‹ L'hyperémie et son action thérapeutiqueChapitre 86 sur 111 · PARTIE SPÉCIALE · texte numérisé non relu

PARTIE SPÉCIALE

nique assez grave. Dans la première édition de cet ouvrage, j’ai relaté un cas unique de guérison complète. Je me vois obligé de reconnaître que cette affirmation était prématurée : renseignements pris, j’apprends que, s’il est vrai que la malade se considère comme tout à fait guérie, son médecin ne la considère pas comme complètement guérie au point de vue anatomique ; mais il reconnaît qu’elle est absolument délivrée de toute incommodité provenant de cette affection. La dame dont il s’agit souffrait d’un rhumatisme chronique grave ; grâce à un traitement hyperémiant prolongé pendant des années, elle a retrouvé l’usage complet de ses membres. Ainsi, tandis qu’elle se traînait péniblement appuyée sur deux cannes, elle peut, maintenant, grimper à la montagne sans difficulté. J’ai eu, récemment, des renseignements sur deux cas analogues, avec le même résultat, après un traitement suivi pendant plusieurs années. Dans ces trois cas, nous avions affaire à des formes graves, chez des individus jeunes, de 20 à 30 ans et c’est, avant tout, fhyperémie par stase qui nous a donné ces bons résultats.

bien qu’au total les résultats apparaissent fort médiocres, je n’en considère pas moins le traitement hyperémiant comme la meilleure méthode de traitement pour le rhumatisme chronique ; on peut, tout au moins, obtenir régulièrement une notable amélioration du mal et, surtout, une atténuation des symptômes subjectifs. Cela est si vrai que j'ai vu, bien souvent, des malades qui cessaient le traitement parce qu’ils le trouvaient trop ennuyeux, être obligés d’y revenir plus tard, parce qu’ils avaient acquis la conviction que les autres méthodes de traitement leur servaient encore beaucoup moins.

Arthrite déformante

Je n’ai trouvé nulle part, dans la littérature, un critère qui permette de distinguer absolument l’arthrite chronique déformante du rhumatisme chronique ; et ce n’est pas ici le lieu de chercher à débrouiller cette question obscure. Je dois dire que, dans bien des cas, je renonce à trancher la question; j’ajouterai que j’ai rarement l’occasion de voir des cas indubitables d’arthrite déformante. Je crois avoir obtenu, chez ces malades, des résultats analogues à ceux que m’a donné le traitement hyperémiant du rhumatisme chronique.

Mais on a prétendu, d’autre part, que l'arthrite déformante

TRAITEMENT DES RAIDEURS ARTICULAIRES CHRONIQUES

se prête beaucoup moins, que le rhumatisme chronique, au traitement par l'air chaud ou par la stase (Habs, Bum, Laqueur, dans leurs travaux cités plus hauts).

Haideurs articulaires traumatiques

Nous avons traité surtout par l’air chaud les raideurs articulaires traumatiques, et nous avons obtenu avec ce traitement, des résultats bien meilleurs que dans les affections que nous venons de citer. La technique est exactement la même que celle que je viens de décrire pour le rhumatisme articulaire chronique ; toutefois, comme il s’agit, la plupart du temps, de personnes ordinairement vigoureuses et souffrant d’une seule articulation. on peut commencer habituellement par une séance d’une heure par jour. L'amélioration subjective qui se manifeste aussitôt est, la plupart du temps, très frappante. Les malades déclarent que leurs douleurs disparaissent rapidement et que la mobilité articulaire augmente considérablement.

On peut aussi employer avantageusement la bande élastique pour le traitement des raideurs articulaires traumatiques. J’avais déjà obtenu, autrefois, de bons résultats en traitant ces affections avec les appareils d’aspiration. Mon ancien assistant, le D1 Blecher1, médecin-major, institua pour les raideurs articulaires traumatiques, le traitement que j’employais alors pour les rhumatismes. Quant au traitement des raideurs articulaires par la bande élastique, la technique est exactement la même que celle indiquée pour les rhumatismes chroniques des articulations.

Sudeck2 a confirmé dernièrement ces observations de Blecher. Il est d’avis que les raideurs articulaires proviennent de l’atrophie osseuse qu’il a constatée après les inflammations et les traumatismes et il croit que l’hyperémie par stase agit en excitant les néo-formations osseuses.

Cette opinion est très exclusive, car si les os s'atrophient après ces affections, ils ne sont pas seuls altérés, et les parties molles sont aussi atrophiées. Or, j’ai déjà mentionné plusieurs fois que le traitement hyperémiant produit une diminution de l’atrophie des parties molles. Il est donc absolument arbitraire

1 Blecher, Ueber den Einfluss der künstlichen Blutstauung auf Gelenksteifigkeiten nach Trauma und längerer Immobilisation. Deutsche Zeitschrift für Chirurgie, t. lx.

