CHAPITRE IX
Formes anormales de l’hymen
Nous mettrons à part dès le début la forme évidemment anormale, mais rare, de l’hymen en cloison complète, membrane pleine obstruant l’orifice vaginal, empêchant l’écoulement des règles et la copulation. Cette forme, à vrai dire pathologique de l’hymen, n’est guère intéressante que pour le chirurgien qui pourra guérir par la simple incision cette anomalie reconnue seulement au moment de la puberté.
Au point de vue médico-légal, il est logique de considérer comme anormales les formes de l’hymen d’une interprétation plus difficile et susceptibles d’induire en erreur le médecin légiste. Ce seront donc d’une part des hymens qui, par leur persistance, pourraient nous faire croire à une virginité qui n'existe plus (hymens lâches, élastiques, dilatables, à large orifice, hymen en pont très résistant), d'autre part des hymens dont une disposition congénitale particulière pourrait nous faire admettre à tort une défloration.
Nous adopterons la classification suivante, qui est celle préconisée par les Professeurs P. PARISOT et
2 ADI eu
LuGrEN dans leur rapport au Congrès de 1924 : 1° hymens infranchissables ; 2 hymens dilatables; 3° hymens à lambeaux ; 4° hymens à structure anormale, en particulier au point de vue de leur vascularisation.
1° Hymens infranchissables. —— Sous cette rubrique, nous avons fait rentrer les diverses variétés d’hymens biperforés ou en pont, d’hymens annulaires avec un seul pertuis étroit ou des pertuis multiples; il arrive fréquemment en effet qu’à ces variétés morphologiques corresponde une structure musculaire, tendineuse, cartilagineuse même, qui en rend très difficile la rupture par le membre viril. Le coït a pu avoir lieu, mais sans intromission dans le vagin: la verge est restée en deçà de l’hymen, refoulant simplement la membrane, il n’y a pas eu défloration ; la grossesse peut néanmoins résulter de ces rapports incomplets, comme nous le verrons plus loin. Il nous a semblé inutile de décrire ici les formes infranchissables à un ou plusieurs petits pertuis dont nous relatons des observations démonstratives dans le chapitre suivant; nous insisterons surtout sur les hymens en pont et ‘es formes qui s’en rapprochent.
L'hymen en pont est une forme évidemment rare, mais la plupart des auteurs en ont cité des exemples, en particulier ViBerT, MAscHKA, DEMANGE, DELENS, P. PA- RISOT, Nina RODRIGUES et d’autres encore, C’est un hymen à deux orifices séparés par une bride ou pont. Cette bride peut être orientée diversement, dans le sens vertical le plus souvent (hymen en pont vertical), dans
le sens horizontal (hymen en pont transversal), dans une direction oblique (hymen en pont oblique). Les ori-
fices-situés de part et d'autre de cette bride SM parfois d'inégale grandeur. « Ce pont est irrégulièrement prismatique ou cylindrique, en forme de ruban, avec des proéminences plus ou moins marquées; il peut être plus ou moins gros, très fin ou très épais, parfois même filiforme (DazLa Vorra) [1] ». Le pont a souvent une consistance plus grande que le reste de la membrane et on comprend qu'il puisse parfois résister au‘traumatisme sexuel. E. DEMANGE cite un cas d’hymen en pont transversal constaté par son père, Ch. DEMANGE, au moment de l'accouchement, la bride était résistante au point qu’elle s'opposait au passage du fœtus. NiNa Ro- DRIGUES à publié une observation d’'hymen double avec défloration unilatérale : la bandelette antéro-postérieure avait résisté au coït, c'était une bride épaisseet charnue contrastant avec les parties latérales de l’hymen. Mais il est des cas où le pont présente une structure moins résistante et cède lors d’un rapport sexuel. Le Professeur P.Parisor en a cité un exemple :« La bandelette antéropostérieure est nettement divisée vers son milieu, les deux extrémités flottantes peuvent être exactement affrontées et, par leur parfaite continuité, montrent que ce sont bien les débris d’une même bandelette. Elles ont chacune la même surface de section, la déchirure est manifeste (2) >». Ce n’est pas là l’hymen en cœur double réalisé par atrophie congénitale d’un hymen en pont, ce dernier présentant des débris de bandelette atrophiés, distants l’un de l’autre. Ces caractères bien
(x) Darca Vorra. — Les lois de variations de l'hymen. 1923, page 7. (2) Pierre Parisot: — Études de Médecine légale. 1904, page 57.
