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CHAPITRE X

Persistance de l’hymen chez la femme enceinte ou violée

Nous avons placé ce chapitre immédiatement après celui consacré aux formes anormales de l’'hymen. L'étude que nous venons d’en faire permet seule de comprendre ce fait paradoxal : l'existence d’une grossesse chez une femme vierge. On retrouve dans la littérature médicale de nombreux exemples d’hymens intacts constatés au moment de l’accouchement, et ces observations battent sérieusement en brèche l'opinion encore ancrée dans l'esprit de certains médecins, que l'intégrité de l’hymen est un signe certain de la virginité. Dans le cas qui nous occupe, l’hymen a subi sans se rompre des rapports sexuels uniques ou répétés, complets ou incomplets, ayant permis la fécondation de la femme; ces faits s'expliquent par un caractère anormal de la membrane.

Desrarac (1890) et KaxowY (1899), dans leurs thèses, ont rassemblé diverses observations de médecins anciens ou contemporains; nous n'en retiendrons que quelques-unes, caractéristiques : é

ur

SMELLIE (1754) cite le cas d’une « membrane forte et calleuse, percée de petites ouvertures suffisantes seulement pour laisser couler les évacuations menstruelles » (hymen criblé ou cribriformis). BarBaur (1770) en rapporte un autre : « L’orifice du vagin était situé près du méat urinaire, se faisant apercevoir par un cercle rougeâtre, cet orifice ne pouvait admettre que l’entrée d’un gros tuyau de plame. >» BourGE£oïse cite le cas d’un hymen intact, épais, avec un seul pertuis étroit au point qu'il ne put y introduire qu'une aiguille à tricoter très fine. GapuroN (1826), FoucHer (1851), GoperroY (1870), GUÉNIOT (1878) relatent des cas semblables. Ce que ces observations présentent de particulier, c'est que presque toujours il s’agit d'hymens infranchissables ne permettant pas l’intromission de la verge dans le vagin, seul le coït vestibulaire a été possible, suffisant néanmoins à féconder Ja femme. Si on ne relate qu'exceptionnellement des cas d'hymens dilatables intacts au moment de l'accouchement, c'est que, comme le fait remarquer le Professeur P. PARISOT, ces hymens ne sont visibles que sous.forme de bourrelels très peu saillants passant facilement inaperçus et ne nécessitant pas, en tous cas, une intervention chirurgicale pour faciliter l'expulsion du fœtus. RozE (1885) a, pourtant cité le cas d’un hymen membraneux large de 1 em. C’est probablement ainsi qu'il faut interpréter la diversité de fréquence avec laquelle on note cette persistance de lhymen au moment de l'accouchement. Alors que Bupix, dans l’espace de 3 mois, avait noté 13 fois la présence de l'hymen chez 75 primipares, M. le Professeur FRüHINSHOLZ, à la Maternité de Nancy, pour un total de 20.000 accouche-

as d'RNÉ

ments, n'a relevé que 2 cas de persistance de l'hymen, dont l’un (bymen membraneux avec orifice punctiforme) a nécessité l’incision au moment de l'accouchement.

CAsPER a vu l’hymen, épais et charnu, rester intact après le viol. DELENS cite, dans un cas de viol avéré, un hymen épais de 1 mm., percé d’un seul pertuis de { mm. TayLor relate des observations où des hymens semilunaires, à orifice ovalaire, élaient restés intacts malgré le viol. Il s’agit là, comme dans ces cas de persistance de l'hymen au moment de l'accouchement, d’hymens infranchissables par leur consistance particulière ou par l’étroitesse de l’orifice. Mais il est une autre classe, plus importante, de membranes persistant malgré le viol, celle des hymens dilatables que nous avons décrits avec les formes anormales.

Ces faits de persistance de l’hymen chez la femme enceinte ou violée montrent l'insuffisance manifeste de la formule trop longtemps admise : hymen intact est synonyme de virginité. Ils montrent « qu'il peut y avoir rapport sexuel consenti ou non, soit sans pénétration dans le vagin avec grossesse consécutive, soit avec intromission dans le vagin sans déchirure de l’hymen grâce à son extrême élasticité » (P. PaRisoT) [1].

Quelles conclusions doit en tirer l'expert ? C’est qu’en agissant à la légère, en se basant sur un seul examen, il pourra déclarer vierge telle fille en puissance de grossesse. Une erreur aussi grossière ne lui serait pas pardonnée ; aussi, dans le cas de doute, devra-t-il réser-

(x) P. Parisor et M. Lucien. — Loc. cit., page 238.

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ver ses conclusions et déclarer nécessaires des examens multiples à des dates éloignées : s’il voit par la suite se développer une grossesse, il se félicitera d’avoir su se montrer prudent et réservé.

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