I. Voir, pour ce qui suit: Grocq. /.oco cit., p. io5, 107 et
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variable » et celle de Delboeuf : « l'absence du souvenir au réveil n'est pas un caractère essentiel du rêve hypnotique. »
C'est ce que nous avons dit dans notre deuxième chapitre (p. 54) quand, cherchant les éléments constants et vraiment caractéristiques de l'hypnose, nous avons refusé de les trouver dans l'état de la mémoire.
Mais les règles ci-dessiis restent générales.
Des deux propositions, la première est le plus souvent réalisée : étendue de la mémoire hypnotique à la fois aux périodes hypnotiques* et aux périodes extrahypnotiques .
Quant à la seconde (amnésie au réveil) elle ne s'applique, comme l'a fait remarquer Grocq, qu'aux hypnoses profondes.
Un autre fait remarquable a été mis en évidence par Charcot et bien étudié par Pierre Janet - : c'est la possibilité qu'ont certains sujets de retrouver dans l'hypnose (et parfois même dans le rêve) des souvenirs qu'ils paraissent n'avoir pas acquis. Ainsi un sujet est frappé, après une émotion, d'une attaque d'hystérie... d'amnésie antérograde, c'est-à-dire qu'il ne peut plus acquérir de souvenirs pendant une pé-
I Grocq a cependant vu souvent des sujets no pas se remémorer dans l'hypnose les faits écoulés pendant un sommeil antérieur.
2. Voir notamment Charcot. Journal de méd. et de chir. prat. et Revue de Vhypnot., t. VI, 1892, p. 334, et Pierre Janeï. Congrès de Londres, août 1892. Bévue de l'hypnot., t. YIl, 1893, p. 85.
riode donnée. On l'endort ; il retrouve tous ces souvenirs c[ul\ paraissait n'avoir pas acquis.
Dans ce cas, l'enregistrement s'est fait dans la mémoire polygonale, mais n'a plus pu parvenir à 0, pour lequel ces souvenirs n'existent pas (dans ces cas) ; dans la désagrégation suspolygonale provoquée le sujet parle avec ses souvenirs polygonaux et il retrouve ceux-là comme les autres.
A l'exemple de Binet et de Féré, il est du reste bon de distinguer entre la mémoire de conservation et la mémoire de rappel.
Pour Binet et Féré, la mémoire de rappel est exaltée par l'hypnotisme, tandis que la mémoire de conservation reste à peu près identique. Ainsi, dans l'hypnose, une somnambule de Richer chantera un grand air de V Africaine dont elle ne peut retrouver une note au réveil.
Pour Grocq, «. rien ne prouve l'exaltation spontanée de la mémoire des hypnotisés ; tout, au contraire, porte à croire que la mémoire, tant de conservation que de rappel, est semblable pendant l'hypnose à ce qu'elle est à l'état de veille (il est bien entendu que c'est en dehors de toute suggestion) ».
Ceci est évident pour la mémoire de conservation ou d'emmagasinement. Les souvenirs emmagasinés ne changent pas suivant que le sujet veille ou dort. La meilleure des preuves en est qu'il suffit d'une simple suggestion pour rappeler les souvenirs de toutes les catégories dans l'un et l'autre états.
Quant à la faculté de rappel de ces souvenirs emmagasinés, elle s exerce par des associations d'images
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et d'idées. Il semble que le plus souvent le rappel par les associations polygonales se fait mieux dans l'hypnose, tandis que les associations en 0 se font mieux à l'état de veille.
Ce qui semble le prouver (comme Binet et Féré l'ont très bien fait remarquer), c'est la facilité avec laquelle les hypnotisés trouvent et se rappellent les points de repère dans les hallucinations suggérées. Nous avons rapporté ces expériences et vu avec quelle acuité de sens et de mémoire un hypnotisé reconnaît un carton (sur lequel personne ne voit rien), le distingue des autres, reconnaît s'il est dans le bon sens.
B. Beaunis a étudié Vétat intellectuel des hypnotisés en dehors de toute suggestion et il admet « qu'il y a, chez eux, repos absolu de la pensée, tant que des suggestions ne sont pas faites. Quand, en effet, on demande à un sujet endormi : A quoi pensezvous ? Presque toujours il répond : A rien. Il y a donc un véritable état d'inertie ou plutôt de repos intellectuel, ce qui s'accorde bien, du reste, avec l'aspect physique de l'hypnotisé... Il n'y a certainement ni rêves ni pensées d'aucune sorte... Cette inertie intellectuelle n'est que conditionnelle ; il suffit delà moindre suggestion pour que le cerveau reprenne son activité normale et peut être même une activité supérieure à celle de l'état de veille ».
Crocq admet et développe les mêmes idées pour lés
i. Voir, pour ce paragraphe, Crocq. Loco cit., p io5, io8, 112 et i3i.
Grasset. (2' éd.) 20
35o HYPNOTISME ET SUGGESTION
« sujets neufs ». « Il y a repos de la pensée, tant que des suggestions ne viennent pas réveiller les facultés intellectuelles... en général, le repos intellectuel s'accentue à mesure que le sommeil devient plus intense, il suit une marche analogueà celle de Tanesthésie... »
Pour bien mettre cette question au point, il faut distinguer le psychisme en acte et le psychisme virtuel dans l'hypnose.
Les propositions de Beaunis et de Crocq s'appliquent parfaitement au psychisme en acte : l'activité psychique propre de l'hypnotisé est nulle tant qu'il n'y a pas de suggestion.
Quant au psychisme virtuel de l'hypnotisé, c'està-dire la faculté d'activité psychique et l'étendue de cette faculté, il varie beaucoup suivant les cas. J'ai longuement insisté sur les divers degrés de cette faculté psychique du polygone en hypnose et j'en ai fait la base de la classification proposée pour les diverses variétés d'hypnose.
On trouvera cela dans notre quatrième chapitre (p. i56); je n'ai donc pas à y revenir ici.
7. Tout ce chapitre peut être résumé en cette simple proposition : tous les symptômes de l'hypnose ne dérivent pas" d'une suggestion directe ; il y a dans l'hypnose des phénomènes indépendants de toute suggestion. Ces phénomènes, dits fixes, ne sont pas constants dans tous les cas ni semblables à eux-mêmes chez tous les sujets. Mais ils existent et peuvent être scientifiquement étudiés.
11 y a d'abord, dans ces symptômes fixes, unprc-
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mier groupe (surtout moteur) qu'on observe uniquement chez les sujets hystériques avant l'hypnose ; l'hystérie les fait naître et surtout leur imprime une forme clinique.
Puis il y a d'autres symptômes somatiques fixes, indépendants de l'hystérie : ce sont des phénomènes sensitifs et aussi (quoique avec moins d'importance) des phénomènes circulatoires et respiratoires.
Enfin, il y a aussi des symptômes psychiques qui sont également indépendants de toute suggestion. Ils se rapportent spécialement à la mémoire et à l'état intellectuel des sujets.
Grande est l'importance de ce chapitre si on admet la conclusion formulée plus haut qui le termine : il apporte une preuve de plus (et non des moindres) à cette opinion qui domine tout ce livre que, si la suggestion joue un immense rôle dans l'hypnotisme, elle n'est pas tout et ne peut pas tout remplacer.