‹ L'hyperchlorurie: et ses relations avec les poussées évolutives de la tuberculose pulmonaireChapitre 6 sur 20 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Il serait injuste. de ma part de ne pas inscrire tout au début de ma thèse inaugurale le nom de M. le Professeur Micheleau, et cela non pas en une dédicace banale : je lui dois trop pour cela. En regardant en arrière, en effet, c'est avec émotion que je le trouve parmi mes premiers souvenirs d'enfant, dans des circonstances trop douloureuses pour que ‘je puisse les avoir oubliées ; plus tard, j'ai eu en Jui l’ami dont la bienveillante affection ne s’est jamais départie ; enfin, lorsqu’après la grande guerre, j'arrivais un peu dépaysé à Bordeaux, c’est encore lui qui a guidé mes premiers pas à la Faculté et à l'Hôpital, m’accueillant à son foyer et dans ses deux salles 19 et 21, m’entourant partout de la même paternelle sollicitude. Aussi, c’est avec une joie bien égoïste que je l’ai vu quitter de son plein gré la Chaire importante où l’avait appelé la confiance de ses collègues ‘d’Alger ; j’ai pu ainsi profiter au cours de ma dernière année d’études de ses excellents enseignements, au lit du malade et à la Faculté. Si ce travail présente quelque mérite, c’est à M. Micheleau que doit en revenir la meilleure part ; je resterai toujours son élève fidèle et affectueux.

Puis, reprenant la tradition, il m’est doux et agréable

de laisser parler mon cœur et d'exprimer les sentiments de reconnaissance dont il est rempli envers tous ceux qui, depuis mon premier maître d’école, ont contribué à faire mon éducation intellectuelle. Pour n’envisager que mon instruction médicale, je reconnais tout d’abord la dette contractée en des jours sombres envers les Docteurs Priolo et Bardon, de Brive, et mes anciens chefs de service du 7° régiment d’Infanterie : les Docteurs Azéma et Delon, de Toulouse. ;

M. le Professeur agrégé Duvergey m'a enseigné les premiers principes de chirurgie et, retrouvant en moi un compatriote, a bien voulu m’honorer de son amitié. MM. les Professeurs Princeteau, à l'Hôpital Militaire, Denucé, Chavannaz et Bégouin, ont complété son œuvre : je les remercie bien vivement.

L'art des accouchements m'a été dévoilé par MM. les Professeurs agrégés Faugère et Péry, — les spécialités, par les savants à la réputation mondiale que sont les Professeurs Moure et Lagrange ; à tous va ma gratitude pour leurs bonnes leçons.

C’est auprès de Maîtres tels que : MM. les Professeurs Arnozan, Moussous, Dupérié, Mauriac, Creyx, que j'ai pu acquérir de solides notions médicales ; le temps passé près d’eux aura été bien employé. Que tous les autres de qui j'ai recueilli la bonne parole, soit à leurs cours ou conférences, soit dans leurs services d'Hôpital, soit à leurs consultations diverses, reçoivent mes sincères remerciements.

Enfin, j'aurai garde d’oublier de rendre hommage à M. le Professeur Cassaët, le Maître aimé de tous, le clinicien au diagnostic si sûr. J’aimais à profiter de son enseignement si vivant et si fécond et j'espère encore, mieux

que par le passé, tirer parti de ses leçons. La preuve d’intérêt qu’il me donne aujourd’hui en me faisant le très grand honneur d’accepter la présidence ide cectte thèse, lui donne un droit de plus à ma reconnaissance : qu’il veuille bien trouver ici, l'expression profonde et sincère de cette reconnaissance.

INTRODUCTION ET: HISIORIQUE

Dans la tuberculose, comme dans les maladies infectieuses, tout n’est pas question de microbe et de virulence ;il est aussi question de terrain et, depuis longtemps, on a étudié les réactions physico-chimiques de organisme tuberculeux. La déminéralisation, qui est parmi ces réactions une des plus caractéristiques, a d’abord été constatée, en 1843, par Caventou qui a eu le grand mérite d’entreprendre, le premier, la répugnante besogne de l’examen des crachats de tuberculeux et d’avoir indiqué la déminéralisation qui se produit chez ces malades.

Treize ans plus tard, Amédée Latour, s'inspirant d’une part de ses remarques sur la mortalité chez les singes du Jardin des Plantes et chez les singes des saltimbanques, d'autre part des travaux de Hérard, Cornil et Hanot, eut quelques bons résultats en traitant ses tuberculeux par l’ingestion de lait de chèvre elle-même hyperminéralisée. De même le Professeur Potain, prescrivait divers chlorures : sodium, potassium, ammonium.

En 1876, Daremberg, étudiant après Caventou les crachats des tuberculeux, signala comme lui la déminéralisation, par cette voie d’excrétion. Cette même année, Teissier, dans une thèse remarquable sur le diabète phos-

he

phatique, montra, dans la phosphaturie, une nouvelle voie de déminéralisation ; on ne fit rien de mieux depuis ce travail et la question de la phosphaturie, sur laquelle revinrent Ranty, Ronsin et Bory, était parfaitement connue à la fin du siècle dernier.

