‹ L'Hymen dans les Expertises Médico-LégalesChapitre 5 sur 31 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La question de l’hymen a été étudiée de tous temps par les médecins légistes, sans qu'ils soient jamais arrivés à des conclusions définitives. La raison en est due à la très grande variabilité de la membrane d’un sujet à l’autre et aux difficultés de l'examen.

Préparateur dans le service de M. le Professeur Pierre PARiISOT, nous avons eu l’occasion d’assister à plusieurs expertises pour attentats aux mœurs. Voyant l'intérêt que nous portions à cette tâche délicate du médecinexpert, notre Maître nous proposa comme sujet de thèse une mise au point de la question. Sur ces entrefaites, survint le Congrès de Médecine légale de 1924, où MM. les Professeurs Pierre PARISOT et LUCIEN firent sur les formes rares et anormales de l’hymen une communication très documentée qui nous a aidé dans notre travail.

Nous n'avons pas la prétention d’avoir trouvé une solution définitive à cette question si complexe de l'hymen. Nous nous sommes efforcé surtout d'y apporter un peu de lumière et nous nous croirons suffisamment récompensé de notre travail s'il sert à faciliter la tâche de l'expert.

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e CHAPITRE PREMIER

Importance de l'Etude de l’hymen en médecine légale

La connaissance des formes de l’hymen, de ses différentes variétés morphologiques, de ses anomalies, des modifications que subit cette membrane aux diverses phases de la vie génitale de la femme (défloration et accouchement surtout), est indispensable au médecin légiste.

La procédure criminelle lai demandera en effet, en cas d’attentat aux mœurs, s’il y a lieu de retenir l’accusation de viol ou seulement d’attentat à la pudeur. C’est que le Code pénal ne prévoit pas les mêmes peines pour ces deux crimes ; l’article 331 dit en substance: «l’attentat à la pudeur sera puni de la réclusion », et l'article 332: «le viol sera puni des travaux forcés à temps». La tâche de l’expert serait facile si le législateur avait donné en même temps des définitions des mots viol et attentat à la pudeur, il s’en est bien gardé, prévoyant sans doute les difficultés de la tâche. L’expert ne pourra évidemment poser des conclusions que s’il a adopté des définitions nettes, Mais ce n’est pas encore suffisant, par une

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connaissance approfondie de la question, il devra savoir interpréter l'aspect de la membrane; partant de cet examen, il pourra seulement alors, par une critique judicieuse, se faire une opinion qu'il sougnettra à la Justice. C’est avec une extrême prudence qu'il posera ses conclusions, car dans cet examen les causes d'erreur sont nombreuses; il ne se laissera toutefois influencer par aucune déposition, par aucun certificat, même médical.

Dans les affaires d’avortement, la Justice demande souvent à l'expert de vérifier la réalité de l'accusation. Si l'interrogatoire bien conduit donne de précieuses indications, l'examen des parties génitales de l’accusée est au moins aussi important. Nous n’avons pas à énumérer les divers signes de l'accouchement ancien et, si nous en faisons mention ici, c’est pour rappeler que l'examen de l’hymen peut donner des indications intéressantes. S'il s’agit, en effet, d’une primipare accusée d'avoir fait disparaître une grossesse avancée, la présence d'un hymen réduit à des caroncules myrtiformes sera une indication précieuse qui, se joignant aux autres signes Caractéristiques, fera admettre à l'expert la possibilité de l'avortement, La constatation d’un hymen moyennement déchiré ne suffira pas pour rejeter cette possibilité : nous verrons plus loin qu'il est des hymens diltatables très distensibles qui, après un accouchement, ne présentent pas de lésions plus accentuées qu'après une défloration.

Si, en Justice civile, l'expert est commis moins souvent pour l'examen des parties génitales d’une femme et de l’hymen en particulier, du moins l’occasion peutelle s’en présenter. L'article 231 du Code civil établit

que les époux peuvent réciproquement demander le divorce, pour excès, sévices ou injures graves. Nous voulons moutrer par quelques exemples quel rapport cette procédure peut présenter avec l'étude médicolégale de l’hymen :

Un homme épouse une jeune fille qu'il abandonne le jour même du mariage, c'est là une injure grave; l'épouse délaissée demande le divorce allécuant qu’elle est toujours vierge et l'expert est commis pour vérifier cette asserlion.

Une jeune femme n’a pas trouvé dans le mariage la réalisation des chimères qu'elle s'était forgées, elle accepte trop facilement les conseils d'amis ou de parents intéressés à la rupture et demande le divorce en alléguant l'impuissance ou le mépris du mari qui aurait respecté sa virginité. L'expert est commis et fait souvent tomber la fable si minutieusement échafaudée. Trouve-til au contraire un hymen intact, il doit être circonspect et réserver ses conclusions pour ne pas se voir infliger le démenti d’une grossesse en évolution, il doit déclarer nécessaires des examens successifs, à des dates éloignées, pour laisser à une grossesse possible le temps de se manifester.

L'époux peut alléguer comme injure grave le fait que sa femme avait déjà perdu sa virginité au moment du mariage, un expert est commis qui trouve un hymen déchiré avec les caractères d’une défloration ancienne, et le mari obtient le divorce. Mais il peut se trouver en présence d’un hymen lâche et intact : cette intégrité de la membrane n’est pas suffisante pour garantir la virginité de la femme, mais c’est un devoir pour l'expert de

révéler la constitution particulière qui a permis au mari un premier rapport facile sans hémorragie. Tel est un cas rapporté par Bupix, il cherche à consoler le mari en lui expliquant combien peu fondés pouvaient être ses soupçons; rien n'y fit, le mari divorça.

L'union contractée par le mariage est, au point de vue religieux, indissoluble ; mais il arrive fréquemment qu'à la suite du divorce certaines personnes, voulant contracter une nouvelle union, demandent à l'Eglise l'annulation du mariage. Pour qu'un second mariage soit béni, il faut que le premier soit annulé, soit par la mort d’un des deux conjoints, soit par suite d’une dée1sion d'un tribunal religieux, le tribunal de l’officialité, Ce tribunal commet un expert qui, après avoir prêté serment sur l'Evangile, procède à l'examen respectif des deux époux, rédige un rapport qui est soumis au tribunal de l’officialité. Le dossier complet est envoyé à Rome où une commission, après examen des pièces, déclare le mariage consommatum où non consommatum, en se basant sans doute pour cela sur l’état des parties génitales de la femme.

Nous pensons qu'il est inutile, avec de tels exemples, d'insister plus longuement sur l'intérêt que présente l'étude de l'hymen, aussi bien pour le médeein expert que pour le médecin praticien. Malheureusement, l’examen de l'hymen et les conséquences qui en découlent sont soumis à de nombreuses causes d'erreur, nous nous sommes atlaché daus ce travail à les faire ressortir et indiquer les moyens permettant de les éviter autant que possible.

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