Crocq. Loco cit., p
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IIÏI'NOÏIS-VIE \LT SI fifJESTIOX
Alors la suggestion devient toute insinuation psychique d'agir et au point de vue thérapeutique suggestion et psychothérapie deviennent synonymes.
C'est là une manière de voir à laquelle il m'est impossible de souscrire.
J'ai dit plus haut (chapitre ii, p. .^7) pourquoi je tenais à conserver au mot suggestion un sens pins étroit et plus précis. S'ils étaient logiques et allaient au bout de leur pensée, les auteurs que je combats ne devraient pas dire seulement : « il n'y a plus d'hypnotisme » ; ils devraient dire également : « il n'y a plus de suggestion » . Pourquoi appeler suggestion ce que l'on a toujours appelé persuasion, enseignement, etc. P
Je ne peux pas plus admettre que l'entière psychothérapie rentre dans la suggestion. Ou bien il faut étendre la suggestion jusqu'à la rééducation motrice par la méthode de Frenrel.
Bernheim, Hartenberg, Yale>tin, Aimé, qui" ont publié des choses si remarquables en psychothérapie, parlent constamment de gymnastique morale, de dynamogénie suggestive. Mais cela n'a rien à voir avec la suggestion.
La suggestion s'adresse à l'automatisme ; eux s'adressent au psychisme entier complet de l'individu.
Comme Frenkel quand il rééduque les ataxiques, ces auteurs s'adressent au centre 0 du sujet pour réentraîner son polygone.
Quand Harteîvberg réentraine son artiste, lui fait exécuter des mouvements autoritaires, le fait marcher à une allure assurée, débiter des tirades héroïques de Ruy Blas, c'est à son psychisme entier qu'il s'adresse
l'hypnotisme au point de vue thérapeutique 38 1
et non à son polygone. Ce n'est donc pas une suggestion, c'est de la rééducation ; ce qui n'est pas du tout la même chose.
Les expériences deBiNET, rapportées dans son livre sur la suggestibilité, appartiennent au même groupe. 11 déclare formellement, et avec raison, qu'il ne fait pas d'hypnotisme ; mais il emploie ce mot de suggestibilité comme Hartenberg garde le mot suggestion. Et c'est ce qui prête à confusion.
Il faudrait adopter ou lâcher les mots hypnotisme et suggestion, mais pasles disjoindre, pour garder l'un et supprimer l'autre.
Si, vous basant sur la continuité des termes de transition entre la veille et le sommeil, vous voulez supprimer l'hypnose, basez- vous aussi sur la continuité des termes de transition entre le conseil et la suggestion et supprimez la suggestion. Si vous ne parlez plus d'hypnotisme, ne parlez plus ni de suggestion ni de suggestibilité.
Et quand vous n'en parlerez plus, vous verrez qu'il y a cependant dans cette longue série de termes des catégories à établir, des groupes à former, des types à retenir; et vous serez contraints de créer de nouveaux mots ou (ce qui vaut mieuv) de reprendre les anciens pour désigner ce groupe spécial de faits, bien définis et bien caractérisés que l'on appelait (et auxquels nous voudrions continuer à réserver ce nom) que l'on appelait suggestion et hypnotisme.
Donc, qu'on ne se méprenne pas sur le sens et la portée de ce paragraphe, je ne nie pas la psycho-
thérapie : ce serait ridicule. Mais je ne la confonds pas avec la suggestion thérapeutique.
La psychothérapie est une grande et vaste méthode thérapeutique qui, entre autres choses, comprend la suggestion thérapeutique. La thérapeutique mentale, également distincte de la suggestion thérapeutique, est une autre partie de la psychothérapie.
En d'autres termes, la psychothérapie comprend toute la thérapeutique psychique : la suggestion thérapeutique qui ne s'adresse qu'au polygone et la thérapeutique mentale qui ne s'adresse qu'au centre (3 ne peuvent être que des parties de la psychothérapie qui comprend tout le psychisme et tous les psychismes au point de vue thérapeutique.
Si on accepte ces considérations, on voit que la suggestion à l'état de veille reste une partie, mais une partie restreinte et inférieure, de la suggestion thérapeutique.
Dans ce même chapitre des suggestions thérapeutiques à l'état de veille, nous devons signaler les autosuggestions de rappel sur lesquelles Jules \oisi\ a récemment attiré l'attention sous le nom de représentations mentales posthypnotiques .
