I. Voir Pitres. Loco cit., t. TI, p
33/î ITYPNOTTSME ET SUGGESTION
fusil tiré près des fenêtres de l'appartement où se trouvait la malade. M. Baiîinski a observé un fait analogue : une de ses hystériques ne présentait depuis dix-huit mois que les deux phases somnambulique et léthargique qu'on avait constatées chez elle dès son entrée à ] 'hôpital. Un jour, pendant qu'elle était à l'état de veille, tranquillement occupée à un travail manuel, elle entendit un coup de tam-tam frappé dans une pièce voisine. Elle tomba aussitôt en catalepsie et, depuis ce moment, on put la placer expérimentalement en état cataleptique. Comment expliquer dans ces deux cas la suggestion de la catalepsie ?
« Mais voici un argument beaucoup plus typique. Si les phénomènes somatiques qui caractérisent le grand hypnotisme étaient le résultat de suggestions, il devrait être très facile de les produire artificiellement sur les sujets hypnotisables et suggestibles chez lesquels ils ne se développent pas de prime abord. Or, personne jusqu'à présent n'a pu provoquer, par ce moyen, le phénomène de l'hyperexcitabilité neuromusculaire. M. Delbœuf s'est efforcé de le reproduire en indiquant à des sujets hypnotisés les mouvements qui devaient correspondre à chaque excitation périphérique ; il n'y a pas réussi. Nous avons, dit-il, travaillé deux ou trois jours à ce nouveau genre d'éducation et sans succès. M. Grasset et M. Babinsri n'ont pas été plus heureux ; ils ont essayé aussi de faire disparaître par suggestion le même phénomène chez des sujets qui le présentaient et ils n'ont pu y arriver. »
De tout cela nous pouvons conclure que dans cer-
SYMPTOMES NON SUGGÉRÉS DE l'hYPNOSE 335
tains cas d'hypnose on observe des phénomènes soma tiques fixes, indépendants de toute suggestion.
Ces phénomènes peuvent reproduire le tableau classique de la Salpêtrière. Mais ils peuvent aussi s'en écarter, être différents. Notre cas de F et bien d'autres le prouvent.
3. Alors se pose cette question, qui se présente tout naturellement à l'esprit : puisque ces phénomènes somatiques fixes ont été observés et cependant ne sont pas constants, pourquoi se développent- ils dans certains cas et pas dans d'autres ? Dans quels cas les observe-t-on ?
Le fait historique brut fait immédiatement prévoir la réponse.
Ch/Vrcot, qui a décrit les caractères somatiques fixes et y a tant insisté, observait, à la Salpêtrière, sur des hystériques. Bernheim, qui n'a vu que la suggestion et qui a nié les phénomènes somatiques fixes en dehors de la suggestion observait à Nancy, en dehors de l'hystérie, sur des sujets quelconques.
Notre sujet F, chez laquelle nous avons observé de très nets phénomènes somatiques fixes, était une grande hystérique.
Elle avait des crises spontanées de plusieurs types : certaines présentaient le type classique avec arc de cercle, bras en croix ou grands mouvements ; d'autres (les plus fréquentes) présentaient le même tableau que les hypnoses provoquées que nous avons décrites.
Or, ces crises spontanées ont été bien antérieures à toute tentative d'hypnotisation et de suggestion.
C'est en observant ces crises spontanées de sommeil que le D*" Bringuier, médecin de la maison centrale où F était à ce moment, constata qu'elle entendait et répondait et qu'il arriva ensuite à provoquer le sommeil et à faire des suggestions. Et, dès la première séance d'hypnose provoquée, il constata que l'attaque de sommeil provoqué se présente toujours avec les mêmes caractères que l'attaque spontanée ^ .
De là résultent les propositions suivantes qui sont mes conclusions de 1887 ".
Il faut faire une grande division parmi les hypnotisables : ceux qui sont et ceux qui ne sont pas hystériques (j'entends la grande hystérie à attaques franches et non l'hystéricisme ou le nervosisme simple) antérieurement à toute tentative d'hypnotisation.
Chez les premiers (hystériques antérieurs), le sommeil provoqué peut s'accompagner de phénomènes somatiques fixes ; chez les seconds, le sommeil provoqué est entièrement dominé par la suggestion.
Dans le premier groupe, les uns présentent des caractères somatiques fixes qui reproduisent le type dit grand hypnotisme de Gharcot ; les autres reproduisent simplement et fidèlement leurs attaques spontanées d'hystérie antérieure (ces attaques ayant des caractères divers suivant les malades).
Plusieurs des opinions émises dans l'enquête de
1. Voir Bringuier. Gaz. hebdoin. des se. médic. de Montpellier, 1886, p. 122.
2. Arcli. de neurol., octobre 1887, t. XIV et Lee. de Clin, méd., t. I, p. 667.
SYMPTOMES NON SUGGERES DE l'hYPNOSE 337
Crocq^ sont conformes (ou à peu près) à cette manière de voir.
La question posée était celle-ci : les trois états de CiiARCOT existent-ils ?
BuROT, de Rochefort, répond : « Oui, chez les grandes hystériques. »
Bremaud, de Brest: « ... ils existent, à titre de symptôme pathologique spontané, chez les hystériques à crises. »
OcHOROwicz, de Varsovie : «... quant aux phénomènes extérieurs particuliers, il faut les préciser pour chaque sujet individuellement. Les signes extérieurs physiques, Thyperexcitabilité neuromusculaire, etc., peuvent se manifester dans toutes les phases psychiques, même à l'état de veille. »
Baron von Schrenk Notzing, de Munich : « Les trois études de Gharcot sont un mélange de symptômes hystériques et d'états hypnotiques... )>
Tamburini « croit que les phénomènes somatiques décrits par l'École de Paris existent, qu'ils peuvent se produire et qu'ils se sont produits réellement en dehors de toute espèce de suggestion, mais qu'ils dépendent alors, non pas de l'hypnose, mais bien de l'hystérie ».
Grocq lui-même professe une opinion analogue et résume sa pensée en disant que « les trois états de Charcot (modifiés dans certains cas) peuvent s'observer, indépendamment de toute suggestion consciente ou inconsciente, mais que ces états n'appartiennent pas à l'hypnotisme ordinaire physiologique, qu'ils dépendent d'un état pathologique, l'hystérie )).