CHAPITRE IV
Mode d'action de la Méthode
Nous avons vu en quoi consiste la méthode de Bier, nous avons montré que ses indications étaient préeises et sa technique bien établie: il n’en est pas de même de son mode d'action qui reste encore le point obscur et sur lequel on en est réduit aux hypothèses.
Les expériences ont pourtant été nombreuses, nombreuses aussi les théories émises pour tâcher de concilier la clinique avec l’expérimentation, mais toutes ces hypothèses si diverses ne font que souligner le désaccord qui existe en réalité entre la clinique et le laboratoire.
Il est donc impossible de trouver une explication qui puisse éclairer tous les phénomènes que l’on observe dans la pratique, aussi allons-nous nous borner à résumer sans les discuter les différentes théories émises sur le mode d'action de l'hyperémie.
Pour Büchner l’hyperémie par stase ne produit
pas seulement. une accumulation de sang, mais
encore un apport pius grand de leucocytes dans le foyer infectieux ; ces leucocytes par les alexines
qu ‘ils sécrètent détruisent les microbes pathogènes. Û
Il attribue la digestion et la Cd er des bactéries Yet d'autres substances organiques à des enzymes contenus dans le sang et surtout dans les Uoones à dégénérés.
Heller va plus loin. Pour lui la stase retient au voisinage des bactéries les produits de leurs échanges organiques, c’est-à-dire leurs.toxines, et ainsi elles sont en quelque sorte intoxiquées par elles-mêmes C’est ainsi que la tuberculose serait guérie par une action de la tuberculine.
De même que Heller, Cornet admet la rétention des toxines bactériennes, mais pour lui le processus curatif serait la formation par irritation d’un tissu conjonctif cicatriciel qui encapsulerait et rendrait inoffensif le foyer infectieux.
Hamburger émet une hypothèse toute différente. L'augmentation du pouvoir bactéricide du sérum serait due à l’accumulation d’acide carbonique dans le sang stagnant. Or l’acide carbonique possède en lui-même une propriété bactéricide, on trouve un exemple de ce fait dans la pratique. La tuberculose est rare en effet chez les chaufourniers qui respirent un air surchargé d’acide carbonique. Sous l’action de l’acide carbonique, les globules rouges se gonflent en extrayant de l’eau du sérum dont la densité augmente, en même temps que l’alcalinité ; augmen-
tation toute relative ilest vrai ; mais de plus sous . l'action de ce même acide carbonique, les alcalins sortent des globules et passent dans le sérum, dont les bases diffusibles sont mises en liberté par décomposition des albuminates. Or de nombreuses expé-
riences microbiologiques prouvent l'influence de
l’alcalinité sur le pouvoir bactéricide du sang, c’est ainsi que d’après Von Behring la réceptivité des rats pour le charbon dépend de l’alcalinité du sang, c’est ainsi aussi que la tuberculose serait fréquente dans les elasses pauvres qui se nourrissent de pommes de
- terre et de végétaux qui abaiïssent l’alcalinité du sang, tandis qu'elle le serait moins dans les classes
aisées en raison de l'alimentation carnée qui augmenterait cette alcalinité.
