‹ L'hypnotisme et la suggestionChapitre 166 sur 218 · Congrès internat, de Vhypnot., 1900, p. i^i · texte numérisé non relu

Congrès internat, de Vhypnot., 1900, p. i^i

2. Voir, pour ce paragraphe, Grocq. Loco cit., p. 4i4. et JuLLioT. Rapportau /7e Congrès internat, de Vhypnot., 1900, p. 118.

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opposée à tous les principes de liberté morale et politique. » L'argument ne manque pas de grandeur, dit JuLLioT, « que toute atteinte portée à la liberté des citoyens ne doit être autorisée qu'en présence de dangers manifestes » et ces dangers sont « imaginaires ou tout au moins singulièrement exagérés ». « Après une enquête minutieuse et absolument sincère, dit Delbœuf, je ne suis pas parvenu à trouver un seul cas authentique d'une indisposition tant soit peu digne de mention, à mettre à la charge des magnétiseurs publics. »

Malheureusement ces faits d'accidents existent ; nous en avons cité plusieurs et dès lors ils justifient l'atteinte portée à la liberté individuelle. Car, « on appelle liberté le droit qui appartient ou qu'on reconnaît à tout homme de faire ce qui ne nuit pas aux autres hommes », comme Montesquieu a dit: « La liberté consiste à pouvoir faire ce que l'on doit vouloir \.. » Les hypnotiseurs eux-mêmes sont bien obligés de proclamer que dans l'aliénation de la liberté il faut toujours envisager le but et le résultat. Car si on ne regardait que le fait même, l'hypnotisme lui-même est une aliénation complète de la liberté du sujets

JuLLiOT ajoute à l'argument de Morselli et de Del-

1. Emile Faguet. La politique comparée de Montesquieu, Rousseau et Voltaire, 1902, p. i3 et i/i.

2. Voir, plus loin, le paragraphe consacré à l'hypnotisme devant la morale. — Raymond (Be^nie de l'hypnot., t. XIV, 1900, p. 374) a cité le cas d'une femme qui, médium célèbre pendant 10 ans, devint aboulique et persécutée le jour où on supprima ses hypnoses quotidiennes : c'est l'assuétude du morphinomane.

BŒUF que l'hypnotisme de représentation publique est beaucoup moins dangereux que « l'hypnotisme domestique, l'hypnotisme occulte ».

Soit, mais je répondrai, comme tout à l'heure à LiÉBEAULT, de ce qu'il y a un hypnotisme plus dangereux (et inaccessible à la loi) il n'y a pas lieu de conclure à l'inutilité de la répression de l'hypnotisme public moins dangereux, mais dangereux cependant, et accessible à la surveillance administrative.

Une seule chose donnerait du poids à l'argument de JuLLiOT. C'est si, comme on l'a dit, l'interdiction des exhibitions publiques devait amener une recrudescence des expériences privées. Or, ceci est le contraire du fait observé : toutes les épidémies d'expériences privées ont été motivées par des séances publiques.

Enfin il est un dernier argument, sur lequel je n'insisterai pas : non seulement les représentations publiques d'hypnotisme ne sont pas nuisibles, mais elles éclairent le public sur ces (( phénomènes dont la méconnaissance est un danger réel pour l'humanité » (Bernheim) ; elles révèlent à certains sujets leur suggestibilité et les mettent ainsi en garde contre les dangers de cette disposition, enfin elles servent à instruire les médecins eux-mêmes (Delbœuf), qui n'ont été vraiment initiés à l'hypnotisme que par les magnétiseurs de théâtre ou de foire.

Cette dernière assertion me paraît nettement inexacte. Que dans les représentations on ait pu ramasser quelques procédés d'hypnotisation ; je le veux bien. Mais BRAm, Cuarcot, Liébeault, Bernheim, DuMONTPALLiER ct tant d'autrcs enseigneront mieux et

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plus sainement l'hypnotisme aux médecins que Hansen, Donato, Pickmann et autres.

Quant à la révélation du tempérament nerveux chez un sujet et sa mise en garde contre les dangers de suggestibihté, c'est le rôle du médecin absolument et exclusivement et pas du tout d'un forain qui ne mettra aucune mesure ni aucune prudence dans sa révélation.

En réfutant, un à un, les arguments des adversaires de l'interdiction de l'hypnotisme pubhc, j'ai naturellement donné les arguments des partisans de cette interdiction.

Ainsi Lad AME ^ défend éloquemment la liberté du sujet, de cet hypnotisé « livré en spectacle à la foule vibrante d'émotions malsaines, tourné publiquement en ridicule, fasciné brutalement, halluciné jusqu'à la folie furieuse, mis aux abois par les suggestions grotesques ou criminelles que le magnétiseur lui ordonne d'accomplir... ».

Masoin - insiste sur l'imprudence qu'il y a à « montrer aux foules par quels moyens simples on arrive à produire des phénomènes aussi graves... Des magnétiseurs habiles et puissants excitent le sentiment des foules... La révélation est faite et possède des apôtres souvent moins réservés et moins honnêtes que les maîtres eux-mêmes ».

1. LvDAME. Rapport au I^^' Congrès iiiienuil. de l'hypiiot. Bci'iie de l'hypnol., t. IV, 1890, p. 83 et rcp. à Delbœuf, ibid., p. 309.

2. Masoin. Rapport à l'Acad. de mcdec. de Belgique. Ibid., l. Il, 1889, p. Si'i à 308.

Charcot, Pitres et d'autres ont signalé des épidémies d'hypnotisme à domicile à la suite des représentations.

BoDDAERT* signale un magnétiseur de profession, M. Moutin, qui, plus malheureux (ou plus franc) que ses confrères, avoue toute une série d'accidents dus à riiypnotisation.

Je n'insiste pas ^ et je termine en signalant le résultat de l'enquête ouverte par Grocq " sur cette question : « Faut-il interdire les séances publiques d'hypnotisme ? »

OcHOROwicz seul a répondu : « La liberté vaut mieux que toutes les lois de répression ». Mais les vingt autres réponses ont été toutes: oui.

En concluant, je ferai remarquer que je n'ai voulu traiter que la question de principe et arriver à cette formule : il y a lieu de réglementer olTiciellement, en France, les représentations publiques d'hypnotisme.

Ce n'est pas à dire que je propose la loi belge de 1892, comme l'idéal du genre.

Ainsi Denyn et van \elsen^ ont montré les difficultés que la justice pourrait avoir pour définir le mot « personne hyj^notiséo » de la loi de 1892 ; Crocq ' a montré que les magnétiseurs échappaient à

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