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II. — La suggestibilité des enfants

Les travaux d’un grand nombre d’auteurs ayant démontré la valeur thérapeutique de la suggestion, il fallait s’attendre à ce que des médecins eussent l’idée d’appliquer à l’enfant une médication qui donnait de brillants résultats dans certaines affections de l’âge adulte. Il en est ainsi d’ailleurs de tous les agents thérapeutiques, et il appartient au praticien de mesurer la dose, qui varie naturellement de l’enfant à l’adolescent et de celui-ci à l’homme fait.

Pour ce qui est de la suggestion, on comprendra qu’en vertu même des principes qui la régissent, elle doit avoir plus de prise et doit réussir mieux encore chez l’enfant que chez l’adulte.

En effet, la suggestion n’est-elle pas l’art d’utiliser l’aptitude que présente un sujet à transformer l’idée reçue en acte ? Et, d’autre part, l’observation journalière ne prouvet-ellepas que cette aptitude, déjà facile à développer chez l’adulte, l’est bien davantage chez l’enfant?

Nos expériences personnelles, qui ont été faites sur plusieurs milliers d’enfants des deux sexes, nous ont permis de déduire les conclusions suivantes :

« Sur dix enfants de 6 à 15 ans, pris dans toutes les classes de la Société, huit sont susceptibles d’être endormis profondénlent dès la première ou la seconde séance.

(( Contrairement à l’opinion courante,les difficultés pour provoquer chez l’enfant un sommeil profond, sont d’autant plus grandes que l’enfant présente plus de tares névropathiques héréditaires. Ainsi, les idiots sont

absolument réfractaires à toute tentative d’hypnotisation. Les imbéciles s’endorment, mais le sommeil est léger, irrégulier, et ils ne réalisent pas, avec le caractère habituel, d’automatisme, les suggestions post-hypnotiques qui leur sont faites.

« Les enfants qui présentent des stigmates hystériques, et en particulier des mouvements choréiques, sont tantôt très facilement hypnotisables et se montrent sensibles à la suggestion hypnotique, tantôt au contraire, ils sont difficiles à influencer. Pour arriver à les endormir complètement et obtenir chez eux, un eflet thérapeutique, un assez grand nombre de séances sont souvent nécessaires.

Cela tient vraisemblablement au peu d’attentio’nqu’ils sont capables d’apporter.

« Si les enfants hystériques manifestent parfois un esprit de contradiction très développé et résistent aux suggestions avec une certaine obstination, par contre, les épileptiques sont souvent suggestibles au plus haut degré, et sont facilement et profondément hypnotisables. C’est là un fait d’observation journalière.

« Les enfants robustes, bien portants, dont les antécédents héréditaires n’ont rien de défavorable, sont, en général, très suggestibles et,par suite, très hypnotisables. Ils sont très sensibles à l’influence de l’imitation. Ils s’endorment souvent, lorsqu’on a endormi préalablement d’autres personnes devant eux, d’une façon presque spontanée. Il suffit de leur affirmer qu’ils vont dormir pour vaincre leur dernière résistance. Leur sommeil a toutes les apparences du sommeil normal ; ils reposent tranquillement, les'

yeux fermés. En réalité ils dorment profondément, d’un sommeil absolument analogue à celui de la nuit.

« Bien que le sommeil des enfants endormis artificiellement, par imitation ou par suggestion, ait, comme nous l’avons déjà dit, toutes les apparences du sommeil normal, il est cepenaant facile d’obtenir dans cet état, par simple suggestion, l’amnésie au réveil, les hallucinations négatives, les rêves suggérés, l’aptitude à exécuter automatiquement après leur réveil les suggestions posthypnotiques. .De plus, en déterminant chez eux, par simple affirmation, la création de points hypnogènes artificiels on peut faire la démonstration de l’intensité de leur suggestibilité.

« L’anesthésie cutanée est le phénomène qu’on obtient chez eux avec le plus de difficulté. Il ne s’observe que dans ia moitié des cas environ. »

La suggestibilité est uhe faculté normale, de modalité très variable selon les sujets.

Chacun se présente avec sa suggestibilité spéciale et sa réaction particulière à la suggestion. Les portes d’entrée de la suggestion ne sont évidemment pas les mêmes selon que l’on se trouve en présence de sujets appartenant au type visuel, au type auditif ou au type moteur.

Tel sujet résistera longtemps à la fatigue des yeux qui sera promptement influencé par des suggestions persuasives. Tel autre subit très vivement l’influence de l’imitation. Chez d’autres enfin, il faut associer l’action de plusieurs procédés.

Au point de vue purement psychologique, la résistance aux suggestions est aussi inté-

ressante à constater qu’une extrême suggestibilité. Elle dénote un état mental particulier et souvent même un esprit systématique de contradiction dont il faut neutraliser les effets. Parfois cette résistance est inspirée par des motifs dont il y a lieu de tenir compte. Le plus fréquent de ces motifs est la peur de l’hypnotisme, que nous arrivons assez facilement à dissiper.

Le degré de suggestibilité n’est nullement en rapport avec un état névropathique quelconque. La suggestmitté, au contraire, est en rapport direct avec le développement intellectuel et la puissance d’imagination du sujet. Suggestibilité, à notre avis, est synonyme é! éducabilité.

Le diagnostic de la suggestibilité. — Ce diagnostic peut être fait à l’aide d’une expérience des plus simples. Cette expérience a pour objet d’obtenir chez le sujet la réalisation d’un acte très simple, suggéré à l’état de veille. Voici comment je procède :

Après avoir fait le diagnostic clinique et interrogé l’enfant avec douceur, je l’invite à regarder avec une grande attention un siège placé à une certaine distance, au fond de la salle, et je lui fais la suggestion suivante : « Regardez attentivement cette chaise; vous allez éprouver, malgré vous, le besoin irrésistible d’aller vous y asseoir. Vous serez obligé d’obéir à ma suggestion quelle que soit l’obstacle qui vienne s’opposer à sa réalisation, »

J’attends alors le résultat de l’expérience.

Au bout de peu de temps (une on deux minutes) on voit ordinairement l’enfant se diriger vers la chaise indiquée, comme poussé par une force irrésistible, quels que soient

les efforts qu’on fasse pour le retenir. Dès lors je puis poser mon pronostic et puis déclarer que cet enfant est intelligent, docile, facile à instruire et à éduquer, et qu’il a de bonnes places dans sa classe. Je puis ajouter qu’il sera très facile à hypnotiser.

Si l’enfant reste immobiie, et déclare qu’il n’éprouve aucune attraction vers le siège qui lui a été désigné, je puis conclure de ce résultat négatif qu’il est mal doué au point de vue intellectuel et mental, et qu’il sera facile de retrouver chez lui des stigmates accentués de dégénérescence. L’opinion des maîtres et des parents vient toujours confirmer ce diagnostic.

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