I. Bernheim. De la suggestion, etc., p
ÉTUDE VNAI.^TIOI F, DFS SICCESTIO^S .'^07
On ordonne à un sujet « d'aller après son réveil prendre le verre cylindrique qui entoure le bec de gaz situé au-dessus de la table, de le mettre dans sa poche et de l'emporter en partant. Une fois éveillée, elle se dirige timidement vers la table, semble confuse de voir tous les regards se porter sur elle ; puis, après quelques hésitations, monte à genoux sur la table. Elle y reste environ deux minutes, ayant Pair toute honteuse de sa situation, regarde alternativement les personnes qui l'entourent et l'objet dont elle doit s'emparer, avance la main, puis la retire et subitement enlève le verre, le met dans sa poche et s'éloigne rapidement » .
0 a lutté contre l'exécution de cette idée saugrenue que son polygone lui sert comme une tentation et il est finalement vaincu. 11 triomphe au contraire d'autres fois.
A un sujet endormi Bernheim suggère qu'au réveil il sera seul, ne verra pas les personnes présentes et qu'il prendra et mettra dans sa poche une montre qu'il verra. Il s'éveille, voit la montre, la touche, puis dit : « non, ce serait un vol. ))
La désagrégation était trop partielle, O résistait avec son sens moral. Mais Bernheiivi hypnotise de nouveau le même sujet, il lui fait la même suggestion plus impérieusement. La désagrégation est plus complète, l'action de 0 plus annihilée. Au réveil, il voit l'objet, hésite un instant, puis dit : (( Ma foi, tant pis I » et le met dans sa poche.
Quand un sujet résiste, il ignore toujours l'origine vraie de la tentation à laquelle il résiste et quand l'hypnotiseur dit alors au sujet : «je sais à quoi vous
3o8 HYPNOTISME ET SUGGESTION
pensez, vous avez envie de faire telle ou telle chose », le sujet est tout étonné qu'on devine sa pensée et croit qu'on peut lire dans son intérieur (Bernheim).
Si, au lieu de résister, O participe à la suggestion et Vaccepte, il y aidera en lui trouvant des motifs ou en la compliquant.
A un sujet Bernheim suggère qu'au réveil il se mettra les deux pouces dans la bouche. Il le fait et pour justifier l'acte il le rapporte à une sensation douloureuse de la langue due à une morsure qu'il s'était faite la veille dans une attaque épileptiforme.
A un autre il suggère qu'au réveil il ira demander de ses nouvelles à un malade désigné de la même salle. Il y va en effet et quand on lui demande pourquoi il s'intéresse spécialement à ce camarade, il dit d'abord : « non ; c'est une idée. » Puis, après réflexion : « il ne nous a pas laissés dormir la nuit dernière. »
Et alors, dans ce genre de cas, non seulement 0 exécute l'acte ordonné, en se le justifiant, mais il le complique, d'ailleurs logiquement.
Ainsi si on a suggéré un accident arrivé à la jambe, le malade, souffrant dans cette jambe, boitera (Binet etFÉRÉ).
Mais le plus souvent ces complications ne viennent pas deO ; ce sont des complications intrapolygonales, comme nous les avons étudiées à propos des suggestions intrahypnotiques psychiques.
ÉTUDE ANALYTIQUE DES SUr.GESTIONS OOQ
La preuve de l'intervention de 0, à un degré variable, dans les suggestions posthypnotiques, est encore donnée par ce qui se passe pour les hallucinations.
Vous donnez une hallucination posthypnotique à un sujet ; il s'éveille et voit l'objet suggéré. Vous vous mettez à le raisonner et à dire à son 0 que cet objet n'existe pas, que c'est une hallucination. Le résultat est variable suivant le degré de la désagrégation suspolygonale.
Si la désagrégation est très réduite, très partielle, 0 ainsi excité reprend le contrôle de ses impressions polygonales et reconnaît que c'est une hallucination et que l'objet n'existe pas. Mais si la désagrégation est plus forte, plus complète et plus étendue, 0 ne peut pas contrôler et le psychisme polygonal du sujet reste dans son erreur et la maintient contre tous les raisonnements.
BiNET et Féré citent un sujet à qui on avait donné ainsi l'hallucination posthypnotique d'une pièce d'or. Malgré tous les raisonnements qu'on lui fait, elle (( nous affirme avec la plus grande énergie qu'elle voit la pièce, que c'est une pièce réelle et que nous nous moquons d'elle en affirmant le contraire » .
En somme, et pour synthétiser tout ce que nous venons d'analyser, l'état psychique d'un sujet qui exécute une suggestion immédiatement après le réveil n'est ni l'hypnose ordinaire- et totale ni le réveil absolu et complet.
C'est un état intermédiaire, hypnose partielle de
OIO HYP?{OTlSME ET SUGGESTION
WuNDT, bien étudié par Dumontpa^llieu \ qui a ses caractères spéciaux.
Cet état diffère de l'hypnose en ce que 0 est éveillé et reçoit beaucoup d'impressions extérieures ; le sujet a l'air d'un sujet éveillé. — • Mais cet état diffère de la veille physiologique en ce que 0 ne dirige pas le polygone ; c'est le polygone suggestionné qui dirige tous les mouvements.
D'ailleurs nous allons compléter cette analyse de l'état d'hypnose partielle, en le retrouvant, mieux séparé et distinct, dans les suggestions posthypnotiques à longue échéance, dont nous abordons l'étude.
6. Dans l'analyse psychologique des suggestions posthypnotiques à longue échéance, il y a une première période à envisager : c'est la période, plus ou moins longue, qui sépare la fin de l'hypnose et le moment où est exécutée la suggestion.
A première vue, cette période intermédiaire semble une période absolument normale et physiologique, ne méritant par conséquent aucune étude psychologique particulière. Le sujet est bien éveillé ; il ne garde rien de l'hypnose passée qu'il a oubliée ; il n'a encore rien de l'hypnose partielle future à laquelle il ne pense jamais et dont il ne paraît avoir aucun pressentiment.
Cependant, il y a deux choses à considérer dans cette période, deux choses qui la distinguent des périodes de santé psychique absolument normale.