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nets seront la base du diagnostic différentiel entre l’hymen en pont défloré et l’hymen en pont avec atrophie congénitale de la bandelette. Si celte atrophie congénitale porte sur une des deux bandelettes seulement, la forme dite en cœur de carte à jouer est réalisée : c’est l'hymen à appendice rudimentaire de NiNaA Ropri- GUES.
Le Professeur Bo&pan, de Jassy, a observé un cas curieux de défloration d’hymen biperforé; l'hymen se présentait sous forme de deux replis membraneux latéraux séparés par une scissure irrégulière oblique ; chacun de ces replis présentait un orifice, l’un situé en haut et à gauche, l’autre en bas et à droite; il s’agissait là en somme d’un hymen biperforé qui, par l’action d’un traumatisme sexuel, s'était déchiré dans la portion membraneuse intermédiaire aux deux orifices.
2 Hymens dilatables. — Ce sont des membranes très lâches, très élastiques, très amples par rapport à l'orifice du vagin; il y a, peut-on dire, excès d’étoffe se traduisant par le plissement de la membrane : c’est l’hymen plicaturé dont on a décrit les diverses variétés sous les noms d’hymens en bourse (provenant de la forme annulaire), d'hymens en prépuce, d'hymens en cul de poule (provenant de la forme labiée), d’hymen en carène (provenant de la forme semi-lunaire). Si la membrane est très ample, elle est par contre peu résistante, néanmoins, elle admet sans difficulté et souvent sans rupture le membre viril qui ne fait que la déplisser et pénètre sans douleur ni hémorragie. Le Professeur P. PaRiISOT en a rapproché les hymens annulaires en
bourrelet, en liseré, à très large orifice, également dilatables : eux aussi admettent facilement et sans rupture le membre viril en érection.
Macris, d'Athènes, a publié deux statistiques d’hymens dilatables ayant permis sans se déchirer des rapports sexuels. Dans la première, sur 55 cas, il relate 22 hymens dilatables, soit un pourcentage de 40 pour cent ; dans le seconde, pour 556 cas, il constate 188 hymens dilatables, soit 28 pour cent, répondant aux formes suivantes: 61 labiés, 58 annulaires, 20 plissés, 7 en bandelette et enfin 12 hymens d’un type anormal non décrits. Il faut en retenir la fréquence insoupçonnée de cette anomalie bien faite pour rendre l'expert prudent dans ses conclusions. |
3° Hymens à lambeaux. — C’est là une classe importante que doit bien connaître l'expert, puisqu'elle l’expose à conclure à une défloration ancienne qui n'existe pas. Elle comprend les hymens à lambeaux multiples, congénitaux, dits lobés, multilobés, et, quand ces lambeaux s’imbriquent les uns sur les autres à la manière des pétales d’une fleur, corolliformes. Pour éviter toute confusion dans la terminologie des hymens, nous réserverons ce mot corolliforme à cette dernière variété seulement, contrairement à BROUARDEL qui désigne sous ce nom des hymens plicaturés.
Nous tenons à mentionner les anomalies de structure et particulièrement de vascularisation de certains hymens : les uns se déchirent sans donner lieu au moindre écoulement sanguin (hymens en pelure d’oignon), les autres donnent lieu, par leur rupture, à une abondante
hémorragie pouvant mettre la femme en danger. Signalons encore l’abondance des pertes sanguines dans la défloration de l’hymen en pont: la bandelette est souvent parcourue par d'importants vaisseaux et, dans un cas rapporté par DEemanGe, la bride serrée entre les doigts permettait de sentir des battements vasculaires assez intenses.
Dorax a signalé le premier, croyons-nous, des cas d'hymen double ou multiple, constitués par un ou plusieurs replis accessoires situés au-dessus ou au-dessous de l’hymen vrai. PERRANDO leur donne le nom de pseudohymens et en distingue deux catégories: les uns situés au-dessus de l’hymen seraient dus à la soudure complète ou non des petites lèvres; les autres, au-dessous de l’hymen, doivent être considérés comme un allongement membraneux des plisnormaux de la muqueuse vaginale. Ces formations, intéressantes au point de vue morphologique, ne le sont guère au, point de vue purement médico-légal.