. La présence des parents sera ulile aussi s’il faut examiner une enfant peureuse ou têtue; mieux que personne, ilssauront

la convaincre de l’innocuité de l'examen, la contraindre au calme. Si la petite fille est indocile, si elle résiste énergiquement et refuse de se laisser examiner, mieux vaut remettre à une autre fois l'examen, et BROUARDEL dit très justement: « Évitez l’écueil qui consisterait à dire que vous avez vu la membrane hymen alors que vous n'avez fait que l’apercevoir (1)». On ne pratiquera pas non plus l'examen au cours d’une période menstruelle.

L'expert aura à sa disposition des compresses pour essuyer la vulve, des baguettes de verre à bout arrondi stérilisées, de la vaseline, deux spéculums (petit et grand modèles), une loupe.

La table d'examen placée devant la fenêtre et bien orientée vers la lumière, on demande à la femme d'y monter, on lui place les talons dans les étriers affectés à cet usage, puis on la découvre. Les cuisses sont écartées au maximum, les jambes étant fléchies sur elles, un aide maintient dans cette position les genoux de la femme. Attirer à soi le plus possible vers le bord de la table le siège de la femme qu’on engage ensuite à rester tranquille, le dos et la tête reposant bien à plat. Il ne reste plus qu’à pratiquer l'examen, pour cela, l’expert s’assied sur un tabouret bas, les yeux à hauteur de la vulve de la femme.

Chez les enfants jeunes et grasses, l'hymen est profondément situé dans le canal vulvo-vaginal; dans la suite,

(1) BrouarpeL. — Les allenlals aux mœurs, 1909, page 75.

TM. Re

il se rapproche de l'entrée du vagin, de sorte que chez la femme adulte, il se place immédiatement derrière les petites lèvres. Souvent alors, dans la position donnée à Ja femme, la vulve apparaît entrebâillée et, sans autres manœuvres, surtout chez les filles adultes, on peut apercevoir lhymen. Mais chez les petites filles, il reste le plus souvent caché: un aide écartant alors latéralement les petites lèvres sans brusquerie ni trop de force, l’hymen est mis à jour. Dans une intéressante communication faite au Congrès de Médecine légale de 1924, M. E. MARTIN recommande, pour bien mettre l’hymen en évidence, la traction sur les petites lèvres: il saisit les nymphes entre les doigts de chaque main, exerçant sur elles une traction en dehors et en avant. Une telle manœuvre est douloureuse et nous paraît devoir être difficilement admise par la patiente, surtout s’il s’agit d’une enfant qui criera, se débattra et ne permettra pas de poursuivre l’examen dans de bonnes conditions. Cette technique peut avoir l'inconvénient plus grave de déformer ia membrane, pouvant en imposer à l’expert pour une forme annulaire alors qu'il s’agit d’une forme labiée. Le but que doit poursuivre l’expert peut se résumer ainsi: déplisser, étaler, mais ne pas déformer. La technique que nous employons nous semble respecter ces indications ; l'expert plaçant le pouce et l'index de la main gauche au niveau de la base des petites lèvres les écarte en dehors par une pression modérée, en même temps il déprime au moyen de un ou plusieurs doigts de la main droite la commissure postérieure de la membrane ; la force est ainsi également répartie sur tout le pourtour de la membrane et ne risque pas de la défor-

mer artificiellement. Si l’hymen n’est pas nettement visible, VigerT recommande de déplacer brusquement le siège de l’enfant, de la faire tousser; la technique que nous venons de décrire rend inutiles ces artifices.

L'hymen ainsi découvert, il reste à étudier sa forme, son épaisseur, la largeur de l’orifice et surtout les particularités des bords. Pour ce faire, JAYLE recommande d'introduire l’index gauche dans l’orifice, de le courber en crochet et d'attirer ainsi la membrane vers soi et en bas; la tension ainsi obtenue permet de noter les irrégularités des bords. Cette manœuvre cache à la vue la partie postérieure de l’hymen, il ne faut pas omettre de l’explorer en étalant entre deux doigts la fosse naviculaire. Nous ne pratiquons généralement pas celte manœuvre qui est douloureuse et expose à la rupture en cas d'hymen très mince ; la pression excentrique également répartie sur tout le pourtour de la membrane nous permet d'obtenir dans d'aussi bonnes conditions le déplissement et l’étalement de la membrane.

