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L’ORTHOPÉDIE MENTALE

î* — Historique

. Lorsqu’en 1886, à Nancy, au Congrès de l’Association française pour l’avancement des sciences, dans la section de pédagogie, nous avons eu l’honneur de soulever la grave question de l’emploi de la suggestion comme, moyen d’éducation, dans une communication, ayant pour titre : Be la suggestion au point de vue pédagogique, aucun fait d’application pédagogique de la suggestion n’avait été publié. Aucune observation relative à l’emploi de la suggestion comme agent moralisateur ou comme procédé de redressement des enfants réfractaires à l’éducation normale n’avait encore été soumise au contrôle d’une société savante.

La question était donc absolument neuve.

Plusieurs psychologues éminents, auxquels nous avions soumis le sujet de notre communication, ne nous avaient pas dissimulé les; inquiétudes que leur inspirait la hardiesse de notre proposition. Ils considéraient l’idée^ de tenter l’introduction de l’hypnotisme dans le domaine pédagogique comme utopique et paradoxale, exprimant la crainte qu’elle ne soulevât une vive opposition dans les milieux-

universitaires, et, en particulier, dans la section de pédagogie de l’Association française.

Il importait donc, dans l’intérêt de la méthode dont nous proposions l’application, de tenir compte des objections, tant d’ordre moral que d’ordre purement sentimental qui nous étaient annoncées. C’est pourquoi nous jugeâmes prudent de nous cantonner, dans cette première communication, sur un terrain inattaquable, celui de la pédagogie clinique. Tel fut le sentiment qui nous inspira dans la

rédaction de nos conclusions,que nousjugeons

utile de reproduire ici ;

« Lorsqu’on aura, disions-nous, à se préoccuper de l’avenir d’enfants vicieux, impulsifs, récalcitrants, incapables de la moindre attention et de la moindre application, manifestant un penchant irrésistible vers les mauvais instincts, nous pensons qu’il n’y aura aucun inconvénient à provoquer l’hypnotisme chez ces créatures déshéritées.

« Pendant le sommeil hypnotique, les suggestions ont plus de prise. Elles ont un effet durable et profond. Il sera possible dans bien des cas, en les répétant autant que cela sera nécessaire, de développer la faculté d’attention cliez ces êtres jusqu’alors incomplets, de corriger leurs mauvais instincts et de ramenei au bien des esprits qui s’en seraient écartés infailliblement. »

En terminant, nous déclarions que, autant il y aurait d’inconvénients à pratiquer l’hypnotisme chez des sujets excellents, bien portants, autant il y aura d’avantages à l’appliquer, comme moyen pédagogique à des sujets

mauvais, vicieux ou malades. Nous nous empressions d’ajouter quel’emploidece procédé devrait être surtout réservé pour les

cas où tous les autres moyens rationnels d’éducation auront échoué. Enfin, pour ne laisser place à aucune équivoque, nous disions :

« Ce traitement devra toujours être appliqué sous la direction d’un médecin compétent et exercé. »

Les objections théoriques devaient naturellement perdre beaucoup de leur valeur dans un débat limité aux applications médicopédagogiques de l’hypnotisme. Il est difficile de discuter le droit qu’a le médecin, lorsqu’il est consulté sur un cas qui relève de sa compétence, de recourir à lamédication, physique ou psychique, qu’il considère à lafois comme la plus inoffensive et la plus utile. C’est à cette tactique qu’il faut attribuer l’approbation accordée à notre proposition par des pédagogues, des juristes et des médecinsd’un esprit élevé comme MM. Perroud, Félix Hément, Liégeois, Leclaire, Liébeault, Ladame, Netter, etc.

Après la discussion, la section de pédagogie, sur la proposition de M. le professeur Liégeois, déclara par un vote unanime que les conclusion s par nous formulées étaient acceptables et q^ue des expériences de suggestion hypnotique devraient être tentées dans un but de moralisation et d’éducation sur quelquesuns des enfants les plus notoirement vicieux et incorrigibles des écoles primaires, àl’égard desquels les pédagogues avouent leur complète impuissance.

