Félix Hement. Ibid., t. Il, 1888, p. 36o
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c'est-à-dire réducaiioii de 0. Contre l'élève indocile, il critique les punitions corporelles, privations de nourriture ou de promenade... « Nous avons affaire à un être de raison et qui nous entend et nous comprend ; pourquoi agir avec lui comme avec l'animal qui ne nous comprend que très imparfaitement et que nous forçons à accomplir des travaux dont il ne voit pas le but, souvent contre son gré, parfois contre ses aptitudes ? Il s'agit de former un caractère, de développer une intelligence, d'affiner des sentiments : nous allons donc faire appel à la raison, à l'intelligence, à la volonté, à la sensibilité... »
Il développe la manière d'appliquer ces principes, de communiquer à l'enfant les impressions salutaires et il ajoute : « Mais c'est de la suggestion ! Va-t-on nous dire. Nous n'en disconvenons pas. »
Et nous voilà revenus à la vaste conception de la suggestion qui en fait la Reine du monde et lui enlève toute précision scientifique en la répandant partout, en dehors de la médecine et des médecins.
En somme, et sans qu'il soit nécessaire de revenir sur les arguments déjà donnés et répétés, il me paraît nécessaire de conserver au mot suggestion un sens précis et scientifiquement étroit.
Il ne faut pas donner ce nom à toute influence d'un psychisme sur un autre. Toute insinuation d'idée s'adressant à 0 du sujet et acceptée par 0 n'est pas de la suggestion. Il n'y a suggestion que quand, par un certain degré de désagrégation suspolygonale, le polygone du sujet est directement influencé par 0 de l'hypnotiseur sans contrôle de 0 du sujet.
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La pédagogie ^ étant l'art d'élever Fenfant normal, il n'y a aucune utilité et il pourrait y avoir danger à ce qu'elle emploie la suggestion Le pédagogue s'adresse à 0 ou plutôt à l'ensemble harmonique et inséparable de 0 et du polygone, qui ne se désagrègent pas, chez l'enfant normal-.
Donc, au vrai sens des mots, // n'y a pas d'applications pédagogiques de la suggestion.
Mais, à côté des enfants sains et normaux, il y a des anormaux, des malades. Chez un certain nombre, des troubles polygonaux (habitudes vicieuses, impulsions, tics...) gênent le fonctionnement général et l'éducation totale des centres psychiques.
Alors le médecin doit intervenir ; il doit, s'il le peut, supprimer cet obstacle à l'éducation et alors il deviendra ainsi éducateur et moralisateur, mais indirectement, en permettant l'action ultérieure du pédagogue.^
Voilà le rôle et l'indication de la suggestion chez l'enfant. Elle corrigera et supprimera ces troubles polygonaux et permettra ensuite l'éducation vraie et
1. Voir Gréard. Quelques mois sur le pédagogue et la pédagogie. Bévue de l'hypnot., t. V.I, 1892, p. 97 : « La pédagogie a pour objet l'éducation des enfants. »
2. DuPRAT (^loco cit., p. 287) a bien montré combien sont antagonistes l'éducation et l'instabilité psychique. Il dit avec Renouvier que, dans l'éducation, il faut « donner l'habitude de l'attention et de l'étude, rétrécir le domaine de la crédulité par le développement du sens critique, exercer la réflexion propre et indépendante, fortifier la volonté, créer l'habitude d'une comparaison désintéressée des motifs de juger et de croire ; en un mot, enseigner à l'enfant à douter et à vouloir, à se maîtriser et à être libre ». Or, ce n'est pas là œuvre de suggestion.
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régulière de 0 et du polygone unis et collaborants.
La suggestion reste ainsi œuvre de médecin ; elle n'appartient plus à la pédagogie, mais à la pédiatrie.
Donc, si la suggestion n'a pas d'applications pédagogiques, elle a de nombreuses et importantes applications pédiatriques ; ce n'est pas là une querelle de mots ; nous avons vu que derrière chaque mot il y a une idée différente.
Un fait de Stadelmann ^ peut servir d'exemple pour montrer comment cette action thérapeutique, réduite en apparence, est encore importante.
