‹ L'hypnotisme et la suggestionChapitre 131 sur 218 · Pierre Janet. Cit. Grocq. Loco cit., p · texte numérisé non relu

Pierre Janet. Cit. Grocq. Loco cit., p

Grasset. (2^ éd.) 21

Tétat de veille (dans ce même chapitre, paragraphe 4, p. 377) l'exposé et la discussion des idées de Binet, parce que cet auteur démontre très nettement qu'il ne fait que de la suggestion à l'état de veille et que même il ne fait pas d'hypnotisme (au moins dans la plupart des cas).

Mais Berillon déclare qu'il fait de l'hypnotisme, il en fait si bien qu'il attribue à cet hypnotisme les meilleurs effets qu'il obtient et c'est avec cet hypnotisme qu'il améliore la volonté de ses sujets.

(( Il n'est plus permis, dit-il \ de méconnaître la valeur de la suggestion hypnotique employée comme agent moralisateur et réformateur dans le traitement des enfants pervers, kleptomanes, impulsifs ou vicieux... La guérison — obtenue par la suggestion hypnotique — s'accompagne le plus habituellement d'un réveil de la conscience et du sens moral... Sans l'hypnotisme, la suggestion pratiquée à l'état de veille ne donne que des insuccès. C'est pourquoi nous pouvons déduire de notre pratique, déjà longue, que c'est l'hypnotisme qui joue le rôle prépondérant dans la guérison de l'onanisme et des états mentaux qui s'y rattachent... Le but de ce dressage sera surtout de créer chez l'enfant de véritables centres d'arrêt psychique et de procéder à une éducation systématique de la volonté. » Et la figure 3 (p. 190) représente r « éducation de la volonté » par l'hypnotisme.

Yoilà des assertions complètement opposées à celles

I. Berili.on. Les applications de Tliypnotisme à la pédagogie et à l'orthopédie mentale. //^ Congrès de l' hypnotisme, 1900, p. 190.

l'hypnotisme au point de vue thérapeutique 363

des auteurs précédents. Non seulement l'hypnotisme ne dissout pas la personnalité, n'affaiblit pas la volonté et la spontanéité du sujet, mais au contraire il fortifie ces facultés supérieures du sujet et sert à l'éducation de sa volonté et par suite au perfectionnement ou au rétablissement de son unité psychique normale.

J'avoue que je me sépare, sur ce point, de Berïllon et ne peux pas accepter la théorie qu'il donne de sa thérapeutique. 11 va sans dire que je ne conteste pas les faits qu'il a observés et les résultats obtenus. Mais l'interprétation m'en paraît toute différente.

jNous retrouverons la question un peu plus loin, au paragraphe 7 de ce même chapitre consacré aux applications pédagogiques de l'hypnotisme. Mais je peux bien dire, dès à présent, que Berillox traite et guérit des malades, chez lesquels il y a déjà des troubles polygonaux morbides qui gênent et entravent, chez l'enfant, le libre et normal exercice de la volonté et de la haute direction morale de 0.

Il combat et détruit cet obstacle, cette mauvaise habitude polygonale par l'hypnotisme ; ce qui est tout à fait dans le rôle et les attributions ordinaires de l'hypnotisme : action polygonale, action sur le polygone désagrégé. El il rend ainsi sa liberté à 0 ; il lui peritîet de reprendre la direction normale et physiologique de l'entier psychisme '.

I. C'est bien en O, pliysiologiquement collaborant avec le polygone, que siège la volonté, qui, comme l'a dit Paulhan (^loco cit., p. 3) a pour caractère propre d'être une « synthèse nouvelle », une « synthèse active ». On parle bien de « volitions élémentaires, partielles ». Mais « c'est plutôt à l'action qui engage plus complètement l'ensemble de la personnalité que nous

36/i HYPNOTISME ET SUGGESTION

Mais il n'a pas agi directement sur la volonté ni sur le sens moral. Une volonté ou un sens moral qui n'auraient d'autres racines dans l'esprit qu'une ou plusieurs suggestions n'auraient aucune consistance, n'existeraient pas.

L'avulsion d'une dent ne doit pas être considérée comme un hypnotique à la façon du chloral ou du sulfonal. Et cependant le dentiste fera dormir un sujet dont l'insomnie est causée par la carie douloureuse d'une dent.

