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CHAPITRE VII

La Défloration

C’est l’ensemble des lésions produites par l’introduction d’un corps dur et résistant dans l’orifice hyménal. En somme elle met fin à l’état de virginité.

Nous avons cru devoir définir ce qu'est la virginité anatomique avant de passer à l'étude de la défloration qui la fait disparaître. La virginité est en somme l'état matériel de la femme qui n’a jamais eu de rapports sexuels complets avec l’homme et n’a pas été victime de lésions traumatiques au niveau des parties sexuelles. La présence de sang sur les linges de la jeune mariée fut longtemps considérée comme la preuve certaine de sa virginité, témoin l’aphorisme latin : Prima venus debet esse cruenta. Chez les Hébreux, l'exposition des linges souillés de sang était une des cérémonies terminales du mariage. Cette habitude s’est conservée de nos jours dans certains pays, et, dans nos campagnes même, il n’est pas rare de voir la mère de la jeune épousée ap-

peler discrètement ses voisines le lendemain du mariage pour leur montrer avec fierté les draps révélateurs (Morace). Mais que le mari vienne à réaliser un rapport facile ne s’accompagnant ni de douleur ni d’hémorragie, il en arrive souvent à douter de la virginité de son épouse, dont la vertu peut cependant être intacte. Un tel absolutisme doit être combattu énergiquement, car il expose à des erreurs regrettables. La connaissance des formes anormales de l’hymen, que nous étudierons plus loin, montre qu’il existe des hymens naturellement dilatables ou à large orifice, qui admettent sans se rompre les premières approches masculines, et, par suite, sans perte de sang; la démonstration en est fournie d'autre part par les nombreuses observations d’hymens intacts constatés au moment de l'accouchement. On comprendra facilement qu'une femme ait pu avoir des rapports avec un individu à verge peu volumineuse, un jeune garçon par exemple, sans que son hymen se déchire ; qu’elle vienne à avoir ensuite un rapport avec un adulte vigoureux, celui-ci, déterminant de la douleur et une perte de sang, sera persuadé avoir la primeur d’une virginité depuis longtemps envolée.

Les lésions de la défloration sont très souvent localisées sur l’hymen et peuvent être décomposées en plusieurs éléments que nous étudierons séparément : déchirure de la membrane, hémorragie, douleur. Nous rechercherons ensuite ce que devient l'hymen après la défloration, au cours des diverses étapes de la vie génitale de la femme, et nous terminerons ce chapitre important en passant en revue les causes de rupture de l’hymen autres que le coït.

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1° Gomment se rompt l’hymen lors de la défloration ? — De prime abord, cette question semble ne présenter qu'un minime intérêt; elle mérite pourtant d’être approfondie et son étude est susceptible de nous donner des indications précieuses pour le diagnostic de la défloration ; « si les encoches se trouvent aux points où la membrane devait se rompre à l’occasion de la défloration, elles doivent être réputées traumatiques; si elles occupent d’autres points, on doit plutôt les regarder comme congénitales » (Nina Ropriques) [1].

Certains auteurs ont cherché dans la forme géométrique de l’hymen l'explication du siège et de l'aspect des lambeaux ; sur ce point, TOURDES, TARDIEU, MASCHKA, Zuxo sont loin d’être d'accord. Francisco FLoràs fait entrer en ligne de compte des formules mathématiques et des principes de mécanique; il prétend déduire les lésions produites par l'application de la puissance représentée par le pénis, de la forme de l’hymen; pour lui, la forme labiée serait la plus résistante,ce qui ne semble guère conforme à la réalité. De telles données sont évidemment trop abstraites et nous ne pouvons les admettre. Si TARDIEU pense aussi que la forme de l’hymen entre pour une part importante dans la façon dont il se rompt, du moins ajoute-t-il : « Il y a, à l’égard du siège de la déchirure, de nombreuses différences qui tiennent à l'étendue de la membrane, à sa forme, à sa résistance. » (2)

(1) Nina Roprieues. — Loco cilalo, page 508.

(2) TarDreu.— Elude médico-légale sur les allentats aux mœurs, 1878,

page 51,

A notre avis, la forme de l’hymen entre pour une bien faible part dans la façon dont il se rompt au moment de la défloration. Notre meilleur argument réside dans la grande diversité d'opinions des auteurs auxquels a suffi cette manière de voir : Tourpes et BROUARDEL arrivent à des conclusions diamétralement opposées à celles de FLorès. Nous nous rallierons à l’opinion de Nina Ro- DRIGUES qui est plus éclectique : pour lui, la façon dont se rompt l’hymen dépend non seulement de sa forme, mais aussi de sa structure, de son épaisseur, des dimensions de l’orifice hyménal et encore du volume de la verge, des conditions du coït déflorateur. Cette complexité des éléments entrant en ligne de compte ne permet pas évidemment de poser des règles absolues ou même approximatives à ce sujet.

Un point mérite d’être éclairei, qui nous servira plus loin quand nous étudierons le diagnostic différentiel entre les encoches traumatiques et les encoches congénitales : les rapports des scissures de défloration avec les replis de la muqueuse vaginale se prolongeant sur la face postérieure de l’hymen. HOFFMANN avait entrevu l'intérêt de la question, mais ne semble pas l’avoir approfondie à ce point de vue de diagnostic différentiel. Il dit en effet, page 64: « Les parties les plus résistantes de l’hymen sont celles qui présentent un épaississement de la substance et trouvent en même temps une espèce de soutien dans les replis du vagin qui se continuent sur sa face postérieure. » Mais plus loin, page 66, il ajoute : « Nous recommandons particulièrement, autant que la chose sera possible, d'examiner la face postérieure de l'hymen, parce que, dans la division congénitale de la

membrane, les lambeaux séparés paraissent être, comme nous l'avons déjà dit, la continuation des plis de la muqueuse du vagin» (1).Iln’'en estpas moins vraique,comme l'a bien fait ressortir le Professeur P. ParisoT, « quand l'hymen éclate, la scissure qui se produit passe entre deux plis du vagin lorsque l’hymen est doublé par les plis de Ia muqueuse vaginale, ou bien les scissures, notamment dans les formes semi-lunaires et annulaires, se font à droite et à gauche de la colonne postérieure du vagin qui sert de soutien à la partie postérieure de la membrane hyménale » (P. Parisor) [2]. On peut, d’ailleurs, s’en rendre compte par une expérience très grossière : en faisant éclater un hymen en papier doublé d'une manière inégale par du papier plus fort, ou du papier ondulé, on constate que c’est dans le fond des ondulations que se produit la scissure.

9° L’Hémorragie après la défloration. — Elle est une conséquence immédiate des lésions hyménales, et, par suite, elle s’observe presque constamment. C’est du moins ce qui résulte de l’interrogatoire de la fille : très souvent elle a constaté que son linge était souillé de sang après l'attentat. Mais il faut se garder de généraliser, un hymen lâche, élastique, à large orifice, pourra admettre sans se rompre les premières approches. |

L'abondance de cet écoulement sanguin est variable et dépend de plusieurs causes : tout d’abord les dimensions de la verge et l'énergie de l'acte sexuel amèneront

(1) Horrmanx. — Nouveaux Éléments de Médecine légale, pages 64-66. (>) Pierre Parisor et M. Lucrex. — Formes rares et anormales de l‘hymen. Annales de médecine légale, mai 1924, page 235.

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