‹ L'hypnotisme et la suggestionChapitre 126 sur 218 · Résumé et conclusions · texte numérisé non relu

Résumé et conclusions

I . Il n'est pas de chapitre de l'hypnotisme qui ait donné heu à des assertions plus contradictoires et plus exagérées.

a. L'École de la Salpêtrière a d'abord tiré de ses étude du grand hypnotisme peu d'encouragements à la thérapeutique.

l'htpnottsme au poixt de vue thérapeutique 353

Dans l'article Hypnotisme clu Dictionnaire encyclopédique, signé Paul Richer et Gilles de la ïou- RETTE, quatre pages (sur 66) sont consacrées aux applications thérapeutiques et, d'emblée, les auteurs jugent ainsi 1' « agitation factice » qui a été faite autour de cette question.

« Notre opinion, disent-ils', ne sera pas longue à formuler. L'hypnotisme n'agissant, ainsi que nous pensons l'avoir établi, que sur les névropathes, pour ne pas dire les hystériques, les manœuvres ne devront être employées comme moyen thérapeutique que pour la cure des accidents relevant de cet état pathologique. Nous en tirerons immédiatement la conséquence sur laquelle nous nous étendrons bientôt plus longuement, qu'il est médicalement interdit, sous peine de voir se développer une foule d'accidents beaucoup plus graves que ceux qu'on entreprendrait de guérir, d'hypnotiser les sujets ne présentant pas les symptômes de l'hystérie confirmée. »

Ailleurs, Gilles de la Tourette " dit aussi : «... Voici un sujet porteur d'une paralysie, nous l'endormons, pendant le sommeil nous lui suggérons que sa paralysie doit disparaître ; elle disparaît en eftet et l'hypnotisme a triomphé. Ce sont les théoriciens de l'hypnose qui parlent ainsi et les observateurs sincères qui ont la pratique du traitementdes hystériques sont loin de partager leur enthousiasme. L'hypnotisme n'est pas autre chose qu'un paroxysme hystérique

1. Richer cL Gili.es df, i.a. Toukette. Art. II y[)nollsnie. Dict. Piicyclop. des se. niéchc, p. 120.

2. Gilles de la Tourette. Leç. de Clin, thérapeut. sur les mal. nerw Cit. Grooo. Loco cit., p. 52^.

35/| TTyp^OTTSM^, et suggestio>'

provoqué au lieu d'être spontané ; il agit comme les paroxysmes en modifiant profondément le terrain hystérique. Or, ce que le médecin qui essaie de déter miner le sommeil artificiel doit avoir constamment présent à l'esprit, c'est qu'il no peut savoir à l'avance si les effets qu'il va produire, au lieu d'être curatifs, ne seront pas simplement désastreux... »

6. L'École de Nancy a, au contraire, donné immédiatement une grande extension au côté thérapeutique.

D'après cette Ecole, dit Pitres^, si la médication suggestive « ne fait pas de hicn, elle ne peut pas faire de mal et, dans toutes les maladies, il y a, en dehors des lésions que la suggestion ne saurait détruire, des troubles fonctionnels surajoutés qu'elle peut atteindre et modifier heureusement. C'est en partant de ces principes que MM. Liébeault et Bernheim à Nancy, Berillon et LuTS à Paris, Lloyd Tucrey à Londres, MoLL à Berlin, van Benterghem et van Eeden à Amsterdam, Oïto Wetterstrand à Stockholm, etc., s'efforcent d'hypnotiser tous les malades qui se confient à eux : ataxiques, tuberculeux, cancéreux, coxalgiques, dysentériques, etc., et ordonnent à l'un de ne plus souffrir, à l'autre de manger avec appétit, au troisième de ne plus aller à la garde-robe que deux fois par jour, etc. Ils obtiennent, disent-ils, des succès remarquables et publient des statistiques prodigieusement belles )).

I. PiTRF.s. Loco cit., p. 396. — Bonne bibliographie de la question jusqu'en 1891.

l'tTYPNOTISME au point de vue THÉRA.PEUTTQUE 355

Bernheim, sur 71 observations, non choisies, compte 59 guérisons et 12 améliorations. Et, plus tard, sur 99 observations, 72 guérisons et 27 améliorations ; soit, en tout, sur 170 observations, i3i guérisons et 89 améliorations, sans un insuccès.

LuYS, sur 128 malades, a 67 guérisons, 5i améliorations et 10 états stationnaires.

Et VAN Renterghem, rentrant en Hollande, après une visite à la clinique de Wetterstrand à Stockholm, s'écrie enthousiasmé : « Cette visite m'a laissé l'impression ineffaçable que la psychothérapie, telle que la comprend et la pratique le D'' Wetterstrand, est une branche de l'art de guérir, appelée, dans un avenir peu lointain, à révolutionner la médecine'. »

c. L'extension de la thérapeutique suggestive est d'autant plus grande, dans l'École de Nancy, que l'on y applique la définition très étendue de la suggestion donnée par Bernheim, que nous avons essayé de combattre plus haut (chapitre 11, p. 67).

« ... Ce qui est nouveau et ce qui appartient à l'École de Nancy, dit Bernheim^, c'est d'abord l'application systématique et raisonnée de la suggestion au traitement des malades... C'est la suggestion hypnotique employée comme méthode psychothérapeu-

1. Wetterstrand. L'hypnotisme et ses applications à la médecine pratique, trad, franc, de Valentin et Lindford sur la version anglaise de Petersen, 1899, p. xi (Préface du traducteur) .

2, Bernheim. Hypnotisme, suggestion, psychothérapie, études nouvelles, 1891, p. a^ et 26.

tique... Je définis la suggestion dans le sens le plus large : c'est l'acte par lequel une idée est introduite dans le cerveau et acceptée par lui... Tout ce qui entre par l'oreille dans l'entendement, tout ce qui, avec ou sans contrôle préalable, est accepté par lui, tout ce qui persuade, tout ce qui est cru, constitue une suggestion par le sens auditif. Les avocats, les prédicateurs, les professeurs, les orateurs, les négociants, les charlatans, les séducteurs, les hommes d'Etat, etc., sont des suggestionneurs... »

On voit l'étendue énorme, à peu près indéfinie, que prend la thérapeutique suggestive qui englobe alors toute la psychothérapie, tous les traitements moraux, la médecine d'imagination, la thérapeutique mentale, l'éducation et la pédagogie.

d. On comprend dès lors que cette extension considérable du moyen ait entraîné des exagérations et par suite provoqué des objections et des railleries, comme celles de Wundt \ par exemple, qui écrit:

«... Ces hommes croient avoir trouvé dans la suggestion non seulement un remède contre toutes les maladies morales dont nous souffrons, mais encore le grand levier du progrès de la civilisation, destiné à soulever l'humanité vers un état de perfection inconnu jusqu'alors. Ils demandent qu'on l'introduise avant toute chose dans l'éducation et l'instruction. D'après le dire des pédagogues de l'hypnotisme, pour faire de ses enfants des hommes d'une excellente moralité,

Page 1