PARTIE SPÉCIALE
tour. à tour les articulations déjà soumises au traitement et, le jour suivant, l’épaule et la hanche. Quant à la colonne vertébrale, le mieux sera de la traiter par l’ime des douches à air chaud dont nous avons déjà parlé.
Il ne faut pas méconnaître que ce traitement de parties très volumineuses, durant deux heures par jour, est très difficile à supporter et il faut que les rhumatisants soient doués d’un tempérament très robuste pour le subir à la longue. Dans ces derniers temps, j’ai vu plusieurs individus qui avaient été fort éprouvés par un traitement aussi énergique et qui étaient devenus nerveux. Aussi sera-t-il préférable, dans la règle, de s’en tenir à traiter, chaque jour, un petit nombre d’articulations et de passer de l’une à l’autre, à moins que l’on ne préfère s’adresser en même temps à d’autres moyens de produire l'hyperémie, qui n’agissent pas aussi violemment sur l’état général du malade. J’ai déjà souvent eu l’occasion de signaler ce mode de procéder.
S'il n’y a que peu d’articulations atteintes ou, ce qui se présente plus fréquemment, s’il n’y en a qu'un petit nombre qui soient atteintes au point de constituer une infirmité, tandis que les autres, pour ne pas être absolument saines, n’occasionnent pas de gêne au patient, j’ai l’habitude de traiter chaque jour une articulation, pendant une heure, dans les appareils à air chaud: mais là encore je me laisse diriger absolument par l’état du malade et son degré de résistance. S’il est très débile, je me contente d’une séance d’une demi-heure.
Lorsque le traitement par l’air chaud a duré pendant quelques semaines ou quelques mois sans interruption, je fais une pause d’une à quatre semaines. Pendant ce temps, l'on traite le malade par des compresses de Priessnitz, appliquées pendant la nuit ; ou bien l’on emploie des moyens hyperémiants plus actifs.
Je tiens encore à recommander ici aux médecins qui traitent le rhumatisme chronique, de ne pas oublier l’hyperémie par stase que j’emploie, contre cette maladie, depuis aussi longtemps que l'air chaud. Elle peut avoir des effets encore plus favorables que l'air chaud dans certaines circonstances ; c’est surtout le cas lors des poussées aiguës auxquelles les rhumatisants chroniques sont exposés; de même on s’en trouvera bien, très fréquemment dans le rhumatisme des petites jointures, principalement du coude, île la main et des doigts. Quant au genou, je n’ai pas eu
TRAITEMENT DES RAIDÈURS ARTICULAIRES CHRONIQUES
grand succès avec le traitement par la [stase hyperémique ; cet échec est dù probablement au fait que Ton a généralement de la peine, chez les rhumatisants, à produire l’hyperémie dans cette articulation. Dans les articulations du pied, les résultats sont par contre meilleurs.
On applique la bande élastique qui produit la stase pendant
10 à 22 heures par jour. Il est bon de faire disparaître l’œdème, une ou deux fois par jour, par le massage ou l’élévation du membre. Il n’est pas nécessaire ici d’un massage méthodique ; un simple effleurage suffit pourvu qu’il débarrasse de l’œdème. Je crois que cette pratique est nécessaire, parce que si l’hyperémie a une action résolutive sur les raideurs, elle ne favorise pas la résorption. A l’avant-bras et à la main, on peut recourir avec avantage, pour faire disparaître l’œdème, au massage au mercure de Hofmeister h II consiste à faire plonger la main et l’avantbras malades dans un cylindre de fer rempli de mercure ; le malade exécute ce mouvement suivant un rythme lent et pénètre profondément. Le mercure exerce une pression douce et puissante à la fois sur le membre et amène la rapide disparition de l’œdème. C’est là un procédé excellent et qui me parait mériter d’être employé beaucoup plus que ce n’est le cas. Je puis confirmer absolument les expériences favorables de Hofmeister. Du reste, je n’hésite pas un instant à compter ce procédé au nombre de ceux qui produisent une forte hyperémie. En effet, la suppression subite de l’œdème soulage les vaisseaux de la pression qu'il exerçait sur eux et ils se dilatent ; en outre — et cette action est la plus importante — il survient une ischémie passagère de l’extrémité du membre, à chaque immersion dans le mercure et par le fait de la pression considérable qu'il exerce sur elle. À cette ischémie succède chaque fois l’hyperémie réactive.
Pour que l’hyperémie par stase ait un effet utile contre le rhumatisme chronique, il faut que la stase soit assez forte pour qu’il se produise un œdème manifeste des membres : sans cela
11 n’y a rien de fait.
