CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Pourquoi l'hystérie qui simule tout, ne simuleraitelle pas la fièvre ? On ne conteste plus l’origine hystérique d'accidents parfois bien plus étranges qu’une simple élévation de température, une fausse grossesse par exemple.
On ne nie point la fièvre dans le goître exophtalmique et on sait que Bertoye a constaté des élévations de température allant jusqu'à 39° sans lésion organique.
On a décrit l'existence dans la chlorose proche parente des névroses, d’une variété spéciale, la chlorose fébrile.
Chez les choréiques enfin, Bertoye a encore signalé des accidents fébriles. Qu'on refuse toute valeur aux observations faites avant l’usage du thermomètre, à celles qui ne paraissent pas prises avec toutes les précautions désirables, nous le comprenons fort bien. En effet, s’il est une cause d'erreur qui a beaucoup contribué à faire suspecter la réalité de la fièvre histérique et a retardé son admission dans le groupe des manifestations de l’hystérie, c’est la simulation. M. Lannois nous a conseillé de citer le cas d'une
femme qui faisait monter à son gré la colonne mercurielle en percutant à petits coups de doigt le thermomètre placé dans son aisselle ou par tout autre procédé. Cette femme, qui est du reste encore à l’Antiquaille, avait remarqué qu’on s’intéressait beaucoup à sa voisine qui faisait de la fièvre hystérique et n'avait pas hésité à simuler les mêmes phénomènes.
On aurait pu d'autant mieux s’y tromper que cette malade, qui avait eu des hémoptysies hystériques antérieurement, avait également présenté des symptômes de méningite avec température de 39°5, vomissements, muguet, etc., sous l'influence d’une inflammation banale de l’arrière-sorge.
Plusieurs parmi nos maîtres, tout en admettant la réalité de la fièvre hystérique, nous ont signalé des cas de simulation. Mais il faut se garder de conclure du particulier au général et d'un cas à tous les autres. La simulation est un des traits du caractère des hystériques, quelles que soient les manifestations que présentent ces malades et n’est pas particulière à ceux qui ont de la fièvre.
Et d’ailleurs, quoi de plus facile que de se mettre à l'abri de l'erreur? On sait que chez les nerveux il peut se produire des élévations locales de température. Le mieux sera de prendre cette température successivement dans l’aisselle et dans le rectum ou le vagin, au moyen de deux thermomètres, en restant soi-même auprès du malade prêt à interrompre toute velléité de supercherie.
ÉTIOLOGIE
La fièvre hystérique se voit surtout chez les femmes et fait son apparition vers l’âge de la puberté.
L'hérédité nerveuse joue un très grand rôle dans son étiologie; mais les chagrins, les émotions et les contrariétés, les traumatismes, les intoxications (alcool, plomb, sulfure de carbone) sont ses principales causes occasionnelles.
C’est à la suite d’une peur très violente que beaucoup de malades font de la fièvre, d’autres à la suite d'arrêt brusque des règles ou par crainte de contracter une affection qu’ils redoutent et dont ils finissent par manifester tous les symptômes. À ce propos nous citerons le cas signalé par Hanot et Boïix dans lequel la malade, qui avait vu évoluer trois dothiénenteries, et tourmentée de contracter une affection semblable, fit de la fièvre et présenta tous les symptômes qui l'avaient frappée chez son mari.