Fort de la décision votée par la section de pédagogie du Congrès de Nancy, qui déclarait qu’il était légitime de recourir à l'hypnotisme comme agent de moralisation et d’éducation, nous continuâmes l’œuvre entreprise.

■ Le résultat le plus appréciable de notre Gommunicationfutde nous fournir les moyens d’appuyer nos idées théoriques sur des faits précis et frappants. Aussi, dès l’année sui- -vante, en 1887, au Congrès de l’Association française pour l’avancement des sciences, à Toulouse, dans une communication ayant pour objet ; Z)e la suggestion et de ses applications à la pédagogie^ nous formulions un certain nombre d’indications précises de la suggestion hypnotique en pédagogie. Nous démontrions aussi que les principes de la pédagogie suggestive et préventive reposent sur les données scientifiques et des faits positifs rigoureusement observés. Le premier, nous donnions des observations de kleptomanie, de mensonge, de troubles du caractère,d'onanisme irrésistible,d’onychophagie, de pusillanimité; de terreurs nocturnes, d'impulsion à la débauche, etc., guéris par la suggestion.

Nous donnions l’exposé de notre méthode ■opératoire, en établissant d’une façon minutieuse les détails de l’application de la suggestion hypnotique à la pédagogie. Dès lors, un certain nombre de médecins et de pédagogues, en se mettant dans des conditions expérimentales identiques à celles que nous avions formulées, purent confirmer les données de notre pratique.

Dans notre seconde communication, nous abordions déjà le domaine de la pédagogie pure en indiquant des applications faites dans le but de stimuler et de développer la faculté d’attention et d’aptitude au travail.

Ces applications avaient été faites chez des élèves des lycées et des écoles dont les progrès ne donnaient pas toutes les satisfactions

désirables, et qui étaient menacés d'être rendus à leur famille.

Un an après, nos expériences nous ayant appris qu'on pouvait, dans l’état d’hypnotisme, modifier les idées de l’enfant; transformer son caractère; corriger les habitudes acquises ; en créer de nouvelles; accroître l’énergie de l’attention et de la mémoire ; éveiller et développer les aptitudes naturelles ; faire varier l’intensité et la modalité des perceptions; éclairer la conscience, nous pouvions affirmer au Congrès d’Oran qu'il y avait dans l’hypnotisme les éléments d’une véritable pédagogie expérimentale.

En 1889, au premier Congrès international de l’Hypnotisme expérimental et thérapeutique, tenu à l’Hôtel-Dieu de Paris, sous la présidence de M. Dumontpallier, l’étude de la question était déjà très avancée. Les membres du Congrès appelés à se prononcer sur les conclusions d’un rapport présenté par nous sur les Applications de la suggestion à la pédiatrie et à l’éducation mentale des enfants vicieux et dégénérés, les adoptaient à l’unanimité. Ils décidaient en outre qu’en raison de l’intérêt qu’elles présentaient au point de vue pédagogique aussi bien qu’au point de vue de l’éducation pénitentiaire, ces conclusions devaient être transmises, par les soins du bureau, à M. le Ministre de l’Instruction publique et à M. le Ministre de l’Intérieur.

Lors de notre première communication, un des auditeurs prévoyant tout l’avenir de la méthoae pédagogique avait exprimé l’espoir de voir bientôt le pédagogue et le médecin s’associer dans la création d’une science dont le véritable nom serait VOrtJio-

momüe. Durand de Gros, en 1860, avait exprimé le même souhait lorsqu’il écrivait « Le rachitisme de l’intelligence, les^ déviations du caractère trouveront dans l’hypnotisme leur orthopédie. »

Durand de Gros en était resté à cette assertion platonique. La méthode d’application ne pouvait se dégager que de l’ohservation de l’observation de faits nombreux. Aussi nous ne craignons pas de dire que ce sont nos expériences de pédagogie clinique entreprises en 1884 et poursuivies par nous sans relâche jusqu’à ce jour, qui ont permis de faire passer la pédagogie suggestive dans le domaine de la pratique. G’est par nos travaux personnels sur cette question que YorthoÿédîQ mentale est devenue une science positive.

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