HISTORIQUE ET AVANT-PROPOS
L'asthme est peut-être, de tous les problèmes qui s'offrent à l’activité médicale, celui dont les modalités mystérieuses semblent le plus se jouer des plus séduisantes théories. L'unité relative de son tableau clinique s'oppose à l’infinie variété de ses causes ; je n’entreprendrai point l'énumération de celles-ci ; la liste en serait trop longue, au surplus, pour ces trop courts feuillets. Je me borne à quelques unes que n'ignoraient pas les vieux maîtres : changements de température, inhalations de poussières, poussières de pierres, de crins, de bois, de plâtre, inhalations de vapeurs, odeurs de fumée, de graisse, de chandelle éteinte, odeur de rose, asthme d’ipéca, asthme des foins, asthme gastrique ou « d'aliments », asthme nasal, laryngé, hépatique, utérin, asthme émotif, ou psychique, asthme essentiel enfin, celui qui se refusait à dévoiler même sa cause occasionnelle.
© Mais en ce qui concerne la pathogénie de l'asthme, les
anciens n'ont d’abord porté leur attention que sur Îles
manifestations extérieures : la présence, dans les bronches, d’un fluide adhérent et visqueux ; « asthme et Ofthopnée, disait Galien, sont une même affection causée par les humeurs épaisses et filantes occupant les voies de l'air, ou quelques tubercules crus des poumons. » Gette conception primitive à fait place, beaucoup plus tard, à des théories diverses, dont la plus en faveur admise par Salter, Jaccoud, Sée, Beau, Parrot, a fait de l'asthme une névrose, et expliqué les accès par une contraction spasmodique des muscles bronchiques. Salter professait que dans nombre de faits, « le pneumogastrique, dans ses portions gastriques et pulmonaires est le siège de la maladie « Beau parlait de la névralgie du pneumogastrique ; et expliquant les causes de l’asthme, Parrot disait les plus nombreuses agissent sur Fa peau ou sur une muqueuse, en impressionnant leur élément sensitif, et par son intermédiaire un point circonserit du bulbe. à son tour, celui-ci réagit sur les vagues dont il provoque l’action sur les fibres glandulaires, qui d’après Pflüger le mettraient en rapport avec elles. Peu importe qu'il s'agisse d'un courant d'air, d’une poussière, d’une vapeur, d'une odeur, ou d'un aliment, le mécanisme reste le même, rien n'y est changé que le point d'application de la cause. Si le cerveau est directement atteint, commé il arrive dans les Cas d'émotion morale, le trajet de limpression provocatrice est abrégé, voilà tout. Parrot poursuit : « D'ailleurs, cela suppose chez le malade une modalité ie innée ou acquise qui le rend impres-
sionnable à ces causes, et capable de ces réactions. » Et
Rs:
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Jaccoud écril aussi : « L’asthme est un spasme de l’inspiration par excitation centripète du nerf vague. »
Les années passent sans que soient faits sur la quesüon de très sensibles progrès. L'anatomie pathologique trouve bien le substratum de quelques formes d'asthme, mais le vieil asthme essentiel, qui s'obstine à garder son secret, est fidèlement transmis de génération en génération, comme un refuge facile aux inconnues pathologiques. IL fallut la belle découverte de l’anaphylaxie par Ch. Richet en 1902 pour imprimer aux recherches une orientation nouvelle d'où est sortie la récente théorie anaphylactique de l’asthme : Après que Langlais eut en 1906 fait de l’asthme des foins un phénomène anaphylactique, Billard en 1907, Bécel en 1910, puis Meltzer, Barah, Philippart et Landouzy pour les luberculeux asthmatiques, émirent lhyppothèse de la nature anaphylactique de l'asthme. Mais c'est à M. Widal, et à ses collaborateurs MM. Lermoyez, Abrami, Brissaud, Joltrain qu'il revient d'avoir démontré la véracité de cette conception, jusque là pure hypothèse, en révélant chez les asthmatiques la crise hémoclasique dont ces auteurs, par de précédents travaux ont fait le véritable criterium de l’anaphylaxie. Des recherches multiples se sont pour: suivies et se poursuivent dans ce sens, mais on peut dirë que l'asthme par anaphylaxie, ou colloïdoclasie, n’est plus en doute à l'heure actuelle. Tout récemment enfin MM. Bezançon et de Jong ont insisté sur la fréquence des lésions pulmonaires de sclérose chez les asthmatiques, interpré-
tant cette sclérose, non plus comme la conséquence,
mais comme la cause même de la dyspnée asthmatique.
Tous les chocs anaphylactiques ne déclanchent pas un accès d'asthme. On est donc fondé à penser qu'un facteur particulier doit intervenir pour amener Îles réac- Lions hémoclasiques à déterminer cet accès. Il est logique d'admettre que l’éclosion de troubles asthmatiformes nécessite une sensibilité particulière, congénitale ou acquise, du sujet ; les faits qui vont suivre sont de nature | à démontrer que dans là genèse de l'asthme, le pneumogastrique joue bien le rôle important que la sagacité clinique des auteurs anciens leur avait fait entrevoir. Un procédé d'exploration simple, le reflexe oculo-cardiaque permet d'établir et de considérer comme un fait indiscutable cette hyperréactivité du pneumogastrique qui n'était jusqu'alors qu'une hypothèse séduisante.
/ Dans son service de consultation de l'hôpital Tenon, M. le D' Lian, que je ne saurais trop remercier ici de son extrème obligeance, a bien voulu, en effet, attirer mon attention sur ce mode d'investigation clinique et sur les résultats de son étude de systématique chez les.asthmatiques, résultats qui ont fait l'objet de son important article dans Paris Médical, 10 juillet r920, en collaboration avec NI. Cathala.
Reflexe Oculo-Cardiaque et Vagotonie
Le reflexe oculo-Cardiaque, découvert à peu près en même temps par Oschner et Dagnini, bien connu en
France depuis les travaux de MM. Mougeot et Loeper,
permet l'exploration du tonus du pneumogastrique. Ce reflexe se traduit par ce: fait que la compression oculaire, chez un sujet normal ralentit le pouls de six pulsations environ par minute, La compression des yeux excite les libres oculaires du trijunicau ; cette excitation du trijumeau arrive Jusqu'au bulbe, où elle entraîne une excilation du noyau bulbaire du pneumogastrique (1). D'ailleurs elle peut provoquer d'autres réactions dans d’autres territoires nerveux. Mais je n'envisagerai ici que les troubles provoqués par la compression oculaire dans le territoire de la X"* paire, el plus spécialement les troubles du rythme cardiaque ainsi déclanchés. Ces mêmes auteurs ont constaté que le reflexe oculo-cardiaque est plus marqué chez l'enfant que chez l'adulte, et chez celui-ci que chez le vieillard. Ce fait, en harmonie, du reste avec l’évolution des autres réactions biologiques au cours de la vie, a son importance dans la question qui nous occupe. Il montre, chez lenfant, une hypervagotonie physiologique, sans doute assez peu considérable, mais qu'il ne faut cependant pas confondre avec un état pathologique.
L'étude du rellexe oculo-cardiaque à été faite dans pombre d'affections. On à pu constater tantôt son abolition (dans le tabes, la syphilis, toutes les névrites sous-nucléaires du pneumogastrique), tantôt son inver-
sion (états svmpathicotoniques) tantôt enfin son exagé-
{4) M. Mougeot {Archives de Médecine expérimentale oct. 1916) pense que le reflexe oculo-cardiaque se produit grâce à des fibres anastomotiques directes décrites par Ramony Cajal entre la Xme paiie et la racine
inférieure du trijumeau,