Un sujet a des phobies ; il est traité par la suggestion hypnotique ; il reste guéri pendant plusieurs jours; puis il sent que ses phobies recommencent à poindre. Alors, sans nouvelle intervention du médecin, le sujet s'installe comme il l'était lors de la précédente
I. Jules Voisin. //« Congrès internat, de r/iypnotisnir, igoo, p. 276.
L'HYPi>ïOTISME AU POINT DE VUE THERAPEUTIQUE 383
hypnotisation, il évoque ses souvenirs, voit et entend son médecin, s'endort et au bout d'un certain temps se réveille débarrassé de ses phobies.
Une jeune fille, très intelligente, ayant subi plusieurs échecs à son examen par le fait de la peur, va trouver Jules Voisin, qui l'endort et lui fait la suggestion qu'elle passera très bien son examen, qu'elle ne sera pas émue, qu'elle répondra à toutes les questions et que sa volonté sera maîtresse. Immédiatement avant de se rendre à l'Hôtel de Ville, elle évoque le souvenir de Jules Voisin, le voit, l'entend et s'endort pendant 1 5 minutes, a A son réveil elle se trouve très bien et sent qu'elle affrontera sans crainte les examinateurs. Elle fut reçue avec la note très bien. »
Ce procédé est employé par divers auteurs, notamment par Bonjour, de Lausanne, et par Berillon.
On comprend qu'il puisse y avoir, dans certains cas, un puissant adjuvant thérapeutique dans ce procédé de (( reviviscence suggérée des représentations mentales )) ou des autosuggestions de rappel.
5. Nous pouvons passer maintenant à l'énumération des principales maladies que l'on a traitées par la suggestion hypnotique et nous appliquerons les principes que nous venons d'exposer à la critique des faits publiés par les divers auteurs.
■ a. Pour l'hystérie, il est inutile d'insister. C'est le triomphe de l'hypnotisme, pour les manifestations localisées et étroites. Les documents cliniques abondent, on trouvera des séries d'observations,
notamment dans les ouvrages de Liébeault, de Ber>- HEiM et de Wetterstraisd.
Comme exemple typique, je citerai le cas remarquable communiqué par Terrien au dernier Congrès de 1900* : c'était une astasie abasie liystérique, le sujet marcbait sur les coudes et les avant-bras et sur les genoux depuis quatre ans et fut guéri instantanément dans une seule séance d'hypnotisation avec suggestion.
En i885, Debove guérit (^Société médicale des hôpitaux^ une hémiplégie droite hystérique ; chez d'autres, de l'anorexie, des vomissements et de la constipation, et, peu après (^Semaine médicale, 1886) je faisais disparaître, en trois séances de suggestion hypnotique, une contracture en flexion du poignet et de tous les doigts de la main gauche, avec anesthésie complète de la main et de l'avant-bras^ datant de six mois.
b. La neurasthénie donne infiniment moins de succès que l'hystérie.
Cela tient à deux causes : d'abord les neurasthéniques paraissent moins fréquemment et moins facilement hypnotisables ; et puis, surtout, la neurasthénie produit, beaucouj) moins fréquemment que l'hystérie, de ces localisations étroites et bien précises (monoplégies, anesthésies limitées, etc.) qui dans l'hystérie sont le triomphe de l'hypnotisme.
Dans son travail sur la psychothérapie en \ endée
I. Terrien. H^ Congrès inte? national de l'hypnotisme, p. 287.
l'hypnotisme Al POINT DE VUE THÉRAPEUTIQUE 385
Terrien ^ dit : <( on prétend que le neurasthénique est amélioré, guéri même de ses accidents, par l'hypnotisme. Tel n'est pas mon avis. J'ai essayé chez de nombreux neurasthéniques l'hypnose, chez la plupart je n'ai obtenu aucun résultat, et chez d'autres un soulagement tellement passager que j'ai renoncé depuis longtemps à l'employer. » Il estime que les succès publiés avaient été observés chez des hystéroneurasthéniques et que la suggestion les avait améliorés en supprimant les manifestations hystériques.
Pitres- admet aussi l'inefficacité de l'hypnose suggestive sur les « obsessions neurasthéniques » .
Cependant Berillon ^ a publié un cas de neurasthénie grave, traitée avec succès par la suggestion hypnotique.
Bernheim'' donne lo observations, améliorées ou guéries, sous le titre général d' « affections neurasthéniques » et d'autres sous le titre de « troubles neurasthéniques consécutifs à des affections diverses )).
D'une manière générale, cet auteur conclut qu'on a des guérisons remarquables dans la neurasthénie acquise (locale ou diffuse) tandis qu'on n'obtient rien dans les neurasthénies héréditaires.
Wetterstrand ' préfère le plus souvent le traitement