ET CELLES D’AUTRES MÉDECINS DANS LES SUPPURATIONS AIGUËS
Au moment de l’apparition de la précédente édition de ce livre, il n’existait aucune publication d’observations analogues à celles qui avaient été faites dans notre clinique. En dehors de nous, Sick était le seul qui eut alors fait des communications à la Société médicale de Hambourg ; elles avaient ét é relatées brièvement dans la Münchener med. Wochenschrift.
Depuis lors, un grand nombre d’autres médecins2 ont expé-
1 Voir p. 82 et 83.
2 1. Arnsperger, Erfahrungen mit Bier’scher Stauung bei akuten Eiterungen. Münch, med. W., 1905, n° 51.
2. v. Brunn, Ueber die Stauungsbehandlung bei akuten Entzündungen nach den bisherigen Erfahrungen der v. Bruns’schen Klinik. Beiträge zur klinischen Chirurgie, t. xlv, p. 845.
3. Danielssen, Ueber die Bedeutung der Bier’schen Slauungsbehandlung akuter Entzündungen für die chirurgische Poliklinik und den praktischen Arzt. Münch, med. W., 1905, n° 48.
rimenté nos procédés, en dehors des spécialistes dont nous avons déjà mentionné les publications en lieu et place, ou que nous citerons plus tard.
En résumé, ils sont arrivés aux mêmes résultats que nous. Ils estiment tout d’abord, que le procédé donne les meilleurs résultats dans les phlegmons des gaines. Toutes les communications concordent pour dire que le traitement permet de conserver presque tous les tendons dont les gaines sont envahies par la suppuration et, ce qui est plus important, de rétablir leur fonctionnement.
Quelques médecins se demandent si les anciens procédés ne leur auraient pas permis d’obtenir des résultats aussi bons, ou même meilleurs, dans les phlegmons déjà suppurés des gaines tendineuses. Je leur ferai, à mon tour, cette question : Avezvous jamais vu, dans un cas de phlegmon datant déjà de plusieurs jours, qu’un tendon plongé dans du pus ait conservé sa vitalité et sa capacité fonctionnelle?
Quant à moi, je ne l’ai jamais vu dans des phlegmons aussi avancés ; je l’ai observé parfois dans des phlegmons au début, surtout lorsque les malades étaient des médecins qui s’étaient fait opérer à temps et avaient pratiqué ensuite, avec une grande énergie, des exercices pour mobiliser les tendons adhérents.
4. Derlin, Beitrag zur Behandlung akuter Eiterungen mit Bier’scher Stauungshyperämie. Münch, med. W., 1905. n° 29.
5. Habs, Erfahrungen mit Bier’scher Stauungshyperämie bei akuten Eiterungen. Wiener klinische Rundschau, 1905. n° 46.
6. van Lier, Behandling van akute Ontstekeningen. Nederlandsch Tijdschrift voor Geneeshunde, 1905, 2e part., n° 24.
7. Lossen, Bier’sche Stauungshyperämie bei Sehnenscheidenpliegmonen. Münch, med. W., 1905, n° 39, p. 1878.
8. Ranzi. Ueber die Behandlung akuter Eiterungen mit Stauungshyperämie. Wiener hl. W., 1906, n° 4.
9. Hempel, Die Bier’sche Stauungshyperämie und ihre Anwendungsweise bei akuten Eiterungsprozessen. Deutsche med. W., 1905, p. 1858.
10. Stich, Zur Behandlung akuter Entzündungen mittels Stauungshyperämie. Berliner hl. W., 1905, nos 49 et 50.
11. Volk. Zur Therapie der entzündlichen Leistendrüsen. Wiener med. Presse, 1905, p. 2322.
12. Gutii, Die Behandlung entzündlicher Erkrankungen mit Saugapparaten in der Praxis. Prager med. W., 1906, t. xxxi, n° 3.
13. Colley, Beobachtungen und Betrachtungen über die Behandlung akut eitriger Prozesse mit Bier’scher Stauungshyperämie. Münchner med. W., 1906, n° 6.
14. Herhold, Anwendung der Stauungshyperämie bei akut eitrigen Prozessen im Garnisonlazarett Altona. Münch med. W., 1906, nn 6.
15. Frommer, Ueber die Bier’sche Stauung mit besonderer Berücksichtigung der postoperativen Behandlung und der Altersgangrän. Wiener klinische W., 1906, n° 8.
D’autres médecins m’ont demandé si la conservation des tendons menacés n’était pas due à l’abandon du tamponnement plutôt qu’à l’hyperémie par stase. Une longue expérience me permet de répondre négativement à cette question. J’ai remplacé autrefois, pendant longtemps, la grande incision qui intéressait toute la gaine infectée, par plusieurs petites incisions pratiquées sur la face latérale des doigts. Je ne tamponnais pas, mais je pJaçais ici et là, et en aussi grand nombre que possible, de petites mèches de gaze et je donnais chaque jour un bain prolongé. Malgré cela, j’ai eu régulièrement des nécroses tendineuses dans les cas de phlegmons vraiment déclarés, tandis que j’ai conservé au moins la moitié des tendons avec l’hyperémie par stase.
