‹ L'hypnotisme et la suggestionChapitre 18 sur 218 · I. Lee. de Clin, niédic, t. III, p. i · texte numérisé non relu

I. Lee. de Clin, niédic, t. III, p. i

LE PSYCHISME OFERIEUR Sq

et du centre 0 n'est qu'un cas particulier de la désagrégation physiologique ; et combien rare est précisément ce cas qui réaliserait séparément les deux vieilles conceptions métaphysiques du corps et de rame, w

Les (( vieilles conceptions métaphysiques du corps et de Tâme » n'ont pas plus à voir ici que la glande pinéale et Descartes. Et quant à la fréquence de cette désagrégation suspolygonale il suffit de voir quelques malades pour la comprendre : le livre de Pierre ,) ANET est rempli de preuves de cette fréquence et tous les documents que j'ai cités plus haut d'auteurs très divers mettent cette fréquence hors de discussion.

Pour ne prendre qu'un exemple de lésion organique, qu'est un aphasique qui répète, écrit sous la dictée, a son langage automatique et ne peut pas parler volontairement ou n'a pas conscience de ce qu'il lit, qu'est-il sinon un désagrégé suspolygonal, désagrégé par une lésion indiscutable, qui sépare deux centres physiologiques distincts, et non le corps et Tàme ?

D'ailleurs Duprat dit un peu plus loin (p. 78) : « Sans doute il existe en nous de nombreux centres nerveux et de nombreuses petites consciences, mais il iaut un centre supérieur et une conscience supérieure où viennent aboutir ou retentir, en y détermintant une synthèse unique malgré sa complexité, les données des éléments inférieurs de la vie psychophysiologic[ue. ))

\oilà O : ce « centre supérieur » et cette « conscience supérieure » qui fait la « synthèse unique » ; et voilà le polygone qui élabore les « éléments inférieurs de la vie psychophysiologique. »

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Et à la page i66, Duprat cite une série de faits de dissociation dans la distraction, le somnambulisme. . . , notamment chez des malades qu'il a très bien étudiés à Bordeaux avec Pitres et Sabrazès.

Parlant plus loin de Fincohérence du rêve et du délire (deux choses moins semblables qu'il ne le dit), Duprat ajoute (p. 102): «... Le polygone dont parle M. Grasset serait-il par lui-même tellement alogique que, lorsqu'il n'est plus en communication avec le centre 0, toutes ses manifestations fies discours tenus par exemple) soient désordonnées? Mais on lui attribue au contraire des actes bien coordonnés encore qu'automatiques. »

r^ Eh oui I C'est un fait : les actes polygonaux sont coordonnés quoiqu'automatiques, puisque les somnambules font des choses très compliquées qui nécessitent une grande coordination ; ils n'en sont pas moins désordonnés et alogiques puisque ce même somnambule se promènera sur une corniche, où il

L risque de se casser le cou et sans motif raisonnable.

« Dans l'hypothèse des subconsciences, dit encore le même auteur (p. 11 3), les perceptions non aperçues feraient partie d'une synthèse inférieure, d'une activité mentale dissidente par suite de la misère psychologique dont serait affectée la conscience supérieure. . . » C'est donner des faits « une explication purement A^erbale ».

Ceci est un reproche souvent reproduit et sur lequel il faut s'entendre une fois pour toutes. Aucun psychophysiologiste n'a eu la prétention de donner là

l'explication et le mécanisme intime de ces phénomènes. Mais dans nos sciences expérimentales rapprocher les uns des autres certains phénomènes jusquelà disjoints et montrer leurs affinités, c'est réaliser un progrès, parce cjue c'est diminuer le nombre des points obscurs. Ce n'est donc pas inutile. L'explication verbale devient une explication physiologic|ue relative, mais néanmoins profitable.

DupRAT trouve aussi qu' « on abuse des centres hypothétiques sans rien expliquer » et il cite Ernst Beyer ^ qui (( distingue: un centre souscortical pour les sensations et leurs souvenirs ; un centre cortical sensoriel, siège des images et de la perception ; un centre cortical supérieur (lobe frontal) pour l'idéation et l'aperception ; qui envoie des ordres à un quatrième centre moteur ». Tout cela est bien complexe ; mais qu'y pouvons-nous si c'est l'expression des faits.

