MT
Il semble bien, par conséquent, que nos quatre observations puissent rentrer dans le cadre de l’hypertension maligne si on les considère du point de vue clinique.
Au point de vue anatomique, il semble bien que notre observation puisse correspondre à ce que l'on trouve dans l’hypertension maligne. Le volume normal des reins, l’endartérite proliférante, la diminution du rapport lumière/paroi, l’hyalinisation des artérioles afférentes et des glomérules correspondants, le petit nombre des glomérules entièrement sclérosés, la prédominance nette des ‘lésions artérielles sur les lésions glandulaires, sont tout à fait comparables à ce que l’on observe dans les. reins des malades atteints d’hypertension maligne.
Il ne manque que la nécrose artériolaire et les infarcissements secondaires à cette nécrose.
Mais il ne s’agit pas là d’une lésion trouvée par tous . les auteurs ; peut-être est-ce une lésion plus tardive, qui survient lorsque l’hyalinisation, la raréfaction musculaire de la media et l’endartérite proliférante
ont fait leur œuvre.
Malheureusement, nous n’avons pas pu étudier ana-
tomiquement les observations IT, III, IV.
Au point de vue expérimental, est-il possible de faire cadrer les expériences de GOLDBLATT avec les
formes d’hypertension maligne aiguë.
GoLpBLarr met cinq ans pour obtenir des lésions comparables à celles de l'hypertension maligne avec insuffisance rénale chez le chien.
Il ne peut réaliser qu’une ischémie sévère, mais relativement modérée. En effet, si la constriction est trop violente, l'expérience échoue par suite de la création d’infarctus massifs des reins.
En pathologie humaine, il existe peut-être des intermédiaires entre cette ischémie réalisant une hypertension aboutissant en cinq ans à des lésions vasculaires analogues à celles de l'hypertension maligne, et l’ischémie réalisant en quelques heures l’infarctus du rein.
Une striction physiologique très nuancée des artérioles du rein réalisant une ischérie plus importante que dans les expériences de GOLDBLATT, expliquerait peut-être le mécanisme de l'hypertension maligne aiguë.
Un spasme artériolaire, par exemple, pourrait déclencher tout le mécanisme de la sécrétion prolongée de la « rénine » et ses conséquences : le cercle vicieux dont nous avons parlé.
Mais quelle est la substance qui crée cette vasoconstriction des artérioles du rein ?
La « rénine » aurait ce pouvoir pour certains.
Mais peut-être peut-on trouver à ce sujet une hypothèse intéressante dans un travail où CUSHING dit CEE
« Il eût été intéressant pour GuLL et SurroN, qui ignoraient la cause de leur « arterio capillaris fibro-
ns à Lire
sis », de savoir que l'extrait de lobe postérieur de l'hypophyse exerce un pouvoir vasomoteur sur les artérioles périphériques et les capillaires où les premières lésions qu’ils décrivaient apparaissent.
« Bien plus, comme le professeur HAroLD, E. Mac- MaHox le souligne, précisément la même lésion rénale appelée, suivant les cas : néphrite vasculaire progressive et hypertension maligne, peut se voir au cours de l'hypertension essentielle maligne et au cours du basophilisme hypophysaire. Il est très possible que les lésions rénales plus aiguës de l’éclampsie soient
de même ordre, »
CUSHING rapporte alors l’observation de Hass, où un adénome basophile de Phypophyse s’est accompagné de lésions des artères de tout l’organisme du même type que celles de l’hypertension maligne.
Les artérioles hypothalamiques présentaient les mêmes lésions que les artères des reins.
Au cours de l’éclampsie, ANSELMINO et HOFFMANN ont montré que le sang contenait des substances hypertensives dont les effets correspondent à ceux des extraits postérieurs de l’hypophyse. Il a été trouvé d’ailleurs que dans des coupes en série d’hypophyses de femmes mortes d’éclampsie, une importante infiltration d’éléments basophiles dans le lobe postérieur de l’hypophyse (signe d’activité de la glande).
Il semble y avoir là une parenté assez étroite entre les deux processus.
« Les pathologistes, dit CUSHING, ont résumé les
lésions spécifiques de léclampsie dans le foie; de
Laon)
même dans l'hypertension maligne les lésions affectent les artérioles terminales des reins et ont été considérées comme indiquant un désordre avant tout néphrovasculaire.
« Cependant dans l’éclampsie, les nécroses ne sont
pas limitées au foie, non plus que les lésions des artères terminales ne sont limitées au rein dans l'hypertension maligne. »
Cette parenté entre les deux processus morbides se retrouve dans les nouveaux essais d’éclampsie expérimertale : on sait que l’expérience de GOLDBLATT permet de reproduire l’éclampsie chez les chiennes en gestation ou après une gestation, jamais chez les mâles.
Or quelle est la glande spécifiquement modifiée dans ses sécrétions, comme dans sa morphologie, pendant ou même un peu après la grossesse, si ce n'est l’hypophyse ? Il ne serait alors pas impossible de penser que l'hypertension maligne aiguë pourrait représenter le moyen degré d’un processus qui peut être suraigu, aigu, subaigu.
Dans le premier cas, l’éclampsie, il y aurait une nécrose surtout hépatique, maïs aussi rénale d’origine vraisemblablement ischémique.
Dans le deuxième cas, l'hypertension maligne aiguë, les lésions artérielles entraînent des lésions polyviscérales avant tout rénales.
Dans le troisième cas, le processus est à son degré mineur. La maladie évolue alors d’une façon sensiblement analogue mais plus étalée dans le temps.
CUSHING va même jusqu’à établir une liaison entre . le basophilisme des sujets âgés et l’hypertension bénigne dans laquelle le processus artériel n’aboutit qu’à de maigres retentissements tissulaires, en dehors des cas de thrombose ou d’hémorragie.
De toute façon il semble résulter de ceci que l’hyperactivité de l’hypophyse peut jouer un rôle important au cours des processus d’hypertension aiguë avec lésions artcrielles et artériolaires. C’est peut-être sa sécrétion qui est une des causes de l’ischémie rénale déclenchante de ce cercle vicieux, qui à un moment donné de l’évolution peut se suffire . à lui-même.
En effet, une fois déclenché un processus intense d'ischémie rénale, il n’est pas impossible que cette ischémie s’entretienne elle-même par un échange de mauvais procédés entre le rein, l'hypertension et les vaisseaux.
Mais il s’agit évidemment là d'une fragile Rypothèse que seuls des travaux ultérieurs sont capables d’infirmer ou de confirmer.
Moore