On a aussi des nécroses tendineuses lorsqu’on traite ces phlegmons par des procédés utilisant la chaleur qui sont habituellement employés dans le public comme, du reste, lorsqu’on les traite en pratiquant une petite incision insuffisante ou lorsqu’on les laisse s’ouvrir spontanément. Ils guérissent toutefois aussi bien, ou encore mieux, de cette manière que si le chirurgien les « guérit » en pratiquant une grande incision et en employant tous les antiphlogistiques possibles. Mais c’est aussi à la suite de ces traitements qu’on retire des fistules, comme des vers, les tendons mortifiés. L’hyperémie produite par la chaleur, comme je l’ai déjà exposé plusieurs fois, n’est pas la forme d'hyperémie qui convient aux inflammations aiguës au début et ne peut pas être comparée, même de loin, avec l’hyperémie naturelle, c’està-dire l'hyperémie par stase.
Habs a communiqué quatre cas de suppurations graves de l’articulation du genou (dont trois traumatiques), traités par la stase hyperémique, qui ont tous été guéris avec un rétablissement fonctionnel parfait. On peut les ajouter aux cas de suppurations graves des grandes articulations que j'ai déjà décrits, car ils ont la même valeur démonstrative.
Les résultats obtenus dans l’ostéomyélite aiguë par les auteurs des communications, ont été très variables, exactement comme les nôtres. Il est évident que, dans cette affection, les résultats dépendent de la plus ou moins grande virulence de l’agent infectieux mais, avant tout, du traitement précoce.
Quant au traitement avec les ventouses, les médecins qui l’ont employé dans les suppurations aiguës ont obtenu des résultats absolument analogues aux nôtres,
J’affirmais que l’hyperémie apaise la douleur inflammatoire et ne la provoque nullement, comme on le prétend en général ; cette assertion se vérifie constamment. On a confirmé de même, de plusieurs côtés, qu’une hyperémie par stase employée correctement est loin d’avoir un effet défavorable sur la nutrition, mais qu’elle l’améliore au contraire.
On a beaucoup discuté, sans jamais arriver à une conclusion, pour savoir si l’inflammation était un processus utile ou nuisible1. Je pense avoir résolu cette question par un procédé expérimental, avant tout simple et pratique. C’est, en fin de compte, la chose principale. C’est pourquoi je considère comme mesquin de se demander et de discuter longuement s’il aurait été préférable de traiter telle ou telle affection inflammatoire par la stase hyperémique ou par l’ancien traitement. Là, n’est pas du tout le point essentiel de l’affaire, mais il s’agit de savoir si le principe est juste.
Il va sans dire que le traitement par l’hyperémie, qui peut s’appliquer à un si grand nombre d’affections, ne peut pas donner partout les mêmes résultats rapides et brillants, d’autant plus que, jusqu’à présent, j’ai été presque seul, avec mes élèves, à l’expérimenter. Un individu seul et une école isolée s’épuisent bientôt et restent au même point. Pour aller de l’avant et progresser, il faut les expériences et la collaboration de plusieurs. En précisant les indications, on pourra réaliser des progrès, de même qu’en perfectionnant la technique. Il est très possible qu’on trouve d’autres procédés plus simples et plus pratiques que la bande élastique et l’appareil d’aspiration pour renforcer l’effet de l’hyperémie dans les inflammations.
1 II y a à peine six mois que l’on commence à apprécier l’efficacité de l’hyperémie par stase, Or, depuis ce moment, toute une série de gens avisés déclarent qu’au fond ils ont toujours su que l’inflammation est un processus utile, et pourtant il se sont tenus coi pendant que je prêchais dans le désert. J’ai reçu des missives, abondant dans ce sens, de médecins de tout acabit, d’allopathes, d’homœopathes, d’adeptes de la médecine naturelle. Ce n’est évidemment pas une nouveauté! Des discussions interminables ont en lieu sur ce sujet comme au sujet de la fièvre. Il est pourtant évident que des médecins et des laïques doués d’une certaine perspicacité ont dû diriger leur attention sur un phénomène aussi élémentaire que l’inflammation, et qu’ils l’ont scrutée à fond. Ces discussions sont vieilles comme le monde. Quelle différence essentielle y a-t-il, entre l’homme primitif, qui croit se débarrasser par l’inflammation ou la fièvre de l’esprit malin dont il se croit possédé, et nous qui luttons avec les mêmes procédés contre les microbes, les poisons et autres principes délétères? Tour à tour, d’après les opinions médicales régnantes, on a considéré le même processus comme favorable ou comme nuisible. Il est évidemment bien plus facile de soulever des discussions et des controverses que de résoudre un problème,