‹ L'hypnotisme et la suggestionChapitre 19 sur 218 · Revue neurol., 1902, p · texte numérisé non relu

Revue neurol., 1902, p

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rones inférieurs continuent seuls à fonctionner, désa-

grégés de leur centre 0.

« Je sais bien, avait dit Joffroy, qu'il faut distinguer les actes volontaires des actes automatiques ; mais je ne pense pas qu'il soit nécessaire de faire présider des neurones différents à leur production. J'admettrais volontiers que les actes nous semblent automatiques quand, sous l'influence de l'habitude, les neurones en jeu sont devenus capables de réagir sous des excitations extrêmement faibles. »

La meilleure des preuves, ai-je répondu, que les centres inférieurs sont distincts des centres supérieurs, c'est qu'ils peuvent fonctionner séparément et simultanément. Quand Archimède sort tout nu de son bain, ce ne peut pas être avec les mêmes neurones que, d'une part, il trouve et proclame la solution de son problème et que, de l'autre, il sort de la baignoire et court dans la rue.

Au même Congrès, Gilbert Ballet trouve intéressante la distinction entre les psychismes supérieur et inférieur. Mais il trouve l'inférieur plutôt supérieur, puisqu'il représente une sorte de perfectionnement du supérieur, qu'il est l'aboutissant des acquisitions du supérieur. On est bien plus fort quand on joue du piano avec son polygone c]ue quand, au début, on en joue péniblement avec le centre 0.

J'ai cru devoir maintenir cependant l'ancien sens des mots psychisme supérieur et psychisme inférieur.

L'éducation du polygone est faite par 0 ; donc 0 reste supérieur. L'activité polygonale est consécutive à l'activité de 0 ; ou plutôt l'activité simultanée des

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deux ordres de centres est consécutive à l'activité isolée de 0. Mais 0 reste le centre supérieur de l'activité intellectuelle élevée, de l'invention et de l'imagination créatrice. Dans l'exemple cité plus haut d'Archimède, le centre avec lequel il a trouvé le problème (0) est bien supérieur au centre avec lequel il court tout nu (polygone). Dans le sommeil, Thypnose ou la transe, le polygone peut montrer de l'intelligence, de la mémoire et de l'imagination, mais à un degré bien moindre, bien inférieur. 0 reste le centre de l'inspiration vraie, du psychisme supérieur; le polygone, centre de l'automatisme psychologique, reste un centre de psychisme inférieur'.

En terminant, je tiens à répéter que mon schéma ne vise que la question physiologique et nullement la question philosophique.

I. « La synthèse volitive, dit I^allhan dans un livre récent, est exactement l'analogue de la synthèse créatrice, l'une étant dans l'ordre de l'activité ce qu'est l'autre dans Tordre de l'intelligence... Ce qui est automatisme chez un pianiste exercé était une série d'actes de volonté et d'attention chez le débutant, comme ce qui est routine dans la manière d'un peintre ou d'un poète fut fadis une invention opposée à la routine de l'école. » (^La volonté, Bihiioth. internat, de psychol expérinient., igoB. p. 4)- Et plus loin (p. i6) : « Quand un acte (automatique) nous est très pénible, quand il nous répugne ou nous froisse et que cependant nous jugeons qu il faut l'exécuter, nous retrouvons tous les caractères de la volition la mieux caractérisée, l'arrêt momentané des tendances, l'hésitation et la délibération, la lenteur de l'adaptation, puis la décision, la synthèse active. » C'est donc bien l'activité de 0 qui reste supérieure à l'activité polygonale ou automatique.

IF PSyCHISMî; INFÉRIEUR /| Q

fl y a des centres de psychisme supérieur (0) que je sépare des centres de l'automatisme supérieur ou psychisme inférieur (polygone cortical), puisqu'il y a des lésions qui dissèquent ces centres.

Mais la question philosophique de la nature intime des fonctions de 0 ne nous regarde pas ici. En 0 siège la fonction des actes que nous appelons volontaires et libres. Tout le monde sait ce que cela veut dire, en fait. Mais la question de l'existence du libre arbitre est absolument indépendante du phénomène physiologique que nous avons seul en vue

Les diverses Ecoles doivent renoncer à trouver dans notre exposé un argument pour ou contre une solution métaphysique quelconque.