La notion des étages superposés et des groupes successifs de neurones est aujourd'hui indiscutable et si toqs nos schémas ont un tort c'est plutôt d'être trop simples.

Je reprends l'exemple du langage parce que les faits sont scientifîcjuement établis. Qu'on jette un coup d'œil sur le tableau ^ qui en résume le fonctionnement et on verra onze centres successifs depuis les centres inférieurs de réception jusqu'aux centres inférieurs d'émission, en passant par les centres méso-

1. Ernst Beyer. Z, Pathol. d. acuten hallucinator. Verworrenheit. Arch. f. Psych. u. Nevvenkr., iSgS, t. XXVIl,p. 233.

2. Allât, c/in. des centres nerveux. Actual. médic , 2« édit., p. 83.

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céphaliques, les centres corticaux généraux, le centre d'association, le polygone, le centre 0...

Ce ne sont pas là des « explications verbales » ou des « explications trop faciles » par des « centres hypothétiques )). C'est l'expression des faits d'observation anatomoclinique.

De même ailleurs (p. 197) Dipkat cite ma manière de voir sur l'hystérie comme « un exemple de l'abus que l'on peut faire du terme si commode sabconscience en considérant la conscience et les subconsciences comme autant d'entités distinctes ». C'est le spectre métaphysique qu'on agite et qui enterre une question.

Mais que veut dire ce mot « entités «P C'est toujours la glande pinéale, l'àme, l'ontologie... Mettons « réalité » « existence » et alors je dirai: oui, il existe des centres subconscients et des centres conscients ; c'est un fait absolument démontré et il n'y a pas besoin de chercher l'activité polygonale pour les démontrer : les neurones des cornes antérieures de la moelle sont des centres subconscients et ce n'est pas seulement « commode » de les distinguer des centres conscients et de les étudier à part: c'est nécessaire, parce que c'est vrai.

Toutes ces objections au schéma du polygone me paraissent donc, en somme, avoir peu de consistance; et il me semble impossible d'appeler ce schéma d'exposition une « métaphore inutile ».

La vraie, grosse, sérieuse objection des philosophes à mon schéma est celle-ci : « il n'y a point de séparation nette entre la vie automatique et la vie psy-

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chique supérieure, au moins à notre avis, dit Bi>et. La vie automatique, en se compliquant et en se raffinant, devient de la vie psychique supérieure, et par conséquent nous pensons qu'il est inexact d'attribuer à ces formes d'activité des organes distincts. »

DuPRAT reproduit cette objection de Benêt et ajoute, à l'appui j que Salomons et Gert. Stein ont « montré Texistence de faits d'automatisme capables de servir de transition entre l'activité supérieure et l'activité psychologique inférieure ».

Cette objection est fondamentale : elle porte sur l'essence même de la question.

A cette objection capitale je répondrai tout d'abord (et à la rigueur cette réponse pourrait suffire) que si telles sont les conclusions de l'analyse psychologique des philosophes, cela montre précisément l'utilité et l'importance de la méthode anatomoclinique, qui nous conduit sur ce point à des conclusions différentes et nouvelles et prouve absolument, par les faits, l'existence d'organes différents. pour l'automatisme et pour le psychisme supérieur.

Car les faits cliniques ne prouvent pas seulement la distinction physiologique nécessaire entre ces deux groupes de centres, mais même leur distinction anatomique, puisqu'ils peuvent être atteints par la maladie, altérés ou détruits, isolément, séparément l'un de l'autre.

En d'autres termes, les philosophes montrent que l'analyse psychologique de l'homme normal ne prouve pas la distinction des deux ordres de centres. Les cliniciens, de leur côté, montrent que l'analyse ana-

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tomocliniqiie de Phommc malade prouve la distinction de ces deux ordres de centres'.

Les deux: assertions ne sont pas contradictoires. Elles collaborent à établir cette proposition : il y a chez riiomme des centres difïérents pour Tautomatisme et pour le psychisme supérieur; à l'état physiologique, l'intrication fonctionnelle de ces deux ordres de centres est telle qu'il est impossible de démontrer leur indépendance et leur existence séparée par l'analyse physiologique de l'homme sain ; à l'état pathologique, la maladie, en altérant séparément, suivant les cas, tel ou tel de ces centres, permet d'en faire la dissociation fonctionnelle et d'en établir l'existence anatomique séparée.

