Position de la question
2. Démonstration clinique de l'existence des sym[)tùmes somatiques fixes, développés en dehors de toute suggestion.
3. L'existence et la nature de ces symptômes dépendent du tempérament du sujet et surtout de la présence d'une névrose antérieure comme l'hystérie.
[x. Rapports de l'hypnose et de l'hystérie.
5. Autres symptômes somatiques fixes, développés en dehors de toute suggestion.
a. Sensibilités.
b. Circulation, respiration.
6. Symptômes psychiques fixes, développés en dehors de toute suggestion.
a. Mémoire.
b. Etat intellectuel.
7, Résumé et conclusions.
I. Ce chapitre aurait eu des dimensions bien différentes si, il y a vingt ans, il avait été écrit à Paris ou à Nancy : à Paris, il aurait envahi l'entier volume ; à Nancy, on ne Taurait pas découvert, même à la table des matières.
In medio veritas. En vingt ans les choses se tassent, les malentendus s'effacent, surtout quand il s'agit, de
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part et d'autre, d'observateurs de grand mérite ; et aujourd'hui on peut écrire sur ce sujet un chapitre, ni trop long, ni trop court.
Voici la question, qu'il faut poser nettement.
Dans l'hypnose tout est-il suggestif ? en dehors des éléments suggérés, ne reste- t-il rien dans l'hypnose ? n'y a-t-il pas quelques caractères somatiques ou psychiques, qui persistent, qui appartiennent à l'hypnose, en dehors et à l'abri de toute suggestion ?
On appelle habituellement ces caractères des phénomènes fixes. Je veux bien conserver ce terme usuel qu'on comprend, mais à la condition qu'on en précisera le sens.
Cela ne veut pas dire caractères fixes, chez tous les sujets et dans toutes les hypnoses. Cette question, nous l'avons déjà résolue dans notre deuxième chapitre : nous avons nettement établi, je crois, que la suggestibilité est le seul caractère constant, le seul signe vraiment caractéristique de l'hypnose.
Donc, si on prenait le mot fixes dans le sens du mot constants, la question serait dès à présent résolue par la négative ; il n'y aurait même pas à la poser et le présent chapitre disparaîtrait.
Le mot fixes ne doit même pas vouloir dire non modifiables par la suggestion.
Nous verrons qu'il y a certains de ces caractères dits fixes qui peuvent être modifiés par la suggestion, comme dans d'autres cas ils ne le sont pas.
Les phénomènes que nous étudions sont simplement des phénomènes qui ne sont pas .produits par une suggestion directe : l'hypnose est produite par suggestion ou autrement ; mais, chez le sujet hypno-
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tisé on ne fait aucune suggestion nouvelle et directe pour Tétat de sa motilité, de sa sensibilité, de sa mémoire, etc. Dans cet état d'hypnose sans suggestion nouvelle directe, y a-t-il quelques symptômes, quelques phénomènes susceptibles d'être étudiés, d'être précisés P Et si oui, quels sont-ils?
Donc, le moi fixes veut dire non produits par une suggestion directe ou d'origine non suggestive.
Ce que nous avons dit plus haut (chapitre iv, p. i38) des signes somatiques fixes, d'après la Salpêtrière, n'a pas résolu la question comme je la pose actuellement.
J'ai rappelé les symptômes décrits par Charcot à la catalepsie, à la léthargie et au somnambulisme et j'ai essayé de démontrer que ces phénomènes ne peuvent pas faire la base d'une classification parce qu'ils ne sont pas constants, parce qu'ils ne s'observent pas dans tous les cas ; que par suite on avait eu tort de généraliser les observations (d'ailleurs vraies) de la Salpêtrière et de vouloir en faire le prototype de tout l'hypnotisme ou du qrand hypnotisme, de l'hypnotisme scientifique.
Ce que j'ai essayé de démontrer, en tête de ce quatrième chapitre, c'est que les phénomènes somatiques fixes de la Salpêtrière ne forment pas le cadre constant et inflexible de toutes les hypnoses.
Mais ceci ne prouve pas que dans l'hypnose il n'y ait pas, dans certains cas, des phénomènes fixes, c'està-dire indépendants de toute suggestion provocatrice. J'ai annoncé au contraire que je reprendrais la question dans un autre chapitre : nous avons donc le droit de l'aborder maintenant.