Le Professeur A. Robin, et d’autres auteurs après lui depuis 1894, ont eu en vue seulement le coefficient total de déminéralisation par la voie urinaire et ils ont fait de l'augmentation de ce coefficient une des caractéristiques du terrain tuberculeux,

Jusqu'à la fin du siècle dernier tous les auteurs ont donc paru attribuer la déminéralisation de l’organisme tuberculeux à une élimination exagérée de phosphates. Quelques-uns ont bien signalé l’hyperchlorurie, mais sans y attacher une grande importance. C’est ainsi qu'Heller, Redtenbacher en 1851, Beale ensuite, remarquèrent la diminution des chlorures dans l'urine des pneumoniques. D’autres chercheurs la signalèrent dans d’autres maladies et il est adinis que cette hypochlorurie est en relation avec la gravité de l'infection. L’élimination des chlorures serait proportionnelle au degré de perméabilité du rein pour les produits toxiques, et cette idée est confirmée par ce fait que la diminution des chlorures aux cours des maladies infectieuses comporte un pronostic d'autant plus sombre que l'urine contient de l’urobiline. (Mehu).

Les choses se passent-elles de même dans la tuberculose ? À côté de Hébert, Maignan, Nicolas qui concluent à l’hypochlorurie dans les tuberculoses fermées, d’autres opinions se sont fait jour. Burot, dans sa Communication à l'Association française pour l’Avancement des Sciences en 1883, a constaté souvent dans les cas de tuberculose à marche lente, la présence de dix-sept à dix-huit grammes de chlorure de sodium par litre d’urine, — quantité plus

forte à n’en pas douter que celle de chlorure de sodium ingéré,

La même année Ronsin, plus tard Stokvis, Guerder, Gautrelet, Daremberg, Audiganne, ont soutenu que pendant toute la durée de l’évolution tuberculeuse, les chlorures de l’urine sont, en général, au-dessus de la normale.

Mais tous ces travaux sur la déminéralisation de l’organisme tuberculeux par l'intermédiaire des chlorures ne reposaient pas sur des recherches assez complètes. C’est alors que notre maître Micheleau publia, en 1889, dans sa thèse inaugurale, les résultats de longues recherches et vint enfin mettre au net une question jusqu'alors peu con-

nue, à peine mentionnée. Ses conclusions, — basées sur plus de 125 observations, — montrent l’existence de l’hy-

perchlorurie «dans toutes les affections tuberculeuses ; au cours de la tuberculose pulmonaire, on peut la constater à toutes les périodes de la maladie ; elle paraît exister avec la même fréquence et au même degré dans toutes.» Revenant à diverses reprises sur le sujet de sa thèse, M. Micheleau, — dans la Revue de Médecine, dans les Archives de Médecine, à la Société de Médecine et de Chirurgie de Bordeaux, dans ses Eléments de Pathologie générale, — contrôla ses premiers résultats, les interpréta et montra l'importance du dosage des chlorures urinaires dans le pronostic des affections tuberculeuses.

Malheureusement, les faits signalés par M. Micheleau furent laissés, à Bordeaux tout au moins, dans le silence... À Paris et à Lyon, il n’en fut pas de même : Piéry et Nicolas, Piéry et Etienney, Pierret, mais surtout Claret et de Serbonnes, vinrent apporter leur contribution à l’œuvre dont Micheleau fut, sans conteste, l’Animateur. Claret, dans une intéressante thèse sur le Métabolisme des Chlorures chez les Tuberculeux (1908), précédée l’année aupa-

ETt ee ;

ravant d’une Communication à la Société de Biologie, .confirma les dires de son devancier par une technique plus précise, mettant en lumière l’hypochloruration de l'organisme par l'épreuve de la déchloruration et par l'épreuve de la chlorurie fractionnée, Brunel de Serbonnes, dans une série de communications à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris, (en collaboration avec M. le Professeur Bezançon), puis dans sa thèse inaugurale, en 1910, a étudié longuement les poussées évolutives de la tuberculose pulmonaire chronique. Il a abouti à des résultats analogues à ceux de Claret en ce qui concerne les décharges chlorurées prolongées qui suivent les poussées de tuberculose. Par contre, il n’a pas constaté, comme Claret, des phases de rétention transitaire qui se produiraient au moment même de ces poussées.

Sur les conseils de M. Micheleau, il nous a paru utile d'approfondir ce côté de la question, de vérifier si la déminéralisation de l’organisme tuberculeux, quant aux chlorures, existe au cours même des poussées évolutives de la maladie ou seulement à la fin de ces poussées, comme le pense Claret, — déminéralisation, se traduisant alors « par de grosses débàcles prolongées chroniques pourraiton dire, et qui succèdent à tout épisode aigu de la maladie.»

On conçoit évidemment que cette constatation, jointe bien entendu à la symptomatologie habituelle de la tuberculose, puisse offrir un certain intérêt au praticien dans le pronostic de l’évolution d’une poussée aiguë et dans la conduite à tenir à ce moment.

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