Un collégien de 1 7 ans, très studieux et bon élève, change brusquement, devient paresseux, distrait, le dernier de sa classe ; il veut même quitter le collège malgré tous les efforts des pédagogues pour le retenir et le corriger. Quelques symptômes physiques (céphalée, palpitations. . .) se joignant au tableau, on consulte un médecin qui découvre une idée fixe, cause de tout le mal : l'amour d'une jeune fdle, qui dominait toutes ses pensées et le détournait de tout le reste ; a bien qu'il se rendît compte de la folie de sa conduite, il ne pouvait s'affranchir de son obsession ».
On l'endort, on lui suggère d'oublier son idée obsédante et de concentrer son attention sur ses études. Après un petit nombre de séances, il est tout à fait guéri et passe son examen avec d'excellentes notes.
Dira-t-on que la suggestion a fait de la pédagogie ? Certes, non. Elle ne lui a rien appris, elle n'a pas fortifié sa volonté, ni développé son intelligence. Elle
I. Stadelmann, de Wurzburg (Bavière). Revue de t'hypnot., t. XIII, 1899, p. 82.
4l6 HYPNOTISME ET SUGGESTIO>^
a simplement supprimé un obstacle morbide qui était venu enrayer son développement psychique général.
L'hypnotiste ne s'est pas substitué au pédagogue et n'a pas fait acte de pédagogue.
Tant que l'enfant a été bien portant, le pédagogue a rempli sa fonction. L'enfant devient malade (obsession polygonale) ; le pédagogue, devenu impuissant, le confie au pédiatre ; celui-ci le guérit et le rend au pédagogue qui lui fait passer sOn examen.
La suggestion a donc fait œuvre médicale de pédiatrie et nullement œuvre directe, extramédicale, de pédagogie.
lime semble qu'ainsi les malentendus sont dissipés et que s'expliquent les mots gros (sinon les gros mots) échangés entre des hommes d'égale et de haute valeur, comme Bernheim et Desjardins.
Desjardins trouve folle la prétention d'un médecin qui veut devenir pédagogue et Bernheim trouve outrecuidante la prétention d'un jurisconsulte qui veut nier les applications pédiatriques de la suggestion. Ils ont raison tous les deux et la suggestion a des indications chez les enfants malades comme chez les adultes ; en supprimant chez eux des troubles nerveux fonctionnels qui gênent leur développement ps;y chique, elle aide à leur éducation, elle la rend possible et devient ainsi m (//recieme^^éducatrice et moralisatrice.
7. Il est temps de conclure ce long chapitre des applications thérapeutiques de l'hypnotisme et de la suggestion.
Ce chapitre d'application pratique me paraît d'abord et surtout démontrer que les querelles de mot
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et de définition, dont nous avons parlé plus haut, n'appartiennent pas uniquement à la théorie, ne sont pas inutiles et ont un grand retentissement sur la clinique.
Pour comprendre et bien préciser le rôle thérapeutique de la suggestion, pour analyser ses indications et ses contre-indications, il est indispensable de séparer les deux psychismes et de proclamer que si la psychothérapie est l'ensemble des traitements s'adressant aux psychismes, la suggestion n'est qu'une partie de cette psychothérapie, ne s' adressant qu'au seul psychisme inférieur.
Donc, il ne faut pas considérer comme synonymes les mots suggestion thérapeutique, psychothérapie, médecine morale, médecine de l'esprit, thérapeutique mentale, médecine d'imagination ^ . .
On ne précisera les choses qu'en séparant la psychothérapie ou médecine de l'esprit qui s'adresse à l'ensemble des centres psychiques (0 et polygone), la thérapeutique mentale qui s'adresse aux maladies de 0 et la suggestion dans l'hypnose qui s'adresse aux troubles polygonaux.
De même, il faut laisser au mot suggestion son sens précis d'action sur un polygone désagrégé, sans quoi la thérapeutique suggestive se confond avec l'éducation, l'éloquence, l'enseignement... ou, pour mieux dire, disparaît.
I. La plupart des auteurs confondent ces divers termes^ notamment BERNHErM, BiNET et Féké et bien d'autres. Dupuat Çloco cit., p. 269) sépare soigneusement la pratique de la suggestion et la psychiatrie (thérapeutique mentale).
/ l8 HYPNOTISME ET SUGGESTION
Avec les précisions que je rappelle, la suggestion est un puissent agent modificateur pour certains inaîaies S'il a ses inconvénients et par suite ses contrendications (comme tous les médicaments et tous les aÏents théraVeuliques) il a aussi ses avantages et par Sses indications, que j'ai essayé de préciser dans les pages qui précèdent.