Tout récemment Baumgarten et Heyde ont pratiqué des expériences intéressantes pour se rendre compte de la façon dont agissait l’hyperémie. Pour eux ce serait le liquide transsudé qui serait le principe actif, bien que l’action de ce liquide soit moins énergique que celle du sérum. Ils invoquent aussi la dilution des toxines dans le liquide qui infiltre lé membre hyperémié tout en se demandant si l'effet favorable de cetie dilution n’est pas plus que contrebalancé par la mise en liberté des endoloxines provenant de la destruction, de la dissolution des agents pathogènes. Enfin à ce rôle favorable des tissus œdémateux au point de vue de la résorption, ils ajoutent encore les nouvelles conditions de circulation. La stase veineuse comporte une oxygénation insuffisante qui
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En
peut agir de de fagdnet sur les drabais aérobies | qui sont se dans leur développement par ce manque d'oxygène et sur les tissus mêmes qui sont modi-
fiés dans le sens d’un milieu de culture moins favo- e
rable à la pullulation des microbes. | ra Tout cela peut être exact et ses hypothèses ne. manquent pas d'originalité. Il est probable que cha-
cune d’elle contient sa part de vérilé, mais il est
encore une théorie très séduisante, bien qu’elle ne s'appuie sur aucune preuve scientifique. C’est celle qui consiste à faire de la stase veineuse un processus naturel analogue à ce qui se passe dans l'inflamma-
tion. Dans l’inflammation, en effet, la nature se défend
en ralentissant d’abord le cours du sang. Les globules blancs s’accolent aux parois et font bientôt issue au dehors des vaisseaux pour exercer sur les agents pathogènes leur action phagocytaire. Or, de là, on conclut facilement que si l’afflux leucocytaire est plus considérable la résorplion microbiénne sera plus grande, et que, sile phénomène est fréquemment répété, la destruction des microbes sera rapide. Toutes ces conditions sont réalisées dans l'hyperémie produite artificiellement par la bande élastique. Von Leyden et Lazarus ont montré que le nombre des leucocytes polynucléaires était plus que triplé dans la zone hyperémiée. On peut ainsi expliquer qu’une articulation infectée par du staphylocoque devienne stérile en quelques jours de traitement par la méthode. La destruction des microbes explique la rapide disparition des phénomènes inflammatoires
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résorption rapide de tous les exsudats. M. Delage- 220 nière fait intervenir alors comme complément à la : phagocytose un autre phénomène, la macrophagie. Pr Son action n’est pas douteuse et voici l'explication qui nous paraît la plus plausible. |
sa thèse sont des cellules lymphoconjonctives que Dominici a décrites dans les ganglions et dans d’autres tissus, On en trouve aussi dans la lymphe.
- Lorsque les polynucléaires ont commencé leur rôle phagocytaire et ont englobé pour les détruire les microbes de la région infectée, on voit apparaître des cellules blanches à noyau ovalaire, à protoplasma vacuolaire, qui englobent les microbes encore libres et avec eux les globules blancs qui ont succombé dans leur lutte contre l'infection. Ces grandes cellules sont les macrophages qui peuvent englober en outre les hématies extravasées et peut-être aussi les cellules frappées de mort autour de .la lésion. La | macrophagie se jaxtapose donc à la phagocytose et les deux phénomènes surajoutés rendent assez bien compte de ce qui se passe dans une région hype-
rémiée.
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} tels que la douleur, la fièvre et autres symptômes +4 généraux, mais elle rend moins bien compte de la
Les « macrophages » étudiés par Lacapère dans
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net CHAPITRE V
Valeur de la Méthode
Maintenant que nous connaissons dans tous ses détails la méthode de Bier, il nous reste à passer en revue ses avantages et à voir s'ils sont suffisants pour expliquer la faveur universelle qu’elle a acquise en si peu de temps :
< 1° Le premier de ces avantages et non le moindre, c'est la quantité des affections pour lesquelles la stase a été employée avec succès. Nous n’avons pu dans le cadre restreint de ce travail faire entrer que les principales de ces affections, mais on conviendra tout de même qu'il existe peu d'agents thérapeutiques , dont le ehamp d’action soit aussi étendu que celui de l'hyperémie. Mais ce n’est pas tout.
2° La méthode de Bier est efficace, nous n’en voulons pour preuve que les nombreuses observations publiées sur des cas aussi variés que possible el tous traités avec le même succès, guérison aussi complète et plus rapide que par les autres procédés de
traitement.
3 L' hyperémie € est un anal rétique puissant, après une heure de bande élastique quelquefois moins, on. peut voir les douleurs terribles de l’arthrite gonococ- W cique absolument jugulées, et quels avantages ne peut-on retirer de cette disparition précoce de la dou-
leur ? Nous citerons entre autres, la possibilité de mobiliser les articulations, au lieu de les laisser s’ankyloser par crainte de souffrances trop fortes pour le malade.
%e Le procédé est simple, avec un peu d’habitude les malades et leur entourage peuvent aussi bien l’employer que le médecin. Il est simple aussi bien dans sa technique que dans son instrumentation.