C'est ainsi que Berillon agit sur la volonté de 0 : il supprime l'obstacle au fonctionnement physiologique, mais il n'agit pas directement sur 0. L'hypnotisme ne peut pas agir sur 0 ; il n'agit que sur le polygone.

« Le sujet étant hypnotisé, dit Berillon (p. 192), c'est-à-dire placé dans l'état d'obéissance passive, reçoit, sans les discuter et sans y résister, les suggestions destinées à éveiller sa conscience, en un mot à transformer des sensations non perçues en sensations conscientes. »

Non. Il est impossible d'attribuer ce rôle à l'hypnotisme qui n'agit au contraire que sur l'automatisme et ne peut agir que sur lui. Au lieu de rendre les sensations conscientes, il développe l'automatisme. Seulement, en agissant sur cet automatisme, il peut

réservons le nom de volonté » (p. 53), c'est-à-dire à 0 qui représente les centres de la synthèse la plus élevée. — Voir encore, sur cette éducation suggestive de la volonté, Yalentin et Har- TENBERG. Coiigvès de Toulouse, 1897. Revue de l'hypnot., t. XII, 1898, p. i55 et Berillon. Congrès de St-Etienne, 1897. Revue de l'hypnot., t. XII, 1898, p. i5G.

LIllP-NOTiSME AU POIxM' DE ME TllÉRAl'EL TIQL'E 365

le guérir, si cet automatisme est malade et c'est en guérissant cet automatisme qu'il rend possible le fonctionnement régulier de son centre 0.

Berillon le proclame très bien comme tous les autres : « Ce qui caractérise l'impulsion kleptomaniaque que Ton observe fréquemment chez les enfants dégénérés, c'est Fautomatisme et l'inconscience absolue qui président à l'accomplissement de l'acte. » Voilà les enfants qu'il guérit par l'hypnotisme. Une impulsion polygonale, une idée fixe polygonale, annihile 0 et les fait kleptomanes. Par l'hypnotisme on supprime cette idée, on guérit le polygone et 0 reprend ses droits et sa direction normale.

On n'a pas fortifié la volonté de l'enfant ; on a enlevé l'obstacle polygonal qui empêchait sa volonté de s'exercer.

Donc, les expériences et les résultats de Berilloim, tout remarquables qu'ils sont, ne sont pas en contradiction avec les assertions émises ci-dessus et nous laissent cette conviction que l'hypnotisme a l'inconvénient de provoquer ou de faciliter les désagrégations suspolygonales.

c. On a même constaté (ce qui est vrai) un certain caractère d'électivité dans les tendances de cette désagrégation suspolygonale et on a reproché à l'hypnotisme de développer non seulement une tendance générale et vague à la sujétion, mais encore une sujétion précise et concrète de l'hypnotisé par rapport à l'hypnotiseur.

Le sujet s'attache à l'hypnotiseur avec ces senti-

ments d'aflectioii qu'engendre la conscience de la supériorité et de l'autorité de l'hypnotiseur. Non seulement il devient son esclave, mais son esclave dévoué, j'allais dire amoureux.

Touroude' va jusqu'à affirmer que l'hypnose fait naître « une passion violente et une attraction presque irrésistible dans le sujet hyi^notisé, à l'égard de son hypnotiseur » .

J'avoue que je n'attache pas une grande importance à cette objection qui me parait singulièrement exagérée et un peu théorique ; je ne suis pas très touché de sa valeur.

A un moine qui voulait bien me demander mon avis sur ce côté délicat de la question, je répondis : « Cette afTection faite de reconnaisance pour le bien ressenti ne me paraît avoir aucun inconvénient possible avec un médecin honnête qui connaît tous les devoirs de sa dignité professionnelle. Elle le dédommage un peu de l'ingratitude de tant d'autres et ne peut être invoquée pour faire proscrire l'emploi de cet agent thérapeutique puissant. »

Et le moine, qui, je n'ai pas besoin de le dire, est un homme d'une haute valeur intellectuelle et très au courant de toutes ces choses, ajoute* :

« Une passion violente, mais un médecin non hypnotiste, un avocat, un notaire, un officier, que dis-je ? un valet, un tailleur, un coiffeur peuvent

1. TouROUDE. L'hypnotisme ; ses phéiiotnèiies et ses dangers, p. 80. Cit. R. P. CocoNNiEK. L hypnotisme franc., 2^ édit., 1898, p. 209.

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