ÉARTTE SPÉCIALE

de considérer l’atrophie osseuse comme la cause unique ou principale des raideurs et d’en conclure que c’est la disparition de cette atrophie qui produirait leur diminution. J'ai vu en effet des raideurs très accentuées s’améliorer sous l’influence du traitement hyperémiant. Dans ces cas-là, la radiographie ne montrait pas d’atrophie, mais bien de l’hypertrophie osseuse. Cette amélioration se produisait aussi bien quand ces raideurs étaient dues uniquement à l’inflammation des parties molles, comme dans les cicatrices tendineuses et cutanées, consécutives aux panaris. Comme je l’ai mentionné, j’ai aussi vu disparaître avec l’hyperémie par stase des nodosités tendineuses, suites d'inflammations blennorrhagiques.

Je persiste donc à attribuer également une grande importance à l’effet résolutif de l hyperémie, effet que nous avons pu observer directement à diverses reprises. Je n’ai jamais douté de l’existence d’autres influences adjuvantes. Ainsi, comme je l’ai déjà dit plusieurs fois, je crois que l’imbibition séreuse et le gonflement des parties molles rétractées jouent aussi un rôle, et que l’on doit tenir compte principalement du grand effet calmant dû à l’hyperémie. Si ce n’était pas le cas, il serait incompréhensible que des articulations déjà enraidies puissent devenir beaucoup plus mobiles après avoir été hyperémiées pendant une heure. Je ne conteste pas que la nutrition passive de l’os ne puisse pas elle-même jouer aussi un rôle, mais, de toutes les influences qui entrent en jeu, c’est bien celle-là qui est le moins prouvée. Il n’est pas plus surprenant de voir disparaître rapidement l’atrophie après la disparition de la cause de la maladie, que de la voir se développer avec une incroyable rapidité après l'apparition de cette maladie. Nous n’en connaissons la raison ni dans un cas ni dans l’autre.

Les appareils d’aspiration orthopédiques qui ont été décrits dans la partie générale, sont particulièrement efficaces contre les raideurs articulaires traumatiques ; je signale spécialement l'appareil pour les raideurs des doigts et du poignet, dont la perfection technique est la plus grande. L’appareil peut être employé très énergiquement dans ces affections et il nous a donné d’excellents résultats. Son fonctionnement a été décrit minutieusement dans la partie générale.

Du reste, notre traitement est très efficace non seulement dans les raideurs, mais dans toutes sortes d’états consécutifs aux

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blessures articulaires. J’entends par là, les diverses lésions si fréquentes qui persistent après les blessures des articulations, particulièrement du genou, par exemple l’arthrite crépitante qui est si commune. Je dois dire que je n’ai pas guéri cette dernière, mais je l’ai tellement améliorée dans un grand nombre de cas, que les douleurs avaient presque complètement disparu ou. tout au moins, avaient beaucoup diminué d’intensité. Je traite l’arthrite crépitante d’abord par l’air chaud et, ensuite, par l’appareil d’aspiration hyperémiant. Le traitement avec la bande élastique ne m’a pas donné de résultats appréciables ; du reste, pour des raisons que je ne connais pas bien, l'articulation du genou se prête beaucoup moins que les autres au traitement par la stase hyperémique.

J’ai encore à mentionner brièvement la gêne du fonctionnement qui persiste fréquemment après les traumatismes, particulièrement au genou, et qui ne correspond à aucun symptôme objectif sauf, peut-être, à une légère atrophie. On a l’habitude, dans ces cas-là, de refuser l'indemnité réclamée par l’ouvrier pour les suites de l'accident. S’il s’agit d’individus qui n’ont, aucun intérêt à simuler ou à exagérer leurs douleurs, on s’en tire avec le diagnostic d’incertitude de névrose, de lésion des ménisques ou quelque chose d’approchant. J’ai justement eu l’occasion de voir dernièrement, surtout chez des officiers, des agriculteurs et des sportsmen, un grand nombre de cas analogues et je n’ose pas donner un diagnostic de l’affection dont il s’agit réellement. On peut heureusement, la plupart du temps, même sans diagnostic, traiter ces cas avec de très bons résultats par les procédés hyperémiants, surtout avec l’air chaud et par l’exercice progressif de l’articulation malade. J’attache une grande importance à cet exercice, car je suis d’avis que chez des individus qui courent d’un médecin à l’autre, la maladie est souvent entretenue par le traitement. On leur recommande partout le repos et le ménagement, le lit, les bandages immobilisants, la compression ou les bandes élastiques, quelquefois même des opérations. On augmente ainsi leur faiblesse et on leur enlève toute confiance dans leurs membres.

On emploie le traitement hyperémiant, pour les raideurs des parties molles, avec le même succès que pour les raideurs articulaires, quand il ne s’agit pas, bien entendu, d’anciennes cicatrices indurées.

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