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HYPERTROPHIE DU THYMUS CHEZ UN ENFANT DE DEUX ANS ET DEMIE

TRACHEOTOMIE, THYMECTOMIE, MEDIASTINITE SUPPUREE,

GUERISON Par le Docteur A. Jore

(Annales des maladies de la gorge, du nez et des oreilles)

Le 17 janvier 1912, une femme me présente son enfant agé de deux ans et demi, atteint d'une dyspnée bruyante. Elle me raconte l’histoire suivante : l'enfant a toujours été un peu chétif. En septembre dernier, il commence à présenter de la raucité de la voix; au début de décembre, cette raucité augmente en méme temps que diminue le timbre de la voix. Une toux apparait, croupale, et sous forme de quintes comme dans la coqueluche. L’enfant avalait fréquemment « de travers » quand il prenait des liquides et se mettait à tousser. Le phénomène ne se produisait pas avec des solides.

A cette époque, s’est installée la dyspnée qui a été à peu près continuelle jusqu’à ce jour. Elle a toujours eu à peu pres le même caractère qu'aujourd'hui et elle va en augmentant.

L'enfant se réveille parfois la nuit en proie à de la suffocation. L’état de santé générale du petit malade que j'ai devant moi est assez bon. La mère ne me révèle rien qui mérite d’être noté dans les antécédents héréditaires et personnels de enfant.

et pe

Il existe une circulation collatérale assez développée 0 la partie supérieure du thorax. |

Actuellement il y a du cornage inspiratoire et un léger tirage, — Pas de cyanose. — Sans être aujourd’hui tout à fait alarmante, la dyspnée me paraît pourtant inquiétante et j'en recherche immédiatement la nature, La laryngoscopie au miroir étant impossible, je me décide à faire une laryngoscopie directe avec le tube spatule de Kilian. Cet examen, fait le lendemain, me révéle une contraction des muscles constricteurs et tenseurs des cordes vocales. La situation me semblant devoir étre périlleuse d'un moment à l’autre, sans aller plus loin dans mes investigations et pour parer au plus pressé, je fais, séance tenante, une trachéotomie sous-cricoidienne. Dés que la canule est en place, enfant se met à respirer tout à fait bien.

Spasme glottique, pensais-je, ayant pour cause très probablement une adénopathie trachéobronchique, et chaque jour, dans la suite, je fis un simple pansement de la plaie trachéale après nettoyage de la canule et je crus que tout irait pour le mieux, lorsque quelques jours après l'intervention, apparut de nouveau une dyspnée, mais celleci n’ayant plus du tout le méme caractére que la premiére: dyspnée inspiratoire et expiratoire cette fois, d’abord faible, puis faisant de tels progrès qu’une douzaine de jours après la trachéotomie, la situation était de nouveau inquiétante. La plaie cervicale en outre n'avait aucune tendance à se réparer et l'enfant, dont la toux était fréquente, rejetait par sa canule et aussi directement par ouverture trachéale dans sa plaie aux bords laches, des mucosités assez abondantes.

Je cherche alors à explorer par la trachéoscopie basse, le canal trachéobronchique; maïs la manœuvre est impossible : des que j'essaie d’enfoncer mon tube, même après

un léger badigeonnage а la cocaïne, l'enfant est pris d'une telle suffocation que je suis obligé d’arréter cette manceuvre. = )

Je pensais alors que l'obstacle а la respiration пе pouvait être autre chose qu’une hypertrophie du thymus et je me souvenais avoir vu en effet, au cours de la trachéotomie, pendant une secousse expiratoire, une petite masse de tissu d'apparence ganglionnaire. Се que j'avais pris pour un ganglion engorgé et qui n’avait pas attiré davantage mon attention, pouvait bien être le lobe supérieur d'un thymus hypertrophié. J’enfoncai alors mon index dans la fossette sus-sternalle et je sentis en cet endroit, dans la profondeur, une résistance.

La situation devenant de plus en plus pressante, je ne différai pas plus longtemps de mettre à exécution l'idée qui m'était venue dès cette constatation et sous anesthésie locale faible, faite plan par plan, j’abordai le thymus. J'avoue avoir eu une certaine inquiétude en pénétrant avec le bistouri, aprés avoir dénudé la partie supérieure du manubrium, dans la région rétrosternale si riche en vaisseaux.

Prudemment et en me faisant du jour le plus possible, le cou de l’enfant étant dans l’extension forcée, la tête presque pendante pour attirer et faire saïllir au mieux au dehors de la cage thoracique le lobe supérieur du thymus, je dénudai l'organe et le saisis à plein tissu avec la pince à griffes dont on se sert pour l’amygdalectomie.

Au cours de ces manœuvres, la dyspnée s était encore accrue, et la cyanose commençait à être très marquée; il fallait aller vite:

Dès que le thymus fut solidement fixé et attiré vers le cou, une heureuse détente se produisit déjà, dans la dyspnée. П me fut facile, en m’aidant du doigt et de quel-

ques instruments à bords mousses, de détruire les attaches de la glande et de l’extirper complètement, après l'avoir fragmentée.

Lorsque la thymectomie fut terminée, l'enfant se mit à respirer tout à fait bien, Je suturai alors la plaie cervicothoracique, et, pour plus de sécurité, je laissai en place Ја canule trachéale. :

J’avais tout lieu de croire que les suites de mon intervention seraient simples; malheureusement il n’en fut pas ainsi. Les jours suivants, l'enfant qui, quoique respirant bien, continuait à tousser et à expulser par sa canule et par la brèche trachéale, des mucosités abondantes, et d’aspect trés louche, bronchiteux, infecta sa plaie cervico-thoracique, H fallut au plus tôt faire sauter tous les points de suture. A chaque secousse expiratoire, une grosse quantité d'un pus trés louche sortait en jaillissant du creux rétrosternal. Une 112601851111116 suppurée s'établit, menacant d’emporter Гепіапі par une septico-pyohémie, dont les symptômes allaient grandissants. La partie semblait complètement perdue. П ne restait qu'un moyen pour empêcher la stagnation du pus dans le médiastin, c'était de placer l'enfant continuellement dans une position inclinée, la tête en bas, telle que le pus contenu dans le médiastin put librement s’évacuer au dehors, au fur et à mesure de sa formation. C'est ce que je fis. Pour en tarir la source, dans cette position pénible op j'avais contraint mon petit malade á rester, sous la surveillance étroite jour et nuit d'une garde, je fis chaque jour cinq á six pansements consistant en irrigations rétrosternales au moyen d'une longue canule en verre, avec une solution de permanganate de potasse ou de l’eau oxygénée dédoublée. Peu á peu, la suppuration médiastinale diminua. Je continuais á faire des pansements quotidiens aussi fréquents,

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