‹ L'hypnotisme et la suggestionChapitre 115 sur 218 · I. WuNDT. Loco cit., p. io · texte numérisé non relu

I. WuNDT. Loco cit., p. io

moment où clic exécute une suggestion ancienne : elle marche imperturbablementdroit devantellecomme une véritable somnambule.

Un jour, elle avait ordre de venir chez moi dans mon cabinet à quatre heures et demie du soir, alors que jusque-là toutes les séances avaient eu lieu à l'hôpital. Le matin du jour fixé, elle s'endort au moment d'aller travailler à la journée et s'éveille juste au moment de venir. Elle ignorait mon adresse, elle la demande. On lui dit : rue Basse, 6 ; mais dans la rue qu'on lui a indiquée elle ne trouve pas ce nom sur la plaque (on venait récemment de remplacer ce nom par celui de Jean-Jacques Rousseau); elle arrive pourtant à ma porte, demande l'étage au concierge. On lui dit le second, elle monte l'escalier, par erreur va jusqu'au troisième ; en entendant parler au second elle descend et sonne à mon appartement.

On voit la complexité psychique qu'il y a dans cet acte, qui est cependant un acte de vie purement polygonale. Il faudrait se garder de dire que ce n'est pas de l'automatisme, parce qu'il y a de l'intelligence ; c'est de l'automatisme supérieur, psychique, polygonal.

Evidemment cet état psychique dans lequel est exécutée la suggestion à longue échéance n'est ni l'état de veille ni l'état d'hypnose complète. C'est un état d'hypnose partielle identique à celui que nous avons étudié pour les suggestions réalisables immédiatement après le réveil et caractérisé par une désagrégation suspolygonale partielle, le centre 0 recevant les impressions de l'extérieur comme à l'état de veille, mais ne contrôlant ni ne dirigeant les actes

de son polygone : c'est un acte de vie polygonale s'exécutant en présence et sous les yeux d'un centre 0 passif, éveillé ou à moitié éveillé.

Les auteurs ne signalent pas en général de phénomènes terminaux de cet état particulier et n'indiquent pas de signes marquant la transition de cet état à l'état de veille vraie et complète.

Chez notre sujet F, il en était tout autrement: de même que le début, la fm de cet état spécial était marquée par des phénomènes importants et dramatiques. Dès qu'elle avait exécuté Tordre donné, elle tombait en crise de sommeil avec contractures.

Dans cette crise de sommeil, on pouvait l'interroger et alors, là, elle se rappelait fort bien l'ordre donné, quand et comme on le lui avait donné et aussi tous les détails de la période dans laquelle elle avait exécuté l'ordre, tandis qu'à l'état de veille normale elle ne se rappelle pas ces périodes d'exécution d'ordre : ce qui prouve bien que l'état dans lequel elle exécute les ordres appartient à la vie de désagrégation, à la vie somnambulique, à la vie polygonale.

Ainsi quand elle est venue chez moi dans l'expérience citée plus haut, elle a eu, après le réveil, beaucoup de peine à retrouver son chemin pour s'en aller : elle avait donc oublié le chemin parcouru en venant : à l'état de veille, elle ne retrouvait pas les souvenirs purement polygonaux de la période d'exécution de la suggestion.

De ce sommeil terminal on l'éveille par les movens ordinaires et elle revient à son état physiologique, ayant tout oublié de ces multiples épisodes de sa vie polygonale.

8. J'ai réservé, pour la fin de ce chapitre, les sug- (jestions portant sur la mémoire. On aurait pu les classer dans les suggestions psychiques ; mais comme elles sont le plus souvent posthypnotiques, il sera plus facile de les comprendre ici.

Comme toutes les autres, les suggestions de mémoire peuvent être positives ou négatives.

A. Nous verrons, au chapitre suivant, comment se comporte habituellement la mémoire dans l'hypnose et après l'hypnose en dehors de toute suggestion; Nous verrons notamment que le plus habituellement le sujet ne se rappelle pas au réveil ce qui s'est passé dans r hypnose.

Le général Noizet avait déjà constaté que par la suggestion on peut changer cela et obtenir du sujet qu'il se rappelle au réveil tout ou partie de l'hypnose produite. « Quoiqu'il arrive ordinairement que les somnambules oublient à leur réveil ce qu'ils ont éprouvé pendant le somnambulisme, ils peuvent cependant, par un acte de leur volonté, faire en sorte d'en garder le souvenir. Il s'agit de dire à un somnambule de fixer dans son cerveau une idée ou une image quelconque, pour qu'il se la rappelle en effet. Lorsque, à son réveil, on lui demande s'il ne se souvient de rien, il répond ordinairement qu'il a rêvé et raconte ce qu'on lui a fait graver dans sa mémoire ^ »

Le fait si nettement indiqué par ce passage typique a été, depuis, confirmé et analysé par beaucoup d'auteurs .

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