APPLICATION DE L’AIR CHAUD DANS LES AFFECTIONS VASCULAIRES
prendre les précautions les plus minutieuses pour ne produire aucune brûlure des tissus, puisque la circulation est déjà très précaire. Le danger est d’autant plus grand que, d’habitude, la sensibilité de la peau est extrêmement diminuée dans ces maladies. J’ai toujours commencé avec une chaleur peu intense et je n’ai jamais dépassé 90 degrés. La température était abaissée dès que le malade ressentait la plus petite incommodité. On ne doit employer dans ces cas le traitement par l’air chaud, que si l’on peut le surveiller soi-même ou si l’on dispose d’un personnel de toute confiance. Du reste, les malades trouvent loientôt euxmêmes le degré de chaleur qu’ils peuvent supporter ; on peut ainsi leur confier la continuation du traitement. Il ne faut jamais négliger dans ces cas de se rendre compte de la sensibilité de la peau. Si la diminution de cette sensibilité est assez accentuée, il faut commencer prudemment par de très courtes séances de dix minutes, en augmentant ensuite peu à peu jusqu’à une heure.
En traitant ces affections vasculaires graves, on fait l’expérience singulière, qu’en dépit du ralentissement très considérable de la circulation, l’air chaud produit une forte hyperémie artérielle, comme on peut le constater par la sécrétion sudorale et la coloration de la peau.
Je crois que dans ces affections l’hyperémie agit de deux manières différentes. La rapidité du courant sanguin dissout probablement les proliférations pathologiques de la tunique interne des vaisseaux et amène leur résorption ; ensuite, les vaisseaux sont stimulés d’une manière remarquable, par la forte irritation résultant de la grande chaleur.
En tout cas, il me semble que l’air chaud est un des moyens les plus favorables pour faire contracter les vaisseaux altérés et paresseux; c’est une espèce de gymnastique des vaisseaux. Il ne faut pas entendre par là seulement les artères et les veines. Je crois avoir démontré à plusieurs reprises dans mon travail sur le développement de la circulation collatérale, que les capillaires jouent un rôle prédominant dans l’hyperémie qui se produit par la dilatation des vaisseaux.
Je suis convaincu que les affections des capillaires sont beaucoup plus fréquentes et jouent un beaucoup plus grand rôle qu'on ne le pense. Nous connaissons des affections endothéliales dans le cœur, les artères et les veines. Or, l’endothélium vasculaire forme un revêtement unique, continu, qui tapisse tous les
CAKTIE SPÈCIALE
vaisseaux et qui atteint le maximum de son développement dans les capillaires. Et c’est seulement dans les capillaires que se fait sentir l’action du sang, à proprement parler, ce qui fait que leur endothélium est mis à contribution plus que nulle part ailleurs ; aussi, la plus simple logique fait-elle admettre que cette partie du conduit endothélial doit aussi être attaquée par la maladie. Je pourrais m’appuyer sur des observations qui montreraient que de telles altérations existent très vraisemblablement, mais je laisse ce point de coté pour ne pas sortir de notre sujet.
J'ai d’ailleurs traité par la stase hyperémique un malade atteint de gangrène déjà avancée et deux malades atteints de gangrène diabétique. Un de ces derniers souffrait d’un phlegmon à tendance envahissante, provenant d’une nécrose des gaines tendineuses et des os du pied ; il mourut dans le coma diabétique avant qu’on pût se prononcer sur l’effet du procédé. Les deux autres cas eurent une issue favorable. La gangrène peu considérable, qui frappa une fois le petit orteil et une autre fois la peau du talon, se délimita rapidement. Je n’ai pas constaté d’accident avec ce procédé. Gomme je l'ai fait observer page 363, Colley a signalé le danger de l’application de la bande élastique chez les diabétiques. En tous cas, les plus grandes précautions sont nécessaires si l'on veut appliquer la bande élastique dans ces cas-là ; il ne faut la placer que pendant une heure, en changeant souvent la région d’application.
Frommer1 a communiqué des résultats très importants obtenus par l’hyperémie par stase dans quatre cas de gangrène sénile.
11 observa que très rapidement les douleurs disparaissent avec ce traitement, la mobilité des membres revient, les ulcérations se détergent et les parties nécrosées s’éliminent.
1 Frommer, Ueber die Bier’sche Stauung mit besonderer Berücksichtigung der postoperativen Behandlung und der Altersgangrän. Wiener klinische Wochenschr., 1906, n° 8,