On examinera soigneusement la fourchette, susceptible de fournir des indications intéressantes. Il est des hymens peu élevés dont les bords sont peu apparents, on arrivera néanmoins à les étudier par l’artifice suivant : introduire dans l’orilice une sonde de femme dans laquelle on fait passer un peu d’eau, ramener ensuite à soi l'instrument de façon à déplisser successivement les diverses parties de la membrane(BrouarDeL). Le même auteur à aussi préconisé l'emploi d’un petit appareil constitué par un tuyau rigide portant à une extrémité une petite ampoule de caoutchouc souple; cette extrémité introduite dans l'orifice vaginal, souffler par l’em-

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bout libre de manière à gonfler modérément le ballonnet, ramener ensuite à soi l'appareil : l’'ampoule gonflée refoule devant elle la membrane hymen, dont les bords deviennent ainsi nettement visibles. Cette technique, un peu compliquée, peut donner de bons résultats ; dans la pratique, elle ne sera guère employée : le caoutchouc s’altère rapidement, se dessèche et il faut procéder fréquemment à son renouvellement ; au moment de l’examen, le ballonnet éclate parfois.

Les bords hyménaux présentent-ils des encoches, on notera leur nombre, leur siège, leur direction, leur profondeur ; vont-elles jusqu à l'insertion vaginale, intéressant même le vagin? Si elles siègent en arrière, intéressent-elles la fosse naviculaire, la fourchette? Ces encoches ont-elles des bords arrondis, sont-elles symétriques, ou, au contraire, ont-elles des bords anguleux, en ligne brisée ? A la loupe, on cherchera la présence de üissu cicatriciel blanchâtre à l’origine de ces encoches. On regardera si les irrégularités des bords des lambeaux s’engrènent les uns dans les autres. Si ces encoches sont assez profondes pour donner des lambeaux distincts, ces lambeaux sont-ils sur le même plan, leur ensemble permet-il de reconstituer la forme primitive de la membrane ? Ou, au contraire, sont-ils sur des plans différents, leurs pieds sont-ils écartés les uns des autres au niveau de leur insertion vaginale ? Cette étude des rapports que présentent entre eux les lambeaux hyménaux nous donne des renseignements intéressants pour le diagnostic des encoches traumatiques et des encoches congénitales. Un artifice facilite cette recherche : au moyen d’une baguette de verre, récliner vers soi les

divers lambeaux dont la base d'insertion sur le vagin est ainsi mise à jour, puis récliner en sens inverse comme si on voulait coapter ces lambeaux de manière à rendre à l'hymen sa forme primitive; c’est là l'épreuve de la reconstitution de lhymen, conseillée par le Professeur P. Parisor, c’est la plus commode pour voir si les lambeaux ont la même longueur, si leurs extrémités distales arrivent au même niveau, reconstituant à l’hymen un orifice régulier.

Si l’orifice hyménal est assez large pour permettre d’apercevoir les parois vaginales avec leurs plis, leurs colonnes antérieure et postérieure, on cherchera à voir quel rapport les encoches affectent avec ces inégalités de surface de la muqueuse vaginale.

Ces encoches présentent-elles des bords cruentés ou au contraire sont-elles tapissées par une muqueuse normale? C'est là un point important à établir, puisqu'il fait le diagnostic de défloration récente ou ancienne.

On passera ensuite à l’examen dela largeur de l’orifice en tenant compte de la dilatabilité variable de la membrane hyménale. On l’appréciera grossièrement par l'introduction d’un corps dur cylindrique (baguette de verre, sonde de femme, pulpe du petit doigt, index, plusieurs doigts, petit et grand spéculums) admis sans douleur ni hémorragie, puis on en mesurera le diamètre. Dans le cas d'hymen lâche, non défloré, on procédera à cette épreuve avec prudence, pour ne pas risquer une défloration, toujours regrettable en pareil cas. Cette dernière recherche est très importante, puisqu'elle permettra d'admettre ou de rejeter la possibilité d’un rapport sexuel, que l’hymen soit rompu ou non.

Nous rappelons simplement pour mémoire les autres investigations auxquelles doit procéder l’expert commis dans une affaire d’attentats aux mœurs : recherche d’un écoulement uréthral ou vaginal, recherche des ganglions inguinaux, examen de la région anale, recherche des traces de violences au niveau des parties sexuelles ou sur le reste du corps.

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