De plus les pansements sont en général inutiles d’où
un nouvel avantage l’économie ; que si par hasard il est nécessaire de protéger la région malade, ce sera avec un pansement aseptique qui sera toujours plus économique qu'un pansement antiseptique. Une surveillance tant soit peu attentive qui n’a pas besoin d’être exercée par le médecin, suffira pour empêcher la production d’accidents rares il est vrai, mais toujours à redouter quel que soit d’ailleurs le procédé de traitement employé :
5 La méthode de Bier est commode pour le malade. En effet, d’après le principe que nous avons énoncé dans le premier chapitre, la stase veineuse ne doit jamais être douloureuse. C’est là un point très appréciable pour le malade, un autre qui ne l’est pas moins c'est qu’elle supprime ou plutôt qu’elle réduit au minimun les opérations sanglantes toujours siredou-
» tées. Enfin, un autre av iage. qui a bien son importance, € est que par l’emploi de l'hyperémie on supprime les cicatrices déformantes longues à guérir et d’un effet si fâcheux. ue
6 La méthode de Bier est inoffensive, à condition toutefois d’être prudent et de ne pas appliquer la méthode à tort et à travers. À la vérité, on a signalé quelques accidents légers causés par la méthode : ; pour notre part nous n’en avons pas vu, sauf pourtant chez un malade, en traitement à l'hôpital pour
un phlegmon. C’était un jeunè homme à peau fine et Z eczémateuse et de plus en incubation de scarlatine. La bande appliquée sans doute un peu trop fortement amena l’apparition de phlyctènes remplis d’une sérosité sanguinolente.
On a accusé la stase de produire de l’atrophie, nous avons vu qu'on pouvait l'éviter en changeant fréquemment le lieu d'application de la bande. On a encore reproché à la stase de causer parfois des suppurations chaudes et de l’érysipèle dans les tuberculoses ouvertes. Cela provient, comme Bier l’a expliqué, de ce que dans ces cas-là on produit une hyperémie par stase trop forte et trop persistante qui devient la cause d'un œdème chronique, qui lui-même, favorise le développement des inflammations aiguës. On a cité aussi des cas de thrombose veineuse survenus après l'application de la bande: nous n’en avons jamais vu même chez les variqueux. Onse rappellera à ce propos, que lorsqu'on a des raisons de suspecter la bonne qualité des parois vasculaires on doit
radtire) à leur minimun de durée les séances de: bande. | 1e + l
On voit en somme par ce qui précède que les acci- Le dents décrits par quelques auteurs comme dus à la stase hyperémique sont le plus souvent dus à l’inexpérience de ceux qui appliquent la méthode.
Nous devons ajouter pour finir que là comme ailleurs les instruments, c'est-à-dire la bande où la ventouse peuvent se faire le véhicule de maladies contagieuses d’où la nécessité de veiller avec le plus grand soin possible à la stérilisation de ces instruments dès que l’on S’en sera servi.
7e La méthode de Bier peut être enfin très précieuse dans la chirurgie de guerre. Une fois le premier pansement fait, le blessé qui doit être évacué rapidement sur un hôpital du territoire ne pourra que gagner à l'application de labande de caoutchouc. Elle amènera la sédation de la douleur et elle combattra à titre préventif l'infection toujours menaçante. |
Nous ne saurions mieux terminer ce chapitre qu'en citant les conclusions d’un article de J.-L. Faure sur le sujet qui nous occupe. « Je ne sais quel est l’avenir de la méthode... Nul doute que nous ne soyons bientôt fixés définitivement sur sa valeur réelle. En tous cas celle-ci dès maintenant a donné d'assez beaux succès pour devoir être essayée. Elle paraît très effcace, elle est inoffensive et d'une extrême simplicité. Les cas dans lesquels elle est indiquée sont innombrables. Ce sont là des qualités suffisantes pour fixer l'attention de tous les médecins. »
F1c. 1. — Application de la bande pour un cas Jesse infectieuse sus-olécranienne.
Fic. 2. — Bande appliquée dans un cas grave de fracture compliquée.
LE NT. Application de la bande pour une hémarthrose traumatique du genou gauche,
Fic. 4. — Bande appliquée au-dessus d’un moignon d'amputation pratiquée pour gangrène gazeuse,
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Fig. 5. — Bande appliquée pour un cas d’écrasement de la main ÿ avec fracture du poignet.
Fic. 6. — Bande appliquée pour le traitement d’une arthrite suppurée de l'index,
Fire. 7. — Différents modèles de ventouses de Bier
Fe. 10, — Appareil d'aspiration pour panaris. -- L’ampoule de verre présente un renflement inférieur pour recueillir le pus.
F16. 9. — Ventouses
pour furoncles du
Fire. 8. — Ventouse visage et follicuappliquée sur le bras lites.
Fic. 11. — Ventouse à abcès avec réceptacle pour le pus, et puissante ventouse à pompe aspirante, pour anthrax par exemple.
Fi. 12, — Appareil d'aspiration pour maslites et abcès du sein
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