Ces réserves, je les ai toujours faites : « La conception de ce centre physiologique supérieur 0, ai-je dit ailleurs^, est indépendante des théories métaph\siques et religieuses de chacun. » Gela seul réfute la plaisanterie qui voudrait me faire chercher le centre anatomique de l'àme '.

Sous le bénéfice de ces réflexions et de ces réserves, j'estime qu'on peut conserver le schéma du polygone de l'automatisme supérieur (ou psychisme inférieur), non pas à titre de « métaphore )) comme le voudrait Duprat, ni à titre d'explication, mais à titre d'expression synthétique des faits démontrés

I. Anat. clin, des centres nerv. Actital. médic. , 2<'éclit.,p.7. 3. Voir aussi, sur ce point, le dernier chapitre de ce livre.

5o HYPNOTISME ET SLGGËSTION

par la clinique et conclure ce chapitre par les propositions suivantes.

Les centres corticaux du psychisme se divisent en deuK groupes physiologiquement supérieurs Tun à l'autre et anatomiquement distincts Tun de Tautre : 0 le centre de la conscience vraie et complexe et de la volonté libre et responsable, centre de l'inlellectualité personnelle, du psychisme supérieur — le pol\gone, centres de Fautomatisme supérieur et du psychisme intérieur, des sensations et des actes coordonnés déjà et intelligents, c'est-à-dire psychiques, mais en même temps automatiques, c'est-à-dire ni libres ni responsables et ne devenant conscients que quand O les connaît régulièrement.

Ces fonctions polygonales jouent un grand, rôle dans la vie physiologique; seulement, dans ces cas. leur intrication avec les fonctions de 0 en rend l'étude analytique quasi impossible. On les étudie bien au contraire quand il y a désagrégation plus ou moins complète entre les deux ordres de centres psychiques : soit à Tétat physiologique, dans la distraction et le sommeil, soit à Tétat extraphysiologique, dans le cumberlandisme, les, tables tournantes et le spiritisme, soit à l'état pathologique, dans les névroses (hystérie, somnambulisme, automatisme ambulatoire) ou les lésions organiques (aphasies, paralysies).

C'est le polygone qui préside aussi le plus souvent aux actes de passion, et aux actes d'habitude, comme à l'activité machinale et à l'esprit grégaire. Le polygone, qui a un certain degré de spontanéité, contient un grand nombre de sensations, d'idées et d'images emmagasinés : il y a des mémoires polygonales.

LE PSYCHISME KM-ÉRIEIjR 5i

Ces emmagasiiicments polygonaux se font le plus souvent avec conscience de 0 et beaucoup des actes polygonaux (chez Tadulte) sont d'abord directement exécutés par 0 (chez Tenfant, pendant l'éducation ; à tous les âges quand on prend une habitude). Certaines images peuvent être d'emblée polygonales à l'insu de 0 ; elles peuvent alors rester toujours inconscientes ou, à un moment donné, dans certaines circonstances, 0 peut brusquement les découvrir dans son polygone : il croit alors inventer ce qu'il retrouve simplement ^

Nous allons voir dans les chapitres suivants combien cet exposé préliminaire et ce schéma de la physiopatliologie da psychisme (supérieur et inférieur) facilitent Tétude et l'histoire de l'hypnotisme et de la suggestion.

I. On rapprocliera utilement ces conclusions de ce Cjue dit Paulhan {^Ioco cit., p. i à 7) : « toute activité n'est pas volontaire ou du moins toute activité n'est pas volontaire au même degré et n'est pas en apparence volontaire. Bien souvent nous pensons, nous sentons, nous agissons d'une manière réflexe, automatique ou instinctive. Ce sont là des modes d'activité qui diffèrent de l'activité volontaire, tout en ayant avec elle les rapports les plus étroits. Dans l'activité réflexe, automatique, instinctive, nous agissons sans délibération, sans intervention du moi conscient, tle la réflexion attentive, et même souvent sans nous en rendre compte... La volonté implique généralement à quelque degré la conscience et la réllexion... C'est là une synthèse psychologique originale, dont les caractères sont assez nets, qui se distingue de l'activité automatique par sa nouveauté... » C'est bien la distinction entre l'activité du centre O et l'activité polygonale.

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