Cette réponse, qui me parait péremptoire, n'est pas la seule à faire aux objections des philosophes.

La constatation de transitions plus ou moins insensibles entre divers groupes de phénomènes ne prouve pas, par elle-même, Tidentilé des organes, qui sont le siège de ces phénomènes.

L'existence de ces transitions prouve que tous ces phénomènes sont de même nature : ceci, personne ne le conteste. Cela prouve encore que les organes point de départ sont tous de même nature : c'est

I. BiNET a renouvelé ses mêmes objections dans son dernier livre sur la Suggestibiiilé (Bihlioth. de Pédagogie et de PsychoL, 1900, p. II et 12). Nous reviendrons, dans le chapitre suivant, sur ces objections de Binf.t appliquées à la suggestibiiilé et à la suggestion et sur la réponse qu' Albert Pkieur a bien voulu leur faire dans le Mercure de France (1901. p. '199).

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encore vrai, il s'agit toujours de neurones. Mais cela ne prouve pas que les neurones qui président à certains des termes de Téchelle sont les* mêmes que ceux qui président à d'autres termes de la même échelle.

Or, c'est là qu'est la question.

S'il y a une grande famille de phénomènes nerveux pour lesquels l'échelle des transitions est complète, c'est l'échelle des phénomènes réflexes. Depuis le réflexe rotulien jusqu'au réflexe de l'équilibre du danseur de corde, il y a une série de termes qui rendent les transitions insensibles. Cela veut-il dire que ce sont les mêmes neurones qui président aux réflexes tendineux et aux réflexes complexes de l'équilibration ?

Les centres peuvent être divers pour des phénomènes de même nature, appartenant à une échelle formée de nombreux termes de transition.

Donc, quels que soient les termes de transition, les centres de l'automatisme peuvent être distincts des centres du psychisme supérieur. Le sont-ils réellement ? La psychologie physiologique répond qu'elle n'en sait rien, ne pouvant constater que leur collaboration inextricable dans la vie normale. Mais la clinique répond nettement : oui, ils sont distincts, puisqu'ils peuvent être séparément atteints et détruits et que leur fonction peut ainsi être frappée isolément.

C'est une [)ure question de faits.

Il y a des aphasiques qui ont conservé tout le langage automatique et qui n'ont plus le langage conscient et volontaire ; ces malades ne sont pas des hysté-

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riques ; ils ont une lésion anatomique. Donc, les organes sont distincts pour l'automatisme supérieur ou psychisme inférieur et pour le psychisme supérieur ' .

Je n'ai jamais voulu dire autre chose.

Au dernier Congrès de Grenoble^, Joffroy a contesté que les neurones du psychisme inférieur et les neurones du psychisme supérieur fussent distincts les uns des autres et, à l'appui de son opinion, il rappelle qu'un acte volontaire, justifié au début, devient ensuite automatique et constitue im tic : l'acte a-t-il changé de siège et de centre et est-il passé des neurones supérieurs aux neurones inférieurs P

J'ai répondu : non ; l'acte n'a pas changé de siège : le siège s'est simplifié. Dans l'acte volontaire normal, les deux ordres de centres psychiques interviennent et collaborent d'une manière inextricable. Quand l'acte cesse d'être volontaire et devient automatique, les neurones supérieurs cessent d'y présider et les neu-

1. C'est pour exprimer cette distinction, et non pour ressusciter ontologiquement J^u/rj et mens (comme me l'ont reproché Meige et Feindel), que je donne un sens différent aux mots mental et psychique ; psychiffue s'appliquant à l entière fonction corticale (psychisme supérieur et psychisme inférieur), inentai s'appliquant uniquement au psychisme supérieur (aliénation mentale, maladies mentales). Ainsi Pitkes et RÉGIs(/.c•i>• o^S6'6•5^o«6• et les impulsions. Biblioth. internat, de psychol. ex périment., 1902, p. 17) distinguent l'obsession (reconnue fausse ou maladive) et l'idée fixe, acceptée sans révolte par le moi. Celle-ci est mentale, les deux sont psychiques.

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