L’avantage de la stase hyperémique sur le traitement par l’air chaud consiste dans le fait qu’elle n’exerce aucune action sur l’état général du malade et ne le débilite en aucune façon. Il ne faut pas
1 Hofmeister, Ein neues Massageverfaliren. Beiträge zur klinischen Chirurgie, 1902, t. xxxvi, 2e livr.
s'attendre à voir un effet immédiat dans le rhumatisme chronique; l'effet de la stase ne se manifeste qu'au bout de quelques semaines. Au contraire, l'effet de l'air chaud est beaucoup plus frappant immédiatement, car il arrive souvent que, dès les premières séances, les malades reconnaissent que le membre est plus souple et moins douloureux. C’est pourtant la stase hyperémique, et ce n’est probablement pas l’effet du hasard, qui m’a donné justement les meilleurs résultats et les plus durables dans le rhumatisme chronique ; il va sans dire que j’appliquais ce traitement, avec beaucoup de persévérance, pendant des années, toujours avec des intervalles de repos.
En pratique, voici comment je procède généralement dans le rhumatisme grave polyarticulaire : je traite par l'air chaud les genoux, les hanches et les épaules : quant aux coudes, aux mains et articulations des doigts, souvent aussi des pieds, je les traite par la stase hyperémique en faisant, en même temps, des frictions qui chassent l’œdème. Ce traitement n'empêche pas le moins du monde de se servir des membres soumis à l hyperémie.
Pour se convaincre de l’amélioration survenue dans le fonctionnement des articulations soumises au traitement hyperémique, il faut naturellement avoir soin de faire disparaître complètement l'œdème. Car on ne peut pas s’attendre à trouver de la souplesse et de l'adresse dans des membres œdématiés.
Parfois, il y aura avantage à employer nos appareils d'aspiration dans le rhumatisme articulaire chronique; c’est surtout le cas quand on est en présence de raideurs très accentuées. Il faudra se garder de faire exécuter des mouvements avec violence et s’entourer de précautions, même avec les appareils d'aspiration qui agissent avec ménagements, car j’ai observé à diverses reprises que les articulations atteintes de rhumatisme chronique sont habituellement aggravées par les essais de mobilisation, quand on agit avec trop d’énergie.
Pour ma part, je me suis toujours abstenu de faire des extensions et flexions forcées en narcose ; mais j'ai pu observer des cas traités de cette manière par d’autres médecins avec un effet désastreux. J’insiste donc expressément pour qu’on procède à la mobilisation des articulations, dans le cas de rhumatisme chronique, avec infiniment de ménagement et très progressivement. D’un autre côté, je recommande très instamment de ne pas laisser longtemps ces articulations au repos. L'immobilité s’accompagne
Traitement des raideurs articulaires Chroniques
presque toujours d'une aggravation et les membres deviennent plus impotents. Je veille à ce que le rhumatisant continue à se servir de ses membres et, en particulier, à ce qu'il ne cesse pas de marcher. S'il est très raide, je fais tout mon possible pour le remettre sur pieds et je le fais marcher d’abord dans une cage roulante puis avec des béquilles.
Il y a deux ans, Neumann 1 a conseillé une pratique qui est en opposition avec celle que je viens de recommander. Dans le cas d'articulations tendant à l’ankylose, même quand il s’agit d’arthrite déformante, cet auteur conseille de faire des mouvements forcés, en narcose, et de soumettre immédiatement les articulations mobilisées à un traitement byperémique. Je ne crois pas me tromper en admettant que les cas que Neumann dénomme arthrites déformantes sont des affections que je range moi-même dans le cadre du rhumatisme articulaire chronique, et que nous nous sommes donc adressés tous deux à des raideurs articulaires identiques. Immédiatement après la mobilisation forcée, avant même que le malade soit réveillé de la narcose, Neumann fait des applications de fango sur les articulations intéressées, puis les enveloppe de compresses à l'alcool, renouvelées toutes les deux heures; dès l’après-midi du premier jour, on traite les articulations douloureuses et tuméfiées dans un appareil à air chaud. En outre, on fait exécuter, aussitôt que possible, des mouvements passifs. Neumann a relaté de très bons résultats obtenus par ce procédé. Je n'en ai aucune expérience personnelle.
Voici encore brièvement les résultats obtenus par le traitement hyperémique dans le rhumatisme articulaire chronique. Je ne puis malheureusement pas produire de statistique ; je dois me contenter de communiquer l’impression générale que me procurent mes observations. J’ai eu l'occasion de traiter un très grand nombre de malades de cette catégorie : j'ai, en effet, la réputation, je dirai presque pour mon malheur, d'être un spécialiste pour le traitement du rhumatisme chronique, et je reçois la visite d’une quantité de malades qui ont déjà expérimenté toutes les méthodes de traitement possibles sans succès. J’ai le regret de devoir avouer qu'en général, mes résultats ont été des plus médiocres. A proprement parler, je irai vu survenir une guérison approximative que dans trois cas de rhumatisme chro-
1 Neumann, Das « brisement forcé » und seine Nachbehandlung mit Thermotherapie. Aerziliche Mitteilungen aus und für Baden, lviiu année, n° 2, 1904.