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Donc voilà la question posée : peiit-on dans Thypnose observer el étudier des symptômes indépendants de toute suggestion ?
2. L'histoire de notre sujet F donne immédiatement une réponse nettement et catégoriquement affirmative à cette question.
Dans toutes les hypnoses provoquées ou spontanées, en dehors de toute suggestion, voici une série de symptômes qu'elle présente constamment : contractures immobilisant les quatre membres, les mains avec les doigts enchevêtrés sur le ventre ou derrière le dos (suivant que la crise est spontanée ou provoquée), les jambes étendues et croisées l'une sur l'autre ; les doigts sont tellement serrés que leur extrémité est cyanosée ; le sujet est une véritable barre rigide — anesthésie absolue et généralisée : on peut traverser la peau avec une éping-le, sans déterminer la moindre douleur et sans produire d'écoulement sanguin ; les sensations de chaleur ou de froid ne sont pas mieux perçues — paupières fermées et son seul œil sain convulsé en haut — odorat aboli : elle ne sent pas du tout certaines substances, comme l'éther, qui lui sont très désagréables à l'état de Abeille — ouïe très bien conservée. . .
Yoilà une série de phénomènes que F réalise sans qu'aucun d'eux lui ait été suggéré à aucun moment. Gênée par ces mêmes phénomènes (dont elle ne se rend pas compte) elle n'exécute dans le sommeil aucune suggestion (alors qu'au réveil ou à longue échéance elle exécute tout merveilleusement).
Jamais nous n'avons pu, dans le sommeil, lui faire, par suggestion, décroiser les jambes ou dénouer les doigts.
J'ai vainement essayé plusieurs fois de lui ordonner, on l'endormant, de dormir sans contractures. Je n'y ai jamais réussi. Une seule fois, j'ai obtenu qu'elle s'endormît avec les bras allongés le long du corps, au lieu de les avoir croisés sur la poitrine ; mais il y eut toujours contracture généralisée.
L'ordre de s'endormir l'œil ouvert est suivi d'une hypnose différente avec contracture généralisée, bras en croix et arc de cercle : c'est une crise d'hystérie dans laquelle elle n'entend pas et n'est pas suggestionable.
Ce sujet présente donc, dans son hypnose provoquée, des caractères somatiques fixes qui ne sont pas ceux de la Salpêtrière mais qui existent et sont indépendants de toute suggestion provocatrice.
Ce fait suffirait donc à établir l'existence de ces symptômes non suggérés de l'hypnose. 11 n'est pas isolé.
D'abord il y a aussi tous les faits de la Salpêtrière, sur lesquels a été édifiée la théorie générale de Chargot.
Ce que nous avons critiqué (avec la plupart des auteurs) c'est la généralisation erronée des résultats constatés. Mais il n'est jamais venu à l'esprit de personne de discuter la réalité des faits observés.
Je veux bien que l'éducation, l'entraînement, l'imitation, des suggestions inconscientes aient pu créer
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dans certains cas ces symptômes qui sont alors devenus d'ordre suggestif.
Mais les premiers cas observés, ceux qui ont servi de point de départ à la généralisation critiquée, ont bien été impartialement et sans parti pris observés et la suggestion ne pouvait avoir nulle action pour provoquer un tableau dont on ignorait, alors, l'existence et la nature.
D'ailleurs des faits identiques à ceux de la Salpetrière ont été observés par d'autres médecins ^ comme Tamburini et Seppillt à Reggio Emilia, Ladame à Genève, Rummo et Vizioli à Naples, Maira et Benayente au Gbili. « Est-il admissible, dit Pitres, qu'ils aient tous créé artificiellement, par voie de suggestion, des états pathologiques identiques? »
« D'autre part, ajoute le même auteur, la catalepsie, le somnambulisme et la léthargie se montrent quelquefois, à titre de manifestations de l'hypnose spontanée, chez des sujets qui n'ont jamais été soumis à des expériences d'hypnotisation. M. Yizioli a même rapporté une observation dans laquelle le malade passait spontanément par les trois stades du grand hypnotisme. D'où lui venait la suggestion provocatrice ?...
«... Elle (la suggestion) n'explique pas non plus (les cas) où l'un ou l'autre de ces états s'est développé tout à coup à l'insu des observateurs et consécutivement à des incidents qu'ils n'avaient pas préparés. Ainsi, chez une malade de MM. Tamburini et Seppilli, la catalepsie apparut subitement après un coup de